II. — SANG PATHOLOGIQUE
L’examen microscopique du sang d’un malade peut nous y faire découvrir soit une altération des élé—
* Leçons sur les humeurs , p. 146.
SANG PATHOLOGIQUE
ments normaux, soit une augmentation numérique de quelques-uns de ces éléments, soit enfin des éléments nouveaux.
Altérations des globules rouges. — Les altérations pathologiques des globules rouges sont encore peu connues ; ce n’est pas par l’examen microscopique, mais bien par l’analyse chimique d’une grande quantité de sang que l’on a cherché à constater les altérations du milieu intérieur. Dans ces derniers temps, toutefois, on a insisté avec raison sur l’analyse microscopique du sang pathologique. Bien que les résultats obtenus soient encore très-contradictoires, il nous faut les indiquer :
Les dimensions des globules rouges peuvent changer dans un grand nombre d’états pathologiques. Manasséin 1 a constaté que la diminution dans les dimensions du globule sanguin est en corrélation avec une suractivité pathologique de ses échanges (fièvre), ou bien encore avec une moindre absorption d’oxygène due à une réduction notable de l’activité respiratoire (acide carbonique, morphine) -, que l’accroissement des globules sanguins est, au contraire, liée à une réduction dans les échanges (acide cyanhydrique, alcool, quinine) ou bien à une plus grande richesse en oxygène (action directe de ce gaz, anémie aiguë).
En prenant des précautions minutieuses pour éviter les causes d’erreur dans ses mensurations, Manasséin a constaté que la fièvre septicémique déterminée par des injec tions sous-cutanées d’un liquide putride, pouvait réduire les globules rouges à un cinquième environ en diamètre.
4 Voy. Gaz. méd. de Strasbourg , dirigée par le Dr E. Lauth, 1872, p. 44.
11 compare ces résultats à ceux qu’Erb avait déjà signalés en constatant, dans des circonstances analogues, la diminution du nombre des globules sanguins volumineux, à ceux de Virchow qui a vu apparaître dans le sang des fièvres infectieuses et typhiques des globules très-petits et foncés (corpuscules mélaniques), etc. La même diminution a été observée chez les animaux narcotisés à l’aide de la morphine. Ce qui semble bien prouver que la diminution de volume tient à la lenteur et à la difficulté de l’absorption de l’oxygène chez les animaux ainsi narcotisés, c’est Faction alternative ou combinée de l'influence de la morphine et de celle de l’oxygène. En plaçant les animaux dans une cloche traversée par un courant constant d’oxygène, on peut constater que les dimensions des globules n’étaient plus réduites, qu’elles étaient même accrues, tandis que le volume de ces mêmes globules diminuait de nouveau dès que le courant d’oxygène venait à cesser. On comprend les applications cliniques et thérapeutiques qui découleraient de semblables expériences si elles venaient à être confirmées. La diminution de volume la plus considérable a été obtenue en plaçant les animaux dans une cloche où pénétrait une quantité notable d’acide carbonique (1/4 en diamètre).
Au contraire, en pratiquant une saignée à un animal (ce qui répartit la même quantité d’oxygène sur un nombre plus restreint de globules), on voit les dimensions des globules rouges augmenter. Le même phénomène s’observe quand on les empoisonne à l’aide d’acide cyanhydrique, ou d’alcool. La quinine a paru non-seulement accroître les dimensions des globules rouges, mais encore agir sur les globules blancs qui perdent, leur contractilité, cessent de se développer, diminuent rapidement de nombre.
À côté de ces observations il faut ranger celles qui ont été décrites sous le nom de microcythémie . Nous avons déjà signalé, dans un grand nombre de cachexies, l’existence de corpuscules qui paraissent devoir être considérés comme des globules rouges en voie de destruction. Or MM. Charcot et Vulpian ont reconnu dans
SANG PATHOLOGIQUE
le sang d'un leucocythémique « un grand nombre de globules rouges (un tiers environ) qui n’avaient pas le diamètre normal. Les uns mesuraient 5 ut., d'autres 4 y. ou 5 ut., enfin certains globules n’avaient pas plus de 2 y., et ces derniers n’étaient pas très- rares, car on en rencontrait toujours un ou plusieurs dans le champ du microscope (450 diam.). Les plus petits de ces globules offraient une forme sphéroïdale ; ceux qui étaient intermédiaires entre les plus petits et les normaux présentaient çà et là la forme discoïde. » Dans le scorbut, Hayem a constaté l’existence d’un grand nombre de globulins. Enfin tout récemment MM. Vanlair et Masius, professeurs de Leyde, ont repris cette question de la microcythéinie *. Les caractères des microcytes sont, d’après ces auteurs, leur sphéricité parfaite, la persistance remarquable de l’intégrité de leur forme, leur résistance aux réactifs, leur isolement constant dans le champ du microscope, leur excessive réfringence, enfin et surtout la petitesse et l’uniformité de leur diamètre. Ces globules préexistent dans le sang; cette altération n’est donc pas cadavérique, ne se produit pas seulement hors des vaisseaux. Leur nombre augmente dans le sang toutes les fois que l’activité de la rate se trouve surexcitée, ou bien encore lorsqu’il existe une lésion grave du foie. Les conclusions de MM. Vanlair et Masius sont les suivantes :
« Les microcytes ne sont qu’une des phases de la destruction des globules rouges ; la rate est l’organe formateur essentiel des microcytes ; le foie détruit, dons les conditions physiologiques, les microcytes qui lui viennent de la rate. Dans notre cas, où il existait une hyperplasie de la rate en
1 Arch. de physiologie 1872, p !c23
même temps qu’une atrophie du foi-e, le sang de la circulation générale devait nécessairement se charger de globules nains et constituer ainsi la microcythémie. »
L’augmentation de volume des globules rouges a été constatée par Gubler dans un cas de maladie d’Addisson et par Vulpian dans un cas de cyanose cardiaque.
