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III. - RÉSULTATS DE LA DÉCOMPOSITION DU SANG EXTRAVASÉ

Le sang extravasé soit dans une ecchymose ou toute autre collection sanguine, soit recueilli dans un vase et abandonné à lui-même, soit enfin répandu et desséché sur des linges, donne lieu à des produits de décomposition importants à connaître et qui proviennent principalement des globules et delà fibrine.

Produits des globules. — Globules bouges. — Les globules rouges du sang épanché subissent, avant de se décomposer, des changements qui portent sur leur forme d’abord et sur leur structure ensuite; sous le rapport de la forme, on en trouve qui sont devenus sphériques ou anguleux; parfois, ils se sont accolés et comme fusionnés de manière à constituer des masses très-variables de dimensions de millimètre) et de formes (allongée, triangulaire, ovoïde) (Robin). D’autre part, leur matière colorante se répand dans le liquide ambiant, ou se précipite dans le globule même sous forme de granulations situées le plus souvent vers la périphérie du disque globulaire : ces granulations résistent un certain temps i\ l’eau (12 ou 16 heures. — Voy.

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Mélanémie , p. 70), D’autres fois, les globules perdent toute leur matière colorante, mais conservent leur forme ; ils deviennent seulement plus transparents, plus petits, plus minces. Tels sont les différents aspects que peuvent présenter les globules retenus longtemps dans un kyste de la mamelle, de la conjonctive, dans la cavité d’un vagin à hymen imperforé, etc.

Les produits des globules sont donc essentiellement le résultat d’un isolement et d’un groupement moléculaire particulier des éléments de leur substance colorante : ces produits, les uns cristallins, les autres amorphes, sont très-importants à connaîlre, parce que les premiers surtout sont non-seulement caractéristiques du sang, mais peuvent encore jusqu’à un certain point faire connaître l’espèce de l’animal d’où provient le sang. Ce sont Y hématocristal line, Xhématine , Yhémine , et Yhématoidine.

L’ hématocristalline ou hémoglobine contient à la fois la matière colorante proprement dite (hématine) et la matière albuminoïde (globuline) particulière aux globules sanguins. Parfois spontanément, plus particulièrement sous certaines influences, comme celles d’une congélation et d’un dégel successif, cette hémoglobuline après s’être séparée des globules, se précipite sous forme de cristaux. Placés, sous le microscope, ces cristaux (fig. 15, 1) offrent une couleur rouge amarante, peu foncée et présentant des formes variables, prismatiques chez l’homme, tétraédriques chez la souris et le cochon d’Inde ; enfin, ils présentent même la forme de lames hexagonales chez l’écureuil (fig. 13). On trouve des cristaux de ce genre dans le tube intestinal des ixodes , ces grands acarides , vulgairement nommés ricins , qui se gorgent du sang des animaux sur la peau desquels ils

se fixent. On en a trouvé également dans le corps de sangsues gorgées de sang depuis quelques semaines (Rouget). On conçoit que, dans ces circonstances, les

Fig. 15. — Cristaux extraits du sang frais (d’après Funke). — 1) Cristal prismatique de l’homme; 2) tétraèdre du cochon d’Inde ; 5) plaques hexaédriques de l’écureuil.

caractères sus-énoncés pourraient faire reconnaître à quel animal ces hématophages avaient emprunté leur nourriture*

Ces cristaux se rapetissent sous l’influence de certains réactifs, augmentent de volume quand on les traite d’une autre façon (Reichert) ; mais ils n’ont de caractéristique que leur forme cristalline et leur coloration, qui rappelle beaucoup celle- du sang.

L7 lématine ou hèmatosine est la matière colorante du sang proprement dite (l’hémoglobine moins la globuline) ; elle se forme spontanément dans le sang qui s’est épanché au milieu des tissus ou qui a séjourné dans le tube digestif; aussi n’est-elle pas rare dans les fèces. Elle se forme aussi dans le sang abandonné longtemps dans un vase. L’hématine n’ëst pas cristallisable ; ëlle së présente soiis forme de gra-

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nulations amorphes d’un rouge foncé presque noir, insolubles dans l’eau, l’alcool, l’éther. Aussi n’a-t-elle rien de caractéristique; mais on la transforme facilement en cristaux tout à fait caractéristiques en la combinant comme /base à un acide et particulièrement à l’acide chlorhydrique ; on obtient dans ce cas les cristaux de chlorhydrate d’hématine ou hémine.

L ’hémine, ou chlorhydrate dhématine , s’obtient en mélangeant du sang ou toute substance qui en contient avec du sel de cuisine : on place le tout sur une plaque de verre, on y ajoute de l’acide acétique concentré et l’on évapore à la température d’ébullition; on constate alors avec le microscope qu’il s’est produit des cristaux d’un brun intense sous forme de tables rhomboïdales aplaties, à angles aigus. Ces cristaux résistent aux réactifs et ne subissent pas, sous l’influence des acides, le changement de coloration qui caractérise l’hématine. (Virchow *.) Nous verrons, en parlant de l’examen médico-légal des taches de sang (p. G7), tout le parti qu’on peut tirer de ces réactions.

Enfin Yhématoïdine est un dérivé de Yhématine , dérivé que nous ne pouvons produire artificiellement, qui est la forme sous laquelle l’hématine cristallise spontanément dans l’économie; toutefois, ce n’est pas de l’hématine cristallisée : c’est un corps nouveau, dérivé du premier, et qui en diffère par un équivalent d’eau en plus et un de fer en moins. L’héma toïdine se forme spontanément, surtout dans les anciens foyers hémorrhagiques; mais comme elle peut prendre naissance dans tout épanchement sanguin, quel qu’en soit le siège ; comme, de plus, elle est iden-

1 Pathologie cellulaire , 5e édit., p. 131.

Fig. 14. — Cristaux d’hématoïdine. — 1) Globules r ouges granuleux ; 2) prismes rhomboédriques d’hématoïdine; 5) aiguilles cristallines.

tique à la matière colorante de la bile que nous aurons à rechercher plus tard, il est important d’insister sur ce dernier produit de la décomposition du sang (fig. 14).

