I. — ANATOMIE
Io Organes génitaux externes. — Les organes génitaux externes présentent une transition entre le revêtement épidermique cutané, et le revêtement épithélial de la muqueuse vaginale. Cette transition se fait au niveau du bord libre des grandes lèvres.
Sur la face externe des grandes lèvres on trouve une enveloppe cutanée, riche en follicules pileux, en glandes sébacées et en glandes sudoripares ; son épiderme est plus ou moins fortement pigmenté selon les sujets, c’est-à-dire que les cellules profondes et principalement celles de la couche de Malpighi sont chargées de granulations pigmentaires.
Sur la face interne des grandes lèvres, à la fourchette, sur les petites lèvres, le clitoris, etc., on trouve une muqueuse rosée, riche en capillaires sanguins, pourvue de papilles et de glandes, et recouverte d’un épithélium pavimenteux stratifié, identique à celui des muqueuses de cette classe, identique à celui du vagin. Les papilles sont trèsdéveloppées et nombreuses, surtout au niveau du clitoris. Les glandes sont les unes muqueuses, les autres sébacées. Les glandes sébacées se trouvent sur la face interne des grandes lèvres, sur les petites lèvres et sur leurs replis qui forment ce qu on nomme le prépuce du clitoris ; ces glandes sébacées ne sont pas annexées à des follicules pileux : elles sont libres et analogues aux glandes de Tyson, de la région balano-prépuciale de l’homme ; elles sécrètent le produit
sébacé que nous avons déjà étudié (voy. p. 109) et qui, mêlé à des détritus épithéliaux, constitue de petits amas caséeux identiques au smegma prepucial, — Les glandes muqueuses en grappe sont disséminées autour du méat urinaire et sur les parties latérales de l’entrée du vagin ; à ce niveaü se trouve une formation glandulaire du même genre, mais relativement volumineuse, c’est la glande de Hartholin , dont l’étude a été si bien faite par lluguier. Ces glandes (une de chaque côté) sont situées précisément sur les limites de la vulve et du vagin, dans l’espace angulaire que présente de chaque côté la cloison recto-vaginale : ce sont de simples glandes en grappe de 14 millimètres de diamètre, à vésicules glandulaires tapissées d’un épithélium pavimenteux, et dont le canal sécréteur vient s’ouvrir immédiatement à la base et en avant de Y hymen ou des caroncules myrli formes, dans l’angle rentrant que forme cette membrane, ou ses débris, avec les parois de la vulve. 11 est donc facile, en introduisant le doigt dans le vagin et en le ramenant d’arrière en avant sous forme de crochet dirigé du côté de la glande dont on veut examiner le produit, de presser celle-ci de dedans en dehors et d’en faire sourdre un liquide dont il est très-important d’examiner la nature dans certains cas pathologiques. A l’état normal, ce liquide présente tous les caractères d’un mucus transparent et visqueux : il est excrété en grande quantité pendant la copulation et sort quelquefois en jet comme par une sorte d’éjaculation 2° Vagin . — Le vagin est formé d’une tunique externe cellulo-iibreuse, d’une tunique moyenne musculaire (muscles lisses) et d’une muqueuse . Celle-ci est rouge pâle, formant un grand nombre de replis et recouverte d'un épithélium pavimenteux, à cellules superficielles aplaties, identique à l’épithélium de la bouche et de l’œsophage. Celte muqueuse est riche en papilles, mais celles-ci sont peu proéminentes et les saillies choriales sont ensevelies dans l’épithélium pavimenteux, comme les saillies secondaires des papilles fongiformes de la muqueuse linguale. La muqueuse vaginale est complètement dépourvue de glandes ; c’ést là Un fait définitivement établi, grâce aux recherches de Sappey, et malgré les affirmations contraires de Huschke et d’uil
grand nombre d’anatomistes. On avait cru pouvoir invoquer en laveur de l’existence de ces glandes celle des kystes du vagin , que l’on considérait comme provenant d’une cavité glandulaire dilatée après oblitération de son canal excréteur, mais G. Eustache a montré que ces kystes se forment dans les aréoles du tissu conjonctif, absolument comme un liygroma, à la suite d’un frottement trop énergiquement répété1. Le liquide auquel donnent naissance les parois du vagin ne provient donc que de la chute et £
de la fonte de ses cellules épithéliales. Per contre, la muqueuse vaginale renfermerait quelques follicules clos, analogues à ceux de la base de la langue2.
