‹ Manuel del microscopioChapitre 20 sur 52 · MUQUEUSE DE LA PARTIE SUS-DI APH RAGM ATIQU E DU TUBE DIGESTIF · texte numérisé non relu

MUQUEUSE DE LA PARTIE SUS-DI APH RAGM ATIQU E DU TUBE DIGESTIF

Anatomie.

Nous n’avons pas à décrire ici les tissus qui forment la première partie du tube digestif ; la structure même de ces parties ne doit nous arrêter que quant aux éléments de leurs surfaces, c’est-à-dire à leur membrane de recouvrement, à leur muqueuse, avec les glandes qui en dépendent. Ces parties sont, en effet, les seules qui puissent donner lieu physiologiquement à des produits libres, se prêtant à un examen microscopique immédiat.

Indiquons cependant, qu’au niveau de la langue, le chorion de la muqueuse est si intimement uni aux muscles, qu’un grand nombre de fibres musculaires se prolongent jusque dans son épaisseur, et que par suite il ne sera pas rare de voir une ulcération ou une crevasse de la langue arriver jusqu’aux éléments musculaires, et permettre par exemple d’obtenir des débris de fibres striées,

La muqueuse de la bouche , de la langue , de Y isthme du gosier , du pharynx et de Yœsophage, jusqu’au niveau du cardia, est recouverte d’un épithélium pavimenl eux stratifié (fig. 41) d’une épaisseur moyenne de 220 à 450 //. l es cellules qui composent cet épithélium sont analogues à celles de l’épiderme et disposées en couches semblables; ainsi nous trouvons d’abord une couche de cellules cylindriques placées perpendiculairement à la surface du chorion, puis plusieurs couches de cellules à dimensions à peu près égales dans tous les sens ; ces diverses couches, dont la disposition rappelle celle des couches correspondantes de l’épiderme, sont aussi composées de cellules identiques à

ce que nous avons appelé la couche de Malpighi de la peau. J/épithélium de la muqueuse ne diffère de l’épiderme de la peau que par la nature des cellules qui forment les couches superficielles ; tandis que nous avons trouvé dans l’épiderme c°s cellules superficielles dures, desséchées, réduites à des

Fig. 41. — Papille simple de la gencive d’un enfant, pourvue de vaisseaux multiples et d’un épithélium, gross. 250. (Kœlliker )

lamelles de substance cornée, sans noyaux (couche cornée, furfur épidermique), dans les couches correspondantes de l’épithélium, nous trouvons des cellules aplaties, il est vrai, et sous forme de lamelles (lamelles épithéliales), mais se composant encore très-manifestement d’une enveloppe distincte et d’un contenu transparent , souvent chargé de granulations graisseuses. De plus, ces cellules conservent toujours leur noyau; il est vrai que ce noyau est en voie d’atrophie : il est petit, aplati, sans cavité distincte ni nucléole. Ces cellules distinctes ou collées en lamelles

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épithéliales se desquament incessamment comme la couche superficielle de l’épiderme, et forment pour ces régions, l’élément figuré caractéristique du mucus (fîg. 4 2). L’épithélium de la muqueuse bucco-pharyngienne se mo-

Fig. 42. — Cellules épithéliales de la cavité buccale de l’homm gross. 550. (Kœlliker.)

ifie en certains points pour revêtir soit des papilles , soi ddes dépressions glandulaires.

Papilles. — Les papilles se trouvent presque uniquement sur la face dorsale de la langue, ou du moins celles de la langue sont les seules qui méritent de nous arrêter par les particularités de leur épithélium; et même, parmi les trois formes que présentent les papilles linguales, papilles cali ci formes, fongif ormes et filiformes, ces dernières seules doivent fixer notre attention (fig. 45). La couche superficielle des cellules épithéliales qui les recouvre prend un développement et une disposition particulières, en même temps (pie la structure même de ces cellules n’est pas

identique à celle des cellules muqueuses des surfaces voisines : « Ces cellules épithéliales, en couches épaisses, se

Fig. 43. — Deux papilles filiformes de l’homme, dont une avec son épithélium, gross. 33 d. (d'après Todd - Bowmann) — p , papille — a, v, vaisseaux artériels et veineux — e, revêtement épithélial — f, filaments épithéliaux.

