‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 41 sur 189 · LETTRE XIII · texte numérisé non relu

LETTRE XIII

MALADIES GËNÉRALES.

Les maladies vénériennes.

Dans ma lettre d'aujourd'hui, je parlerai de ces maladies vénériennes qui sont d'un caractère général, c'està-dire de la syphilis et de la sycose.

Je suis l'exemple de tous les pathologistes modernes en limitant ce terme au chancre induré et à ses conséquences. Ce doit être pour vous comme pour moi un grand sujet de satisfaction de trouver que les doctrines sur la syphilis qui nous ont été depuis longtemps enseignées par notre excellent maître, M. Henry Lee, sont actuellement reçues universellement. Le chancre mou

avec son bubon suppuré a suivi la gonorrhée dans la sphère des ajffections locales parmi lesquelles nous l'étudierons.

La maladie dont nous avons à étudier en ce moment le traitement est ]a syphilis dans sa stricte acception.

Les commentaires sur le traitement de la syphilis occupent une large place dans la littérature homœopathique. Je vous renvoie pour les lire d'abord à nos journaux en général; ensuite a l'excellente monographie du D' Yeldham, Homœopathy in Venereal Jbiseases ^ à l'article de Jahr (1) et à celui de Bâhr sur le même sujet qui mérite aussi d'être consulté.

En étudiant le traitement homœopathique dô la syphilis, nous aurons toujours à parler comparativement. Je veux dire, premièrement, que la thérapeutique de la vieille école n'est pas ici, comme dans le cas de tant de

(1) Jahr, Du traitement homœopathique des maladies de la jpeau et des voies extét^ieures en général^ Paris, 1850. p. 186, Nouveau Manuel de m>édecine homœopathique ^ 2® partie, Répertoire thérapeutique et symptomatologique, 8* édition, Paris, 1872, tome III, p. 135. g

maladies que nous avons à examiner, d'un caractère nul : elle est définie et spécifique, et couronnée de succès inaccoutumés. Le « traitement antisyphilitique », tel qu'il se pratique aujourd'hui avec le Mercure et Tlodure de potassium, est reconnu capable de guérir avec une rapidité remarquable la plupart des phénomènes secondaires et tertiaires delà syphilis; et Ricord (1) etHutchinson ont affirmé que le traitement judicieux de l'induration primitive avec le premier de ces deux médicaments peut empêcher en même temps les symptômes constitutionnels d'éclater, et guérir la maladie dans sa première période.

De plus, il nous faut tenir compte des résultats du traitement expectant de la syphilis . Il est admis que les manifestations primitives et secondaires de la maladie durent plus longtemps sous cette méthode que lorsqu'on emploie les antisyphilitiques. Mais on soutient qu'elles sont d'un caractère plus bénin, et qu'en fin de compte l'infection disparaît et ne va j amais j usqu'à la période des pro ductions gommeuses et des autres phénomènes tertiaires.

La question qui se pose devant nous est donc celle-ci : Le traitement homœopathique de la syphilis donne-t-il de meilleurs résultats que l'expectation? Et rend-t-il inutile l'intervention de l'action physiologique du Mercure (laquelle, quelque faible que soit son degré, est toujours impliquée dans l'emploi qu'en fait la vieille école), et l'administration de hautes doses d'Iodure de potassium?

Recherchons d'abord ce que pensait Hahnemann sur ce point. La collection du D"" Dudgeon de ses Lesser Writings contient un très intéressant traité sur les maladies vénériennes, publié par lui en 1789, — avant, par conséquent, qu'aucune idée d'homœopathie ne lui fût venue à l'esprit. Dans cet ouvrage, il soutient que le Mercure suffit entièrement à la guérison de toute manifestation de la syphilis ; mais que pour effectuer celle-ci, il doit être administré de telle sorte qu'il détermine « une fièvre

(1) Ricord, Lettres sur la syphilis, 3. édition, Paris, 1863, et Traité de la m-aladie vénérienne, par J. Hunter, 3. édition, Paris,

mercurielle » dans réconomie. Environ huit à douze grains de son « Mercurius solubilis » étaient en général nécessaires^ administrés en doses divisées mais croissantes. Les évacuations, y comprise la salivation, devaient être évitées; mais une administration « timide » du médicament, insuffisante pour exciter la fièvre spécifique, ne faisait pas de bien mais plutôt du mal. En déterminant cette fièvre, le chancre primitif ainsi que les accidents généraux, quelque invétérés qu'ils soient, pourraient être guéris en peu de jours; et si le traitement est entrepris dès la première période, il ne s'ensuit aucune infection générale. Il n'établit, nécessairement, aucune distinction

entre le chancre dur et le chancre mou.

