‹ Manuel de vivisectionsChapitre 8 sur 90 · PRÉHENSION DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

PRÉHENSION DES ANIMAUX

L'animal étant choisi, il s'agit de s'en rendre maître, et cela, en évitant d'être blessé par les moyens naturels de défense dont il use. Certainement, lorsqu'il s'agit de petits animaux, rien n'est plus facile, mais lorsqu'il faut manier des animaux d'une certaine taille et qui usent de moyens de défense dangereux, il faut prendre certaines précautions, et nous ne saurions trop répéter ce passage de CL Bernard (1) : a La condition principale de sécurité c'est le sang-froid , qui permet de considérer toutes les précautions à prendre et fait qu'on n'en néglige aucune. Quand on reste calme et qu'on a tout calculé pour éviter le danger, on a le courage réfléchi fondé sur la confiance, et dans cet état d'esprit on peut aborder hardiment les opérations les plus périlleuses ; tandis que je tremble toutes les fois que je vois des expérimentateurs emportés par ce courage irréfléchi qui consiste à ne pas avoir peur de braver le danger, et qui, dans leur imprévoyance,

(1) Cl. Bernard, Physiologie opératoire^ p. 104.

courent risque d'être blessés même dans les opérations les plus simples. >

Les animaux qui servent aux vivisections étant presque toujours les mêmes, nous allons passer en revue ici, d'une façon générale, les moyens employés pour s'en rendre maître, le premier talent du vivisecteur étant de savoir manier sans crainte d'être blessé les animaux qu'il doit employer.

Chiens. — Les chiens se laissent généralement prendre avec assez de facilité, mais pourtant il faut toujours se précautionner, attendu que l'on se trouve quelquefois en présence d'animaux méfiants ou effrayés, et qui ne manquent pas de chercher à mordre la main qui vient les saisir. Certaines races de bouledogues sont à craindre pour cela.

Quand on a afiTaire à des animaux dociles ou peu effrayés, il suffit de les caresser de la voix, pour qu'ils se laissent approcher. On les saisit alors solidement et sans hésitation par la peau du cou, car, de cette façon, on évite les morsures, qu'il serait difficile d'éviter en prenant l'animal par tout autre endroit.

Quand on rencontre des chiens farouches et méchants, pour s'en rendre maître, on doit se servir ou d'une pince à collier, qui n'est autre chose qu'une longue pince en fer dont les mors sont disposés en croissant et forment par leur rapprochement un anneau, qui permet de tenir fortement l'animal par le cou en serrant plus ou moins suivant sa grosseur, ou de deux longs bâtons portant chacun un nœud coulant, que l'on jette et que l'on serre autour du cou de l'animal. Deux aides tiennent à distance, entre eux deux, l'animal immobile, qu'il est alors

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facile de museler. Enfin si l'on tombe sur un animal vigoureux et difficile h saisir par sa fureur, et que l'on veuille s'en servir quand même, l'on peut employer le pro« cédé de la demi-strangulation, c'est-à-dire qu'un nœud coulant étant jeté autour du cou de l'animal, soit directement, soit au moyen d'un long bâton, on le serre en s'arcboutant contre une table par exemple, ou bien Ton pend l'animal par un procédé quelconque. L'animal ne tarde pas à être à demi asphyxié et dans la résolution : c'est alors qu'il faut le museler et lui lier les pattes.

Il y a encore un procédé dont on pourrait se servir pour^ un animal qu'il serait dangereux d'approcher : c'est celui de la flèche empoisonnée, dans lequel on utilise les propriétés du curare, propriétés qui servent aux chasseurs des peuplades qui fabriquent cette substance. Il suffit d'avoir une flèche dont le dard est empreint de curare, et on la lance sur l'animal, qui ne tarde pas à éprouver les effets de la substance, c'est-à-dire, la paralysie musculaire, qui le met dans l'impossibilité de remuer et de se défendre. Il suffit alors de le lier et de procéder comme nous l'indiquerons à propos de la contention par le curare, c'est-à-dire de pratiquer la respiration artificielle.

Musellement du chien. — On ne doit jamais opérer une vivisection sur un chien, sans se mettre à l'abri de ses dents, par conséquent, sans le museler. Â cet effet, l'on pourrait bien avoir des muselières ordinaires, mais il faudrait en avoir un assortiment complet, car l'on opère sur des animaux qui sont loin d'offrir toujours le môme volume, les chiens que l'on a sous la main étant tantôt gros, tantôt petits.

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Le procédé le plus simple, le plus facile et en même temps le meilleur, consiste à faire passer une petite corde solide dans la gueule de l'animal en arrière des canines, de faire un nœud simple un peu serré au-dessous du maxillaire inférieur, puis, de revenir avec la corde sur le museau, au-dessus duquel on lie fortement, par un nœud double, les deux chefs (Sg. 37), On comprend facilement que la précaution que l'on a de

passer en arrière des canines, empêche la ligature de venir en avant et de se défaire, ce qui arriverait inévitablement, & cause de la forme conique du museau de l'animal. On peut pourtant se passer de cette précaution, en plaçant préalablement dans la gueule et en arrière des canines, qui, par la réunion des inférieures et des supérieures, forment un point d'arrêt solide, un morceau de bois ou de fer ; il sut^t alorsde placer une corde autour du museau en arrière du bâillon et deserrer fortement (fig. 7).

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Un procédé bien simple et expéditif, consUte à faire sur le museau un ou deax tours avec une petite corde que l'on noue d'abord avec loUdité sous la mftchoire inférieure, et dont on ramëneles deux cliefs en haut et en arrière sur la nuque, pour les lier derrière les oreilles (fig. 8). La ligature ainsi retenue ne peut glisser.

i. — Hutellement du chien i l'aide d'une simple corde ratlacbéa lur la nuque (Claude Bernard).

Chats. — Pour certaines expériences, cet animal présente de grands avantages et on ne peut guère s'en passer, mais il &iut s'en méfier, car il est plus terrible que le chien. Ses dents, ses griffes sont h craindre, et par son ^lité et sa souplesse il est difficile de le saisir et de s'en rendre maître, sans qn'il se défende avec vigueur, et sans qu'il blesse cruellement. Aussi, le meilleur moyen pour manier oet animal sans danger, est-il de le prendre, en le caressant, par la peau de la nuque et de le lancer aussitôt dans l'appareil que nous décrirons k propos des moyens qui servent & anesthé-

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sier (p. 88), et qui n'est autre chose qu'une botte ou un bocal dans lequel on place une éponge imbibée de chloroforme ou d'étber. Dès que l'animal tombe anesthésié, il est facile de lui attacher les pattes et le museau.

Mmsellement du chat. — Il n'est pas très facile de museler solidement un chat, à cause de la disposition de sa tête. On pourrait, à l'exemple de Walter, coudre )a bouche, mais le mieux est de placer un bâillon en arrière des canines, comme nous l'avons indiqué pour le chien, puis de lier le museau en arrière du bâillon (fig. 9).

Lapin. — Quoique facile à saisir et inoffensif par sa nature, il faut encore se méfier du lapin, qui peut mordre ou chercher à se défendre au moyen de ses griffes; au^i pour le saisir solidement, ce qui est nécessaire, car il fait quelquefois des mouvements brusques qui dérangent l'opérateur, il faut lui tenir solidement les pattes, et avoir soin de lui fixer la tète, en ayant la

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