L’hématoïdine se présente sous forme de très-petits cristaux rhomboïdaux obliques ou parfois de fines aiguilles d’une couleur très-pure, jaune rougeâtre, ou rouge de rubis, quand ces cristaux sont plus volumineux ou superposés : ils sont insolubles dans Ueau, l’alcool, l’éther, la glycérine, l’acide acétique; solubles dans l’ammoniaque. Les acides azotiques et chlorhydriques ne les dissolvent que lorsqu’ils sont concentrés , et donnent naissance à une solution rouge foncé ou jaune d’or. La potasse et la soude les gonflent, les fendillent, mais n’en dissolvent qu’une petite proportion.

La microspectroscopie, que nous avons appliquée à Uétude du globule sanguin, au point de vue de l’étude des gaz dont il peut être chargé, est aussi d’un grand secours pour l’étude de la matière colorante du sang. Les solutions d’hématocristal line et môme d’hémine, examinées au spectroscope, présentent des caractères qui sont spécifiques du sang; mais il peut se faire que l’on dispose de trop peu de matières (par exemple, une petite tache sur un linge) pour en faire l’examen avec le spectroscope : c’est ici que le microspectroscope pourra rendre de grands services, puisqu’il donne, avec une quantité infiniment petite de matière, les mêmes résultats que le spectroscope. Voici ce que l’on observe en pareil cas :

DÉCOMPOSITION Dll SANG EXTRAVASÉ.

Si la tache de sang n’es^ pas très-ancienne, la matière colorante du sang peut s'y trouver encore à l'état d’hémoglobuline ou hématocristalline: on dissout alors cette tache, et la goutte d'eau colorée obtenue est examinée au microspectroscope ; on ne se contente pas d'observer les deux raies de l’hémoglobuline oxygénée (la préparation ayant été faite au contact de l'air) ; on fait agir un agent réducteur qui lait disparaître les» deux raies et leur substitue la raie unique de réduction de Stokes. Cetle double réaction est tout à fait caractéristique : les recherches de Ritter et Balley ont prouvé que ni la cochenille, ni la garance, ni le sulfocyanure ferrique, ni aucune matière rouge ne donnent de spectre semblable; c’est surtout l'action des agents réducteurs qu’il faut considérer comme caractéristique.

Mais l’hémoglobuline peut s’être altérée et s’être transformée en hématine. (Voy. plus haut.) Or cette hématine présente aussi un spectre caractéristique^ outre qu'avec l’acide chlorhydrique elle donnera très-facilement naissance aux cristaux d'hémine. L’hématine étant amorphe et sous forme de précipité insoluble dans l’eau, on dissout la tache à examiner dans un liquide acide ou alcalin. L’hématine en solution acide donne un spectre caractérisé par une large bande noire sur les limites du rouge et du jaune du spectie; l’hématine ou solution alcaline donne une bande analogue à la précédente, mais plus large, et portée davantage à droite, c’est-à-dire dans le jaune. La combinaison de l’hématine avec l’acide chlorhydrique (chlorhydrate d’hématine ou héminc) donne les mêmes réactions spectrales. Ces réactions ne sont pas aussi sensibles que celles de riiémoglobuline, mais, jointes à la recherche des cristaux, elles peuvent néanmoins être très-utiles : « J’ai taché un linge avec du sang putréfié ; cette tache ne fut traitée qu’après huit jours de dessiccation à l’air; la solution aqueuse ne présenta aucune réaction caractéristique; mais en taisant bouillir le linge taché avec une solution étendue de potasse, j’obtins un liquide qui présentait parfaitement tous les caractères de l’hématine » (Ralley).

Ces caractères spectroscopiques ne peuvent servir à distinguer le sang de divers animaux ; tout sang coloré, quelle

que soit son origine, donne toujours ces mêmes spectres spécifiques, qu’il provienne de l’homme, du chien, du chat, des oiseaux, des batraciens (Valentin, Benoît). Mais en tout cas, cette méthode sera toujours précieuse pour reconnaître le sang, dans des circonstances où aucun autre moyen d’investigation ne pourrait la remplacer : c’est ainsi que Valentin a constaté très- nettement la présence du sang sur une ancienne planche de dissection qui était restée sans usage depuis trois ans, dans un endroit humide, et sur un vieux crochet rouillé qui avait servi autrefois à suspendre de la viande dans une boucherie.

On comprend toute l’importance de ces recherches microspectroscopiques et combien elles sont préférables aux procédés microscopiques ou chimiques ordinairement mis en usage pour déceler la présence du sang. Il importe cependant de signaler ici les remarquables travaux qui ont permis à Ch. Robin et à divers autres micrographes de reconnaître au microscope les taches de sang, d’en indiquei la provenance, de les différencier de diverses taches dont l’apparence extérieure est tout à fait semblable * :

L’étoffe qui supporte les taches étant divisée en bandelettes, on les fait tremper dans de Veau jmre en plongeant dans le liquide l’extrémité inférieure de la bandelette portant la tache jusqu’à ‘2 ou 3 millimètres de celle-ci, qu’on laisse dehors de l’eau, appliquée avec l’extrémité supérieure de la bandelette contre les parois de la capsule contenant le liquide. Bientôt celui-ci monte par capillarité jusqu’à la tache et gonfle peu à peu la substance qui la forme. » On racle ensuite l’étoffe à l’aide d’un scalpel ; on place la substance ainsi obtenue dans une goutte d’eau

1 Pour plus de détails consultez à ce sujet le Traité de médecine légale de Briand et Chaude, 8e édition. Paris, 18G9, p. 727.