Ecrivant quarante-six ans plus tard dans le premier volume de la seconde édition de ses Maladies chroniques (1835), il n'est pas moins satisfait de la valeur du traitement mercuriel, quoique alors il ne donne que des doses infinitésimales et ne détermine aucune fièvre. «Dans cette période de la maladie syphilitique dans laquelle le chancre ou le bubon existent encore, une seule petite dose de la meilleure préparation mercurielle est suffisante pour effectuer une cure permanente do la maladie interne, en même temps que du chancre, dans l'espace d'une quinzaine de jours. » Il établit ensuite que cette a meilleure préparation » est le Mercurius vivus; et, quand à la petite . dose, il dit : w J'avais l'habitude anciennement d'employer avec succès un, deux ou trois globules du degré billionnième, » c'est-à-dire de la 6° dilution centésimale, «pour guérir la syphilis. Les degrés plus élevés, cependant, même le décillionnième, » c'est-à-dire la 30®, agissent plus complètement, plus promptement et plus doucement. S'il était nécessaire de donner plus dune dose, ce qui est rarement le cas, les degrés plus bas peuvent alors être employés. » Il dit aussi : « Dans ma pratique de cinquante ans, je n'ai jamais vu la syphilis éclater dans l'économie chaque fois que le chancre a été guéri par les remèdes internes, sans avoir été maltraité par un traitement externe. » Il reconnaît de la sorte la continuité de

son usage ancien et nouveau du Mercure différent tel qu'il paraît quant aux doses et aux effets.

Arrivant actuellement à l'expérience générale de l'école homœopathique, nous trouvons que Mercuritts^ sous quelque forme que ce soit, continue de jouir de la confiance universelle. Bâhr peut être cité comme exposant comme il faut r opinion de tous. Il regarde la « syphilis simple » comme comprenant le chancre primitif et le bubon, et l'érythème secondaire ainsi que l'ulcération superficielle de la peau et des membranes muqueuses, et les condylomes et l'iritis. Tout ce qui est en plus il le considère comme mercurio-syphilitique, ou purement mercuriel. Pour cette « syphilis simple, » il dit que le remède unique est Mercurius ; rien de plus n'est nécessaire pour sa guérison complète.

Mais alors surgit cette question : Cette « cure » estelle quelque chose de plus que le « rétablissement » après l'expectationy Hahnemann, comme nous l'avons vu, réclame beaucoup plus en sa faveur, savoir : la prévention absolue, quand le chancre est traité, de symptômes secondaires. Deux de ses successeurs, Jahr et Schneider (1), arrivent à la même conclusion, chacun d'eux la basant sur une expérience de trente années, et le dernier s'appuyant sur plus d'un millier de cas. Il est vrai qu'ils comprennent, comme Hahnemann, le chancre mou aussi bien que le chancre induré dans la même catégorie; mais on ne comprendrait pas qu'aucun cas de ce dernier ne se soit jamais présenté à leur observation. Il est vrai que le D' Schneider dit expressément que les chancres qu'il a traités « offraient souvent un état d'induration, » tandis que a tout au plus 1 pour cent passait à la seconde période de l'affection. » D'autre part, Bâhr dit qu'entre ses mains le chancre induré en général est suivi de symptômes secondaires, et Yeldham, de son côté, écrit que «l'apparition ou la non apparition de symptômes secondaires est un fait en dehors du contrôle dans la plupart

(1) Voy. Brit. Journ. of Nom,, XXII, 616, et XXXIV, 438.

des cas du traitement vraiment le meilleur que l'on puisse adopter. »

