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III. PRODUITS DES ORGANES GÉNITAUX INTERNES

Physiologie. — Dans les conditions normales, le mucus sécrété par la muqueuse vaginale est peu abondant, peu visqueux, acide, presque toujours d’apparence crémeuse, ce qui tient aux nombreuses cellules épithéliales qu’il contient. Examiné au microscope, il présente, en effet, un nombre toujours considérable de plaques épithéliales pavimenteuses, très-souvent contournées et repliées sur elles-mêmes. Ces cellules épithéliales ont un noyau volumineux et sont infdtrées de fines granulations. Souvent on trouve mélangés à ces cellules des filaments de leptothrioc , quelques leucocytes et un nombre variable de vibrions. Les infusoires décrits par Donné sous le nom de trichomonas vaginale ne s’y rencontrent que dans les cas pathologiques.

Souvent on trouve, au milieu de ce liquide, des plaques formées par des cellules polygonales très-peu

altérées, mêlées à des flocons albumineux, opalins, contenant des débris épithéliaux.

Au mucus vaginal vient s’ajouter le produit de la sécrétion du col et du corps utérin. Mais ces produits, très-peu abondants dans les conditions normales, difficiles à obtenir même à l’aide du spéculum, ne s’observent guère que dans les conditions pathologiques ou bien encore au moment de la menstruation. Tyler Smith1, qui a bien décrit les caractères physiques et micrographiques du mucus utérin, a reconnu que le mucus du col, très-tenace, gluant, demi-solide, transparent, ne tient aucun élément anatomique en suspension, sauf quelques cellules prismatiques, granuleuses, et souvent un assez grand nombre de leucocytes.

Le mucus du corps est, au contraire, peu visqueux, demi-liquide, grisâtre , d’après quelques auteurs ; il tient en suspension de nombreuses cellules épithéliales prismatiques ou cylindriques, munies ou non de cils vibrátiles, des amas de grosses cellules, sans enveloppes, mais à noyau volumineux et à protoplasma granuleux, souvent intimement soudées les unes aux autres, des leucocytes granuleux, enlin, même dans les conditions physiologiques, un assez grand nombre de globules graisseux.

Pendant la menstruation, cette desquamation du vagin et de la cavité du corps et du col utérin augmente rapidement. Dans la période d’invasion des règles , le mucus, plus fluide, prend une odeur caractéristique ; si on l’examine au microscope, on constate qu’il ne contient que quelques rares globules de sang mêlés à un

i The Pathology and thc Ireatmen of Leucorrhœa , cité par Courtv, Traité des maladies de l'utérus , lr# éd., p. 580 et suiv.

grand nombre de leucocytes et à quelques cellules épithéliales, les unes de forme et de dimension normales, d’autres plus ou moins altérées : bientôt le mucus devient brunâtre, puis il se colore en rouge, et, dans la période d’état, du sang presque pur s’écoule en quantité plus ou moins abondante. Le sang des règles contient alors un grand nombre de globules sanguins normaux, s’empilant encore facilement, quelques leucocytes, enfin les éléments cellulaires pavimenteux ou cylindriques qui proviennent du mucus vaginal ou du mucus utérin. La présence de ces cellules épithéliales, surtout des cellules cylindriques à cils vibrátiles et des épithéliums nucléaires, pourra servir à reconnaître le sang des règles, à le distinguer du sang provenant d’une autre région du corps *.

11 arrive parfois que, sans qu’il y ait maladie, l’écoulement menstruel ayant eu lieu une ou même plusieurs fois, s’arrête pendant quelque temps et soit remplacé par un écoulement blanc. Une proportion plus ou moins considérable de leucocytes remplace alors les globules rouges, dont le nombre est presque insignifiant.Ces écoulements blancs terminent parfois, surtout chez les chlorotiques, un écoulement menstruel sanguin ; parfois aussi ils s’observent, pendant plusieurs mois consécutifs à l’époque habituelle des règles, chez certaines femmes enceintes.