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qui a été déposée préalablement sur le porte-objet du microscope. On reconnaît ainsi dans la tache la présence de la fibrine et des globules blancs. Pour bien apprécier les caractères des globules rouges, il est préférable de se servir, pour gonfler la tache, d’une solution ou d’un réactif qui ne dissolve pas, comme l’eau, après les avoir gonflés, les globules rouges du sang. Le meilleur réactif serait (Houssin) un mélange formé de trois parties de glycérine, une partie d’acide sulfurique et de la quantité d’eau nécessaire pour faire un liquide d’une densité de 1028 à 15 degrés. Le tissu ayant été bien pénétré de ce liquide (il faut quelquefois 3 ou 4 jours pour arriver à ce résultat) on racle la surface de la tache et l’on constate que le champ du microscope renferme : Io des filaments du tissu ; 2° des granulations de poussière minérale ou végétale ; 3° des champignons microcospiques qui se sont développés pendant la macération et sont analogues à ceux du ferment. Ils ont une forme ovoïde ou sphérique ; ils sont jaunâtres à bords nets, homogènes d’ordinaire, accolés deux à deux ou trois à trois à la suite l’un de l’autre ; 4° des cellules épithéliales qui pourront renseigner parfois le médecin sur la nature du tissu qui a donné naissance à l’hémorrhagie ; 5° enfin des globules sanguins, les uns libres, les autres adhérents aux filaments du tissu. Leur forme, leur volume, leur couleur les fait reconnaître, bien qu’ils soient souvent aplatis par pression réciproque, ou bien dentelés, parfois gonflés et allongés (Robin). On trouvera dans le traité auquel nous avons emprunté cette description les caractères que présentent les taches produites par du sang de différente provenance, celles que déterminent les excréments de divers animaux ou encore celles que produisent diverses substances minérales ou végétales.

Notre savant maître le professeur Tourdes (de Strasbourg) pense1 que le meilleur procédé pour déceler la présence du sang, est la production de cristaux d 'hémine (voyez page 63). Le procédé d’Erdmann consiste à opérer sur le porte-ôbjet du microscope. « On y place une petite

4 Dictionnaire encyclopédique, t. 9, p. 785, 1868.

parcelle de la tache à examiner ; on y ajoute un fragment presque imperceptible de chlorure de sodium ; avec une baguette, on dépose sur la plaque une goultelette d’acide acétique monohydraté de telle sorte que, par l’effet de la capillarité, elle se mette en contact avec le sang. On chauffe avec une petite lampe à alcool jusqu’à ce que le sang soit dissoûs ; en tenant la plaque de verre à une plus grande distance de la flamme, on finit par sécher la tache, on examine à diverses reprises au microscope et bientôt on voit apparaître les cristaux d’hémine. Les cristaux s’obtiennent mieux quand la plaque de verre qui recouvre l’objet n’est pas trop fortement appliquée. » Si le procédé d’Erdmann vient à manquer, ce qui tient souvent à ce que l’acide acétique employé est impur ou bien à ce que l’on a trop chauffé ou encore à ce que la tache a été impressionnée par un acide puissant, par de l’acide tannique (Blondlot/ ou de l’alcool, on peut employer le procédé de van Deen : « On introduit dans un tube de verre un demicentimètre cube d’essence de térébenthine ozonisée et la même proportion de teinture de gaïac ; on ajoute un peu de sang à ce mélange et, en le secouant, on voit apparaître une couleur bleu clair, et la teinture de gaiac, en se séparant, devient d’un bleu foncé. » Si cette réaction manque, on peut affirmer que la tache à laquelle on avait affaire n’élait point produite par du sang (Hepp). Toutefois, liâtonsnous de le dire, ces deux procédés indiquent que l’on a devant soi une tache de sang ; mais ils ne peuvent en rien nous enseigner la provenance de ce liquide. L’analyse microspectroscopique elle-même ne peut nous apprendre si nous avons affaire à du sang d’homme ou bien à du sang provenant d’un animal. Il faut absolument, pour que le diagnostic soit complet, pouvoir reconnaître la forme et les dimensions des globules rouges. Nous renvoyons donc à l’étude du sang normal (p. 27), où nous avons donné les caractères qui permettent de distinguer les globules de l’homme de ceux qui proviennent de divers animaux.

Enfin le mélange de débris épithéliaux de forme ou de structure différentes pourra servir à reconnaître la provenance du sang. C’est ainsi que le sang menstruel pourra

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être distingué par l’absence ou la rareté des concrétions fibrineuses, par la présence des débris d’épithélium provenant de l’utérus et du vagin, etc. (Tourdes).

Parmi les produits de décomposition des globules rouges du sang, nous avons indiqué les différents dérivés de la matière colorante et particulièrement Vhématine ou hématosine, qui se présente à l’état amorphe et granulé (p. 62). L’accumulation de ces particules colorées caractérise la mélanose hématique , qu’il faut distinguer de la mélanose mélaïnique , que détermine l’accumulation des pigments proprement dits. Ceux-ci se trouvent normalement dans les cellules de la choroïde et dans la couche de Malpighi de la peau (scrotum, peau du nègre). Nous devons insister sur les caractères chimiques propres à faire distinguer, sous le microscope, les matières colorantes qui proviennent du sang des granules pigmentaires ou mélaniques proprement dits.

