MUCUS PHYSIOLOGIQUE
Toutes les surfaces recouvertes d’épithélium donnent naissance à un produit plus ou moins liquide, doué des mêmes propriétés générales dans toutes les régions et que l’on nomme mucus. Le mucus est aux surfaces muqueuses ce que la desquamation furfuracée de l’épiderme esta la surface cutanée. Bien plus, quand la couche cornée de l’épiderme n’existe pas, la peau, identique alors à une muqueuse, donne naissance à un véritable mucus; c’est ainsi que la peau des poissons fournit rapidement sans glandes spéciales une quantité considérable de mucus sur toute sa surface; c’est ainsi que la peau humaine se comporte elle-même lorsque, l’épiderme ayant été détruit ou notablement altéré , elle donne naissance à ce liquide muqueux qui suinte si abondamment dans les affections cutanées.
Au niveau des muqueuses proprement dites, ce liquide est beaucoup plus abondant, parce que la surface qui le produit est beaucoup plus étendue qu’on ne le croirait au premier abord : elle forme, en effet, des dépressions, des glandes qui multiplient énormément sa superficie; ces glandes étant revêtues d’un épithélium identique à celui de la surface libre de la muqueuse , leur produit ne diffère point du déchet épithélial qui recouvre les muqueuses. C’est là ce qui caractérise les glandes muqueuses. A proprement parler, elles ne sont pas des glandes, parce qu’elles ne sécrètent pas de produit spécial : cette distinction est bien marquée
pour la bouche (glandes muqueuses distinctes des salivaires ), pour l’estomac (glandes muco-gastriques distinctes des pepto-gastriques) , pour l’intestin, etc., etc.
Nous n’avons pas à préciser le mode suivant lequel se produit le mucus; qu’il résulte d’une désassimilation par laquelle les cellules épithéliales rejettent en excès des principes qu’elles ont formés par un emprunt assimilateur fait au sang (Ch. Robin), ou qu’il représente simplement le contenu même et les débris des cellules superficielles enlevées par une chute incessante, toujours est-il que le mucus se compose d’un liquide plus ou moins épais ou filant tenant en suspension des éléments figurés.
Le liquide du mucus contient une substance organique coagulable qui, par suite, peut être examinée au microscope et qu’il importe de distinguer de la'fibrine, avec laquelle elle pourrait être confondue au premier abord : c’est la mucosine; il est facile d’étudier cette substance en prenant du blanc d’œuf; le blanc d’œuf, en effet, et par son origine et par sa constitution, peut être pris comme un mucus type, surtout au point de vue de la mucosine. On voit alors que cette matière, plus ou moins filante, plus ou moins tenace et glutineuse, présente parfois, avant l’action de tout réactif, un aspect strié. Les stries sont parallèles, ou bien onduleuses, et même entre-croisées s’il y a des couches différentes de cette substance interposées accidentellement. Si l’on ajoute des traces d’acide acétique, cet état strié devient encore plus visible. D’après ces caractères, on pourrait confondre de la mucosine très-épaisse avec de la fibrine, quoique cependant l’acide acétique n’exagère pas l’aspect strié de la fibrine ; mais si l’on poursuit l’action de cet acide, les différences deviennent évidentes; tan-
dis que la fibrine, de même que les fibres connectives, se gontle et prend un aspect homogène, la mucosine, au contraire, tend à se rétracter, et son aspect strié devient bien plus évident. Souvent le mucus est trèsconcret, de sorte que l’on trouve à la surface des muqueuses une couche épaisse comme une fausse membrane : la réaction précédente est donc très-importante pour permettre dans ces cas de reconnaître qu’on a affaire à de la mucosine, et ne pas confondre ces fausses membranes avec les exsudais fibrineux. Elle est également importante en médecine légale, où l’on a souvent à examiner des mucosités que l’on pourrait prendre pour des liquides spermatiques. Parmi les caractères particuliers du sperme, que nous étudierons plus loin , nous devrons donc signaler que la liqueur spermatique ne contient que peu de substance qui devienne striée sous l’influence de l’acide acétique. « La spermatine se gonfle dans l’eau comme les mucosités, mais elle n’est pas rendue striée par l’acide acétique.» (Ch. Robin.)