D'où dépend la différence de ces résultats? Si Hahnemann et Schneider ne représentaient qu'un côté et Yeldham l'autre, on pourrait arguer avec justice que la quantité déterminait la variation. Les deux premiers donnaient leur Mercure à doses rares et infinitésimales (6® ou 30* avec Hahnemann, la 2® ou la 3® avec Schneider); tandis que la plus petite dose que le dernier donnait à ses malades était de deux grains de la 1^* trituration trois fois par jor.r. Quelques auteurs soutiennent que le Mercure, en quantité suffisante pour manifester son action physiologique, favorise le développement des accidents secondaires : on pourrait supposer que le D^ Yeldham avait provoqué ces sequelae^ loin d'avoir seulement échoué dans ses efforts pour les déterminer. Mais cette explication ne rendra pas compte des résultats obtenus par les autres membres des deux groupes. Jahr et Bahr traitent le chancre presque d'une manière identique, le premier donnant la moitié d'un grain de la V^ trituration centésimale matin et soir; le second, un grain de la 2° ou 3^ trituration décimale tous les deux jours. Et pourtant Jahr voit ses chancres disparaître dans l'espace de quinze à vingt jours, sans qu'il subvienne de symptômes secondaires; tandis que Biihr accuse six à dix semaines même pour le chancre mou, et neuf à quinze pour le chancre induré ; — les symptômes secondaires éclatent d'ordinaire lorsque ce dernier existe encore. Lorsqu'à ceux ci nous ajoutons le D** Schneider, avec ses globules matin et soir de la 4° à la 6® puissance décimale de Mercurius solubilis (qui, en passant, ne devraient pas se préparer en globules au-dessous de la lO^ décimale), qui donne six à huit semaines pour la guérison du chancre et la disparition de l'induration, mais ne voit pas d'accidents secondaires, la confusion est pire encore, et il semble n'yavoir aucune règle dans les variations.

Actuellement, je vous ai déjà dit que le Mercure n'a pas de similitude essentielle avec le poison syphiliti-

que (1\ S'il résout Tinfiltration locale et les glandes lymphatiques indolentes et indurées de la vraie syphilis, c'est, il faut le dire, par son action liquéfiante (c'est-à-dire physiologique). De là vient son influence évidente (mais avantage contestable) dans les mains de nos confrères allopathes, et de là, peut-être, la satisfaction qu'il donne au D"^ Yeldham. Mais je dois croire qu'aux doses données par Hahnemann (dans sa dernière péiiode de pratique) et Schneider, son action dans la maladie vraie à sa première période est simplement nulle, et que l'absence de symptômes secondaires notée par eux doit être, mise sur Je compte soit d'nne observation ultérieure imparfaite, soit d'un résultat exceptionnellement heureux de l'expectation.

Les résultats de Jahr trouveraient plus de faveur s'ils n'étaient neutralisés par ceux de Bâhr. Même telle qu'elle est, je pense que sa pratique peut bien être imitée par nous, puisqu'elle est inoffensive. Nous pouvons guérir le chancre par elle ; mais je serai étonné si je hâte la résolution de l'induration, ou si j'évite toujours ou même quelquefois les symptômes secondaires.

Ce sont mes convictions propres quant au traitement du chancre, et elles s'accordent avec le peu que j'en ai vu. Mais il était juste de vous donner les préceptes des auteurs, représentant comme il faut la pratique commune suivie dans notre école, quelle que puisse être leur valeur comparative.

Les voici donc en résumé :

1. Pour le chancre récent et n'avant subi encore aucun traitement, une dose de Merc. vivus 30 (Hahnemann) ; une dose matin et soir de Merc. solubilis 4® ou 6® déci-

(1) Hughes, Action des médicaments ou Eléments de pharmàcodynamique^ article Mercurius, Paris, 1874. Je suis heureux de pouvoir citer à l'appui de cette opinion le témoignage de Hahnemann. Dans le traité publié en 1789 auquel je vous ai renvoyé, il écrit : « Le mercure ne guérit point la syphilis en déterminant des évacuations, mais plutôt par « l'irritation graduelle ou subite antipathique (les italiques sont de moi) des fibres d'une nature spécifique qu'il cause. » (P. 195 de la traduction du D'Dudgeon.)

maie (Schneider);ldeinigramdeMerc.aol.l''' matin et soir (Jahr);l grain de Merc. sol. on de praecip. rub.l", tous les 2 jours (Bâhr); de gr. 2 de lai'* trituration cent, de Merc. sol. à gr. 3 de la 1'= décimale 3 fois par jour (Yeldbam).

2. Pour le chancre négligé (mais non mercupialisé) Merc. prtecip. rub. ou Ginnabar, un demi-grain de la l'" trituration matin et soir (Jahr).

3. Pour le chancre datant de quelques semaineR, ayant été traité allopathiquement par le mercure, Nitriaddum est recommandé par tous, à la 1'" dil. décimale pnr Yeldbam, la l"' cent, par Jahr, la 3" cent, par Schneider. Bahrne fixe pointla dose, mais tous sont d'accord pour le remplacer par les préparations mercurielles après un certain temps ; et Jahr et Yeidham sont quelquefois disposés à commencer de suite par elles.