Les granules d'hématine sont d’un rouge pourpre ou orangé caractéristique, mais ils sont d’autant plus foncés et plus noirâtres qu’ils sont plus petits (Ch. Robin). Ils sont insolubles dans la soude, la potasse, l’ammoniaque, l’eau, l’éther, l’alcool, la glycérine, les acides acétique, azotique et chlorhydrique. Mais Y acide sulfurique , placé directement et sans addition d’eau sur ces globules, les dissout en colorant en rouge jaunâtre le réactif et le tissu examiné : cette action met de 15 à 20 minutes à se produire, puis au bout de quelques heures la coloration disparaît en passant au violet bleuâtre, puis verdâtre plus ou moins foncé (Ch. Robin). Cette réaction est importante, car souvent les grains d’hémaline ont infiltré les éléments cellulaires d'une tumeur, ou les parois d’un abcès, ou même des cellules épithéliales glandulaires, de manière à être facilement confondus avec des granules de pigment; ils remplissent parfois compté-

tement les cellules qu’ils infiltrent de façon à les rendre presque opaques ; aucun caractère, autre que l’action de l’acide sulfurique, ne permet de reconnaître en eux des débris de globules sanguins, ou plutôt des produits de j décomposition de la matière colorante de ces globules. Nous venons de voir en effet qu’ils sont insolubles dans l’eau, dans l’ammoniaque et dans l’acide acétique, alors que ces réactifs attaquent vivement les cellules dans lesquelles ils sont inclus, et dissolvent rapidement les globules sanguins libres et plus ou moins déformés qui se trouvent dans la préparation. Il est évident que la matière colorante dérivée des globules rouges s’est introduite molécule à molécule dans les cellules, comme le fait la graisse, et s’est réunie en granules polyédriques ou arrondis, de même que parfois elle se réunit irrégulièrement en grumeaux isolés dans l’interstice des fibres et des divers éléments anatomiques (épanchements sanguins, foyers apoplectiques, etc.).

Les granules de pigment proprement dit ( mélanine , mélaïné) sont encore plus réfractaires aux agents chimiques que les granules d’hématosine : ce sont les parties les plus réfractaires aux agents chimiques que l’on connaisse dans l’économie animale ; ils ne sont dissous par l’acide sulfurique ni à froid ni à cbaud : ils se comportent à cet égard comme le charbon. Il serait par suite impossible de distinguer ces granules de ceux du noir de fumée, si en chauffant jusqu’à l’ébullition un fragment de tissu contenant les premiers dans la solution saturée de potasse récemment faite, on ne les rendait jaunâtres et cohérents, comme par fusion, sans pourtant les dissoudre à proprement parler ; au contraire, si l’on porte ensuite sous le microscope une préparation de tissu contenant du noir de fumée, traitée de la même manière, on voit que les corpuscules noirs ne varient pas. (Ch. Robin.)

La présence de ces grains de pigment dans un tissu ou dans les éléments anatomiques d’un tissu constitue ce que, depuis Laënnec, on appelle mélanose. Normalement la mêla nose est un des caractères des cellules de la couche de Malpighi, des cellules épithéliales de la choroïde, des cel-

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Iules plasmatiques étoilées de la trame de la choroïde et de l’iris ; mais ce pigment noir, par un phénomène de production hétérotopique, peut se produire dans les cellules épithéliales et plasmatiques des diverses régions de l’organisme, et notamment dans les tumeurs. On observe alors ce qu’on a appelé des tumeurs pigmentaires, ou mieux pigmentées, car ce ne sont pas, à proprement parler, des espèces distinctes de tumeur, mais des productions semblables aux autres, et dont la couleur, et parfois le volume, sont simplement modifiés par la présence de granulations pigmentaires en quantité très-variable. Nous n’avons donc pas à donner les caractères microscopiques que peuvent présenter les éléments anatomiques de ces productions ; il nous suffit d’avoir indiqué les procédés capables de faire distinguer les colorations dues à des poussières de charbon, ou à du pigment proprement dit, ou à des produits de décomposition des globules sanguins. Et, en effet, on a souvent confondu sous un même nom des pigmentations dues à ces trois sources si différentes : on a notamment, dans la persuasion que le sang épanché dans un tissu peut donner lieu non-seulement à la production d’hématosine, mais même à celle de véritable pigment (mélanine), confondu les mélanoses hématiques avec les mélanoses pigmentaires ou mélanoses proprement dites, d’autant plus que les tumeurs mélaniques renferment souvent des granules d’hématosine, de sorte que les deux éléments de coloration se trouvent ici réunis. Mais il n’y a dans aucun cas aucun rapport d’origine entre la matière colorante hématique et les granules de pigment, comme le prouve la physiologie générale : on voit dans les embryons de batraciens et de poissons les cellules à pigment noir se développer en des points où n’existe encore aucune circulation, aucun globule sanguin, de même que chez les mollusques et autres invertébrés à sang plus ou moins incolore, il existe cependant de nombreux éléments anatomiques infiltrés de pigment noir. (Ch. Robin.)

Globules bLancs. — Leurs produits de décomposition seront étudiés quand nous nous occuperons du pus

(p. 8 k2). Disons seulement qu’ils résistent plus longtemps que les globules rouges, puis deviennent granuleux, irréguliers, anguleux ; ils s’infiltrent de granulations graisseuses ; leurs noyaux et leur protopiasma se Tondent en une masse commune ; c’est là ce qu’on appelle un état caséeux . Ces éléments, ayant subi la métamorphose caséeuse, persistent pendant un temps extrêmement long. (Cornil et Ranvier.)

Fibrine. — Quant à la fibrine, coagulée et abandonnée à elle-même soit dans l’organisme (épanchements interstitiels, cavités muqueuses, etc.), soit dans un vase à expériences, ou encore sur un linge taché de sang, elle se décompose à la longue en se désagrégeant. Les gros filaments de fibrine se divisent en filaments plus petits ; puis toute la masse se transforme peu à peu en une substance grenue qui n’a plus conservé l'aspect fibrillaire ou bien même parfois en une masse homogène sans granulations. Dans le centre des hématomes, on rencontre des fragments polyédriques, durs, irréguliers, brunâtres, imbibés de matières colorantes et mêlés à des granulations d’hématosine et à des gouttelettes graisseuses. (Robin.)

