LETTRE XLIV
Je parlerai aujourd'hui des affections des nombreuses parties constituantes de la peau.
La seule affection des papilles dont je puisse traiter est la
VBRRXTB.
Lorsqu'une seule de ces excroissances paraît, vous pouvez en général provoquer sa disparition en la touchant journellement avec la teinture mère de Thuya. Si des collections de verrues surgissent, donnez le médicament à Tintérieur, aux dilutions moyennes. S'il ne réussissait pas entièrement, faites-le suivre de Calcarea carhonica. Cette pratique, qui m'est familière, est confirmée par des faits relatés par la plupart de nos auteurs de thérapeutique; mais Jahr ajoute Natrum carbonicum et causticum en qualité de médicaments fréquemment efficaces, et le premier a amené plusieurs guérisons entre les mains du D"- Turrel (1).
Les affections des glandes sébacées sont la séborrhée, le moUiiscum et l'acné.
SéBORRHBS.
La séborrhée nécessite surtout un traitement local, mais il ne paraît pas y avoir de raisons pour lesquelles celui-ci ne pourrait pas être aidé parles remèdes internes.
(1) Voy. Bihl. Hom., nov. 1876.
Kafka est le seul de nos auteurs qui fasse cette remarque; il préconise divers médicaments, spécialement Natrtmi muriatum^ mais je ne puis citer que lodium comme promettant beaucoup. L^augmentation dans la beauté des cheveux et la propreté du cuir chevelu que j'ai citées comme étant la suite de son usage chez les scrofuleox dépend probablement de Tinfluence de ce médicament sur les glandes sébacées de la région.
MOIL.r.XJSCI7M.
Le seul fait ayant rapport au traitement de cette maladie que je puisse trouver dans la littérature homœopathique est un cas cité par le D^ Dudgeon dans la première partie de la Hahnemannian Materia medica (p. 50). Il affirme que dans cette occasion les tumeurs disparurent sous Tinfluence de Silicea et de Lycopodium, Comme je suppose qu'une loupe n'est autre chose qu'un moUuscum, il semble que j'agis à propos en vous référant à un cas du D** Belcher (1), dans lequel une collection de ces excroissances disparut du cuir chevelu sous l'action du Kali iodatum,
La forme simple de cette affection, telle qu'elle se montre souvent chez les jeunes gens, peut être généralement guérie par Belladonna si les patients sont sanguins, par Pulsatilla s'ils sont pâles et délicats. La coexistence de cette affection et de l'évolution sexuelle expliquera probablement la valeur de ces médicaments. Dans les cas plus chroniques, qui sont cependant de l'acné simplex, Sulfur est utile ; et il est souvent avantageux de toucher journellement chaque éminence avec un pinceau trempé dans la teinture mère. Lorsque l'on a affaire à l'acné indurata, lodium et Bromum^ spécialement sous forme
(1) BHtish Joum. of Hom.y XXVII, 336.
ALOPECIE. 591
de leur combinaison avec le potassium, sont indiqués parleurs effets bien connus. L'acné rosacea est une affection très rebelle. Les lodures de soufre et d*arsenic, le Bromure de ce dernier, et Carbo animalis, sont les médicaments qui semblent promettre le plus dans leur traitement médicinal. Le D' Saltzer conseille THydrocotyle, et Bâhr a trouvé très efficace une lotion faite avec une solution de deux drachmes de Sulfur lotum (?) dans deux onces d'eau.
Un mot des recommandations de nos auteurs ici ;Jousset préconise Kali iodatumetTartarusemeticuf?. Bâhr pense le traitement local plus efficace. Kafka vante Phosphorus dans les cas rebelles, et Hepar sulfuris lorsque Taffection revêt la forme pustuleuse.
Sous le titre d'affections des Follicules pileux, j*ai à étudier Talopécie et la mentagre.
aLiOPécte:.
L'alopécie comprend dans sa forme la plus simple la « chute des cheveux » qui est le résultat d'une débilité locale ou générale; PAospAormcif^wm rend souvent beaucoup de services dans ces cas. Si la calvitie estcomplète, soit générale, soit par places, vous rechercherez nécessairement des précédents syphilitiques et, si vous découvrez cette infection, vous trouverez, je pense, Y acide Flvorique un médicament spécifique pour cette manifes- * tation locale. Dans les cas non syphilitiques, M. Hunt nous engage à espérer beaucoup de l'Arsenic; et comme ce médicament a causé l'alopécie, même 1' « alopecia areata » vous vous sentirez encouragé à suivre ce conseil.