Outre ces variations dans les dimensions des globules sanguins, on a souvent observé et décrit des variations de forme. Les globules sanguins peuvent être crénelés en forme de roue d’engrenage, ou bien murif ormes , analogues aux chatons des marrons d’Inde, les disques paraissant comme recouverts de piquants rappelant très-bien la forme de bâtonnets ou de bactéries (Coze et Feltz) (fig. 11). Ces déformations s’observeraient, d’après Coze et Feltz1, dans le sang des malades atteints d’affections septicémiques, dans la fièvre typhoïde, la variole, la scarlatine, la fièvre puerpérale; outre la déformation des globules rouges, les mêmes observateurs disent avoir constaté dans toutes ces maladies une diffluence plus ou moins grande des globules sanguins, qui s’agglutineraient les uns aux autres, de manière à présenter, dans certaines circonstances (scarlatine), l’aspect de « mares d’un teint jaune rougeâtre dans lesquelles les Contours des globules ne sont plus visibles (véritable fusion). » Les globules rouges ainsi altérés ne s’empileraient plus comme le font les globules du sang à l’état normal, et surtout les globules de sang observés chez des malades atteints de lésions inflammatoires * Cette diffluence des globules et leur tendance à l’aggloméra-
1 Recherches sur les maladies infectieuses, par MM. Coze et Feltz dfe Strasbourg)* Paris, J. -B. Baillière, 1872.
SANG PATHOLOGIQUE
tion a été constatée par Davaine clans les maladies charbonneuses.
La diffluence des globules rouges est aussi très-fréquente dans les intoxications par les poisons stéatogènes (phosphore) ou encore dans l’ictère grave. Parmi
Fig. 11. — Altérations des globules rouges du sang (d’après Coze et Feltz). — a, Types des globules rouges normaux; b, globules déformés; c, globules muriformes; d, vibrions.
les altérations anatomiques que l’on constate dans l’ictère grave, il en est une qui nous a semblé constante, c’est la diminution du nombre des globules rouges, leur dissociation, l’apparition très-rapide de cristaux d’hémoglobine. Les mêmes lésions ont été constatées par Ritter 1 dans les empoisonnements par l’antimoine, Parsème, le phosphore, l’injection dans le sang des acides biliaires, et, en particulier, du taurocholate de soude. Si la dose du toxique injecté est moins forte, on trouve dans le sang une augmentation de la graisse et de la cholestérine.
Il est impossible de méconnaître l’intérêt que pré-
1 ilitter, des Modifications chimiques que I subissent les sécrétions sous l'influence de quelques agents qui modifient le globule sanguin, thèse pour le doctorat ès sciences. Paris, 1872.
sentent ces recherches ; mais il est difficile de considérer comme définitifs de semblables résultats. L’aspect crénelé, muriforme des globules rouges s’observe toutes les fois que le sang se dessèche au contact de l’air : la rapidité seule de ces déformations peut être considérée comme le signe d’une altération pathologique du sang. 11 est vrai d’ajouter que, dans les maladies infectieuses, les modifications de forme des globules sont excessivement rapides ; d’un autre côté, la diffluence de ces globules, leur accollement ne s’observent, dans le sang normal, qu’au bout d’un temps assez long, alors que le sang est déjà desséché ou en voie de putréfaction. Enfin la présence des globulins que nous avons déjà signalés a été constatée plusieurs fois aussi par MM. Coze et Feltz.
Les déformations amxboïdes , qui s’observent surtout quand on étudie les globules blancs, se constatent parfois sur les globules rouges. C’est ce qui résulte du moins des observations faites par Laschkewitsch (cité par Vulpian, Leçons orales) dans la maladie d’Addison.
Ces déformations globulaires paraissent se produire dans un assez grand nombre d’intoxications; ainsi, dans l’anémie, qui atteint les ouvriers des fabriques d’aniline, tout porte à croire que les vapeurs d’aniline, de même que celles de la benzine, de la nitrobenzine, etc., « attaquent primitivement les globules, qui subissent ainsi une diminution de volume et se racornissent comme par l’action exosmotique des alcalis concentrés )) (Sée) *.
Une action toxique plus directement constatable est celle que produisent toute une série de gaz dont l’oxyde de carbone est le type. Les déformations ne sont plus,
1 Leçons de pathologie expérimentale , Paris, 1867, p. 1 ¿8.
SANG PATHOLOGIQUE
dès lors, les modifications subies par les globules rouges; une autre altération, un changement dans leur composition chimique peut se constater à l’aide d’un mode particulier d’investigation dont nous devons nous occuper. En effet, employée avec le microscope, la spec iroscopie nous offre des ressources importantes pour constater le sang , pour rechercher sa richesse en globules rouges , pour étudier les altérations de ces globules (surtout au point de vue respiratoire, au point de vue des gaz) et enfin pour reconnaître dans divers liquides les produits de décomposition de la matière colorante des globules rouges. — Nous rappellerons donc en quelques mots en quoi consiste la spectroscopie du sang; nous nous arrêterons en particulier sur la microspectroscopie ; nous en ferons l’application immédiate à l’étude des gaz et surtout à l’intoxication du globule rouge par l’oxyde de carbone ; nous verrons comment ce procédé d’investigation pourra servir à rechercher la richesse du sang en globules rouges. Plus tard, en faisant l’histoire des produits chimiques dérivés du sang, nous verrons comment la spectroscopie pourra nous servir à reconnaître l’hématine, l’hémine, etc., à diagnostiquer en un mot une tache de sang.