La mucosine présente certaines particularités selon les circonstances et les lieux où elle se produit : lorsque le mucus est très-aqueux, la mucosine traverse facilement un filtre ; lorsqu’il est très-épais, elle reste presque en totalité sur le filtre : de là la division, proposée par quelques auteurs, de mucosine filtrable et non filtrable (Frey). La mucosine du mucus conjonctival, par le simple contact de l’eau, devient demi-solide et blanche, comme de l’albumine coagulée ; aussi, lorsqu’on vient à faire passer un courant d’eau sur la conjonctive, pendant une conjonctivite, cette eau coagule la mucosine hypersécrétée et détermine la production d’une membrane opaque : la réaction de l’acide acétique sur cette
fausse membrane, étudiée au microscope, permettra de ne pas la confondre avec une fausse membrane diphthérilique, confusion qu’on a faite souvent, et sur laquelle Ch. Robin a attiré l’attention des pathologistes. La mucosine du mucus des fosses nasales est trèsépaisse, et se présente souvent sous l’aspect de plaques desséchées : l’acide acétique rend ces plaques plus transparentes, mais aussi les rend plissées et striées d’une manière remarquable. La mucosine produite par la surface muqueuse de l’arbre aérien est plus homogène et ne prend par l’acide acétique qu’un aspect strié peu prononcé. Sous ce rapport, la mucosine produite par des muqueuses très-voisines peut cependant présenter de grandes différences: ainsi, pour l’utérus, le mucus du col est épais, gélatiniforme, tenace, très-lent à se gonfler dans l’eau : celui du corps, au contraire, est demi-liquide, peu visqueux, très-miscible à l’eau. La mucosine de la muqueuse du gros intestin est visqueuse, et en flocons finement striés; ici encore elle prend souvent l’aspect tout à fait concret, et l’on trouve dans les selles de longs filaments d’une matière muqueuse, blanchâtre (surtout chez les personnes âgées), ressemblant un peu à des pseudo-membranes diphthéritiques (Ch. Robin.) Parfois on a pris ces filaments pour des débris de la muqueuse intestinale mortifiée : on conçoit combien l’usage du microscpe sera utile pour redresser ces interprétations erronées et éclairer sur la véritable nature du produit expulsé : « .l’en ai vu, dit Ch. Robin, qu’on me donnait pour des lambeaux de l’intestin mortifié qui aurait été rejeté en entier. » On a aussi confondu parfois ces masses avec des parasites intestinaux, etc.
La partie liquide du mucus renferme encore en dissolution des sels d’origine minérale, et des principes
cristallisables d’origine organique, principes qui peuvent se précipiter et former dans le mucus des grumeaux amorphes ou des cristaux; mais cette précipitation se fait toujours en entraînant quelques éléments du mucus, de sorte qu’après avoir dissous les calculs par les réactifs chimiques appropriés, on trouve un résidu organique qui rappelle et l’aspect et les propriétés du mucus concret. Nous citerons seulement les rhinolithes, qui se reproduisent assez souvent dans le mucus des fosses nasales, et plus encore dans celui des sinus annexes à ces cavités; les dacryolithes , ou calculs des larmes, que forme le mucus des voies lacrymales. Les calculs blancs de nature calcaire qui se produisent dans la vésicule biliaire, et qu’il ne faut pas considérer comme produits par la bile, ces calculs, qui sont parfois représentés par une matière blanche, pulvérulente et pâteuse, proviennent du mucus cholocystiqne (Ch. Robin). On ne les trouve, en effet, que dans les vésicules qui sont pleines de mucus et ne renferment plus de bile, parce que depuis longtemps elles ont cessé d’être en communication avec le canal hépatique. 11 est important d’être fixé sur l’origine précise de tous ces produits plus ou moins anormaux que l’on retrouve dans les matières fécales .
Les éléments figurés que renferment les mucus sont des cellules épithéliales et des débris de cellules épithéliales, des gouttes de graisse et des leucocytes.