4. Si le chancre végète sous forme de condylomes, voyez ce qui est dit sous le titre Sycose.

5. Pour le chancre phagédénique, M. corrosivus est chaudement préconisé par Jahr, Hartmann ei Gerson. Bahr pense qu'avec le précipité rouge c'est la meilleure préparation mercurielle, mais leur préfère l'acide Nitrique, Jous3et{l) mentionne Nitri acidum, Silicea et Arpcnicum à hautes dilutions ; mais il leur adjointsoitla cautérisation, soit l'application d'une pommade contenant une partie pour mille d'Arsenic. Yeidham cite uti cas dans lequel le phagédénisme se montra pendant que le malade prenait Merc. sol. 2* déc. gr, 2, trois fois par jour, et fut arrêté par Nitri acidum. Mais il dit du Mercure en général que n même dans les chancres phagédéniques, ou son emploi est généralement considéré comme contre -indiqué, je l'ai vu arrêter l'ulcération quand les autres médicaments préconisés d'ordinaire pour cet état avaient échoué.» (Voy. plus loin à propos du chancre-mou.)

6. Le chancre gangreneux est mentionné parBabr, (jui dit que l'Arsenic est le seul médicament capable d'arrêter le processus destructif ; et par Jahr, qui dit que le même remède n'a jamais trompé son attente.

(1) JouBEWl, Elrnttnls de médecine <praliq"c,i. tA\\.. Paris. IflT.

Lorsque maintenant nous avançons de là syphilis primitive à la S. secondaire, la théorie et Texpérienco sont toutes deux en faveur de la valeur du Mercure ; et on peut établir cette règle générale que si jusqu'alors on n'a pas abusé de ce médicament dans le traitement du malade, c'est le premier à employer sous une forme ou une autre contre les symptômes secondaires.

Ceux-ci doivent, je le présume, être considérés comme éléments d'un état fébrile spécifique, ayant son rash et son mal de gorge, avec l'iritis comme sa suite la plus fréquente. L'état constitutionnel est celui de la chloroanémie, avec douleurs rhumatoïdes (aggravées par le repos et la chaleur du lit) dans la tête etla face, derrière le sternum et autour des articulations. A tous ces symptômes le Mercure est homœpâthique d'une façon frappante, et on devrait l'employer avec persistance pour les guérir.

Vient ensuite l'exanthème érythémateux, papuleux ou squameux. Le D' Yeldham préfère ici les iodures du Mercure, deux grains de la 2® ou 3® trituration décimale deux fois par jour. Jahr donne soit le M. sol. soit le M. prsecip. rub., plus rarement le Cinnabar, un demi- grain de la 2* ou 3' trituration centésimale tous les deux jours. Bâhr préfère ici les mercuriaux à action plus intense, parmi lesquels il classe avec un éloge spécial Mercurius vivus ; il le donne à la 3« trituration décimale. Jousset préfère M. corrosivus à doses un peu substantielles ; mais s'il a à le faire suivre de Nitri acidum, il le donne à la 30« dilution. Schneider est satisfait du Merc. sol. 3°, alterné avec Nitr. ac. 3®. Lorsque le Mercure a déjà été administré en grande quantité, Yeldham préfère Kali hydriodicum (deux grains trois fois par jour) à Nitri ac. ; et Jahr recommande Phosphorus, Nitri acid., SarsaparilJa et Lycopodium, de la 18® à la 30® atténuation.

Je suis d'accord avec Bahr en pensant que les formes les plus graves d'affections cutanées syphilitiques sont dues en grandes partie à l'abus du traitement mercuriel. C'est ce qui fait qu'elles demandent presque toujours des

doses massives de Nitri acid. ou d'Iodure de potassium comme antidotes.

Lorsque Télément mercuriel a été de la sorte éliminé par ces moyens, nous pouvons procéder au traitement des syphilides suivant leurs caractères; ce sera par TArsenic si elles sont squameuses, par le Tart. emeticus ou le Kali bichromicum si elles sont pustuleuses, par TAurum, le Lycopodium, ou le Graphites, si elles sont tuberculeuses. Mais encore là, quelques doses intermédiaires des mercuriaux les plus puissants hâteront grandement la cure.