Spectroscopie. — On désigne sous le nom de spectroscopie du sang l’étude de ce liquide au moyen du procédé d’analyse appliqué en chimie par Kirchhoff et Bunsen, ïïoppe- Seyler, Valentin, Stokes, Cl. Bernard, ont en effet montré que le sang a le pouvoir de modifier d’une manière bien définie le spectre d’un rayon de lumière qui le traverse ; lorsqu’on regarde à travers un prisme (spectroscope) une solution de sang artériel, que traversent les rayons de la lumière solaire, ou la lumière émanée d’une lampe, au lieu d’observer le spectre lumineux ordinaire, on voit ce
spectre interrompu par deux bandes obscures placées dans la partie jaune-verte du spectre ( bandes d'absorption de la matièi’e colorante des globules rouges). Le sang veineux, ou le sang désoxygéné, donnent un spectre différent du précédent, en ce que les deux bandes noires sus-indiquées se fusionnent en une seule (bande de réduction de Stokes), plus large, et occupant à peu près tout le jaune du spectre.
Microspectroscopie. — Mais la quantité de sang à étudier peut être tellement petite qu’elle soit insuffisante pour être examinée au spectroscope ordinaire. Ces cas sont les seuls qui doivent réellement nous occuper ici ; nous emprunterons donc au travail si complet de Y. Fumouze 4, les détails relatifs aux recherches microspectroscopiques, qui peuvent permettre au médecin de faire toutes les recherches cliniques ou médico-légales avec une quantité vraiment microscopique de liquide sanguin.
La combinaison du microscope et du spectroscope peut se faire de deux manières :
Io Dans la méthode allemande (Valentin, Stricker), on projette sur le miroir d’un microscope le spectre donné par un rayon lumineux qui a traversé un prisme : ce spectre, réfléchi par le miroir, traverse une lentille convergente interposée entre le miroir et le porte-objet, lentille qui réunit les différentes parties du spectre en une image très-petite au niveau du porte-objet. On peut alors examiner une préparation microscopique en la plaçant successivement dans les diverses régions du spectre ; si la préparation se compose de globules sanguins, on observe que quand ceuxci sont placés dans la partie jaune-verte du spectre ils donnent les deux bandes d’absorption de leur matière colorante. On peut donc par cette méthode examiner à la fois et l’objet en expérience et le spectre microscopique qui vient se projeter sur lui, et dont il modifie certaines régions. Mais ce procédé n’est pas d’une application commode ; il tend à être généralement rejeté. « Outre qu’il faut chercher en tâtonnant la position respective qu’il convient de donner au prisme et au microscope, il est encore nécessaire
1 Fumouze, Thèses de Paris. 1870.
SANG PATHOLOGIQUE
d’opérer dans une chambre obscure, afin d’éviter tout mélange de lumière blanche. Enfin, même avec l’emploi de la lentille convergente, l’éclairage du microscope laisse encore à désirer. » (Fumouze). Le procédé suivant est bien plus pratique.
2° Dans la méthode anglaise on se sert d’un microscope ordinaire dont l’oculaire est remplacé par spectroscope à vision directe (Sorby, Browing) l. Le spectroscope à vision directe se compose essentiellement d’un tube (spectroscope oculaire) renfermant plusieurs prismes de substances différentes, accolés les uns aux autres, doués de pouvoirs réfringents différents et associés, de manière à compenser la déviation que chaque prisme en particulier ferait subir aux rayons lumineux, tout en laissant la dispersion se produire; on obtient ainsi avec la lumière solaire une miniature de spectre, qui arrive tout entier dans l’œil de l’observateur. Supposons maintenant qu’il s’agisse d’examiner le spectre d'une goutte de sang : on commence par examiner cette goutte de sang au microscope, avec un grossissement quelconque, d’après le procédé habituel. Quand la goutte de sang donne une image bien nette, on retire l’oculaire, et on le remplace par le spectroscope oculaire. Dans ces conditions, on ne voit plus l’image des éléments sanguins examinés ; on ne voit plus qu’un spectre, mais ce spectre modifié par le pouvoir absorbant de la matière colorante du sang (artériel), se présente avec les deux bandes d’absorption caractéristiques. Ce système de microspectroscopie est donc très-simple et d’une application trèsfacile ; s’il ne permet pas l’observation simultanée du spectre et de l’image de l’objet, il permet de faire alternativement ces deux examens en remplaçant successivement l’oculaire par le tube spectroscopique et vice versa.
La microspectroscopie nous permettra de reconnaître l’état d’oxygénation du sang, sa richesse en globules rouges,
1 La description du microspectroscope de Sorby se trouve exposée dans le Traité du microscope de Bobin, auquel nous renvoyons pour plus de détails (p. 1005).
et enfin la présence de l’oxyde de carbone dans les globules sanguins.
Pour reconnaître Y état d'oxygénation du sang, il faut ne pas oublier ce que nous avons dit précédemment des deux bandes d’absorption du sang oxygéné et de la bande unique du sang réduit (bande de Stokcs). On obtiendra donc également avec le microspectrocospe un spectre du sang oxygéné, et du sang désoxygéné. Quand sur le sang qui a donné le spectre caractéristique de la présence de l’oxygène on fait agk' un agent réducteur quelconque (d’ordinaire une solution de sulfate de protoxyde de fer), on voit aux deux bandes précédentes se substituer une large bande obscure qui occupe à peu près la place des deux autres ainsi que tout l’espace compris entre elles (en se portant cependant un peu plus vers le jaune). — Si maintenant, découvrant la goutte de sang examinée, on l’agite avec une aiguille au contact de l’air, on voit, en recommençant l’examen, apparaître de nouveau le spectre du sang artériel. Cette succession alternative des deux spectres est tout à fait caractéristique du sang normal, comme nous le verrons bientôt. — Le sang veineux normal présente un spectre intermédiaire aux deux précédents. On y voit les deux bandes obscures du sang oxygéné séparées par un intervalle obscurci.