Il est difficile de définir le pus. Une définition basée uniquement sur les caractères macroscopiques serait insuffisante, car elle confondrait avec le pus un grand nombre de produits liquides qui présentent à peu près le même aspect blanchâtre et crémeux (témoin les prétendus caillots suppurés); de plus, le pus n’est pas toujours liquide : celui de l’œil, notamment, se présente d’ordinaire comme un produit demi-solide.

Une définition basée sur l’examen microscopique est tout aussi difficile à donner. Cette définition ne serait complète que si elle indiquait exactement l’origine et le mode de formation des éléments du pus ; or les histologistes les plus autorisés ne sont point d’accord sur la question de la genèse des globules du pus.

Il faut de plus reconnaître que les principes contenus dans la partie liquide du pus jouent un rôle peut-être aussi important que les éléments figurés au point de vue de la physiologie pathologique 1 ; que, d’autre part, ces

1 Voy. cependant à ce sujet les belles recherches de Chauveau Hevue des cours scientifiques > 1872.

principes, de meme que le développement et le nombre des éléments figurés qui leur sont mêlés, varient dans de certaines limites selon le tissu dans lequel s’est formé le pus. Cependant on rencontre toujours dans ce liquide des globules que nous connaissons déjà, qui sont identiques aux globules blancs du sang, aux globules de la lymphe, et que, dans le cas spécial, on appelle globules du pus. Nous appellerons donc pus tout liquide pathologique présentant un grand nombre de globules blancs (globules de pus), auxquels il doit son aspect laiteux et sa consistance plus ou moins crémeuse. Il est vrai que cette définition devrait, à la rigueur, nous obliger d’étudier à côté du pus , et sous le même titre, le sang de la leucocythémie ; cette confusion est une conséquence fatale de l’état peu avancé des doctrines de la physiologie pathologique. Nous devons ajouter cependant qu’un rapport direct semble pouvoir être établi entre le pus proprement dit et le sang de la leucocythémie. Il suffirait d’admettre, sans réserve, la théorie de la diapédèse (Aug. Waller et Cohnheim), que l’un de nous a combattue tout récemment encore S mais qui compte aujourd’hui de nombreux partisans même en France.

Cette difficulté, qui pourrait nous embarrasser si nous avions à étudier la physiologie pathologique du pus, ne se présentera pas grâce au point de vue purement descriptif auquel nous nous plaçons : elle disparaîtra surtout par ie lait même de l’étude successive des divers liquides purulents. Ainsi nous étudierons d’abord le pus typique, cexlui qui s’écoule d’une plaie en suppuration, de la surface d’une amputation, par exemple;

1 Voy. Du val : Archives de physiologie, 187:2, j¡. Ki8.

puis nous passerons en revue les caractères à signaler dans le pus des divers phlegmons, selon leur nature, et selon les tissus où ils prennent naissance ; enfin, nous indiquerons les rapports du pus proprement dit avec le mucus purulent ou muco-pus des surfaces épithéliales, c’est-à-dire avec le pus qui se forme à la surface de la peau (épiderme), ou des muqueuses (épithélium).

Pus des plaies. — Le pus des plaies, lorsqu’il présente les caractères typiques qui le font dire pus de bonne nature (pus typique, pus normal , si l’on peut ainsi s’exprimer), est un liquide de consistance crémeuse, d’un blanc jaunâtre ou verdâtre, d’une odeur fade, d’une saveur douceâtre, plus rarement un peu saline; il est homogène et onctueux au toucher, mais sans viscosité (Robin). Il se compose de deux parties bien distinctes : d’un liquide et d’éléments figurés.

Partie liquide du pus. — Disons immédiatement que la partie liquide du pus ne présente que peu d’intérêt au point de vue microscopique. De ce qu’un produit est fourni dans l’organisme et éliminé sous la forme liquide, il n’en résulte pas toujours cependant qu’il ne puisse donner lieu à des recherches microscopiques : nous avons vu, par exemple, que le liquor du sang contenait un principe normalement liquide, mais spontanément coagulable (la fibrine), qui, sous sa forme figurée, et avec ses produits de désagrégation, nous a particulièrement arrêtés; nous verrons quelque chose de semblable pour les mucus (mucosine); enfin, nous reconnaîtrons que certains principes cristallisables, tenus en dissolution dans des liquides, peuvent se précipiter et cristalliser sous l’influence parfois du simple refroidissement , parfois de réactions plus ou moins spontanées (urine).

Nous insisterons, en parlant de l’urine sur ces phénomènes que nous avons déjà étudiés à propos du sang pathologique (acide urique). Rien de semblable ne se constate sur le pus des plaies ; et c’est là ce qui permet de distinguer le pus proprement dit du muco-pus ou mucus purulent. — Le pus, en effet, ne renferme de sels minéraux que dans des proportions inférieures ou au plus égales à celles du sang. Il faut laisser dessécher le pus pour qu’il se forme de rares cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien ; le chlorure de sodium y est plus rare encore. Quant aux principes cristallisables d’origine organique, ils sont fort peu abondants dans le pus ; c’est en vain qu’on y a recherché Purée et l’acide urique ; la cholestérine seule n’y est pas rare et l’on peut en observer les cristaux; mais ceux-ci n’existent en abondance que dans certains pus particuliers, sur lesquels nous reviendrons plus tard (abcès du bassin, de l’ovaire, des testicules). Enfin, l’acide pyique (Delore) ou chlorodinique (Bœdeker), peut donner lieu à des aiguilles cristallines microscopiques, caractérisées par ce fait que le chlore les colore en rose, et se distinguant ainsi des cristaux de stéarine et de margarine. D’autre part* le pus ne contient pas de principe albuminoïde spontanément coagulable, si ce n’est dans des circonstances que nous aurons soin de préciser. La pyiné , substance albumineuse particulière découverte dans le pus par Gueterbock, se rapproche davantage de la caséine que delà fibrine. Enfin, la matière colorante du pus, la pyocyanine, qui a tous les caractères de la matière colorante de la bile, et qui parfois est assez abondante pour colorer fortement le pus en bleü (suppuration bleue), ne se présente d’ordinaire ni à l’état cristallin, ni sous la forme de granulations irrégulières:

elle est à l’état de dissolution, et imbibe particulièrement les éléments figurés que nous allons étudier (globules de pus) de façon à leur donner une couleur bleue très-visible au microscope.