divisent, à leur extrémité en un certain nombre de filaments

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longs et fins de 22 à 45 /*, terminés en pointe et subdivisés à leur tour. Ces filaments, qui peuvent atteindre jusqu’à lmm,4 et lmra,5 de longueur, donnent à l’ensemble de la papille l’aspect d’un pinceau très-fin. Les couches les plus superficielles de cet épithélium, par leur grande résistance aux alcalis et aux acides, se rapprochent beaucoup des lamelles épidermiques et ne consistent, leurs filaments surtout, qu’en petites écailles cornées munies çà et là de prolongements spéciaux; elles présentent souvent une portion centrale plus dense, et une portion corticale composée de lamelles imbriquées comme les tuiles d’un toit; si bien que l’ensemble représente assez bien un poil. » (Kœlliker). Ces sortes de végétations en forme de poil se font très-vite et peuvent aussi tomber très-vite pour se renouveler dans un temps plus ou moins éloigné ; or, comme les papilles filiformes sont les plus nombreuses sur toute la surface de la langue, il en résulte que leur état de développement modifie singulièrement l’aspect de cet organe : tantôt, ces papilles étant très-développées, la langue est couverte comme d’une végétation velue, et il semble que l’on pourrait en tondre ou en faucher la surface ; c’est la langue hirsuta ou villeuse, qu’il n’est pas rare de rencontrer dans certaines maladies; tantôt au contraire, les papilles filiformes sont atrophiées et la langue paraît lisse, unie, rouge, et comme enflammée. Ces variations se constatent non-seulement d’un individu à l’autre, mais aussi sur un même individu, du jour au lendemain, et même sans que ces variations correspondent toujours à un trouble pathologique.

Enfin l’aspect ramifié et velu des papilles filiformes peut être encore exagéré par la présence d’une végétation parasitaire dont nous parlerons avec plus de détail à propos des produits anormaux. Indiquons seulement que, dans ces cas, les fins prolongements du revêtement épithélial sont revêtus d’une sorte de gaine granulée très-distincte, de sorte que le prolongement se compose d’une partie centrale et d’une partie corticale ; la partie centrale est manifestement composée de cellules épithéliales, comme le démontre l’action de la potasse ou de la soude, quelque ratatinées et cornées que soient ces cellules ; la partie cor-

ticale granulée, constitue la matrice d’un cryptogame filiforme, qu’on rencontre aussi souvent sur les dents, le leptothrix bucccilis de Ch. Robin (fig. 44';.

11 suffit du reste de racler fortement la langue avec le dos d’un couteau pour obtenir de ces filaments végétaux, de ces

Fig. 44. — Papille filiforme dont les prolongements épithéliaux, ici très-fins, sont entourés de la matrice des cryptogames d’où sortent même quelques fils. (Kœlliker).

algues, implantées dans des amas de gangue amorphe granulée, farinée, de restes alimentaires et de débris de cellules épithéliales.

Les dents, vu leur mode de formation, vu leur sensibilité exquise, pourraient être aussi considérées comme des sortes de papilles. Leur structure compliquée ne permet pas que leur étude trouve place ici, mais comme parfois leur couche superficielle, la plus dure et la plus fragile à la fois, peut se briser et donner lieu à de petits fragments sur la nature desquels le microscope aura à se prononcer, nous nous contenterons de fixer en quelques mots la nature des éléments de l’émail. La cassure d’un fragment d’émail montre (fig. 45) que ce revêtement extérieur de la couronne de la dent se compose de prismes ou fibres de l’émail, pris-

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-Surface de l’émail montrant les exl rémités des fibres de cette substance, gross. 250. (Kœlliker.)

mes à six pans, qui, lorsqu’on parvient à les isoler, se présentent, vu leur cassure irrégulière, sous la forme de petites aiguilles, dans lesquelles l’action de l’acide chlorhydrique fait apparaître des stries transversales groupées de distance en distance , de sorte que l’on pourrait croire parfois avoir sous les yeux d’énormes iibrilles musculaires (lig. 46) : « En prolongeant davantage l’action de l’acide chlorhydrique on voit les libres pâlir et les stries transversales s’effac r; il ne reste plus alors qu’une charpente très-line, dans laquelle on croit souvent reconnaître très-distinctement des tubes. » (Kœlliker.)