L’écoulement qui survient après la délivrance (lochies) est d’abord séro-sanguinolent (lochies rouges) , très-riche en leucocytes, isolés ou agglutinés, en globules rouges, en cellules polygonales ou aplaties, provenant du vagin ou du col de l’utérus. De ces cellules

1 Voy. Robin, Annales d'hygiène, t. V, p. 421.

épithéliales, les premières sont ordinairement trèsminces, très-aplaties, réunies par groupes, manquant de noyau ou présentant un noyau ovoïde. Celles qui proviennent du col utérin sont plus petites , plus épaisses, renfermant un noyau sphérique. Tous ces éléments sont mélangés à un grand nombre de molécules grisâtres, et à quelques globules graisseux. Souvent on y trouve des résidus de la caduque et des fibres musculaires provenant de la couche interne de la matrice. Peu à peu, les globules sanguins diminuent ; les leucocytes augmentent de nombre et deviennent de plus en plus granuleux. Ceux-ci , mêlés à quelques cellules d’épithélium pavimenteux réunies en lames plus ou moins grandes, à des granulations moléculaires et graisseuses, forment presque toute la masse du liquide qui s’écoule des organes génitaux de la femme ( lochies blanches) . Il est important de reconnaître, par l’analyse de l’écoulement lochial , la date approximative de l’écoulement.D’après Robin *, à la fin du premier jour, le liquide qui s'écoule par le vagin ne contient plus qu’un tiers environ de globules rouges. Les autres éléments sont des leucocytes en nombre un peu moindre que les hématies; ils sont isolés ou agglutinés ; des cellules épithéliales pavimenteuses, isolées ou imbriquées : les unes sont sphéroïdales, ou à peine polyédriques, réunies en groupes, rarement isolées; les autres, qui proviennent de la profondeur de l’épithélium vaginal, ont un noyau sphérique. A partir du deuxième jour et surtout le troisième et quatrième jour, le nombre des leucocytes remporte notablement sur celui des hématies ; on ne rencontre plus de globules rouges à

Voy. à ce sujet Chantreuil, Thèse d’agrégation. Paris, 1872.

partir du cinquième jour. En même temps que les globules sanguins, les cellules épithéliales tendent à disparaître ; vers le cinquième jour, les lochies, de couleur rose sale ( lochies séreuses) ne renferment que des leucocytes et quelques rares cellules épithéliales (Scherer). Enfin le dixième jour, les lochies blanches ou laiteuses sont riches en mucine et pourraient contenir (Wertheimer) des cellules étoilées ou fusiformes , des cristaux de cholestérine et, plus rarement, quelques trichomonas.

D’après Mayerhofer, les vibrions n’existent que rarement dans les sécrétions lochiales des accouchées bien portantes (quinze fois sur quarante-neuf) ; on les rencontre, au contraire, toujours au début d’affections puerpérales survenant pendant les suites de couches. Il existerait donc, d’après l’auteur, un rapport de cause à effet entre les affections puerpérales et la présence de ces vibrions (voyez pour cette question P- 57).

Les taches produites par les lochies ont été étudiées par Ch. Robin et par J. Gosse 2. On les reconnaît à la présence de cellules épithéliales vibrátiles, cylindriques, imbriquées; de plus, ces taches ne jaunissent pas par la chaleur ; le liquide de la macération ne se coagule pas, ne dépose pas de flocons; la dissolution précipite abondamment par l’acide azotique ; la portion jaunâtre est soluble dans la potasse.

Le médecin ne doit pas se borner à l’examen des Guides sécrétés par l’utérus ou le vagin. Souvent con-

4 Cité par Chan treuil, p. 30.

- Thèses de Paris, 1803.

suite dans des cas de stérilité, il lui faudra s'assurer de la présence et de la conservation des spermatozoïdes dans les voies génitales de la femme. Marion Sims a pu constater ainsi que la stérilité résultait parfois de ce que le vagin, trop court, ne pouvait retenir la liqueur spermatique, dont on ne retrouvait traces ni dans le mucus vaginal, ni dans le mucus cervical1. Le même observateur a reconnu : Io que la liqueur spermatique peut entrer dans le vagin sans qu’il y ait eu pénétration ; 2° qu’un spermatozoaire peut, dans un temps relativement court (quatre heures), parcourir une distance considérable (de l’orifice du vagin au canal cervical de la matrice); 3° qu’il peut vivre assez longtemps hors du corps, pourvu que la température ne soit pas trop basse (le mucus cervical recueilli à midi ne fut examiné qu’à minuit, seize heures après la tentative de coït. M. Sims y trouva un spermatozoïde qui manifestait la plus grande activité).