Nous avons ensuite les affections syphilitiques secondaires des membranes muqueuses. Bâhr pense qu'elles ne sont purement syphilitiques que lorsqu'elles sont superficielles, et les traite par le Merc. vivus. Lorsqu'elles sont phagédéniques, pénétrant profondément, et menaçant d'affecter les os, il lui substitue, pour la bouche, Kali hydriodicum et bichromicum ; pour le nez, Kali hydriodicum et Aurum muriaticum ; et pour le larynx Hepar sulfuris et peut-être lodium et Kali bichromicum. Jahr décrit les ulcères de la gorge comme des chancres et les traite avec M. sol. s'ils sont simples, M. corros. s'ils sont phagédéniques, un demi-grain de la 2* trituration matin et soir. Il recommande Aurum 3® lorsque le nez est affecté, et le Précipité rouge et l'acide Nitrique pour les ulcères de la langue. Mais il né dit rien de ce qu'il faut faire lorsque le Mercure a été déjà administré à large doses ; excepté qu'il prescrit Lachesis, Lycopodium, Nitri acidum, Thuya, Cinnabar ou Sulfur dans les érosions superficielles des membranes muqueuses produites ainsi. Schneider se contente d'alterner Merc. sol. et Nit. ac. Yeldham récommande de traiter la gorge dans la V^ circonstance pour son inflammation simple, par Belladonna ou Apis, et alors avec les iodures de Mercure ou l'acide Nitrique. Il touche aussi la gorge avec le nitrate d'Argent, et attache beaucoup d'importance à l'administration de l'huile de foie de morue.

Mon expérience particulière dans le traitement de ces

162 MALAJ)IES GÉNÉRALES.

affections est en faveur du Kali bichromicum (1) dans Tinduration indolente des amygdales ; du Kali hydriodicum lorsque Taffection est destructive, comme dans l'ulcère perforant du voile du palais ; et de Tacide nitrique pour les ulcérations de la bouche et les crevasses aux commissures des lèvres. Pour ces dernières, le Condurango promet aussi d'être utile (2).

Il y a un cas remarquable par le D"^ Meyhoffer (3), faisantvoir la valeur de Tacide Nitrique dans les symptômes de la bouche, de la gorge, et du larynx (tandis que le biiodure de mercure enleva l'exanthème en même temps que la céphalalgie et la chute des cheveux) de la syphilis secondaire.

A propos de cette chute des cheveux, je dois encore dire que Bâhr recommande pour elle Hepar sulfuris. Il nous reste à parler de la syphilis tertiaire. Bahr ici encore représente l'opinion générale de notre école lorsqu'il écrit : « Nous sommes plus assurément de l'opinion que les symptômes tertiaires ne se développent qu'en conséquence de l'usage impropre du mercure ; notre raison étant que nous ne connaissons pas un seul cas de syphilis dans lequel les symptômes tertiaires se soient montrés sous le traitement homœopathique, »

Nous avons vu le traitement expectant donner les mêmes résultats. Bâhr limite en conséquence ses médicaments à deux antidotes du Mercure. « Les phénomènes tertiaires exigent d'un bout à l'autre l'usage prudent mais continu de l'iodure de Potassium. Ce n'est que pour des formes simples que d'autres médicaments sont indiqués. Aurum^ par exemple, pour le lupus syphilitique, pour la carie des os de la face, pour les tophi suppurants, et finalement pour le sarcocèle. » Il conseille aussi les sources iodées de Halle.

(1) Voy. des témoignages en sa faveur de Watzke et Russeil dans \2^ Hahnemcmnicm Materia Medica^ part. I, et du D»' Drysdaledans le Brit, Journal of Hom., XV, 675.

(2> Voy. Brit. Joum. of Hom,, XXXIII, 407.

(3) British Journal of Ho'mœoj^athy^ vol. XXIV, p. 363.

B&hr ne dit pas s'il donne Tiodure de Potassium aux fortes doses de la vieille écolo. Jahr est plus explicite. Il dit que toutes les fois que cet agent est capable d'effectuer une guérison, il n'a jamais besoin d'être donné à des doses plus fortes qu'un centième de grain. Et à propos de l'affection tertiaire des os et du périoste, il écrit : « J'ai aussi employé le Kali iodatum, même à hautes doses, comme le conseillent les médecins allopathes, et j'ai obtenu d'excellents effets de ces quantités ; mais ils ne furent jamais aussi permanents que les bons effets obtenus de petites doses d'autres médicaments.