Les glandes de la cavité buccale se divisent en glandes mugueuses , glandes salivaires et glandes folliculeuses.

Les glandes muqueuses se composent de culs-de-sac plus ou moins ramifiés et pelotonnés, dans lesquels la couche épithéliale pénètre pour les revêtir en s’amincissant, de sorte qu’au niveau même des culs-de-sac, le revêtement épithélial consiste en une seule couche de cellules, semblables â celles des couches profondes de l’épithélium buccal . Telles sont les glandes de la face interne des lèvres et des joues, de la voûte palatine, du voile du palais (surlout il la face antérieure), les glandes de la base, des bords et de la pointe de la langue. (Voy. Mucus en général.)

Les glandes salivaires se composent de culs-de-sac renfermant un revêtement épithélial dont les cellules seraient pourvues de prolongements particuliers (Giaunuzzi), comme le représentent les lig. 47, 48, cellules et prolongements sur la nature desquels on n’est pas encore fixé, et sur lesquels nous ne nous arrêterons pas, car on ne les rencontre jamais dans le produit de sécrétion de ces glandes. Les canaux excréteurs sont revêtus d’un épithélium cylindrique qui, d’après Pflüger, se distingue par cette particularité « que la moitié externe des cellules au delà des noyaux est

striée parallèlement à leur axe, et sous Uinlluence de divers réactifs se divise en Unes fibrilles qui, d’après Pflüger, seraient variqueuses. » (Kœlliker). — Telles sont les glandes parotide, sous-maxillaire et sublinguale. — Les éléments ligurés que le microscope fait découvrir dans les produits

Fig. 40. — Fragments de libres de l’émail, telles qu’on les obtient en traitant cette substance par l’acide chlorhydrique faible, gross. 3b0 d. (Kœlliker.)

de sécrétion de ces glandes sont rares et ne présentent rien de caractéristique pour chacune d’elles ; seule la salive parotidienne est assez riche en carbona’e de chaux pour que le refroidissement donne lieu à un précipité de sel, précipité qui se fait souvent dans la cavité buccale, et, mêlé à des substances organiques coagulables, contribue pour la plus grande part à produire le tartre dentaire ; aussi ce tartre s’accumule- t-il de préférence sur les dents qui correspondent à l’embouchure du canal de Sténon. 11 ne faut pas confondre le tartre dentaire, qui dérive essentiellement de la salive, avec l’enduit pulpeux, blanchâtre, qui se forme en peu de temps entre les dents, à la surface des gencives (de même qu’entre les papilles linguales), et que Ch. Robin

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et Magitot ont nommé Dépôt gengivo-dentaire. Ce dépôt est formé par du mucus demi-solide (voy. Mucus), passé à l’état grenu, retenant des détritus alimentaires en voie de putréfaction ; en le dissociant on y reconnaît les éléments du

Fig. 47. — Cellules épithéliales Fig. 48. —Vésicule <:Iandu-

mucus, de nombreux vibrions, et des leptothrix disposés comme ceux que nous avons décrits pour les papilles filiformes delà langue (Cli. Robin). Toutes ces salives ne sont pas également liquides ; mais il ne faudrait pas croire que la viscosité de la salive sublinguale, par exemple, tienne à une grande quantité de mucine que l’on pourrait caractériser au microscope après l’avoir précipitée et concrétée par l’acide acétique ; ces salives ne contiennent que peu ou pas de mucus ; leur élément albumineux est toujours la ptyaline ou une forme albuminoïde voisine ; or chaque variété de cette substance organique pouvant fixer une quantité d’eau de constitution plus ou moins grande, la ptyaline aura la propriété de laisser très-fluide la salive parotidienne, de rendre filante la sous-maxillaire, et très-visqueuse la sublinguale (Robin). — La salive renferme encore quelques cellules cylindriques détachées des canaux excréteurs, et quelques globules blancs ou leucocytes : l’étude de ces leucocytes dans la salive pure n’a pas encore été laite

des vésicules glandulaires de la sous - maxillaire du chien, munies de prolongements en pédicules, qui se présentent de profil (b) ou de face (a). — (Kœlliker.)

