LETTRE XXVI
Les intestins [suite).
De la diarrhée et ses congénères, je passe à l'état opposé des intestins, et je commencerai dans la présente lettre Tétude de la constipation et de quelques-unes de ses conséquences,
CONSTXPATIOK.
La manière dont nous agissons envers la constipation et eu égard, en général, à l'action des intestins, constitue un des points qui différencient de la façon la plus évidente la nouvelle école de la vieille. La purgation par des moyens variés constitue au moins la moitié de la pratique ordinaire de la médecine ; et les « médicaments laxatifs « forment le fond aussi bien du stock du pharmacien que de la boîte de famille. Comprenez, alors, la révolution qui s'ensuit lorsque l'Homœopathio est adoptée, tant par le médecin que par le malade. C'est avec crainte et en tremblant tout d'abord que le traitement des cas est conduit sans « l'évacuation des intestins » habituelle. Mais avec le temps nous en arrivons à voir que nos malades n'en vont pas plus mal pour n'avoir pas une diarrhée artificielle ajoutée à leurs autres maux. Nous trouvons que la défécation journalière n'est en aucune façon essentielle pour la santé ; que les intestins sont une partie de l'organisme entier ; que leur inaction, si elle est évidemment morbide et nuisiblef^ est une maladie exigeant un traitement spécifique, et non une obstruction à lever par des expédients temporaires. Au lieu de « nettoyer le canal alimentaire » avec des médicaments qui agissent
comme des balais et des pelles, nous devenons convaincus que la nature est son balayeur. Enlevez l'état morbide qui entrave l'action intestinale, et les intestins agiront d'eux-mêmes. Voyez ce qui se passe dans les affections fébriles aiguës. La constipation qui a lieu ici est de la même nature que l'anorexie, d'une part, et que la diminution de sécrétion urinaire, de l'autre. Il ne vous viendrait pas à l'idée de relever l'appétit par les amers, ni de stimuler les reins par les diurétiques. Vous savez que la paresse gastrique, ainsi que celle des reins, sont toutes deux sous la dépendance de la fièvre, et s'en iront avec celle-ci. Vous n'avez qu'à appliquer le même principe aux intestins. Si vous voulez justement les laisser tranquilles et ne vous occuper que de la fièvre, ils ne vous donneront aucun ennui. Trois, dix et quatorze jours peuvent se passer avant qu'ils n'agissent, mais il n'en résultera aucun inconvénient ; et à la fin ils s'ouvriront aussi naturellement que s'ils avaient été libres la veille. Ce qui a lieu pour les fièvres a lieu pour d'autres maladies, tant aiguës que chroniques. La constipation n'est qu'un élément dans l'état morbide entier. EUe doit être prise en considération, souvent d'une manière spéciale. Elle peut nous guider vers des médicaments comme Suif ur, Nux vomica et Lycopodium, de préférence à Calcarea,Pulsatilla et Carbo.Mais il serait plus scientifique de sortir de notre voie pour la traiter comme affection indépendante, encore plus si c'était avec des purgatifs. Dans une maladie chronique accompagnée de constipation, les intestins commenceront souvent à agir régulièrement pendant l'usage d'un médicament n'ayant aucune affinité pour les intestins, mais qui influencera en bien l'organisme tout entier.
Je ne nie pas que la constipation, aussi bien aiguë que chrpnique, puisse se présenter à nous comme affectioil intestinale idiopathique et primitive. En vérité, c'est mon but aujourd'hui de vous dire comment il faut la traiter dans ces conditions. Nous entamerons donc notre sujet sans plus de préambules.