LETTRE XLVIII
J*8Li actuellement terminé ma tâche. Nous avons parcouru ensemble tout le champ des maladies, dans le but de nous assurer de ce que Thomœopathie a fait ou peut encore faire pour sa conquête. Je pense que vous sentirez avec moi que le résultat de notre voyage est éminemment satisfaisant. Pendant les soixante-dix années ou à peu près qui se sont écoulées depuis l'établissement du similia similibus curantur comme guide de la médication spécifique, au moins les huit dixièmes des maux auxquels notre nature est sujette ont été soumis à sa sphère d'action. Des deux dixièmes restants, Tun consiste en lésions mécaniques nécessitant l'assistance mécanique, et l'autre peut n'être que dans l'attente de nouvelles connaissances de notre part, sur les maladies et les médicaments qu'on peut leur opposer. Il est vrai que dans le territoire déjà exploré, il reste beaucoup de places dont la culture est loin d*être parfaite, beaucoup de maladies et de variétés de maladies pour lesquelles nous avons besoin de médicaments plus appropriés. Mais leur nombre décroît d'année en année. Un travail comme celui qui a été fait dans les lettres ci-dessus peut avoir, sur quiconque les lira, l'influence que l'ouvrage de Bacon : Be augmentisscientiarum , était destiné à exercer, par rapport aux connaissances en général, et, en notant les défauts, encourager le travail qui les fera disparaître. Car ici, aussi, nous avons un organon de découvertes, dont les capacités sont immenses. La méthode que Hâhnemann a fondée et qu'il nous a léguée nous reste entre. les mains; et nous n'avons qu'à imiter sa foi et son zèle et à nous donner la peine de la travailler pour obtenir chaque année de nouveaux triomphes.
Mais actuellement, il me paraît convenable ayant de terminer, de revoir ce que j'ai écrit, et de considérer quelles modifications ou additions a nécessitées ce laps de temps. Je parcourrai notre correspondance lettre par lettre, en notant à mesure toute chose nouvelle que je puis avoir à dire.
Lettre I (p. 2). A propos des Eléments de médecine 'pratique du D'* Jousset, je dois dire qu'en 1877 Tante ur a fait paraître une nouvelle édition de cet ouvrage, dans laquelle la partie thérapeutique a été considérablement augmentée (1). En même temps, notre coUègae réimprima de \Art médical sa précieuse série de Leçons de clinique médicale qui y avaient paru depuis quelque temps, et auxquelles j'ai si souvent fait allusion (2). Ces deux ouvrages devraient être dans toutes les mains.
En parlant de traités sur la pratique homœopathique, j'aurais dû citer l'ouvrage de Jahr auquel je renvoie lorsque je le cite. 11 est intitulé (sa traduction Anglaise, par le D' Hempel, la seule que je connaisse) : « Therapeutic Guide ; résultats les plus importants de plus de quarante années de pratique. » Comme son nom l'implique, c'est un résumé de l'expérience actuelle, et, quoique très inférieur quant à ce qui est de la pathologie, il contient beaucoup d'utiles matériaux pratiques.
Lettre III (p. 27). J'ai tracé dans cette lettre l'histoire de la pratique de Hahnemann lui-même, quant à ce qui concerne les doses. Vous trouverez les faits exposés avec plus de détails, dans le British Journal of ITomœopathg d'avril 1878, et vous y verrez que sa constance envers
(1) Jousset, Éléments de médecine pratique, contenant le trai" tement homœopathique de chaque maladie. 2« édit. Paris, 1877, 2 vol. in-8.
(2. Jousset, Leçons de clinique médicale. Paris 1877, 1 vol. in-8. — Voyez aussi du môme auteur, Elem^ents de pathologie et de thérapeutique générales^ Paris, 1873.
la 30 dilution, dans ses dernières années, souffrit plus d'exceptions que je ne l'ai dit.
Dans la même lettre (p. 36), en parlant de la répétition des doses, je vous ai conseillé, « lorsqu'une fois il s'est montré une amélioration décisive, de suspendre le médicament, et de laisser le vis medicatrix naturx agir seul pendant un certain temps, en répétantle remède si le progrès languit. » Vous pouvez souvent, dans un cas de maladie chronique que vous avez rarement l'occasion de voir, anticiper ce progrès en ordonnant de prendre tous les jours le médicament pendant une semaine, puis tous les deux jours la seconde semaine, tous les trois jours la troisième et ainsi de suite.