3° Utérus. — L’utérus et les trompes de Fallope présentent la même structure et l’on sait en elfet que la matrice représente la partie la plus inférieure des trompes fusionnées en un organe médian à cavité unique. Nous ne parlerons pas de la direction des fibres musculaires qui composent la principale masse de l’utérus, mais nous insisterons sur leur nature: ce sont des fibres musculaires lisses, des fibres cellules fusiformes, à noyau ovalaire (fig. 91) unies entre elles par une grande quaniitéde tissu conjonctif, riche en éléments plasmatiques. 11 est im-p.o, 9i Fibre portant de connaître cette structure parce musculaire de que c’est celle que l’on trouve dans la l’utérus (Kœlplupart des tumeurs que l’on désignait Eker.) sous le nom de tumeurs fibreuses * de polypes fibreux de l’utérus ; ces tumeurs ont une composition caractéristique; ce sont des myemes, des myomes à fibres lisses. Pour les étudier et s’assurer de leur nature, il faut en faire macérer des lambeaux dans une solution d’acide azotique à 20 pour 100 ; on peut alors facilement en dissocier les
1 Montpellier médical, juin 1870.
2 D'après Lœwenstein. Voy. Gazette médicale de Strasbourg , 1er janvier 1872.
31 i ÉTUDE MICROSC. DES PRODUITS DES MUQUEUSES.
éléments et reconnaître les fibres musculaires lisses dont le noyau devient plus apparent si l’on colore la préparation avec le picrocarrninate d’ammoniaque (voy. Introduction, p. 19). Pendant la gestation les fibres musculaires préexistantes s’hypertrophient, en même temps qu’il se forme de nouveaux éléments musculaires : c’est ainsi que la masse de l’utérus devient de vingt à trente fois plus considérable quelle n’était primitivement.
La muqueuse utérine doit être étudiée au niveau du corps de l’utérus, au niveau de la cavité du col, et au niveau du museau de tanche.
La muqueuse du corps de l'utérus ne possède comme cliorion qu’une mince couche de tissu conjonctif embryonnaire intimement unie à la masse musculaire, de telle sorte que l’épithélium utérin semble directement appliqué sur le tissu musculo-vasculaire sous-jacent. La surface de cette muqueuse est lisse, sans aucune papille; mais elle présente dans la profondeur un grand nombre de prolongements en doigt de gant, qui forment des glandes en tube très-analogues aux glandes de Lieberkülm du canal intestinal: ces glandes sont simples ou ramifiées. Le revêtement épithélial se compose d’une simple couche de cellules cylindriques dans les culs-de-sac glandulaires, comme à la surface libre; mais, à la surface libre de la muqueuse, ces cellules cylindriques sont munies de cils vibrátiles qui se meuvent de dedans en dehors : il en est de même de l’épithélium des trompes utérines.
La muqueuse de la cavilé du col de l’utérus, étudiée avec soin par Cornil, est aussi revêtue d’un épithélium à une seule couche de cellules cylindriques avec cils vibrátiles, que l’on retrouve encore jusque très-près de l’orifice du museau de tanche; mais cette muqueuse présente en plus des papilles très-nombreuses, surtout vers la partie inférieure, papilles qui se rencontrent aussi bien à la surface des saillies arborisées de la muqueuse ( arbre de vie du col de l’utérus), que dans leur inter\alle et jusque dans les dépressions les plus profondes qui séparent ces saillies. Ces papilles sont d’autant plus développées et plus nombreuses que le sujet est plus âgé. La muqueuse de la cavité du col
est très-riche en glandes , les unes simples, les autres composées : les premières sont de simples dépressions piriformes tapissées par des cellules cylindriques plus petites que celles de la surface libre et dépourvues de cils vibrátiles; les secondes, développées surtout vers le fond des sillons qui séparent les branches de l’arbre de vie, sont de véritables glandes acineuses (Sappey), mais dont chaque cul-desac est identique à l’une des glandes simples que nous venons de décrire. Ces glandes sécrètent le mucus épais, visqueux et gluant que nous étudierons bientôt; parfois le canal excréteur de ces glandes s’oblitère et leur produit de sécrétion s’y accumule de manière à constituer un petit kyste qui devient saillant : c’est ce qu’on a nommé les œufs de Nabot h, fréquents surtout chez les femmes âgées. Le contenu des œufs de Naboth présente souvent un aspect puriforme, dû à la présence de nombreuses cellules épithéliales en dégénérescence graisseuse: ce sont des cellules cylindriques déformées ; parfois des globes épithéliaux sphériques ; des formes pavimenteuses, et même des formes étoilées. (Wagner, Cornil).