Pour chercher à apprécier par la spectroscopie la richesse du sang en globules rouges, il faut d’abord savoir que les phénomènes spectraux précédemment décrits sont dus à la présence de la matière colorante rouge des globules (d'où le nom de spectre de Y hcmoglobuline), et que le sang examiné en nature éteint non-seulement les régions du spectre correspondant aux lignes sus-indiquées, mais encore la plus grande partie des régions bleues oa violettes; il faut étendre le sang d’une certaine quantité d eau, le diluer, pour n’obtenir plus que les deux raies typiques, avec encore un peu de noir vers l’extrémité violette du spectre. Si donc on note la quantité d’eau à ajouter au sang normal pour arriver à ce résultat, moins il faudra en ajouter à un sang soumis à l’analyse pour arriver au même résultat, moins ce sang sera riche en globules. On pourra ainsi arriver à obtenir dans l’anémie, ou plutôt dans Yaglobulie , des résul-
SANG PATHOLOGIQUE
lats très-nets, et parfaitement comparables, sur la richesse relative de divers sangs en matière colorante et par suite en globules 4.
Enfin, la microspectroscopie peut permettre, avec une goutte de sang, de diagnostiquer une intoxication par l’oxyde de carbone. Cl. Bernard et Iloppe Seyler ont montré que l’oxyde de carbone agit comme gaz toxique en prenant dans le globule sanguin la place de l’oxygène, qui dès lors ne trouve plus dans le sang de véhicule capable de le transporter dans l’intimité des tissus. Dans ce cas, l’oxyde de carbone se combine, comme le faisait l’oxygène, avec l’fiémoglobuline, et donne au spectroscope un spectre (spectre du sang oxycarboné ) très - analogue au spectre du sang oxygéné, si ce n’est que les deux bandes d’absorption sont un peu plus déplacées vers la droite (un peu plus dans le
1 « Il serait intéressant d’apprécier également par la microspectroscopie les variations qu’éprouve, par suite des médications, la quantité d’hémoglobuline contenue dans le sang, quantité qui est nécessairement liée à celle des globules rouges. Pour ces expériences il suffirait, dans un grand nombre de cas, d’établir, à diverses périodes de la médication, la richesse relative du sang de chacun des animaux en expérience, par exemple, par la comparaison avec une solution titrée de sang pris sur un autre animal de même espèce. Je suppose, par exemple, qu’on veuille étudier à ce point de vue l’action de la médication ferrugineuse, et qu'on ail plusieurs animaux, quatre chiens, par exemple, à sa disposition. On commencera par établir la quantité relative d’hémoglobuline contenue dans le sang de trois de ces animaux, par rapport à celle contenue dans le sang du quatrième chien servant de type. Ceci fait, les trois premiers chiens sont soumis à la médication ferrugineuse dans des conditions tout à fait iden- • tiques, et le quatrième animal sera soumis, pendant le même temps, au même régime que les autres, sauf la médication ferrugineuse. Au bout d’un certain temps on comparera de nouveau les pouvoirs absorbants du sang des quatre animaux en expérience, en prenant toujours pour étalon le sang du chien dont les aliments ne contenaient pas de fer. » (Fumouze.) On comprend combien la microspectroscopie rendrait ces recherches faciles en clinique, puisqu’elle permettrait de les faire avec une goutte de sang obtenue par une piqûre de la pulpe des doigts.
vert). Mais ce que ce spectre a de caractéristique, c’est qu’il ne subit aucun changement par l'action des agents réducteurs : en d'autres termes, ni par l’action d’une solution ammoniacale d’acide t artrique et de sulfate de protoxyde de fer, ni par le suif hydrate d’ammoniaque, les deux raies du spectre de V hémoglobuline oxycarbonée ne sont ramenées à la raie unique de réduction de Stokes. Cette absence du jeu alternatif et de la reproduction successive des deux spectres précédemment décrits, est caractéristique de la présence de l’oxyde de carbone. — Cependant il faut encore tenir compte de l’action de quelques autres gaz sur le globule sanguin. Ainsi le bioxyde d'azote forme avec le globule sanguin une combinaison encore plus stable que la précédente. Ce gaz chasse même l’oxyde de carbone de sa combinaison avec l’hémoglobuline : dans ce cas, le spectre présente deux bandes tout à fait semblables à celles du sang, oxygéné ou oxycarboné, bandes qui, comme pour ce dernier, ne sont pas modifiées quand on traite le sang par un agent réducteur. — L’acide prussique forme avec les globules du sang une combinaison stable, avec spectre identique aux précédents, mais les bandes disparaissent lorsque le sang est traité par un agent réducteur (Hoppe-Seyler, Fumouze); enfin, le cyanogène se combinerait également avec la matière colorante des globules rouges et donnerait ainsi un spectre tout à fait semblable à celui du sang oxygéné, spectre que les agents réducteurs ne modifient pas (Lankester, Fumouze).