Les cellules et les débris de cellules épithéliales sont caractéristiques de chaque mucus; elles permettent, en effet, de reconnaître la nature de la muqueuse qui a fourni ce produit; nous ne les décrirons pas ici; en se reportant à la courte description et aux figures que nous donnons de la structure des divers épithéliums, on
trouvera tous les éléments nécessaires, surtout en ayant égard à l’aspect des cellules superficielles des épithéliums stratifiés, pour reconnaître presque à coup sûr la provenance des débris épithéliaux d’un mucus, et par suite la provenance de ce mucus lui-même.
Les granulations et gouttelettes graisseuses se trouvent dans le mucus soit en amas , soit disposées en séries ; il faut reconnaître que le plus souvent ces granulations graisseuses sont un produit étranger au mucus; ainsi dans le mucus conjonctival, où elles ne sont pas rares, elles viennent très-probablement du produit sébacé des glandes de Meibomius ; dans les lamelles de mucus du gros intestin, ces granulations sont encore plus abondantes, et représentent un résidu des matières grasses ingérées, car leur quantité varie selon la nature de l’alimentation ; elles résultent peut-être aussi d’une dégénérescence graisseuse des cellules de l’épithélium intestinal, dégénérescence qui, d’après certaines théories de l’absorption, se ferait physiologiquement après chaque digestion, et amènerait la chute des cellules cylindriques de l’intestin grêle. Ces granulations grais^ seuses peuvent donc être considérées comme un élément normal, et elles ne constituent un indice de nonabsorption de la graisse que quand elles sont trop abondantes. Dans ce cas, les corps gras cristallisent souvent et forment au milieu du mucus des globes qui ont jusqu’à un ou deux dixièmes de millimètre d’épaisseur, et qui sont composés par des aiguilles d’acide stéarique et margarique (Ch. Robin). « Ces amas sont apercevables à l’œil nu et ont été pris, par des personnes qui n’en connaissaient pas l’existence presque normale, pour des productions cryptogamiques ayant telle ou telle signification pathologique dans les cas de dysen-
terie et de choléra : ce sont simplement de petites masses formées par une intrication de cristaux acieulaires autour d’une goutte d’huile comme centre. » (Ch. Robin.)
Les leucocytes , que l’on trouve dans tout mucus, sont identiques aux globules blancs du sang, aux globules du pus. Quelle que soit leur origine, qu’ils se forment par genèse, selon la théorie de Ch. Robin, qu’ils représentent de jeunes cellules épithéliales arrêtées dans leur développement, selon celle de Virchow, qu’ils ne soient autre chose qu’un noyau hypertrophié de cellule épithéliale devenu libre par la rupture de celle-ci (Henle, Morel), ou bien enfin qu’ils proviennent de tissu conjonctif sous-jacent ou des organes lymphoïdes (Dis, Frey), toujours est-il que tous les histologistes, malgré cette divergence d’opinion au point de vue de l’origine, sont tous d’accord pour reconnaître que ces éléments dont on avait voulu faire une espèce à part, sous le nom de corpuscules muqueux , sont identiques aux globules blancs du sang ou aux éléments de la lymphe et du chyle par leur aspect, leur volume et leurs caractères anatomiques. Ces leucocytes sont souvent gonflés par l’eau, lorsque le mucus est très-aqueux, par exemple dans le mucus buccal qui se mêle à la salive. Us se chargent parfois des granulations graisseuses qui nagent dans le mucus, comme ils se chargent dans les mêmes circonstances des particules colorantes ou pigmentaires qu’ils rencontrent ; ainsi les leucocytes du mucus de l’arbre respiratoire sont souvent plus ou moins remplis de particules noires qui ne sont autre chose que dü charbon, comme on peut tacilement le démontrer par les réactions (Voy. Pigrüents et Mélanine , p. 48), et, en effet, ces particules noires sont plus abondantes chez les
Tumeurs, chez les personnes exposées à des Tumées épaisses et abondantes.