D'habitude, les symptômes cédèrent au Kali iodatum en un temps très court, mais se reproduisirent au bout de six à douze mois, ce qui n'arriva jamais dans des cas qui avaient été guéris avec la dix-huitième ou la trentième atténuation d'autres médicaments. Cela m'a engagé à adhérer à la dernière manière, sans jamais donner le Kali Iodatum. » Les « autres médicaments » auxquels il est fait allusion sont ceux dont on se sert en général dans les malndies du système osseux, tels que Mezereum, Phosphorus et Phosphori acidum, Staphysagria, Silicea, acides Fluorique et Nitrique, Guaiacum et Sulfur, Mais au-dessus de tous ceux-là, Jahr place l'Aurum, dont il donne un demi-grain de la troisième trituration tous les quatre jours. Il n'a vu des gommes que deux fois , elles furent guéries une première par Silicea, la seconde par Arsenicum. Pour la mélancolie et la prostration qui accompagnent la cachexie syphiliticomercurielle, il a donné Aurum « avec des succès distingués. »

Yeldham considère que « ce n'est pas assez, dans les affections tertiaires invétérées et à racines profondes, de tenter la lutte contre toutes leurs phases à l'aide de l'iodure de Potassium comme on le fait d'ordinaire. C'est un médicament des plus utiles dans beaucoup de cas, mais il n'est en aucune façon d'une application universelle. » Cet auteur énumère simplement les différents médicaments convenant à la syphilis tertiaire suivant la

partie affectée. Et dans deux des cas qu'il cite, Silicea (3® décimale) paraît avoir résolu une gomme (quoique très lentement), et Graphites 12® et Lycopode 12° avec Thuile de foie de morue, un sarcocèle.

J'ai donné quelque étendue à ces citations, parce qu'il ne peut manquer d'être pour vous une question sérieuse, celle de saVoir si l'homœopathie a quelque chose de mieux à vous offrir dans le traitement de la syphilis que les hautes doses d'iodure de Potassium auxquelles vous avez été habitué. Lorsque vous aurez besoin d'une action prompte, comme dans les exostoses douloureuses, ou lorsque des gommes déterminent de la névralgie, de l'épilepsie ou des paralysies, je pense que Ton peut difficilement faire mieux que la pratique ordinaire, et que cette dernière s'impose à nous par égard pour notre patient. Si vous désiriez vous rendre compte de sa rationale, je vous renvoie à un très intéressant mémoire sur riodure par le D"^ Madden dans le vingt-sixième volume du British Journal of Homœopathy , Il fait ressortir que les affections syphilitiques et rhumatico-goutteuses, et aussi les indurations chroniques des glandes, dans lesquelles on le trouva si bienfaisant, sont de la nature des nouvelles productions organisées, lesquelles sont par conséquent quasi parasites à l'organisme et demandent des parasiticides pour les détruire. 11 y a beaucoup de raisons pour penser que l'iodure de Potassium est un agent de cette nature dans ce cas. Et cela semble, de la sorte, être la rationale de son action. D'où il suit qu'on doit le donner, dans ce but, à hautes doses, et qu'on ne doit pas s'attendre à trouver dans sa pathogénésie les indications pour cet emploi. Peut être aussi une partie du bienfait de l'iodure de Potassium ici résulte-t-il de sa puissance comme antidote chimique du mercure ; et ce genre d'action demande encore de hautes doses.

Mais lorsque vous pouvez bien agir d'après les indications fournies par Jahr sur les effets plus durables des médicaments agissant homœopathiquement, et prescrire d'après elles, l'iodure lui-même peut être indiqué dans

SYPHlIilS. 165

rafFecftion tertiaire de la lanu^ue, que le D*" Laugston Parker (1) l'a vu trois fois stimuler, et le D"" Yeldham (à dose ordinaire) aggraver àplusieurs reprises. Dans le même état, l'acide fluorique peut , suivant rexpérience du D*^ Laurie et la mienne, rendre des services signalés (2). Aurum est un antidote dynamique du mercure, et agit puissamment sur le testicule et le tissu osseux. C'est de plus un antimélancolique bien connu. Il couvre ainsi presque tout le champ de la syphilis tertiaire et de la cachexie ; et le D"" Chapmann et moi nous avons chacun publié un cas démontrant ses vertus (3). Les autres antisyphilitiques, et aussi les asyphilitiques (pour nous servir de la nomenclature de Hahnemann), peuvent intervenir lorsqu'ils sont indiqués, comme le montrera le cas suivant emprunté au North American Journal of Homœopathy ^ faisant voir en même temps combien dans la syphilis confirmée la médication homœopathique pure a de puissance. « Un Portugais, âgé d'environ trente ans, avait été dans l'hôpital Lahaina pendant dix-huit mois. Pendant ce temps, 11 passa par toutes les phases de la maladie syphilitique. Lorsqu'il arriva à Honolulu, le l^"^ juillet, il présentait l'aspect le plus hideux et le plus dégoûtant. Le côté droit de la face était couvert d'un ulcère très fétide de la forme tertiaire de la syphilis. Il se développait au dessous de l'œil droit, au bas de l'angle externe jusque vers le nez, s'étendant vers la bouche sur toute la joue et laissant l'os malaire entièrement à nu et desséché. L'os frontal était carié, et l'affection s'étendait de la partie supérieure de l'œil droit jusqu'à l'os temporal. Les os malairés et nasaux étaient plus ou moins détruits par la maladie. L'œil droit était entièrement fermé. Ces ulcères laissaient couler un fluide aqueux très fétide et puant, et avaient un aspect rouge foncé. En plus de tout cela, le