Quelques recherches nouvelles, dues à MM . Goze et Feltz ainsi qu’à un de leurs élèves, M. Baudoin i, ont donné des résultats intéressants quoique non encore définitifs. MM. Coze et Feltz en étudiant le sang normal, le sang scarlatineux, le sang puerpéral et le sang infectieux mort ont constaté que « les sangs malades sont plus concentrés que le sang normal ; que dans celui-ci les rayons jaunes restent absorbés plus longtemps que les rayons verts, que cette proportionnalité d’absorption n’existe pas pour les
1 Voy. Coze et Feltz, Recherches sur les maladies infectieuses , p. 285 et suiv.
SANG PATHOLOGIQUE
sangs pathologiques ; ainsi pour le sang scarlatineux ces rayons jaunes restent absorbés moins longtemps que pour le sang puerpéral ; au contraire, les rayons verts paraissent plus vite pour le sang puerpéral que pour le sang scarlatineux. En résumé, le spectroscope ne révèle de modifications autres que celles qui dépendent de la concentration des liquides. » M. Baudoin dit, au contraire, « qu’il existe dans le sang normal une plus grande proportion d’eau que dans le sang varioleux après la mort, mais que, de plus, l’apparition variable des raies vertes indique certainement des modifications autres que celles qui dépendent de la concentration des liquides. » — Nous nous bornerons donc à signaler ces recherches à l’attention des observateurs.
Mélanémie. — Aujourd’hui que l’origine des globules rouges est connue, qu’il est démontré que ces éléments proviennent de la transformation des globules blancs, il nous est facile de rattacher à leur histoire l’étude des deux formes principales de la mélanémie.
Dans la première forme, on trouve dans le sang des globules pigmentés que l’on doit considérer comme des globules rouges inachevés ou, en d’autres termes, comme des globules blancs n’ayant pu subir complètement leur métamorphose en éléments rouges. En effet, il résulte des observations du professeur Rouget que chez les animaux (grenouille), lorsque les globules blancs se transforment en globules rouges, la matière colorante s’y dépose d’abord sous forme de granulations, qui ensuite se dissolvent dans le globule et le colorent uniformément (hématoglobuline). Ce premier stade de développement se produit, sans doute, trop rapidement chez les animaux supérieurs et chez l’homme pour qu’on puisse le constater à l’état physiologique; mais, dans certains cas, le processus est entravé et le sang renferme de ces éléments arrêtés
dans leur développement : c’est ce qu’on trouve dans un grand nombre d’anciennes fièvres paludéennes , ce que Meckel a observé chez un aliéné, Virchow dans la cachexie palustre , Brown-Séquard dans la maladie d’Addison (?), etc. En effet, les éléments pigmentés que l’on rencontre dans ces cas ont une grande analogie avec les globules blancs : ce sont des globules sphériques, parfois allongés, contenant des noyaux et un amas de granules colorés plus ou moins volumineux. On a considéré ces éléments comme caractéristiques des fièvres intermittentes graves.
La seconde forme de mélanémie n’est qu’une augmentation anormale des débris ou cadavres de globules rouges que nous avons indiqués comme peu abondants à l’état normal : ici comme précédemment, ces corpuscules sont remarquables par leur résistance aux réactifs, leurs dimensions exiguës, leur couleur foncée, etc. On les rencontrerait surtout dans « les formes légères de la fièvre intermittente, dans les fièvres typhoïdes, dans la fièvre putride des opérés, pendant le cours des épidémies : c’est une altération qui permet, au point de vue clinique, de conclure à à une prompte destruction des parties constiiutives du sang. »
Nous verrons, en étudiant les colorations anormales de la peau, que des particules noires métalliques ou charbonneuses peuvent se rencontrer dans les diverses crasses non parasitaires, ou même dans l’épaisseur de la couche épidermique. Ces colorations noires peuvent êlre dues à des modifications de la matière colorante des globules rouges du sang ou à des productions hétérotopiques du pigment, nommé mélanine ou méldine , qui se trouve normalement dans les cellules de la cho-
SANG PATHOLOGIQUE
roïde et dans la couche de Malpighi de la peau (scrotum, peau du nègre). Il importe donc d’insister, à propos de l’étude du sang, sur les pigments d’origine hématique (mélanose hématique), qui diffèrent complètement des pigments proprement dits (mélanose rnélaïnique). Toutefois, comme l’étude de ces pigments nécessite la connaissance des réactions que présente la matière colorante du sang et ses dérivés, nous renvoyons l’examen microscopique des différentes espèces de pigment à l’étude des produits de décomposition des globules (p. 70).
Globules blancs. — Les variations pathologiques des globules blancs consistent surtout en une augmentation numérique de ces éléments; ce que nous avons déjà dit de la mélanémie par transformation incomplète dès globules blancs en globules rouges aurait pu, à la rigueur, être décrit comme une altération, comme une évolution enrayée des éléments blancs du sang.
Nous avons déjà vu que, dans certaines conditions physiologiques, le rapport des globules blancs aux globules rouges augmente d’une façon assez notable. Mais cette augmentation est bien plus considérable dans certains étals pathologiques; dans presque toutes les maladies où la fibrine augmente dans le sang, où se produit la couenne inflammatoire, on peut remarquer une augmentation semblable des globules blancs : telles sont les éruptions cutanées, les affections typhoïdes et, en général même, toutes les irritations locales d’un organe riche en lymphatiques. AJais cette augmentation des globules blancs peut être portée assez loin pour constituer le principal phénomène morbide dans des affections désignées sous les noms de leucocytose et de leucémie : dans ces cas, l’examen du sang montre
un nombre si considérable de globules blancs que, même à l’œil nu, ce liquide peut présenter un aspect presque laiteux ou, en tout cas, très-différent du sang rouge physiologique ; et, en effet, le microscope ne montre plus 1 ou 2 globules blancs pour 550 globules rouges, mais 1 globule blanc pour 5 rouges, et même 2 pour 5, Enfin il peut arriver que les deux éléments soient en nombre égal. Ces globules blancs présentent les deux variétés que nous avons déjà signalées dans le sang physiologique : les uns sont volumineux et développés avec des noyaux le plus souvent multiples; les autres sont plus petits avec un noyau simple et comparativement volumineux. La première forme caractérise les globules blancs produits par la rate : c’est la leucémie liénale ou leucémie proprement dite (Virchow). La seconde forme caractérise les globules blancs produits par les ganglions lymphatiques : c’est la leucémie lymphatique. Disons, en passant, que ces deux formes de leucémie sont encore le plus souvent différenciées par un grand excès de fibrine dans la forme lymphatique. L’augmentation du nombre des globules blancs a été constatée par Coze et Feltz dans la plupart des maladies septicémiques.