Les leucocytes existent toujours dans tout mucus, mais ils peuvent y être assez rares; c’est alors un signe que la muqueuse est dans un état parfaitement normal. Le mucus qui, à l’état normal, contient le moins de leucocytes est le mucus vaginal. La moindre irritation de la surface muqueuse amène une production plus abondante de leucocytes, et ceux-ci peuvent devenir si nombreux qu’ils changent tout à fait l’aspect normal du mucus ; c’est ainsi que l’on trouve toutes les transitions entre le mucus physiologique et le muco-pus.
Les globules rouges du sang sont très-rares dans le mucus normal; ils n’en constituent, en aucun cas, un élément normal (excepté chez la femme, dans le mucus des organes génitaux, pendant la période menstruelle) ; mais certaines muqueuses très-vasculaires, comme la pituitaire, présentent des vaisseaux si rapprochés de l'épithélium, qu’il est presque impossible de recueillir à leur surface, dans les conditions les plus normales, un mucus qui ne contienne pas quelques hématies ; ces globules rouges proviennent de petites hémorrhagies capillaires. Leur présence est encore plus facile à expliquer, si l’on admet la diapédèse des éléments figurés du sang au travers des parois des capillaires et des petites veines.
MUCUS PATHOLOGIQUE
Muco-pus. — Nous avons vu que les globules blancs, ou leucocytes, ou globules muqueux, constituent un élément figuré constant dans le mucus normal ; mais
nous avons vu aussi que l'abondance de cel élément est très-variable selon les diverses espèces de mucus. Il faut signaler de suite la grande abondance des globules blancs dans tout mucus produit par une surface muqueuse sous l’influence de l'état inflammatoire et catarrhal. Que dans ces cas les métamorphoses des éléments épithéliaux soient plus rapides, ou bien que le liquide transsudé de ces surfaces soit plus favorable à une hypergénése de leucocyte, c’est ce que nous ne pouvons chercher à décider ici ; toujours est-il que dans ces conditions les globules muqueux deviennent rapidement si abondants qu’ils communiquent au mucus un aspect blanchâtre particulier qui lui a valu le nom de mucopus. Du reste, dans ces circonstances, les globules blancs présentent toujours les caractères que nous avons étudiés précédemment; ils subissent à la longue les mêmes altérations et peuvent donner lieu aux mêmes confusions que les globules du pus ; ici encore ils peuvent présenter la dégénérescence graisseuse, et s’offrir sous la forme d e globules granuleux de Gliiçje ; c’est ce qu’on observe par exemple dans l’écoulement locliial et particulièrement vers les dernières époques de celte production muqueuse.
Transformations des cellules épithéliales. — Mais outre l’abondance des globules blancs , les produits fournis par les surfaces épithéliales dans les cas d’inflammation sont encore caractérisés par la présence de cellules altérées, qui, si elles ne sont pas toujours libres au milieu du liquide, sont du moins faciles à obtenir par un léger raclage du revêtement épithélial.
La forme la plus simple de ces altérations épithéliales est ce qu’on a appelé Y infiltration séreuse ou albumi neuse , ou la tuméfaction trouble des cellules. On voit
aiop&. les éléments épithéliaux soit par excès, soit par trouble dénutrition, se présenter sous l’aspect de cellules gonflées, remplies d’un liquide albumineux contenant des granulations fines solubles dans l’acide acétique (Ranvier). Dans ces cas, on voit en même temps, que le noyau ou le nucléole des cellules se sont euxmêmes gonflés et remplis d’un liquide albumineux, de façon à prendre une forme franchement vésiculeuse.
Parfois la substance qui infiltre et gonfle ainsi les cellules présente un aspect plus épais, plus cohérent ; elle est précipitée par l’acide acétique; on y retrouve tous les caractères de la mucine. G’est alors ce qu’on appelle Y infiltration muqueuse.