Éléments figurés du pus. — Les éléments figurés du pus sont : les globules de pus ou leucocytes avec leurs variétés et leurs déformations plus ou moins rapides ; des granulations graisseuses ou des gouttelettes huileuses; des granulations moléculaires grisâtres ; et enfin, comme éléments plus ou moins accidentels, des globules rouges du sang, des débris plus ou moins reconnaissables des tissus enflammés ; enfin des vibrions ou leptothrix. (Yoy. fig. 9.)

Globules du pus : leucocytes. — Les globules du pus sont des globules incolores, que tout le monde aujourd’hui reconnaît identiques aux globules blancs du sang et aux globules lymphatiques : comme ceux-ci, ils peuvent présenter des déformations amæboïdes, mais ils se présentent d’ordinaire sous la forme de petites sphères de 8 à 11 millièmes de millimètre de diamètre. Ils paraissent essentiellement composés d’une masse de protoplasma granuleux, sans membrane bien distincte, en dehors de l’action des réactifs. Ils conservent cet aspect dans une solution très-légèrement sucrée ou salée (Voy. Introduction), dans la sérosité, l’albumine, le sang. Le contact de l’eau pure les gonfle et fait apparaître dans leur intérieur un ou plusieurs noyaux ; l’adjonction d’acide acétique exagère cet aspect, et l’on voit alors en leur centre un gros noyau unique et plus souvent plusieurs petits noyaux sous forme de vésicules brillantes (Morel). Parfois, malgré l’action de l’acide acétique, on ne voit pas apparaître de noyaux. On a donné à cette variété de forme le nom de globules

pyoïdes . On trouve encore à côté des globules de pus de petits globulins , qui ressemblent à un noyau de leucocyte devenu libre, et, en effet, Robin considère ces globules comme des noyaux libres, comme des éléments distincts, tandis que les partisans de la théorie cellulaire n’y voient que des résidus de globules de pus détruits, éclatés pour ainsi dire à la suite de la multiplication trop active des noyaux à leur intérieur ; d’ordinaire ces noyaux sont entourés d’une mince couche de protaplasma.

Les globules du pus sont les éléments figurés les plus importants de ce liquide : dans le pus de bonne nature, ils forment le quart environ de la masse, c’està-dire qu’il y a 250 grammes de leucocytes pour un litre de pus. Nous verrons que cette proportion peut présenter de grandes variations selon la nature et l’origine du pus.

Les granulations graisseuses et les gouttelettes huileuses n’ont pas besoin d’une description spéciale. Parfois elles existent en grande abondance, présentant tout à fait les caractères des globules de lait (abcès mammaires chez les femmes en état de lactation).

Les granulations moléculaires grisâtres mériteraient peut-être davantage de fixer l’attention, car les recherches de Chauveau tendent à leur donner une importance toute particulière au point de vue de la virulence du pus; mais malheureusement l’observation microscopique n’a encore rien révélé de particulier sur ces granulations moléculaires, qui, par cela même qu’elles échappent à toute analyse exacte, ont toujours été et sont encore l’élément que l’on invoque de préférence dans les théories plus ou moins rationnelles sur les

propriétés spécifiques des liquides de l’organisme. Ajoutons immédiatement, toutefois, que les expériences de Chauveau ont un caractère de précision qui leur donne une valeur incontestable.

Les globules rouges ou hématies se trouvent accidentellement dans le pus, par suite de la rupture des capillaires pendant la destruction des éléments anatomiques qui accompagnent la suppuration. Dans ces conditions, à la surface des plaies, ou bien lorsque ces globules sanguins proviennent de petits vaisseaux ouverts pendant l’incision d’un abcès, ils se présentent à peu près avec leur forme et leur aspect normal (Voy. fig. 8) ; nous verrons qu’il n’en est plus ainsi lorsque le pus est ancien ou s’est formé dans certaines conditions spéciales.

Les débris provenant des tissus enflammés et mêlés au pus sont très-variables, selon le lieu de la suppuration. Nous ne parlerons, en ce moment, que de ceux que l’on rencontre à la surface des plaies, et surtout à la suite des amputations : ces éléments ont été étudiés avec soin par Zéis et par Ch. Robin : ce sont de petits filaments ou flocons d’un aspect tout particulier, qui ont souvent intrigué les chirurgiens, et que plusieurs ont voulu considérer comme indiquant un bon pronostic, quoique leur présence soit reconnue aujourd’hui comme parfaitement insignifiante. Ces filaments ou flocons sont couleur d’ocre, couleur de rouille : ils sont essentiellement formés par des détritus d’éléments anatomiques : fibres musculaires, fibres élastiques, éléments du tissu adipeux ; parfois tous ces éléments sont mélangés ensemble (Robin). Le tout forme une sorte de trame lâche remplie d’une matière amorphe, impré-

gnée d’une couleur rougeâtre ou jaune orangé pâle, qui n’est autre chose que de l’hématosine séparée des globules sanguins détruits pendant le travail d’élimination ou après de petites hémorrhagies des capillaires; parfois, si l’on conserve quelque temps ces filaments, il s’y forme des cristaux de matière colorante du sang décomposé, des cristaux d’hématoïdine. (Yoy. p. 63.)