Marion Sims a recherché également pendant combien de temps les spermatozoïdes pouvaient vivre dans la matrice. Le Dr Percy, de New-York, ayant trouvé quelques spermatozoïdes vivants dans le col utérin, huit jours et demi après le dernier rapprochement sexuel, Marion Sims ajoute :

J’ai maintes fois examiné la semence afin d’être fixé sur ce point. Je crois pouvoir dire avec certitude: Io que les spermatozoaires ne vivent jamais plus de douze heures dans le mucus vaginal; 2° qu’ils vivent, au contraire, beaucoup plus longtemps dans le mucus cervical. En effet, lorsqu’on examine le mucus cervical trente-six à quarante

1 Xotes cliniques sur la chirurgie utérine , par Marion Sims, traduit par Lhéritier.

heures après le coït, on trouve ordinairement autant de spermatozoaires vivants que de morts, tandis que dans le vagin tous sont morts au bout de douze heures. Voici une observation recueillie sur une personne parfaitement digne de foi. « Acte sexuel à onze heures du soir, le samedi; examen microscropique des sécrétions le lundi à trois heures de l’après-midi, c’est-à-dire quarante heures après. Le mucus vaginal contient quelques spermatozoaires morts, aucun de vivant ; le mucus cervical en contient un grand nombre très-vivaces et fort peu de morts. »

Quant à la manière de procéder à ces examens, voici ce qu’en dit le chirurgien anglais (/. c., p, 472). Supposons que nous devions examiner le mucus vaginal aussitôt après le coit, c’est-à-dire dans l'espace d’une heure : on recommande à la femme de vider la vessie avant l’acte, et de rester tranquillement couchée sur le dos, jusqu’au moment de l’ex^ ploration. Pour recueillir quelques gouttes du liquide contenu dans le vagin, il faut y introduire l’index, opérer une pression en bas et en arrière sur la paroi postérieure, précisément au-dessous du col utérin. La semence s’amasse nécessairement dans la poche formée par cette pression on l’aspire alors au moyen de la seringue. Il importe, avant deprocéder à cetle manipulation* de débarrasser le vagin de tout le mucus qu’il peut contenir, aiin que la seringue ne puisse en recueillir une portion qui viendrait se mêler à celui du col, et nuire, par conséquent, à la précision de nos observations...

Pour recueillir le mucus sur un point plus élevé, vers la cavité utérine, nous devons enfoncer la seringue d’un pouce dans le canal cervical, et conduire l’opération avec autant de délicatesse que nous venons de le dire... il est bon que le bout de la seringue présente alors une forme bulbeuse : ce renflement, qui remplit l’orifice et le canal du col, empêche l’air d’entrer dans l’instrument, comme je l’ai vu arriver quand l’extrémité de la seringue était allongée et terminée en pointe.

Comme témoignage de la précision et de l’importance de cette méthode, M. Sims rapporte l’exemple suivant :

Une femme de trente-cinq ans avait eu un enfant de son

premier mariage, mais n’en avait point eu du second. Elle joignait à l’apparence d’une excellente santé, des menstrues régulières et normales. L’utérus était légèrement en antéversion. Elle n’avait pas de leucorrhée, à proprement parler; mais le mucus cervical semblait excéder un peu la quantité normale. Quelle pouvait être la cause de la stérilité qui l’affligeait pendant ces huit dernières années, et même pendant les quatre dernières années de son premier mariage. Les questions à résoudre étaient celles-ci : La semence était-elle normale? Les sécrétions du vagin et du col empoisonnaient-elles les spermatozoaires? Ceux-ci entraient-ils dans le canal cervical? — Une exploration fut faite une heure après le rapprochement sexuel : le mucus vaginal contenait en abondance des spermatozoaires vivants; le mucus cervical en contenait également, mais ils étaient tous morts. Un second examen microscopique, fait seulement huit ou dix minutes après le coït, donna les mêmes résultats. L’emploi du papier réactif (papier bleu de tournesol) resta sans valeur et ne nous révéla rien ; le mucus du col n était, pas acide; mais le microscope fit découvrir une grande abondance de pellicules provenant de l’épithélium, résultat d’une légère inflammation de quelque partie de la membrane cervicale. »