Lai i e de la sous-maxillaire, démonlrantla disposition des prolongements des cellules salivaires. — Une de ces cellules a été enlevée — fig.

schématique. (Kœlliker.)

chez l’homme ; chez les animaux, elle a porté les physiologistes à distinguer deux sortes de ces éléments figurés, les premiers doués de déformations amæboïdes très-prononcées (Œhl, Schiff), les seconds [corpuscules salivaires proprement dits), immobiles, et présentant seulement, sous un fort grossissement, un mouvement brownien des molécules qu’ils contiennent ; il est probable que ces deux formes ne sont que deux états différents des leucocytes, encore vivants dans le premier cas, morts dans le second ; ce serait une différence identique à ce que nous avons vu pour les globules du pus, selon que ce liquide vient de se former ou qu’il existe déjà depuis quelques jours. Cependant quelques physiologistes sont portés à attribuer un rôle particulier dans le pouvoir saccharifiant de la salive aux corpuscules amæboïdes de Œhl (Schiff, Rouget). — Encore une fois ces études n’ont pas été faites sur l’homme; on n’a examiné avec soin les éléments figurés de la salive de l’homme que dans la salive mixte, et, dans ces cas, les leucocytes sont identiques à ceux que l’on trouve sur toutes les surfaces et dans toutes les cavités muqueuses.

Les glandes folliculeuses se composent d’un ou de plusieurs culs-de-sacs dans lesquels pénètre l’épithélium de la muqueuse; en même temps, le chorion de la muqueuse subit l’infiltration lymphatique et se transforme en tissu adenoide (His), soit d’une manière diffuse, soit par petits départements sphériques bien circonscrits, de manière à constituer des follicules clos identiques à de petits ganglions lympha^ tiques, ou plutôt aux follicules de la substance corticale des ganglions lymphatiques. Telles sont les amygdales, telles sont les dépressions moins développées qui occupent la base de la langue (fig. 49). Nous avons donc deux produits à examiner ici : celui des follicules et celui des dépressions, des culs-de-sac de la muqueuse. Celui des follicules est identique au contenu des ganglions lymphatiques. Le produit des culs-de-sac de la muqueuse se compose de desquamations épithéliales, mêlées de nombreux corpuscules muqueux ; de plus, à ce produit vient se joindre celui des glandes muqueuses qui s’ouvrent au fond des dépressions de la muqueuse ; enfin, les follicules les plus super-

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liciels se rompent souvent, et mêlent leur contenu aux éléments précédents ; de là, le détritus caséeux et granuleux, souvent fétide, par suite de décomposition, qui remplit parfois les dépressions des organes folliculeux, et surtout celles de l’amygdale, le plus volumineux des organes

— a, épithélium qui le tapisse — b , papilles — c , surface externe du follicule et enveloppe de tissu conjonctif — e, cavité du follicule — /*, épithélium du follicule— g, capsule (gross. 50 d.).

de ce genre* Le détritus des amygdales renferme souvent des vibrions et des leptothhx, implantés dans une matrice amorphe granulée, formée de débris épithéliaux et de résidus alimentaires, comme le dépôt gengivo-dentaire que nous avons décrit au niveau des dents, et celui que l’on trouve englobant et prolongeant les papilles filiformes de la langue (voy. p. 178).

La muqueuse du pharynx est recouverte d’un épithélium identique à celui de la cavité buccale, si ce n’est vers la partie supérieure, qui par sa structure et par ses rapports, mérite le nom d’arrière-cavité des fosses nasales ; en ces points, c’est-à-dire à la partie postérieure du voile du palais, au pourtour de l’orifice des trompes d’Eustache, et à la voûte du pharynx, la muqueuse présente un épithélium vibratile, comme celui des fosses nasales. — La muqueuse du pharynx est en général dépourvue de papilles; elle présente des

184 ÉTUDE MiCROSC. DES PRODUITS DES MUQUEUSES

glandes muqueuses et des glandes folliculeuses ; ces glandes et surtout ces follicules sont abondants vers la partie supérieure ; en arrière de l’orillce des trompes, les glandes folliculeuses forment souvent une espèce de tonsille pharyngienne, dans les dépressions de laquelle s’accumulent des amas caséeux, puriformes, identiques à ceux de Pamygdale.

