‹ Manuel de thérapeutique selon la méthode de HahnemannChapitre 49 sur 189 · LETTRE XV · texte numérisé non relu

LETTRE XV

Maladies affectant le cerveau, (Suite,)

Dans cette lettre j'essaierai de vous donner quelques idées sur le traitement homœopathique des affections mentales. Le champ est si vaste, et comparativement si peu travaillé, que je puis faire peu de chose de plus que de donner des suggestions. Jusqu'à environ ces deux dernières années, Thomœopathie n'avait pas eu d'occasion d'essayer ses médicaments sur une grande échelle dans un asile de fous. Maintenant, il est vrai, par suite de l'érection du « State Homœopathic Asylumforthe Insane » à Middleton, New-York, nous avons cette occasion ; et nous espérons avant longtemps profiter du large champ d'expériences ainsi ouvert. Jusqu'à présent nous tt'avons encore appris que les résultats généraux, qui sont assez encourageants. Dans le rapport du surintendant médical, le D^ Stiles, fait neuf mois après que l'institution a été ouverte aux malades dont 168 furent admis, il est dit :

« Notre traitement médical continue d'être purement selon la loi homœopathique du Similia similihus curantur, et entièrement sans recours à aucune des formes de traitement anodin, sédatif ou palliatif si généralement en usage (même parmi les médecins de notre propre école), dans les cas de troubles mentaux. Pas un grain de Chloral, de Morphine, de Bromures, etc., n'a jamais été permis dans nos pharmacies ou donné dans nos prescriptions, et nous ne sentons le besoin d'aucun de ces agents même dans les cas les plus violents de manie aiguë. Une étude soignée des symptômes mentaux et physiques, en même

temps qu'une observation rigide des principes Hahnemanniens pour le choix et l'administration des médicaments nous a mis à même de remplir les indications de chaque cas individuel avec confort et succès. »

Les statistiques d'un établissement privé où le traitement médicinal était strictement homœopathique sont, données dans le douzième volume du British Journal of homœopathy, et sont certainement satisfaisantes. Il y a aussi de nombreux cas de traitements heureux d'affections mentales éparpillés dans notre littérature périodique. Ceux recueillis par Rûckert ont été arrangés par Peters dans un de ses utiles volumes, On nervotis dérangements and mental dïsorders. Il existe aussi un traité par Jahr, Bu traitement homœopathique des affections nerveuses et des maladies mentales^ qui, avec la revue qui en est faite dans le douzième volume du British Journal, fournil d'utiles matériaux à l'étude.

En choisissant un médicament spécifique pour un cas d'affection mentale, il est plus que jamais nécessaire de tenir compte de la « totalité des symptômes ». J'entends que le trouble intellectuel ou moral est souvent intimement lié à un état morbide du sang ou de quelque organe du corps, et le médicament pour le premier doit en conséquence couvrir aussi le second. J'ai à peine besoin de vous rappeler la mélancolie qui accompagne les affections du foie et l'oxalurie, ni la manie puerpérale ni sa mélancolie, pour exemples de ce que je veux dire. Et c'est ici que nous avons tout avantage à connaître les caractéristiques mentïtles et morales de nos médicaments. Il n'existe aucune raison de supposer, par exemple, que la Pulsatille ait quelque rapport direct avec des désordres psychiques. Mais lorsque nous rencontrons son moral distinct aggravé dans une affection mentale, spécialement dans les cas utérins, nous pouvons la prescrire avec l'espoir le plus légitime d'une cure . Je citerai quelques exemples de ces faits lorsque je parlerai des maladies des femmes.

Votre premier soin sera donc d'étudier l'état morbide

de Torganisme entier, dans le but de choisir le médicainent spécial approprié. Dans cette voie les médicaments tels que Nux vomica et Sulfur peuvent souvent être les meilleurs à administrer. Le premier est précieux dans « rhypochondrie » c'est-à-dire la mélancolie accompagnant la dyspepsie, mais hors de proportion' avec elle, lorsque les symptômes gastro-intestinaux sont (comme cela a lieu en général) ceux de ce médicament. Sùlfur est un médicament administré souvent avec avantage lorsque des symptômes cutanés indiquent un état d'impureté du sang.

Hahnemann, dans son Organon (§ CCX, CCXXX), fait quelques précieuses remarques à ce propos. Il fait observer que les maladies mentales ne constituent pas une classe distincte séparée de toutes les autres, puisque dans les soi-disant maladies corporelles « l'état de l'esprit et sa disposition sont constamment altérés, et dans tous les cas de maladies que nous sommes appelés à guérir, l'état d'esprit du malade doit être spécialement noté, en même temps que les symptômes collectifs, si nous voulons tracer une peinture fidèle de la maladie, afin d'être en état, d'après cette peinture, de la traiter homœopathiquement avec succès. » D'autre part les désordres mentaux sont rarement quelque chose de plus que des maladies du corps dans lesquelles le dérangement de l'esprit concommittant est en excès, même jusqu'à l'extinction ou au moins la suspension de la souffrance corporelle. Le dernier, cependant, quoiqu'il puisse n'être pas apparent au moment de notre examen du malade, doit être reconnu avec soin pour qu'un tableau complet de l'état morbide puisse être construit. Les médicaments, d'une même façon, ont chacun un état de l'esprit qui les caractérise, et qu'il? déterminent chez l'homme sain et guérissent chez l'homme malade.

Notre choix dans les maladies du corps est souvent déterminé largement par les troubles mentaux présents, et dan» les maladies mentales nous n'avons qu'à ajouter un poids additionnel à cet élément de similitude. I^es re-

mèdes, ajoute-t-il, pour les affections mentales chroniques ou à retours, devraient être recherchés parmi la classe des antipsoriques, c'est-à-dire des médicaments à action profonde et lente, tandis que si la folie éclate subitement comme une maladie aiguë, elle doit être traitée tout d'abord par des médicaments tels que TAconit, la Belladone, le Stramonium, THyoscyamus, le Mercure, etc. Ce que ceux-ci peuvent faire, aux doses «petites, hautement dynamisées .» qu'il recommande, il ne le dit pas; mais sur les formes chroniques des affections mentales, il écrit : « En vérité, je puis certifier avec confiance, d'après une large expérience, que la vaste supériorité du système homœopathique sur tous les autres modes convenables de traitement ne jette nulle part une lumière plus triomphante que dans les maladies mentales de longue durée, qui à l'origine ont émergé de maladies corporelles ou se sont développées simultanément. »

Quant aux variétés de folie, il est sans doute simplement correct de les classer en perceptionnelles, idéationnelles, émotionnelles et volitionnelles. En fait, cependant, ces états morbides élémentaires se présentent à nous pour être traitées sous les formes concrètes de manie, mélancolie, démence et paralysie générale, titres sous lesquels je vais étudier leur traitement médicinal. Je commence par la

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