La muqueuse du museau de tanche, ou portion vaginale du col, est couverte d’un épithélium pavimenteux identique à celui du vagin; mais cette muqueuse possède en plus des papilles et des glandes. Les papilles forment un réseau semblable à celui de la peau, mais elles sont peu saillantes et enfoncées au milieu des couches épithéliales. Les glandes, nombreuses seulement au niveau de l’orifice du col (Wagner, Cornil) sont des tubes simples, renflés à leur partie profonde, et tapissés d’une couche unique d’épithélium cylindrique ou cubique, sans cils vibrátiles (Cornil) ; en un mot, elles sont semblables à celles de la cavité du col : elles peuvent aussi, comme l’a démontré Cornil, donner lieu à la production de petits kystes, d’œufs de Naboth parfois trèsabondants, chez les personnes déjà âgées.
La muqueuse de l'utérus, et surtout celle de la cavité du corps, subit des modifications qu’il faut considérer comme physiologiques, aux époques de la menstruation et pendant la grossesse.
A l’époque de la menstruation, la muqueuse utérine s’hypertrophiè, ses glandes deviennent plus visibles, et les couches superficielles de l’épithélium tombent et sont éliminées : c’est une véritable mue épithéliale , qui, au point de vue physiologique, doit être placée comme impôt tance sur le môme rang que l’hémorrhagie cataméniale concomitante (Küss). Parfois même la menstruation se réduit à une simple desquamation de la muqueuse utérine. Aussi rencontre-t-on les cellules épithéliales en grande abondance dans le produit plus ou moins sanguinolent qui forme les règles. Parfois même on constate une élimination totale ou partielle de la muqueuse utérine, sous la forme de membranes qui rappellent l’aspect de la surface interne de l’utérus, et qui, examinées au microscope, présentent la structure de la muqueuse utérine *.
Dès le début de la grossesse, la muqueuse utérine s’hypertrophie : elle devient plus épaisse, plus molle, plus lâche, et plus rouge : ses glandes s’hypertrophient également et son chorion devient beaucoup plus visible. Mais le changement le plus important est celui qu’on observe dans les cellules épithéliales : l’épithélium du museau de tanche reste pavimenteux et tel qu’il est à l’état ordinaire; celui de la partie inférieure de la cavité du col reste cylindrique avec ses cils vibrátiles ; celui de la partie supérieure demeure cylindrique, mais perd ses cils vibrátiles (Ch. Robin). Enfin l’épithélium cylindrique vibradle de la cavité du corps de l’utérus s’exfolie complètement et se trouve remplacé par des cellules pavimenteuses, parfois sphériques, le plus souvent pavi menteuses ou régulièrement polyédriques par pression réciproque. Ces cellules ont un noyau sphérique ou à peine ovoïde, finement granuleux, sans nucléoles. Quelques-unes ont un noyau multiple ; d’autres n’ont pas de noyau, mais sont remplies de granulations jaunâtres, foncées. Souvent il arrive que ces cellules se desquamant, tombent dans la cavité utérine et sont évacuées (avec le
1 Voy. Courty, de la Dysménorrhée membraneuse (menstruation exfoliante). Montpellier médical , septembre 1S69,
MUQUEUSE DES ORGANfcS GÉNITAUX DE LA FEMME. 517
mucus utérin) : elles sont toujours alors sphériques et granuleuses.
A partir de deux mois et demi viennent s’ajouter à ces cellules d’autres cellules plus grandes, plus allongées, minces, pâles, aplaties, se prolongeant en pointe, parfois môme étoilées. Ces cellules ont un noyau plus volumineux que celui des cellules précédentes, souvent un ou deux nucléoles jaunes et brillants. Ces éléments de la caduque utérine diffèrent peu des cellules que l’on observe à la surface do la membrane improprement appel èe caduque inler-utéroplacentaire ou sérotine. Celle-ci, en effet, ne s’élimine point avec le placenta. Elle diminue peu à peu d’épaisseur jusqu’à ce que son niveau ait atteint celui de la muqueuse qui se régénère. Quelquefois même elle persiste sous forme d’une plaque circulaire, plus ou moins saillante et mamelonnée. L’épithélium qui la tapisse est formé de noyaux libres et de cellules. Celles-ci sont, en partie, semblables à celles de la caduque utérine : ou bien elles sont très-hypertrophiées, renflées, arrondies ; leur noyau est volumineux ; il renferme un ou deux nucléoles à contour foncé, noirâtre, à centre brillant, jaune. Quelques-unes, que l’on trouve isolées ou juxtaposées en lamelles plus ou moins grandes, sont encore plus déformées. Elles sont très-volumineuses, sphériques ou plus souvent allongées, fusiformes ou coniques. Les noyaux libres d’épithélium sont très-analogues à ceux qui ont été décrits et figurés sous les noms de noyaux cancéreux, carcinomateux, etc. (Ch. Robin).
11 importe d’être éclairé sur les formes variées et bizarres de tous ces éléments cellulaires que le médecin pourra parfois rencontrer dans les produits évacués au moment de l’accouchement ou pendant la grossesse.