La muqueuse de V œsophage ne présente rien de remarquable ; elle est recouverte par un épithélium pavimenteux identique à celui de la bouche et présente quelques glandes muqueuses peu nombreuses, et quelques follicules clos isolés plus rares encore ; sous ce dernier rapport, il paraîtrait y avoir de grandes différences selon les individus.

PRODUITS de LA CAVITÉ BUCCALE

La muqueuse buccale est revêtue, comme nous venons de l’indiquer, d’un épithélium pavimenteux stratifié qui se desquame incessamment. Les produits de cette chute épithéliale, mélangés à de la salive, forment un enduit que l’on pourrait appeler physiologique et qui recouvre la langue, les gencives, la paroi interne des joues, etc. Cet enduit buccal est d’ordinaire incolore, transparent, alcalin, assez peu visqueux. Il se rassemble sur les bords de la langue et se reconnaît aux bulles d’air qui le soulèvent et lui donnent assez souvent l’aspect d’une écume blanchâtre. Si on l’examine au microscope, on y trouve les cellules épithéliales aplaties, déformées, repliées sur elles-mêmes de la muqueuse buccale (voy. fig. 42); ces cellules forment de larges plaques polygonales présentant presque toujours un noyau petit, sans nucléole, ne renfermant que quelques granulations. Parfois, surtout dans les cas d’inflammation légère, ces cellules épithéliales se gouttent, deviennent globuleuses. Leur noyau peut alors

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mesurer 5 à 7 jx. Outre ces lamelles épithéliales, l’enduit normal de la bouche renferme toujours quelques leucocytes gonflés par la salive et dont on aperçoit très-nettement le noyau et les granulations moléculaires; il contient, en outre, presque toujours des éléments étrangers (débris d’aliments, poussière, etc.) et surtout des parasites. Nous décrirons plus loin ces différents produits. Si nous nous bornons à examiner ce que deviennent les enduits épithéliaux, voici ce que nous constatons :

L'enduit buccal peut s’accumuler en quantités plus ou moins considérables dans les conditions physiologiques et former à la surface de la langue une couche blanchâtre, molle, étendue principalement à la base de la langue, laissant parfois les bords et la pointe intacts et, par conséquent, d’une coloration rouge qui fait contraste avec l’aspect grisâtre des parties voisines. Cet enduit étant enlevé à l’aide d'une spatule, on n’y trouve souvent, dans le cas où il s’accumule à la suite de l’abstinence, que les éléments épithéliaux caractéristiques de la desquamation buccale, unis à quelques leucocytes, à quelques granulations protéiques et à quelques fragments de leptothrix ; Je même aspect s’observe quand on examine les enduits qui surviennent après une alimentation épicée, l’usage de l’alcool, du tabac ; mais on constate, dans ces derniers cas, un nombre de leucocytes plus considérable. Yient-on à observer les enduits dits muqueux qui forment à la surface de la langue une couche blanchâtre ou gris jaunâtre, crémeuse, parfois très-épaisse, souvent colorée par la bile (embarras gastrique), on voit, sous le champ du microscope, que les lamelles épithéliales, imbriquées, adhérentes les unes aux autres, sont unies par

une matière granuleuse, amorphe, facile à dissocier, formée par du mucus semi-concret, granuleux, retenant les éléments épithéliaux, des débris alimentaires, des leucocytes et un grand nombre de vibrions et d’algues du genre lepiothrix. Si le malade, dont la langue se recouvre d’un enduit semblable, dort la bouche ouverte, s’il n’a soin, à l’aide de gargarismes, de délayer et d’enlever l’enduit muco-épithélial qui s’est ainsi formé, celui-ci se dessèche, se fendille ; des excoriations surviennent et le sang épanché donne à l’enduit lingual une coloration jaunâtre, rouge brunâtre ou même noirâtre. Les fuliginbsités ainsi produites sont très-riches en parasites ; on y rencontre aussi tous les produits que laisse à sa suite le sang épanché hors des vaisseaux et plus ou moins décomposé (p. 60). On reconnaîtra aisément ces produits et il sera impossible de confondre ces colorations brunâtres avec celle que laisse à sa suite l’usage d’aliments riches en matières colorantes (chocolat, fruits, réglisse, etc.). Certains observateurs expérimentés ont été parfois trompés par des supercheries de ce genre : il importait donc de les signaler.