Lettre IV (p. 46). La 28* leçon du D^ Jousset contient un cas de variole hémorrhagique qui a guéri sous l'influence de Phosphorus, Il est vrai que le malade avait été vacciné, et que l'influence du prophylactique se montra exactement dans le fait de Tabsorption de la seconde période de la maladie. Mais même dans de telles circonstances, la variole hémorrhagique peut bien être fatale ; de sorte qu'on doit porter au crédit de Phosphorus un triomphe de plus sur l'état purpurique.
Lettre IX (p. 98). J'aurais dû vous citer l'expérience publiée du D' Cramoisy, avec l'Aconit dans le choléra. Vous trouverez son mémoire dans le Bulletin de la Société médicale homœopathique de France de 1865.
(P. 109.) L'évidence du pouvoir du Mercurius cyanatus dans la diphthérie augmente rapidement. Le D' Jousset, d'après son expérience, Testime comme le médicament principal dans les cas malins. Le D'^ Burt a publié des résultats semblables à ceux du D^ Villers, en ayant traité des quantités de cas successivement, avec un seul insuccès (1). Un praticien de la vieille école, à Saint- Pétersbourg, a aussi témoigné de sa grande efflcacité,
(1) Voy, American Homœopathût, II, Ht.
nécessairement sans aucune citation des travaux de ses confrères homœopathes (1). Il donna des doses de 1/48 à, 1/96 de grain. Le D' Jousset administre la S^ ou la 6° dilution.
Lettre XI (p. 131). Ce que j'ai écrit sur le traitement ordinaire du rhumatisme aigu était établi avant Tintroduction de l'acide salicylique, qui (spécialement sous forme de salicj'late de soude) semble avoir donné une vie nouvelle à la thérapeutique de cette maladie, et avoir conduit à des résultats meilleurs même que ceux que nous avons obtenus avec nos médicaments spécifiques. On est encore incertain du principe sous lequel agit le nouveau médicament; mais l'évidence de son pouvoir de déterminer une pyrexie et des douleurs rhumatismales, et d'agir curativement à des doses de beaucoup plus faibles que celles que l'on emploie d'ordinaire, va en augmentant, en sorte qu'il peut, à bon droit, prendre rang au milieu de nos médicaments antirhumatismaux, et beaucoup parmi nous remploient.
Lettre XII (p. 138), Aux faits cités dans ma leçon sur Phosphorus, comme démontrant son pouvoir sur les tumeurs fongueuses saignantes , que l'on présume de nature maligne, je puis ajouter le témoignage de Jahr. « J*ai traité jusqu'à trois cas de fongus hématodes (?), les malades étant des enfants âgés de 5 à 10 ans.
Les fungi naquirent sur des taches congénitales de couleur veineuse. Phosphorus 30'' guérit entièrement l'affection « en deux outrois semaines.» Je désire ajouter que le courant d'évidence est en faveur, décidément, de l'action directe du Phosphore sur le sang. Ceci s'appliquera plus loin à mes remarques dans la même lettre (p. 165) sur ses rapports avec le purpura.
(P. 140.) Ce que j'ai dit ici à propos de l'anémie conjointement avec des désordres menstruels eût dû être
(1) Voy. Hahn, Monthly, mai 1877.
DBRNIERS GONSBILS. 6bl
différé convenablement jusqu'à ce que j'en vienne à traiter de la chlorose parmi les maladies du système sexuel de la femme. D'autre part, j'aurais dû parler alors de l'anémie « idiopathique » ou « anémie progressive pernicieuse » qui a été reconnue dernièrement comme une maladie distincte et essentielle. Le fer n'est pas en usage dans celle-ci, mais le D"" Bramwel en a relaté un cas guéri par Y Arsenic, à dose variant de deux à seize gouttes de solution de Fowler trois fois par jour (1). La nécrose des globules rouges, les symptômes fébriles etl'anasarque qui caractérisent la maladie appartiennent tous à la pathogénésie de l'Arsenic, et on donne depuis longtemps à ce médicament un rang élevé dans la thérapeuthique homœopathique de l'anémie et de la chlorose dans leurs formes les plus graves.
Lettre XV (p. 189). En conseillant Belladonna dans la première période de la paralysie générale des aliénés, j'aurais pu vous rappeler que la perte de pouvoir des extrémités causée par l'Atropine a été comparée par Michea à cet état même (2).