Nous verrons, en étudiant le pus (p. 74), les variations de forme , de dimension ou de structure que peuvent subir les globules blancs extravasés : nous nous bornerons à dire ici que ces variations ne s’observent pas plus dans les vaisseaux que l’on ne constate, dans le sang en circulation, les déformations des globules rouges (amæboïsme).
Fibrine. — Les modifications de la fibrine ne donnent lieu à aucune recherche microscopique particulière. Le dédoublement plus ou moins rapide de la
SANG PATHOLOGIQUE
plasmine, qui seule préexiste dans le liquide sanguin normal, dépend d’un grand nombre de circonstances qui intéressent le médecin, mais dont nous n’avons pas à nous occuper. Nous renverrons, pour cette étude, aux travaux d’Andral et Gavarret, de Robin et, plus récemment, de Chalvet. Il nous faut faire remarquer, toutefois, que l’aspect fibrillaire strié, que nous avons donné comme caractéristique de la fibrine, n’existe pas toujours. Parfois toute la masse ou presque toute la masse d’un coagulum fibrineux oitre un aspect grenu non strié. C’est ce qui arrive surtout dans les caillots sanguins qui surviennent à la suite de phlébites. Dans ce cas, du reste, l’addition d’acide acétique fait gonfler, rend plus transparente et finit par faire disparaître toute la masse que l’on observe.
Il importe aussi de savoir reconnaître les productions fibrineuses extraites d’un abcès ou évacuées avec l’urine. Parfois on a confondu ces produits avec des vers dont ils ont l’aspect extérieur. Un examen microscopique succinct fera éviter de semblables méprises.
Pigment. — Enfin, comme variations pathologiques dans les éléments normaux du sang, nous trouvons encore une augmentation anormale dans les molécules de pigment et de graisse que renferme ce liquide. Nous avons rattaché les différentes formes de mélanémie à l’étude des altérations des globules rouges (p. 47), et nous ne dirons rien de la présence dans le sang de corpuscules ou de cellules mélaniques empruntés à des tumeurs de ce genre ; ces observations devant être regardées comme très-hypothétiques.
Graisse. — Quant à la lipœmie, nous avons déjà signalé une richesse plus considérable du sang en molécules
graisseuses ou protéiques après un repas, dans la grossesse, etc. ; on a signalé l’augmentation de la graisse chez les alcoolisés , dans certains cas d’hydropisie (Yogel), dans la maladie de Briglit, chez les diabétiques, etc. Parfois Uaccumulation des matières grasses peut être assez considérable pour donner au sang une coloration d’un blanc laiteux ( cjalactémie ) ; ce que nous avons dit suffit pour faire distinguer la cjalactémie de la leucocylhémie. On peut dire, d’une manière générale, que l'augmentation anormale des matières grasses ou protéiques dans le sang indique soit une quantité très-considérable d’ingesta, soit un ralentissement dans la nutrition et les métamorphoses du sang qui n’utilise pas les éléments nutritifs, même fournis en faible quantité.
La matière glycogène peut être sécrétée en proportions trop considérables et passer dans le sang, auquel elle communique une teinte opaline analogue à celle que déterminent les corps gras. Cette matière glycogène existe alors, dans le sang, sous forme de fines granulations moléculaires. Disons immédiatement que cet aspect opalin ne se rencontre guère que dans le sang des veines sus-hépatiques et que sa recherche ne présente, par conséquent, aucune application clinique. Il en est de même des substances cristallisables ou des métaux que renferme le sang. On ne les rencontre presque jamais à l’état cristallin dans le sang normal ou pathologique. Toutefois, les expériences de Garrod, reprises par Charcot et divers observateurs, ont prouvé que, dans certaines maladies, il pourrait devenir nécessaire de rechercher les matières cristallisables que renferme le sang. Rappelons donc, en quelques mots, le procédé du fil qui a donné à Garrod de si bons ré-
SANG PATHOLOGIQUE
sultats. Dans une capsule de verre, on dépose 5 grammes environ de sérum; on y ajoute quelques gouttes d’acide acétique, puis on y laisse tomber un fil. Au bout de 56 ou 48 heures, on constate que, chez les goutteux, des cristaux d’acide urique se sont déposés sur le til. Le sérum doit être frais, sans quoi la fermentation le décompose en acide oxalique, urée et allantóme. Il
rig. 12. — Cristaux d’acide urique obtenus par le procédé du fil (d’après Garrod).
faut éviter qu’il soit trop desséché, sans quoi on obtiendrait des cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien. — Ce procédé permet de déceler 65 p. 100 d’acide urique1 (fig. 12).
Rappelons que MM. Coze et Feltz ont trouvé dans le sang altéré des masses cristallines plus ou moins étoilées, qu’ils considèrent comme des cristaux d’hématoïdine (ouvr. cité, p. 79.).
Plus récemment encore2, M. Picot (de Tours), exa-
1 Consulter à ce sujet le savant ouvrage de Charcot, Leçon s cliniques sur les maladies des vieillards et les maladies chroniques Paris, 18G7.