Les parasites que l’on rencontre, mêlés aux produits de la desquamation épithéliale de la langue et au mucus buccal, sont très-fréquents et n’ont rien de caractéristique. En raclant, à l’aide d’un manche de scalpel, la base de la langue, toujours recouverte d’un enduit plus ou moins épais, on trouve que les cellules épithéliales sont hérissées de touffes de filaments transparents, très-longs, très-tenus, droits ou légèrement courbés, formant des « faisceaux serrés, feutrés, parfois ondulés. Ces faisceaux sont simplement courbés en demi-cercles ou décrivent des flexuosités nombreuses

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entre les amas d’épithélium Ailleurs, ils ont l’as-

pect de petites baguettes rigides, droites ou coudées qui ne sont que la première période du développement de ces végétaux. Souvent ils sont détachés par les mouvements de la langue ou de la mastication avant qu’ils aient pu atteindre toutes leurs croissances. » (Ch. Robin.) (Voy. fig. 51.)

Ces masses de leptothrix buccalis sont parfois implantées sur une gangue amorphe formée par un détritus de matières alimentaires en voie de putréfaction et réunies par de la salive, soit par un détritus de cellules épithéliales ou de mucus en voie d’altération. Outre ces parasites, l’enduit buccal renferme toujours un grand nombre de vibrions très-petits et parfois des spores de cryptococcus cerevisiœ. Cette algue, dont la présence n’a aucune signification pathogénique, se compose de cellules ovales, disposées bout à bout, en chapelets composés de 5 à 5 cellules, plus grandes que les spores de X oïdium albicans et renfermant toujours un ou deux corpuscules brillants, réfractant fortement la lumière.

Enfin, dans certains cas où la langue présente une coloration noire analogue à celle de l’encre, formant des taches diffuses ou irrégulières, d’un aspect tomenteux, filiforme, paraissant siéger dans les gaines épithéliales des papilles, M. Maurice Raynaud (Arch. méd ., 1869, n° 77) a cru reconnaître l’existence de spores réunies par petits amas de 4 ou 5, sans trace de tubes sporophores, ressemblant assez bien aux sporules du trycophyton de l’herpès circiné. Ces sporules n’ont pas été retrouvées dans plusieurs cas analogues observés par MM. Gallois, Ralbiani, Gubler. (Voy. Soc. biolog., 1871.)

L’enduit buccal n’existe pas seulement à la surface de la langue : les gencives, la paroi interne des joues, la surface externe et le collet des dents en sont presque toujours recouverts. Le produit obtenu en raclant la surface des dents présentera donc des caractères identiques à ceux de l’enduit buccal. Toutefois, les parcelles alimentaires, les détritus granuleux provenant de la décomposition des aliments ou des cellules épithéliales, enfin les parasites appartenant au genre vibrio, se rencontreront, en plus grande abondance, dans l’enduit blanchâtre, pulpeux, fétide qui recouvre les dents. On y retrouvera aussi les produits du tartre dentaire que nous étudierons plus loin (p. 193). La voûte et le voile du palais, le pharynx, les amygdales sont recouverts d’un dépôt analogue ; les cryptes des amygdales sont remplies de petites concrétions blanchâtres dont la composition élémentaire est la même que celle des enduits buccaux (mucus grenu, décomposé et existant sous forme de masses amorphes englobant des cellules épithéliales, des leucocytes et des molécules graisseuses en nombre plus considérable dans les cryptes des amygdales).

Sur la voûte palatine, chez les enfants nouveaunés, on observe parfois 1 des masses épithéliales enkystées sous forme de petits grains blanchâtres, arrondis , contenant une grande quantité de cellules épithéliales aplaties, lamelleuses, semblables h celles qui se desquament à la surface de la muqueuse.