(1) Voy. Brit Joum, ofHom,^ XI, 681.

(2) Hugues, Action des rrhédicaments ou ElémefUs de pharmaco^ dynamique^ article Acide fluorique.

(3) Hugues, Action des médicaments ou Eléments de phannacodynamique^ art. Aurum,

166 MALADIES OBNÉRALES.

malade avait de Tascite et était très enflé. Il avait souffert de cette dernière affection depuis les six derniers mois. Les ulcères étaient très douloureux. Toute leur surface . était le siège de douleurs lancinantes, rongeantes et brûlantes, suivant son expression, comme si elle était traversée par des aiguilles rougies au feu,

« Pour ces symptômes, je choisis Ars. alb. 3«, trois doses par jour pendant trois jours, ce qui soulagea beaucoup la brûlure et adoucit la souffrance. Mais il ne fut entièrement débarrassé de ses douleurs que lorsqu'il eut pris trois ou quatre doses de Belladone.

« Après que ces deux remèdes cessèrent d'améliorer l'état, je donnai l'acide Nitrique matin et soir; après la première semaine, je ne donnai qu'une dose par jour pendant deux semaines. Sous l'action de ces médica^ ments, les ulcères prirent une meilleure apparence, jusqu'à ce qu'après trois autres semaines il ne me fût plus possible de découvrir la moindre amélioration . Je donnai alors Aurum muriaticum 2®, une dose par jour. Ce médicament sembla arrêter tout progrès dans les ca« ries, et le cas tout entier parut en bénéficier. Je continuai ce médicament trois semaines, avec une dose de Sulfur 6« de temps en temps. La guérison des ulcères fut affermie et permanente. La santé générale s'améliora, l'appétit revint. Les organes digestifs se réparèrent complètement. La sécrétion urinaire devint normale, et le patient recouvra la force et l'embonpoint. On lui donna alors, par intervalles de trois ou quatre jours, quelques doses d'Hepar suif, et d'Ars. alb. 6®. Ces derniers médicaments achevèrent d'enlever tout ce qui restait d'hydropisie et de maladie vénérienne. Je n'ai jamais vu une personne plus reconnaissante. »

Hors tout cela, je ne pense pas que nous ayons encore sondé toute la profondeur de la valeur de VIode simple lui-même j à petite dose, dans le traitement de la syphilis* Dans la vieille école, nous avons le témoignage du j)^ Guillemin, qui trouve que la simple teinture fait tout ce que peuvent lesiodures alcalins dans les affections se-

coD.daires et tertiaires. Ses doses, dit Lancereaux, a sont très petites comparées aux doses habituelles des composés de l'Iode. » Il mêle cinq parties de teinture à mille parties d'eau, et donne deux ou trois cuillerées à dessert de cette solution deux fois par jour à jeun (1). Zeissl, de plus, appelle l'attention sur ce fait que l'Iode, à la dosé de deux minimes de la teinture composée, diluée convenablement, deux fois par jour, amène presque plus rapidement la disparition des affections des membranes muqueuses que ne le fait le Mercure. En outre, selon lui, riode à cette période exerce une action affaiblissante sur la syphilis, en sorte qu'après son administration, quelques frictions mercurielles suffisent pour la disparition permanente du rash cutané (2), Enfin, dans nos propres rangs, nous avons le témoignage du D"^ Jousset. Après avoir reconnu les résultats souvent merveilleux de fortes doses d'iodure de Potassium à la fin de la seconde période et pendant toute la troisième de la syphilis, il ajoute : «D'autre part, en étudiant comparativement les différentes doses, j'ai obtenu de très rapides résultats avec l'Iode à la 30® et même à la 500« dilution. » Au Congrès universel de Philadelphie, en outre, lorsque les hommes des hautes puissances furent appelés à dire ce qu'ils pouvaient contre la syphilis, leur seul champion, le D^ Macfarlane, présenta ses résultats comme ayant été obtenus a.Yec VIodure de Mercure, et il ajouta que le biiodure agissait encore mieux* Je suggérai alors que cela montrait que l'Iode, dans son mode de traitement, était plus puissant que le Mercure.