- Journal de V anatomie t mai 1872, p. 252.
minant le sang dans un cas d’hépatite interstitielle à phase atrophique suraiguë (ictère grave) déclare y avoir retrouvé d’abondants cristaux de cholestérine. En traitant 97 grammes de sang desséché par de l’éther et en reprenant par de l’alcool bouillant, il dit avoir obtenu, par évaporation des cristaux assez nombreux pour que l’on puisse admettre, comme le voudrait la théorie de Flint, une véritable cholestérémie. Outre cette abondance de cholestérine, M. Picot dit avoir constaté une diminution très-notable dans le nombre des globules rouges et des modifications de forme (petitesse, forme stellaire, bords déchiquetés, etc.). Ces recherches méritent d’être reprises. L’histoire des altérations du sang, dans l’ictère grave est loin d’être établie sur des bases rigoureuses.
Enfin Rokitanski, Keller et plusieurs autres observateurs disent avoir reconnu dans le sang des cellules empruntées à des tumeurs cancéreuses.
Infusoires et parasites. — L’étude du sang dans les différentes maladies a donné lieu, dans ces dernières années, à des discussions intéressantes aussi bien au point de vue de la pathogénie qu’au point de vue du diagnostic des maladies septicémiques. Les noms de Lebert, Tigri, Davaine, Chauveau, Coze et Feltz, pour ne citer que quelques-uns, se rattachent à ces études. Il nous faut, pour en rendre compte, indiquer les caractères que présentent les infusoires que l’on rencontre parfois dans le sang; mais pour éviter de nombreuses répétitions, nous dirons immédiatement quels sont les vibrioniens connus, en ayant soin de signaler quels sont ceux qu’on rencontre non -seulement dans les tissus, mais encore mêlés au liquide sanguin.
SANG PATHOLOGIQUE 55
D’après Davaine l, l’un des plus éminents et des plus consciencieux observateurs qui aient étudié la question du parasitisme, le tableau suivant résumerait la classification des vibrioniens :
Filaments droits ou ( se mouvant spon- f rigides. Bactérium, infléchis, mais non Í tanpment. . . . f flexués. Vibrio.
tournés en hélice . 1 immobiles Bacteridium ,
Filaments tournés en hélice Spiriilum .
Le genre Bactertdm comprend : Io le Bactérium termo (corps filiformes, cylindriques, un peu renflés au milieu, ‘2 à 5 fois aussi longs que larges : quelquefois assemblés deux à deux par l’effet de la division spontanée, animés d’un mouvement vacillant) observé par Coze et Feltz dans le sang de la variole.
2° Le Bactérium catenula (corps filiformes, cylindriques souvent assemblés par 5, 4 ou 5 par suite de la division spontanée) observé dans la fièvre typhoïde (Coze et Feltz).
3°Le Bactérium punctum (corps deforme ovoïde, allongée, incolore, à mouvement lent, vacillant, souvent assemblés par deux). Coze et Feltz en ont observé dans le sang d’animaux morts, à la suite d’inoculations de substances putréfiées.
4° Le Bactérium triloculare ou articulatum n’est pas admis par tous les observateurs (Dujardin).
5° Le Bactérium putredinis. Il diffère, d’après Davaine, des bactéries qui se produisent dans les matières animales en décomposition. Il se présenle sous trois formes: Io corpuscules amorphes, infiniment petits et innombrables, constituant un tourbillon mouvant dont la plupart des individus se perdent aux limites de la vision ; 2° en filaments minces, courts, droits, quelquefois divisés en deux, atteignant au plus 5 p de longueur, doués de mouvements semblables à ceux du Bactérium termo ; 5° en filaments généralement plus longs et dont quelques-uns atteignent
1 Dictionnaire encyclopédique, art. Bactérie, 1868. Voy. auss Bouchut : Pathologie générale , p. 813 et suiv.
jusqu'à 50 y. de longueur, semblables pour le reste aux précédents qui les accompagnent toujours plus ou moins.
6° Bacterium capitatum (corps filiforme, rigide, terminé par une extrémité renflée, à mouvements vifs, non ondulatoires).
Le genre Vibrio comprend : Io Le vibrio lineóla ¡corps diaphanes, cylindriques, un peu renflés au milieu, deux ou trois lois plus longs que larges, assemblés par deux ou trois sur une ligne très-mince, un peu flexueuse et présentant seulement deux ou trois inflexions. Ce vibrion, qui ressemble beaucoup au Bacterium termo, a été constaté dans les enduits de la bouche, dans les dépôts du tarlre déni aire, etc.
2° Le vibrio tr emulan s ; il diffère peu du précédent.
5° Le vibrio rugula (corps diaphane, en lils alternativement droits ou flexueux de 5 à 8 inflexions, se mouvant avec vivacité en ondulant ou en serpentant). On l’a observé dans les matières fécales, surtout dans les déjections cholériques.
4° Le vibrio prolifer , le vibrio serpeas, le vibrio bacillus (corps transparent, filiforme, rectiligne, égal, à articulations fort longues, n’ayant que des mouvements d’inflexions peu sensibles pendant qu’il s’avance lentement dans le liquide et indifféremment en avant ou en arrière paraissant brisé à chaque articulation) s’observent beaucoup moins fréquemment. 11 en est de même des vibrions désignés scus les noms de vibrio subtilis, de vibrion lactique, vibrio synxanthus, vibrio syncyanus, enfin de vibrion butyrique . Nous renvoyons à l’article si complet de Davaine, pour la description de ces diverses espèces.
Le genre Bactkridium comprend la bactéridie du levain , la bactéridie glaireuse , les bactéridies intestinales et la bactéridie du charbon. (Les filaments sont droits, roides, cylindriques, quelquefois composés de deux ou trois, trèsrarement quatre segments, offrant alors des inflexions à angles obtus en rapport avec les ; rticles ; très- mince relativement à la longueur. Ces bactéridies se retrouvent dans le sang de l'homme qui succombe à la pustule maligne ou à l’œdème malin. On les retrouve dans tous les liquides du
SANG PATHOLOGIQUE. 57
corps, dans les vésicules et pustules de la peau, dans la sérosité des vésicatoires, etc.