Les vibrions , leptothrix , bactéries , que l’on rencontre dans le pus des plaies (voy., pour la description de ces êtres inférieurs, p. 55), ainsi que divers infusoires, ne peuvent être considérés comme des éléments normaux : ils sont le signe d’une décomposition, d’une fermentation commençante ; mais on les trouve si souvent dans le pus en apparence le plus frais qu’il était bon de les signaler ici : ils se développent là comme dans toute infusion placée à une température convenable. Parfois on trouve sur le pus des plaies des algues inférieures très-abondantes, qui donnent au pus une couleur particulière d’un bleu verdâtre. Ch. Robin a étudié ces causes de coloration du pus, qu’il ne faut pas confondre avec la suppuration bleue dont nous avons parlé précédemment : « Sur les pièces de pansements renouvelés à de longs intervalles, il y a parfois de grandes traînées ou de grandes taches d’un bleu verdâtre, et lorsqu’on les examine, on les trouve composées par des algues microscopiques, voisines des Protococcus, section despalmellées. Ces algues unicellulaires présentent des spores de 0mm,005 à 0mm,006 de large et quelques granulations dans leur intérieur ; elles sont colorées en bleu verdâtre et faciles à reconnaître au microscope. On peut ainsi distinguer facilement cette variété de coloration des cas dans lesquels les pièces du pansement ou le pus sont co-

lorés par une matière en dissolution qui n’a fait que les teindre. » (Ch. Robin.)

Modifications du pus. — Le pus, une fois formé, peut présenter diverses modifications lorsqu’il reste longtemps enfermé dans une cavité close, ou bien encore lorsqu’on ne l’examine au microscope que 12 ou 24 heures après l’avoir recueilli.

Dans le pus conservé in vitro, ce sont surtout les leucocytes qui s’altèrent. Parfois très- coulant au moment de l’ouverture de certains abcès (abcès ossifluants, Ch. Robin), le pus prend la consistance d’un crachat visqueux tenace, d’un mucus plus ou moins glutineux, quelques moments ou quelques heures après sa sortie. Cela est dû à la coagulation d’une substance organique spontanément coagulable qui, sous le microscope, n’offre pas les caractères de la fibrine. Ces cas sont rares ; le plus souvent le pus reste liquide ou même, de très-épais qu’il était après sa formation, il devient peu à peu plus liquide : les globules de pus se déposent au fond de la masse, et l’on peut alors constater que les leucocytes, qui étaient d’abord uniformément granuleux, présentent deux ou trois noyaux et l’aspect qu’on leur donne instantanément par l’action de l’eau et surtout de l’acide acétique. (Voy. p. 77.) Il est de la plus haute importance de savoir que les leucocytes peuvent aussi prendre cet aspect lorsqu’ils restent quelque temps dans le lieu même où ils ont été formés, dans la cavité d’un abcès par exemple, de sorte que, lorsqu’on examine le pus de suite après l’ouverture de l’abcès, on se trouve déjà en présence de globules de pus altérés : c’est en négligeant de tenir compte de ces circonstances que quelques histologistes se sont crus autorisés à établir

des caractères distinctifs entre les globules du pus et les globules blancs du sang : « En effet, lorsqu’on examine du sang obtenu par une piqûre, ses leucocytes n’offrent pas alors de noyaux, tandis que, dans le pus d’un abcès fluctuant depuis 24 heures au plus, les leucocytes ont toujours de un à trois noyaux. En même temps, il y a un plus grand nombre de granulations dans le corps de ces globules. On considérait ce caractère comme distinctif; aujourd’hui on sait que, lorsque du pus vient de se former immédiatement, ces éléments sont tout à fait semblables à ceux du sang. On sait de plus que lorsqu’ils sont frais, ils présentent des expansions sarcodiques, comme les leucocytes du sang (déformations amiboïdes) , tandis que , dans le pus d’un abcès fluctuant depuis un ou plusieurs jours déjà, les leucocytes sont morts en quelque sorte et n’émettent plus ces expansions amibiformes. » (Ch. Robin.)

Lorsque les leucocytes séjournent longtemps dans les cavités de l’organisme ou au milieu des tissus dans lesquels ils se sont formés, ils subissent fréquemment la dégénérescence graisseuse, c’est-à-dire qu’ils cessent d’étre soumis aux échanges nutritifs ; ils meurent, et leur graisse de composition, précédemment dissimulée par sa combinaison intime avec les éléments albuminoïdes, devient libre et visible sous forme de granulations graisseuses. Cette dégénérescence se produit très-vite lorsque les globules du pus sont nombreux, pressés et tassés dans l’épaisseur d’un tissu; elle se produit également, mais plus lentement, dans le pus réuni sous forme de collection liquide, et on peut ainsi l’observer dans le pus des phlegmons, dans la sérosité purulente de la plèvre, etc. Dans l’un

comme dans l’autre cas, on a sous les yeux ces globules granuleux , dont les premiers anatomo-pathologistes avaient cru devoir taire un élément particulier en les désignant sous le nom de globules granuleux de l'inflammation ( corps granuleux de Gliige) ; par imbibition, ces globules de pus, devenus graisseux, présentent en même temps une sorte d’hypertrophie. — Ces nouvelles conditions de dimension et d’aspect font comprendre qu’on n’ait pu tout d’abord reconnaître des liens de parenté entre les globules de pus et les globules granuleux; mais aujourd’hui tout le monde reconnaît que ces derniers représentent un mode particulier et fréquent de dégénérescence des premiers ; Ranvier a récemment précisé toutes les phases de ce processus : « De la moelle de sureau est placée dans le tissu cellulaire ou dans le péritoine d’un animal ; elle y détermine une suppuration, et des globules de pus pénètrent dans les cellules de la moelle à travers leurs canaux poreux. Au bout de quatre jours, on trouve les globules de pus dans quatre ou cinq rangées de cellules : les uns présentent des mouvements amiboïdes et n’ont pas de granulations graisseuses dans leur intérieur; d’autres conservent leur forme sphérique et montrent des granulations graisseuses. Enfin, à côté d’eux, on trouve des amas de granulations graisseuses noyées dans une masse protéique. On voit par là que des globules de pus soustraits aux conditions de leur nutrition subissent très-rapidement la destruction graisseuse. »