Cette matière analogue, sinon identique à la mucosine, peut enfin se présenter sous une forme qui lui a valu le nom de substance colloïde , plutôt par son aspect général que par des réactions microchimiques bien caractérisées ; cette matière transparente, gélatiniforme et tremblotante , ne précipite pas par l’acide acétique ; elle se rapproche sous ce rapport de la fibrine. Elle est incluse dans des cellules épithéliales qu’elle gonfle, déforme, et rend irrégulièrement vésiculeuses : tels sont les corps nommés phijsalides par Virchow (cellules physaliphores); mais elle peut encore se répandre d’une manière diffuse dans toute la masse de l’épithélium et des produits épithéliaux : tel est le cas des inflammations diphthéritiques ; alors les cellules épithéliales ellesmêmes sont déformées, elles ont pris un aspect « vitreux, transparent ; elles montrent des prolongements, qui se colorent très -facilement dans le picro-carminatê d’ammoniaque et se gonflent très-légèrement dans l’acide acétique. » (Ranvier.) Quand cette substance col-
loïde forme de petites masses amorphes indépendantes des cellules, ou ne renfermant que des débris cellulaires méconnaissables, elle peut être prise facilement pour de la fibrine concrète: tels sont les cylindres, dits fibrineux , qui proviennent de la surface épithéliale des tubes qrinifères, et que nous étudierons comme un des éléments les plus caractéristiques de certaines urines pathologiques.
La dégénérescence amyloïde constitue aussi un processus pathologique général qui peut atteindre presque tous les éléments anatomiques ; mais, localisée de préférence dans les éléments musculaires de la vie organique, et surtout dans les fibres cellules des petits vaisseaux, cette dégénérescence est trop rarement spéciale aux produits épidermiques pour que nous y insistions ici. Nous en parlerons à propos des granulations à couches concentriques de la prostate et des vésicules séminales* granulations qui peuvent se retrouver dans les liquides excrétés. Il suffira d’indiquer pour le moment que la substance amyloïde est caractérisée par la propriété de se colorer en rouge acajou par l’action de l’eau iodée.
C’est par ces diverses dégénérescences, à l’état simple ou diversement combinées, que les surfaces muqueuses donnent naissance, avec adjonction de produits transsudés des vaisseaux, aux diverses formes d 'exsudais pathologiques. La constitution de ces exsudais, et surtout leurs modes de production, ne sont point encore choses parfaitement établies, et leur classification même se ressent du désaccord qui règne encore sur ce point entre les anatomo-pathologistes ; mais, en dehors des questions théoriques, les notions pratiques que nous venons de résumer permettront toujours de caractériser nettement ces produits, en les classant par exemple avec L. Ranvier, en :
Exsudât séreux , qui, on général, ne contient que de l’albumine, c’est-à-dire qui ne se coagule ni spontanément, ni par l’action de l’acide acétique ;
Exsudât muqueux, caractérisé par l’action de l’acide acétique sur la mucosine ;
Exsudât fibrineux et exsudât hémorrhagique, que l’étude des éléments du sang caractérise suffisamment;
Exsudât croupal et exsudât diphthéritique . Ici les termes ont déjà une valeur moins rigoureuse; mais en général on doit entendre par exsudât croupal un exsudât composé d’un mélange de fibrine et de mucine concrètes englobant des éléments cellulaires dégénérés, et par exsudât diphthéritique celui qui est formé de cellules dégénérées, larges, à bords déchiquetés, facilement colorées par le picro-carminate d’ammoniaque. (Wagner, Ranvier. — Yoy. plus haut, p. 153.) Il ne faut pas confondre ces exsudais pseudo-membraneux diphthéritique s avec les produits de ce que les Allemands appellent l’inflammation diphthéritique; ces derniers produits sont ceux d’une gangrène moléculaire successive (Ranvier), comme on le constate dans l’ulcération des chancres phagédéniques. Cette forme de gangrène paraît être le résultat d’une infiltration des tissus par de la fibrine qui comprime les vaisseaux et arrête la nutrition; il s’élimine alors, sous forme de membranes, des couches entières de ces tissus mortifiés, qui, vu la présence de la fibrine, rappellent l’aspect et les réactifs des véritables fausses membranes dites d’exsudats. Du reste, l’anatomie pathologique de tout ce qui porte le nom de diphthérite est encore fort controversée, et la valeur même de ce mot prêle à la confusion, les Allemands en faisant un terme d’anatomie pathologique, et les Français un terme de pathologie générale.