Nous devons nous borner à citer ces faits, n’ayant point à mentionner d’autres tentatives du même genre dont le but était d’injecter directement dans la cavité utérine la liqueur spermatique. Ces expériences intéressent plus le physiologiste que le médecin ; elles n’ont, au point de vue qui nous occupe, qu’une importance secondaire.

Pathologie. — Nous avons vu que les parois du vagin sécrétaient normalement : Io un mucus transparent, peu visqueux, à réaction acide ; 2° une matière d’apparence crémeuse qui n’est autre que ce mucus chargé de cellules épithéliales pavimenteuses ; 5° un muco-

pus , plus ou moins chargé de leucocytes ou de globules sanguins (menstruation, lochies).

Dès l’instant que le mucus vaginal devient jaune, crémeux, trés-acide, que le nombre des leucocytes augmente, s’ajoute aux éléments normaux un parasite bien décrit par Donné 4.

Le trichomonas vc^ginale a une forme ovale ou allongée; une de ses extrémités porte un, quelquefois deux ou trois cils vibrátiles de 30 g. à 60 p. de long, et à la base desquels on trouve un ou plusieurs filaments assez courts. Le corps de l’animal est de dimensions assez

Fig. 92. — Epithelium vaginal à tous les degrés de développement dans la leucorrhée épithéliale ou vaginale. Gross. 220 d. Lr>après Tyler-Smith.)

variables : son plus grand diamètre varie entre 16 p. et et 36 p.. Scanzoni compare ces animalcules à des cellules vibrátiles. Leur mobilité , leur vivacité est trèsgrande, mais cesse dès que l’on vient à étendre d’eau le mucus vaginal. A ce parasite se trouvent toujours

* Recherches microscopiques sur la nature du mucus. Par

MUQUEUSE DES ORGANES GÉNITAUX DE LA Fl MME. 327

mêlés un grand nombre de vibrions et des filaments de leptothrix .

Dans la leucorrhée dite vaginale , le liquide excrélé renferme un très-grand nombre de cellules pavimenteuses du vagin mêlées à des globulesde pus granuleux, des globules de graisse et des parasites (vibrions, leptothrix, trichomonas). Toutefois, ni le microscope, ni les divers symptômes de la maladie ne peuvent nous faire affirmer la nature de l’écoulement leucorrhéique. Celui qui résulte d’une vaginite simple ne diffère en rien de celui auquel donne naissance la blennorrhagie.

Au lieu de produire un écoulement leucorrhéique plus ou moins abondant, la desquamation du vagin peut aboutir à l’expulsion de lambeaux pseudo-membraneux analogues à ceux qui caractérisent la dysménorrhée membraneuse. M. Farre1 constata, au microscope, que ces lambeaux pseudo-membraneux étaient composés exclusivement de cellules épithéliales, aplaties, larges, à noyau ; que, le plus souvent, ils reproduisaient la forme de la cavité vaginale et même celle de la portion vaginale de l’utérus. Sous le nom de péri-vaginite phlegmoneuse disséquante , Marconnet 2 décrit une inflammation siégeant dans le tissu cellulaire péri-vaginal et caractérisée par l’élimination en masse de la muqueuse et de la portion vaginale de l’utérus. L’analyse microscopique de la membrane éliminée la montre constituée par deux couches, l’une muqueuse, l’autre musculaire. La surface extérieure était lisse et couverte d’un pus grisâtre.

1 Ar ch. of medicin, n° 2, p. 71, 1858, cité par Mauriac West, Leçons sur les maladies des femmes , p. 781.

a Arch. de \irchow, 1865 (voy. Mauriac, op. c.).