Lorsque, sous l’influence d’une cause traumatique ou spécifique, la muqueuse buccale vient à s’enflammer, fhyperémie et la prolifération cellulaire peuvent donner

' F. Guyon et Eni. Thierry, Arch. de physiologie ,1869, p. TjG8.

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naissance à la formation d’exsudats, en même temps que des ulcérations superficielles ou profondes s’observeront à la surface de la langue, des gencives, de la paroi interne des joues.

Dans la stomatite mercurielle , la muqueuse boursouflée, grisâtre, intacte ou ulcérée, est souvent recouverte d’une fausse membrane grisâtre, gélatiniforme, constituée par une matière amorphe unie à de la fibrine sous forme de filaments fibrillaires ondulés qui retiennent des cellules épithéliales déformées, des granulations moléculaires, des globules de graisse, un grand nombre de leucocytes et de globules de sang plus ou moins altérés. La salive qui s’écoule en grande abondance renferme du mercure que l’on pourra recueillir et isoler à l’aide d’une petite pile de Smithson.

La gingivite des fumeurs , des verriers , etc., présente des fausses membranes analogues.

Dans 1 eAiséré plombique, le dépôt des particules métalliques occupe la couche profonde de l’épiderme; il n’est visible que par un phénomène d’optique, par la réflexion de la lumière sur la surface blanche, transparente du collet des dents (Magitot).

Dans les ulcérations produites par le tartre stibié , l’examen au microscope du produit obtenu en raclant la surface des ulcères, pourra parfois présenter des cristaux qui suffiront pour caractériser ce sel toxique. (Voy. p. 213.)

Dans la stomatite aphtheuse , M. J. Worms dit avoir trouvé des globules sphériques, très-grands (0mm,01 à 0mm,04) agrégés de manière à rappeler l’aspect du parenchyme hépatique. Ces globules sont très-transparents, analogues aux gros globules de lait, bien que réfractant moins la lumière.

Les enduits pidtacés qui se déposent sur le pharynx et les amygdales, dans les cas de fièvre grave avec adynamie profonde (fièvre typhoïde, scarlatine, etc.), ressemblent assez aux fausses membranes du muguet pour qu’un examen microscopique devienne souvent indispensable. Ces fausses membranes pultacées contiennent : une matière amorphe avec granulations moléculaires agitées de mouvement brownien, des matières grasses, peu ou point de fibrine, un petit nombre de leucocytes, enfin de nombreux filaments de leptothrix sans traces du parasite du muguet.

La stomatite ulcêro-membraneuse donne aussi naissance à des fausses membranes grisâtres qui s’accumulent sur le bord des ulcérations alvéolaires ou bien encore à la face interne des joues, sur le bord labial, sur la langue.

Ces fausses membranes jaunâtres renferment : des fibres de tissu connectif sous forme de faisceaux allongés, d’autres entrecroisées, devenant pâles, diffluentes sous l’influence de l’acide acétique; des fibres élastiques; des lamelles d’épithélium pavimenteux ; on n’y constate point de fibrine. Le détritus grisâtre que l’on recueille à la surface des ulcérations contient : des granulations moléculaires douées de mouvement brownien, des globules de pus, à plusieurs

Fig. 50. — Stomatite ulcéromembraneuse : — 1, libres élastiques — 2, fibres de tissu conjonctif — 5, leucocytes— 4, globules de graisse — 5, débris de tartre dentaire — 6, vibrions 7, globules rouges altérés — 8, cellules épithéliales.

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noyaux, quelques-uns hypertrophiés et granuleux; des globules rouges souvent déformés, dentelés sur les bords; des lamelles d’épithélium; enfin un grand nombre de bactéries, de vibrions, de leptothrix et des débris de tartre dentaire (Laboulbène). Quant aux pseudo-membranes de l’angine et de la stomatite herpétique, on n’a pu encore les distinguer des fausses membranes diphthéritiques que nous avons étudiées (p. 152).