Robin a décrit, sous le nom de Concrétions cristalloïdes du pus , de petites masses qui semblent formées de leucocytes et de débris de leucocytes curieusement agglutinés : « J’ai trouvé deux ou trois fois,

dans le pus d’abcès profonds et anciens, des grains mous jaunâtres, atteignant un diamètre de /0 de millimètre, entourés d’une sorte d’atmosphère ou couche mince, visqueuse, finement grenue, retenant des leucocytes du pus. Ces grains étaient formés par des corpuscules longs de 2 à 6 centièmes de millimètre, renflés d’un côté, amincis du côté opposé, placés en série à la suite les uns des autres, de manières diverses, et ces séries étaient groupées les unes contre les autres sous forme de rayon autour d’un centre. Bien que réfractant fortement la lumière, ayant un centre brillant, un contour net et foncé, les corpuscules étaient dissous ou, du moins, fort pâlis par l’acide acétique et insolubles dans l’ammoniaque et l’éther. » (Ch. Robin, Traité du microscope, 1871, p. 576.)

Enfin, quand le pus a séjourné très-longtemps dans une cavité sans trouver d’issue, la partie liquide se résorbe et les leucocytes , pressés les uns contre les autres, se ratatinent de manière à devenir irréguliers et polyédriques : ils sont alors semblables aux éléments dégénérés que Lebert appelait corpuscules tuberculeux. Quelques-uns de ces corpuscules, traités par l’eau et l’acide acétique, reprennent leur forme sphérique primitive, et l’on voit apparaître deux ou trois noyaux dans leur intérieur; mais d’autres, plus anciens, ne font que se gonfler légèrement par l’acide acétique, sans perdre leur forme polyédrique : ils présentent alors quelques granules graisseux, mais pas de noyaux, dans leur intérieur. — Dans une période encore plus avancée de décomposition, les globules de pus ne peuvent plus être démontrés : ils se convertissent en un détritus qui peut subir la transformation calcaire, c’est-à-dire que la graisse se décompose en

acides gras, souvent cristallisés, et en cholestérine, sous forme de plaques rhomboïdales, tandis que des granulations calcaires se déposent et se réunissent en petites concrétions très-dures. Les acides dissolvent ces concrétions calcaires en donnant lieu à un dégagement d’acide carbonique; l’acide sulfurique, en même temps qu’il donne lieu au dégagement de ces bulles de gaz, produit des cristaux en aiguille de sulfate de chaux.

Les.globules rouges, dont nous avons signalé la présence dans le pus en certains cas, peuvent subir dans ce liquide toutes les transformations que nous avons étudiées à propos du sang. Lorsque ces globules sont très-abondants, leurs produits de décomposition donnent au pus une couleur brun chocolat caractéristique : il est facile d’y retrouver, à l’aide du microscope soit des granulations d’hématosine, soit des cristaux d’hématoïdine. (Voy. p. 65.)

Différentes espèces de pus. — Nous avons étudié jusqu’ici le pus crémeux ou louable qui s’écoule d’une plaie ou qui s’est formé dans les abcès chauds ; dans les autres circonstances où se forme le pus, il peut présenter certaines variations dans la proportion de la partie liquide et des éléments figurés, ou dans la présence de quelques débris caractéristiques des tissus enflammés. Ces différences ne donnent pas lieu à des examens microscopiques très-importants, aussi ne ferons-nous que citer rapidement les résultats fournis par l’examen des différentes espèces de pus admises par les chirurgiens.

A. Pus épais ou concret. — Outre le pus concret que nous avons décrit comme résultant de la résorption de la partie liquide du pus, lorsque ce produit séjourne long-

temps dans le lieu de sa formation, il est un pus qui, dès son apparition, se présente comme très-épais et à peine liquide, c’est celui de la cornée, de l’iris, de la choroïde et de l’œil en général. Cet aspect est dù moins à l’abondance des leucocytes, qui sont en général trèsvolumineux et remplis de granulations graisseuses, qu’à l’état demi-solide du sérum du pus, sérum qui renferme une énorme quantité de granulalions grisâtres et jaunâtres attaquées par l’acide acétique ; ce sérum est même parfois demi-solide, facile à réduire en pulpe, facile même à dissocier dans l’eau de façon à former une sorte d’émulsion. (Ch. Robin.)

B. Le Pus séreux se distingue par la rareté des leucocytes ; c’est ce qu’on nomme encore un pus sanieux ou mal lié; la sérosité prédomine, et c’est une sérosité peu albumineuse : tel est le pus des ulcères ( ichor , sanie), qui renferme plus souvent que les autres des vibrions et se putréfie en effet bien plus vite que les autres variétés de pus; tel est le pus qui provient du pourtour des os cariés et enflammés, pus dans lequel il est fréquent de rencontrer des grains calcaires et même des détritus osseux pulvérulents, ainsi que des gouttes de graisse et d’huile très-abondantes provenant de la moelle des os. Le pus des abcès froids est aussi peu riche en globules purulents, mais il est surtout caractérisé par ses leucocytes plus pâles, déformés, soit gonflés par imbibition, soit infiltrés de granulations graisseuses, en un mot ayant subi les altérations que nous avons étudiées dans les globules de pus qui séjournent longtemps dans une cavité. Ce pus est particulièrement riche en cristaux irréguliers de phosphate de chaux et en lamelles de cholestérine.

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