Dans la plupart des cas de leucorrhée , le liquide qui s’écoule par les parties génitales est constituée par « un mélange, en proportions variables, du liquide catarrhal du vagin, de celui du col et de celui du corps de Uutérus. Par là s’explique la variété d’aspect qu’il présente suivant les cas, depuis la mucosité transparente et limpide jusqu’à ces grosses mèches jaunâtres et glaireuses qui pendent au-devant de l'orifice du museau de tanche, et jusqu’au muco-pus épais et verdâtre des affections blennorrhagiques l. »

« Le microscope peut servir cependant à compléter le diagnostic différentiel entre les différentes espèces d’écoulement, notamment entre la leucorrhée vaginale et la leucorrhée utérine. Ce que nous avons dit (p. 314) de la composition histologique des muqueuses qui sécrètent ces divers liquides et des éléments anatomiques qui les constituent, nous dispensera d’entrer dans de plus longs détails sur les caractères microscopiques de leurs produitss2* » Tyler Smith distingue deux espèces de leucorrhées ; la leucorrhée vaginale , ou épithéliale, et Y utérine ou muqueuse. « La leucorrhée vaginale, fcu épithéliale, est constituée par de la lymphe, ou du plasma acide, de l'épithélium pavimenteux, des corpuscules de pus, des globules de sang, de la matière grasse. La leucorrhée cervico-utérine, ou muqueuse, est constituée par du mucus alcalin, des corpuscules muqueux, de l’épithélium cylindrique altéré, des corpuscules de pus, des globules de sang et des particules grasses. Les premiers de ces éléments sont constants et caractéristiques,

1 Mauriac, nóte dans West, Leçons sur les maladies tle$ femmes, p. 196.

* Courty, Traité des maladies de V utérus, p. 588.

les autres (pus, sang, particules grasses) sont accidentels et dépendant souvent de l’inflammation des muqueuses, ou des complications de la leucorrhée. » (Courty.)

Les fausses leucorrhées , dont l’écoulement est sym-

Fig. 93. — Quelques cellules épithéliales; leucocytes et gouttelettes huileuses dans la leucorrhée muqueuse ou cervicale,— Üross. 220 d. (D’après Tyler-Smith.)

ptomatique de quelque altération du contenu de l’utérus ou d’une lésion organique grave, se distingueront aussi de l’écoulement leucorrhéique vrai. Ainsi les écoulements du cancer pourront être séro-sanguinolents, très-fétides, mélangés à du pus, du sang, des détritus de tumeur reconnaissables au microscope ; les abcès de l’utérus, les suppurations étendues de la surface interne de l’organe, les abcès pelviens ouverts dans le vagin se distingueront de la leucorrhée par l’abondance du pus et la soudaineté de son apparition ; l’écoulement dû à la décomposition du produit de la conception, des membranes fœtales ou du placenta retenu dans l’utérus sont pâles, sanieux, mélangés de sang, de pus, de débris membraneux, etc. (Voy. Courty, p. 589 et suiv.).

La dysménorrhée pseudo-membraneuse doit être distinguée d’une variété de dysménorrhée congestive, caractérisée par l’expulsion de caillots fibrineux de forme membraneuse, ou encore de l’avortement dans les premières phases de la grossesse *. L’examen microscopique du produit expulsépermet, jusqu’à un certain point, de rectifier un diagnostic erroné.

La membrane dysménorrhéique a une texture tout à fait analogue à celle de la muqueuse utérine d’une femme morte pendant la menstruation ; c’est donc une véritable caduque se détachant en masse ou par lambeaux des tissus sous-jacents ; or la caduque ne diffère de la muqueuse utérine que par un développement moindre de ses vaisseaux capillaires et par son épithélium, qui est prismatique (voy. p. 517). La présence de l’œuf ou les traces de son insertion sur la poche expulsée peuvent faire distinguer une caduque récente d’unemembrane dysménorrhéique. Au contraire, les caillots fibrineux membraniformes expulsés de l’utérus se composent: « Io d’une trame de fibrine nettement fibrillaire ou passant, par places, à l’état amorphe finement granuleux; 2° cette trame retient dans son épaisseur des globules rouges et blancs ; 5° elle retient aussi des cellules épithéliales prismatiques de l’utérus plus ou moins régulières, mais presque toujours en quantité plus considérables qu’on ne serait porté à le supposer... On pourrait, par suite de l’accumulation de ces divers éléments et de leur enchevêtrement, être porté à croire qu'on a sous les yeux quelque tissu particulier, au lieu d’un caillot qui a englobé des éléments qu’on ne trouve pas ordinairement dans les caillots des autres parties du