Quant au genre Spirillvm, il renferme : le spirillum enchila, le spirillum tenue, et le spirillum volutans. On les observe dans les matières en putréfaction, dans l’eau des marais, etc.
Nous voyons, en résumé, que les infusoires se rencontrent dans les matières en pufréfaction, dans les sécrétions morbides, dans le sang de malades atteints de maladies infectieuses. Ces infusoires se trouvent en grande quantité dans les produits de déjection, mais ils semblent surtout, dans ces cas, appartenir au genre vibrio; dans les parenchymes et dans le sang, on rencontrerait plus souvent des bactéries (bien que celles-ci se rencontrent aussi dans les matières excrétées, où elles sont d’ordinaire plus développées, plus volumineuses) ; enfin, les bactéridies , que Robin considère comme identiques au leptothrix buccalis , seraient presque caractéristiques des maladies charbonneuses (Davaine). Quel est le rôle de ces infusoires? Sont-ils les agents de la septicémie et des maladies infectieuses en général? ou bien faut-il admettre qu’ils ne se développent dans le sang et les organes qu’en raison d’une altération primitive de ces tissus? Que faut-il penser de la théorie ingénieuse de Béchamp 1 , qui les considère comme l’état adulte des granulations moléculaires (microzyma) existant à l’état normal dans les tissus vivants et qui se développeraient dans les tissus pathologiques dès l’instant où, par suite d’une altération morbide, ils se trouveraient dans des conditions d’accrois-
1 Voy. Comptes rendus , t. lvii, lviii, lxvi, lxviî, passirn et Montpellier médical (1858 à 1872)«
sement plus favorables? La réponse à toutes ces questions ne peut être donnée dans l’état actuel de la science. Bornons-nous donc à renvoyer le lecteur aux Leçons remarquables de Chauveau 1 , qui a montré le peu de confiance qu’il faut avoir dans les essais de culture de Hallier, déjà si souvent et si violemment condamnés par de Bary et plusieurs autres botanistes. Le procédé des inoculations a donné ou semble avoir donné des résultats plus précis. Mais il faut encore de nombreuses recherches pour arriver non-seulement à distinguer les divers infusoires, mais encore à reconnaître les rapports qui existent entre leur présence dans le sang et le développement de telle ou telle maladie. Disons seulement que les bactéridies se retrouvent dans la gangrène, dans la fièvre typhoïde des solipèdes (Signol) , enfin dans la sérosité péricardique des cadavres (Yulpian). Leur présence ne caractérise donc pas la maladie charbonneuse ; et nous croyons pouvoir affirmer qu’il sera longtemps encore impossible de distinguer la bactérie de la variole de celle de la scarlatine ou de la fièvre typhoïde.
L’examen microscopique des vibrioniens exige toujours un grossissement considérable (500); souvent il est nécessaire de se servir d’objectifs à immersion. Parfois l’addition au liquide d’une goutte d’une solution de carmin ou de fuchsine rend l’observation plus facile en colorant les éléments figurés qui ont subi un commencement d’altération.
D’autres parasites ont été signalés dans le sang de malades atteints de maladies infectieuses ou virulentes. Parmi les observations éparses dans les recueils de mé-
Hevüe Scientifique , 21 octobre 1871.
SANG PATHOLOGIQUE
de cine, nous ne citerons que celles qui se rapportent à la syphilis. Les recherches de Lorstorfer paraissent, en effet, présenter un caractère d’authenticité que n’ont pas celles de Hallier. L’auteur a étudié le sang des individus atteints de syphilis. « Au bout de deux jours, ils ne présentaient que des vibrions et des bactéries ; du troisième au cinquième jour, ils renfermaient de petits corpuscules brillants, arrondis, munis quelquefois d’un petit prolongement; deux jours plus tard, ces corpuscules étaient plus nombreux et en partie augmentés de volume ; puis bientôt ils se couvraient de bourgeons et, vers le dixième jour, on voyait apparaître au centre des corpuscules les plus volumineux une vacuole si considérable que l’enveloppe était amincie et caractérisée par un double contour. Le développement s’arrête là... Hebra et Stricker ayant soumis à l’examen de Lorstorfer des préparations numérotées provenant d’individus sains et atteints de syphilis, cet observateur ne se trompa jamais dans son examen. Yaida prétend avoir reconnu ces corpuscules de la syphilis dans la leucémie et le cancer ; ils n’auraient aucune relation avec des parasites végétaux. Biesiadecki arrive à des conclusions identiques et fait observer que Stopyanski avait déjà pris les corpuscules de Lorstorfer pour des granulations de paraglobuline i. »
Outre les infusoires, on rencontre parfois dans le sang de véritables entozoaires. Souvent, il est vrai, on a confondu des concrétions sanguines avec des parasites ; il suffit de parcourir la liste des entozoaires fictifs cités par Davaine2 pour s’en faire une idée; toutefois, en
1 Voy. Revue Critique , Archives générales de médecine , 1872, p. 344.
* Traité des entozoaires, p. 525 et suiv.
Égypte? 011 trouve assez fréquemment dans le sang des veines viscérales, de la veine porte, des veines vésicales, etc., un ver trématode décrit sous le nom de clislome hœmatobie (Da vaine, p. LIl) ; nous ne ferons que signaler son existence en rappelant aussi que le dislome hépatique peut accidentellement se trouver dans les vaisseaux sanguins.