Considérant, actuellement, la propriété qu'a l'Iode d'affecter les membranes muqueuses et la peau de beaucoup à la manière de la syphilis, dans sa seconde période^ causant (comme nous l'avons vu) même des éruptions pustuleuses et de l'acné, et l'assertion de Trousseau que V dans quelques circonstances certaines cachexies, et

(1) Voy. Lancôreaux. Traité historique et^^ratique de la Syphilis, Paris, 1866.

(2) Ziemssen, Cyclopœdiai III^ 2S0.

parmi elles la cachexie syphilitique, prennent une forme identique avec celle attribuée par Rilliet à l'iodisme, » je pense que nous pouvons ilous attendre à le voir jouer un rôle plus important dans la thérapeutique homœopathique de la syphilis que celui qu'il a joué jusqu'à présent, et à rendre cette thérapeutique encore plus efficace qu'elle ne Test.

SYCOSS.

J'ai suivi l'exemple de Hahnemann en donnant à la maladie ainsi dénommée une place séparée de la syphilis, et en la considérant comme une maladie générale et vénérienne. Mais déjà, en parlant du Thuya, j'ai dit combien étaient diverses les opinions touchant la nature et l'histoire clinique des condylomes. Aux auteurs cités alors je puis ajouter Bâumler, l'auteur de l'Essaji sur la syphilis dans V Encyclopédie de Ziemssen. Il regarde les condylomes de la peau comme identiques aux plaques muqueuses de la bouche, et les deux comme des modifications de la papule de la syphilis secondaire. Mais il ajoute : « Le condylome acwmmé,ainsi qu'on l'appelle (papillome muqueux) qui n'a rien de commun avec la syphilis, et est causé par l'irritation de la peau ou des membranes muqueuses par différentes sécrétions (en particulier le pus de la gonorrhée) et de plus est contagieux, ne doit pas être confondu avec le condylome plat. »

Quoi qu'il en soit, voici quelles sont les instructions pratiques des thérapeutistes homœopathes touchant le traitement des phénomènes sycosiques :

1. Il n'est pas rare de voir un vrai chancre se changer en végétations condylomateuses avant de disparaître, ou se transformer sur place en une plaque muqueuse. Si ce n'est pas Teffet de fortes doses de mercure, l'usage continu de ce médicament de la manière indiquée pour le chancre amènera la disparition des phénomènes (Bahr et Jahr). Mais si le mercure a déjà été administré, Nitri acidum (1^*° dil.) ou Thuya doivent l'être (Jahr).

2. Pour les tubercules muqueux survenant ailleurs comme concomitants ou suites de chancre, le traitement

SYCOSE. 169

est le même avec Lycopodium s'ils apparaissent sur les amygdales (Jahr), ou, au lieu d'être lisses, sont dentelés et rudes (Espanel).

3. Les excroissances <i Fies » (d'où le nom de sycose), peuvent aussi accompagner le chancre. Dans ce cas Jahr trouve Cinnabaris et Nitri acidum (1), quelquefois Phosphori acidum et Staphisagria, réparateurs* Bâhr donne Thuya quand elles sont acuminées et sèches.

4. Lorsque les condylomes surviennent simplement, ou en même temps que la gonorrhée, tous les praticiens suivent l'exemple de Hahnemann en les traitant avec Thuya à l'intérieur ou à l'extérieur, ou les deux à la fois. Jousset est de l'avis de Pétroz qui croyait que ces sortes de productions étaient les manifestations d'une « diathèse épithéliale, » et les classe parmi les verrues et les polypes. Mais pour toutes, le principal remède est Thuya, et à haute dilution (30').

(1) On peut lire dans le Brit, Joum. of Homœopaihy^ XIX, 64, un cas publié par le D' Henriques, dans lequel ce médicament les fit disparaître rapidement.

HuOHBf . -r Th^rap. homoftop. iO

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