1 Voy. Mauriac, No-te dans West, o. c., p. 9".

corps, mais Faction de Facide acétique et Fabsence com- , plète de vaisseaux capillaires ou autres dans ce produit le fera toujours distinguer facilement... (Robin.1) »

Le produit de F avortement , si important à rechercher dans les expertises médico-légales, sera parfois assez difficile à reconnaître. Le sang de Favortement, mêlé

Fig. 94. — Œuf de 20 à 25 jours. La caduque est incisée circulai rement et le lambeau est renversé en haut.

de caillots, diffère peu du sang menstruel. Il renferme beaucoup de mucus vaginal, ce qui parfois lui donnerait une réaction acide (Donné) ; parfois aussi il est mélangé

Comptes rendus de la Société de biologie, août 1857.

au liquide amniotique 1 ; mais ces caractères sont tout à fait insuffisants pour poser un diagnostic. L’œuf entier ou divisé et l’embryon devront être recherchés, avec soin, au milieu des caillots éliminés. Ceux-ci devront eux-mêmes être étudiés avec soin. Dans les six premières semaines de la gestation, Yœuf présente assez souvent l’aspect d’une vésicule transparente, villeuse, c’est-à-dire qu’il a été énucléé de la caduque réfléchie et des points où ses villosités placentaires sont en contact direct avec la muqueuse utérine2 : plus tard, l’œuf est expulsé , en entier enveloppé par la caduque réfléchie, ou bien, s’il est énucléé de cette enveloppe,

« on reconnaît le chorion qui présente sur une partie de son étendue des villosités libres et sur l’autre un rendement circulaire d’un gris blanchâtre parcouru par les divisions des vaisseaux ombilicaux qui tranchent par leur résistance avec le tissu friable qui les enveloppe.. L’œuf est-il expulsé divisé, le placenta entier ou dilacéré entraîne avec lui des lambeaux de la caduque réfléchie. » Dans les premières semaines , la cavité de l'œuf ne renferme souvent que du liquide (œuf clair) et quelques débris floconneux ou un vestige de cordon; d’autres fois le fœtus, plus ou moins développé, intact ou macéré , réduit de volume, plissé, décoloré, se reconnaîtra au milieu du liquide.

11 peut arriver que le sang épanché dans l’utérus pé-

1 Le liquide amniotique contient quelques leucocytes, de petits flocons de mucosine, des noyaux de cellules épidermiques hypertrophiées provenant du fœtus. Parfois, il donne par le repos un dépôt grisâtre composé de cellules épithéliales provenant de la peau et même du rein et de la vessie. (Robin.)

2 Voy. Jacquemier, article Avortement du Dictionnaire encyclopédiquet. Vil, p. 55.

nètre non-seulement entre le chorion et la caduque réfléchie, mais encore dans la cavité de l’amnios. Subissant les modifications qui surviennent toutes les fois que le sang séjourne dans une cavité close (p. 61), il présentera bientôt l’aspect d’une masse charnue, amorphe, dans laquelle il sera très-difficile de reconnaître le produit de la conception (môles charnus). L’embryon a disparu et n’existe plus que sous forme de débris mélangés aux filaments des villosités ombilicales dégénérés, à du tissu spongieux hypertrophié, à des dépôts fibrineux condensés et disposés en couches membraneuses ou en noyaux plus ou moins volumineux. D’autres fois, à la place de l’œuf, seront expulsés des môles hydati formes, dont les vésicules en grappe ont leur siège dans les villosités du placenta.

Enfin il est des cas où l’avortement se termine par l’exfoliation de la caduque utérine qui, dès lors, présente l’aspect et les caractères anatomiques des productions de la dysménorrhée membraneuse . Nous ne pouvons insister sur l’examen des membranes de l’œuf. Le plus souvent, en effet, l’examen à l’œil nu devra être complété par des dissections et des coupes pratiquées sur les membranes préalablement durcies. Nous renverrons donc à ce que nous avons dit de la structure de la muqueuse utérine (p. 514). Il sera toujours aisé d’ailleurs de distinguer ces produits de ceux qui proviennent de l’exfoliation épithéliale du vagin (p.527) ou de certains caillots sanguins (p. 550).