Les plaques de muguet sont caractérisées par un parasite spécial décrit par Ch. Robin sous le nom d’oïdium albicans , et que M. Quinquaud propose de désigner sous le nom de Syringospora Robinii. Ce parasite s’obtient aisément lorsque l’on vient à racler la surface des ulcérations que l’on constate sur les côtés de la langue, à sa face inférieure ou vers les dernières molaires. Son mycélium se compose de troncs nombreux, de tubes rampant sous l’épithélium. Ces tubes sont fistuleux, à cloisons assez nombreuses Ils sont remplis de granulations moléculaires nageant dans un protoplasma incolore. Les extrémités de tous ces cylindres se renflent en vésicules. Les spores sont ovalaires, quelquefois sphériques , quelques-unes trèsvolumineuses. Les grains de l’oïdium exécutent dans la cavité de la cellule des mouvements très-rapides. L’acide acétique, en pâlissant les cellules épithéliales, rend les champignons plus évidents; l’acide phénique ne les tue pas (Quinquaud). L’épithélium est granuleux, infiltré de graisse; souvent il contient plusieurs noyaux, quelquefois libres, parfois deux à trois fois plus gros que les spores. Celles-ci diffèrent, comme nous l’avons vu, des spores du cryptococcus cerevisiœ par l’absence de deux globes brillants que renferme toujours ces dernières. Le mycélium n’adhère qu’aux couches les

plus superficielles de l’épiderme. Le muguet n’est pas le symptôme de telle ou telle maladie, ni l’indice de sa gravité. Il se lie à la diminution de la sécrétion sa-

Fig. 51. — Parasites de la bouche — 1, Plaques d’épithélium pavimenteux, — 2, filaments de leptothrix buccalis — 5, spores et filaments recep lacula ires de f oïdium albicans — 4, vibrioniens — 5, globules de pus — 6, granulations graisseuses.

livaire avec demi-sécheresse de Ja bouche et accumulation de produits de desquamation épithéliale. La seule condition de son développement est la présence d’une couche épithéliale imprégnée de substances sucrées ou amylacées, fermentescibles et, par conséséquent, acidifiables (Gubler).

Le sang et le pus peuvent se rencontrer mélangés à tous les dépôts formés par l’enduit buccal. Le sang est d’ordinaire, plus ou moins altéré, les globules présentant l’aspect dentelé, crénelé que nous avons signalé à plusieurs reprises.

MUQUEUSE DIGESTIVE

Divrrs dépôts salivaires viennent s’ajouter à l’enduit buccal accumulé sur les gencives, au niveau du collet des dents. Le tartre dentaire (Ch. Robin) est grisâtre noirâtre, très-dur, apparaissant sous forme de concrétions anguleuses , irrégulières , réfractant fortement la lumière, mêlées à quelques fragments lamelleux, isolés ou à des globules sphéroïdaux, mamelonnés, grenus ou homogènes à l’intérieur, rarement striés. Les grains calcaires sont rapidement attaqués parl’acide chlorhydrique et l’acide acétique qui provoquent un dégagement gazeux. Ils sont composés de mucus uni à des phosphates et à des carbonates de chaux.

Les graviers salivaires sont irréguliers, mamelonnés, transparents, ou bien arrondis et ovoïdes, jaunâtres, offrant les réactions des granulations calcaires : quelques-uns sont composés d’aiguilles très-fines imbriquées par couches, noirâtres, hérissant la surface du calcul. Les calculs salivaires , proprement dits, peuvent être examinés à l’œil nu et analysés par les procédés de la chimie. Leur poussière est composée de grains irréguliers , prismatiques , jamais lamelleux ni globulaires comme ceux du tartre. Ils sont rapidement attaqués par les acides. (Ch. Robin.)

Dans la carie dentaire on trouve une masse pulpeuse, molle, à réaction acide, composée d’éléments qui proviennent des dents (prismes d’émail réunis en faisceaux, isolés ou brisés, à contours très-irréguliers et foncés, granuleux, quelquefois brisés), de cellules épithéliales déformées, de matières grasses, de tartre dentaire et de parasites du genre leptotkrix (Ma— gitot)1.

1 Mémoires de la Soc. de biologie et Journal de physiologie, 1866.

Outre les parasites que nous avons déjà signalés, la muqueuse linguale peut renfermer dans son parenchyme un cysticerque que l’on a désigné sous le nom de Cyslicercus cellulosœ (Davaine, p. xxi), et parfois le dragonneau, ou Filaire de Médine, (p. 159.)

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