MSNTAaRB.
Cette affection s'appelle communément la « sycose du menton », mais j'ai employé le terme sycose dans un autre but. C'est essentiellement une infiammation chronique des follicules pileux de la barbe. Tartarus emeticus
et Cicuta Tont guérie, et Bâhr a obtenu d'excellents résultats de Oraphiles (4« ou 6® triturations décimales). Jahr dit avoir guéri de nombreux cas de cette affection avec Calcarea 30^ à doses éloignées.
Je vais maintenant m'occuper d'un certain nombre d'affections diverses delà peau et du tissu cellulaire sous* cutané, que je prendrai telles que je les trouverai dans la nomenclature du London Collège of Pbysicians. Parmi les maladies générales on range le lupus, Tulcère rongeant et la vraie lèpre.
LXJPtJS.
Le lupus, lorsqu'il se montre sous la forme tuberculeuse « non excedens », s'est trouvé guérissable par Apis (1), Hydrocotylc (2) et Kali hichromicum (3). Dans le lupus excedens, Bâbr parle en bons termes de Lycopodium et de Graphites, mais d'une manière spéciale &'Aurum muriatum, et Jousset di'Hydrastis, Avec ce médicament, écrit ce dernier, employé à l'extérieur et à l'intérieur, il a achevé plusieurs cures dans des cas très avancés. M, Hunt pense que l'Arsenzc est Tunique médi cament pour la forme « excedens ».
Nous n'avons pas d'expérience homœopathique du, traitement de cette affection maligne de la face. Mais je suggérerais l'A rscTiic localement et constitutionnellement, comme remède possible.
(1) Annnls, vol. II.
(2) British Journal of ffomœopathy, XVI, 463; Mo7ithly Hom, Review, XX, 509.
(3) Ibid., XXXII, 643. Ici le D"- Blake relate trois cas de guérisoii. Il trouve la 5« dilution décimale du médicament plus efficace que la 3« décimale.
ÉLBPHANTIASIS. 593
C'est la vraie lèpre des anciens, et de l'Orient de nos jours, h' Hydrocotyle asiatica est un médicament natif estimé pour cette maladie. Sa pathogénésie a démontré son affinité élective pour la peau, et la « lèpre tuberculeuse », qui est une analogue européenne de Télephantiasis, a été plus d'une fois guérie par lui. J'ai obtenu une fois une grande amélioration avec ce médicament dans un cas simulant la jambe des Barbades . h'Anacardium orientale est un autre médicament de même espèce. Le D*" Sircar nous apprend que les docteurs natifs de Tlndoustan redoutent de le manier de peur de contracter cette maladie elle-même, ce qui, lui ont dit ses amis parmi eux, est arrivé en réalité dans quelques occasions. Il ajoute qu'il a fait usage de ce médicament dans une léproserie (à la 6® dilution), et qu'il peut affirmer en avoir obtenu un brillant succès chez un lépreux de 16 ans à la seconde période (ulcéreuse) de la maladie, o^vec Hydr astis donné à l'intérieur à la teinture mère, et le même appliqué extérieurement sur les ulcères, dilué dans Teau dans la proportion d'un dixième ou d'un cinquième.
Actuellement, éludions quelques affections locales, ou au moins localisées de la peau.
Le furoncle, en anglais, « boil », est une affection pour laquelle vous serez enchanté de connaître nos moyens de la combattre, car elle est très commune et très douleureuse. Je puis vous recommander avec confiance les préceptes suivants de traitement. Si vous pouvez saisir un furoncle dans sa période d'engorgement inflammatoire, avant que du pus ne se soit formé, il peut presque toujours être résolu par des doses répétées de la l'« dilution de Belladonna. Le D"* Cl. Miiller affirme le même résultat d'applications locales de compresses trem-
pées dans une solution de teinture d'Arnica^ une goutte pour une once d'eau, et le D' Wild, d'eau de chaux (1). Le D' Madden dit que, même plus tard, ses progrès peuvent être arrêtés par la troisième trituration de Stlicea. Jen'ai aucune expérience de ces moyens; mais je puis affirmer que si les furoncles, comme les chagrins,
a Corne not single spies, « But in battalions » (2),
s'ils reparaissent encore et encore, la disposition constitutionnelle peut presque toujours être corrigée par un traitement avec Sulfur.
Le traitement local des furoncles, dans les cas où ils n'auraient pu se résoudre dans le principe, est surtout une question chirurgicale. Mais il est possible que la suppuration soit hâtée et favorisée par Hepar sulfuris et Silicea.