Les conduits galactophores sont tapissés par un épithélium formé de cellules cylindriques ; à mesure que l’on suit ces conduits de la superficie (mamelon) vers la profondeur (épaisseur de la glande), on voit ces cellules devenir polygonales, puis au niveau des culs-de-sac sécréteurs [acinï] se transformer en un épithélium pavimenteux qui recouvre une membrane amorphe.

Les histologistes ne sont pas d’accord sur le mode de fonctionnement des culs-de-sac sécréteurs. Pour la plupart d’entre eux, lors de la sécrétion du lait, l’épithélium de ces culs-de-sac subit une hypertrophie remarquable et une destruction rapide, une fonte qui donne naissance au liquide lacté. Il se passerait là un phénomène identique à celui que nous avons décrit au niveau des culs-de-sac des glandes sébacées. c< Il y a là une sorte de bourgeonnement de cellules superposées, dans lesquelles se préparent successivement les matériaux du lait ; la caséine, le beurre, etc., sont successivement élaborés. Ensuite la paroi de la cellule lactée se dissoudrait dans un liquide alcaljn, et le lait en résulterait. » (CL Bernard.) — Pour Ch. Robin, au contraire,

COLOSTRUM.

les culs-de-sac de la mamelle, tapissés d'épithélium pendant la grossesse et tant que la sécrétion est nulle ou peu énergique, perdraient cet épithélium dès que la sécrétion est active : ce serait donc dans la paroi propre des culs-desac qu’auraient lieu les phénomènes spéciaux de la sécrétion.

Toujours est-il que, dans les derniers mois de la gestation, les glandes mammaires sécrètent un liquide jaunâtre, opaque, se séparant, par le repos, en deux

Fig. 95. — Lait d’une femme qui vient d’accoucher. Les petits globules sont des globules de lait; les gros globules, pleins de granulations, sont des corpuscules de colostrum. (Liégeois.)

couches, l’une (crème) jaunâtre, très-riche en molécules graisseuses; l’autre opaline, à reflets bleuâtres (sérum). Ce liquide, qui porte le nom de colostrum (fig.95), persiste, sans modifications bien nettes, jusqu’à la fm de la fièvre de lait. Le seul changement que l’on y ob-

serve est la proportion moindre de la crème. Examine au microscope, le colostrum montre des globules de lait, des leucocytes, des flocons de mueosine et des corpuscules particuliers nommés globules de colostrum. Les globules de lait sont irréguliers, les uns trèsvolumineux, analogues à de larges gouttes de graisse, d’autres petits sous forme de corpuscules granuleux, quelques-uns (corps granuleux de Donné) arrondis, muriformes, remplis de granulations graisseuses. On conçoit aisément que telle doit être la composition du colostrum, si l’on a égard à la genèse du produit que sécrètent les glandes mammaires. La graisse, en effet, d’après la première théorie que nous avons citée, naît à l'intérieur des cellules épithéliales qui tapissent les parois des acinis glandulaires, et celles-ci, étant constituées par des amas de protoplasma sans enveloppe, peuvent se rencontrer dans le produit ' de sécrétion. Elles constituent alors les globules de colos trum ; les cellules qui se desquament plus tardivement sont infiltrées de très-petits granules graisseux pressés les uns contre les autres ; elles sont brunâtres (corps granuleux ) ; enfin un grand nombre se sont réduites en fragments plus ou moins petits : granulations mêlées à des gouttelettes graisseuses et globules analogues à ceux du lait.

Ch. Robin, au contraire, se rend compte de l’origine des globules du colostrum , en les considérant comme des globules blancs, des leucocytes dégénérés et transformés. Toutes les fois que les leucocytes ont séjourné longtemps immobiles, ils passent à l’état granuleux en devenant jusqu’à trois à quatre fois plus gros qu’à l’état normal ; de plus, ils englobent des globules butyreux plus ou moins volumineux, ab-

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