Lettre XVI (p. 198). Des médicaments extraordinaires que j'ai cités pour la migraine, il faut vanter Sanguinaria et /rw. Le premier gagne évidemment en faveur; et il paraît spécialement convenir aux femmes à la période de la ménopause (3) ; on le donne aux atténuations depuis la 12* et au-dessus. Iris a reçu une grande extension de sa sphère d'action par quelques cas relatés par le D' Claude, de Paris (4); et la a tache devant les yeux » signalée par le D' Bigler comme l'indiquant dans la migraine a prouvé (comme je l'ai suggéré) qu'il a une vraie relation avec la forme gastro-hépathique de la migraine.
(1) Voy. Médical Times and Gazette, sept. 22 et oct. 20 18T7.
(2) BaknenMmn, Mat, med., part. III, S. 57.
(3) Voy. American Homœopathist, 1, 112.
(4) Voyez VArt médical, XIV, 65.
d58 DERNIERS CONSEILS.
Lettre XYII (p. 222). Je puis signaler deux précieuses contributions à la thérapeutique de l'hydrophobie qui ont paru depuis que je vous ai écrit sur ce sujet, Tune, par le Dr Ozanam dans le Bulletin de la Soc. méd, hom. de France (XVIII, 279), l'autre parle D"^ Jousset,dans VArt médical (vol. XVLVI). Le premier donne Texpérience clinique avec le Stramonium, que j'ai citée.
Lettre XVIII (p. 225). En parlant des médicaments antiépileptiques, j'ai cité Plumbum comme étant véritablement homœopathique, mais comme n'ayant pas encore établi sa réputation comme curatif. On a depuis cela publié deux cas traités avec succès par lui, un du D** Burnett, dans lequel il fut donné à la 30' dilution (1), l'autre par leD' Samuel Brown, qui l'a donné de la 3* décimale à la 6« (2).
Lettre XXI (p. 270). Je puis ajouter quelquesmots à ce que j'ai dit de l'utilité possible de Belladonna dans le glaucome. Il devient plus clairement reconnu que cette affection, quoique sujette à des incidents inflammatoires et névralgiques, en est distincte, et consiste essentiellement en quelque affection centrale des nerfs trophiques ou vaso-moteurs de l'œil. Il appartient ainsi au groupe des affections dont la névralgie, i'ataxie locomotrice et le goitre exophthalmique sont des exemples ; et de là vient, je pense, la relation de Belladonna avec lui. Ce médicament peut chez lui comme chez les autres modifier favorablement l'état inflammatoire de la substance grise centrale dont dépendent les symptômes périphériques. Le D^ Albert De Keersmaecker a obtenu quelques résultats favorables avec l'Aconit, donné suivant le même principe, c'est-à-dire, à cause de sa relation avec l'affection centrale du système nerveux (3).
(1) Monthly Homœopoithic Review, janvier 1878.
(2) Ihid.y mai 1878.
(3) VHomœopathie militantey juin 1878, p. ^1.
Lettre XXV (p. 337). J'aurais dû ajouter Apis à ma liste des remèdes pour la diarrhée du matin (1).
Lettre XXXIII (p. 449). Le lymphadénome, sans leucocythémie, paraît avoir souvent plusieurs des traits du cancer, et est appelé « lymphome malin. » On a obtenu quelques succès avec VArsefiic dans son traitement, en le donnant à doses assez fortes pour produire la fièvre arsenicale (2).
J'espère que de:* quantités moins nuisibles peuvent être trouvés suffisantes, et que nous pouvons ne pas avoir à courir le risque que notre patient ne soit comme celui de Lugol, un mort guéri.
Lettre XXXV (p. 470). Je vois que j'ai négligé de citer le deuxième cas dans lequel le D*" Sharp a obtenu un succès dans le diabète d'origine hépatique avec Chamomilla. Vous le trouverez dans le vingtième volume du Monthly Homœopatkic Review,
Et maintenant il ne me reste plus qu'à vous dire adieu. En devenant praticien homœopathe, vous aurez accepté une position qui est aussi onéreuse qu'elle est avantageuse. Employez votre situation supérieure à l'élévation et à l'avancement de la médecine autant qu'à vos propres succès dans la pratique, de manière à ce que vous ayez à supporter ses onera et non simplement à recevoir ses munera. Je ne regretterai pas alors d'avoir depuis longtemps dépensé la plus grande partie de mes loisirs à rassembler les matériaux de cet ouvrage ,
(1) Monthly Hom, Review, juillet 1878, p. 445.
(2) Ziemssen, Cyclopœdia, XVI, 845.