‹ Manuel des confesseurs (volume 2)Chapitre 1 sur 45 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Avr.<; CEUX qvi se trouvent dans certains <:a-

PlUS DIFFICILES.

233. — Les docteurs assignent beaucoup deAxr. it-* règles ])Our la conduite des scrupuleux ; mais il 'Venï"" est certain qu'après la prière, le meilleur et même l'unique remède pour les guérir, c'est l'obéissance au confesseur. Efforcez-vous donc, avant tout, de bien inculquer au scrupuleux deux maximes fondamentales : la première, qu'il marche sûrement devant Dieu en obéissant à son père spirituel, toutes les fois qu'il n'y a pas un péché évident. En effet, ce n'est pas à l'homme qu'il obéit, mais à Dieu lui-même, qui a dit - Qui vos audit m c audi t. TqWc est la doctrine de tou? les II. 1

2 MAMJEL

théologiens et de tous les maîtres de la vie spirituelle, appuyés sur l'auiorité de saint Bernard, de saint Antonin, de saint François de Sales, de saint Philippe de Néri, de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix, de saint Ij^nace de Loyola, du bienheureux Denis le Chartreux, du bienheureux Humbert, du vénérable P. maître Avila, du grand Gerson, etc. La seconde, que son plus grand scrupule doit être de ne pas obéir, à- raison du grand danger auquel il s'expose de perdre, non-seulement la paix, la dévotion, le zèle pour avancer dans la vertu, mais encore la lêle, la santé et même son âme. Les scrupules peuvent venir au point de le réduire à se donner la mort, comme il est arrivé à un grand nombre, ou à s'abandonner au torrent du vice. De plus, faites entendre au scrupuleux, comme le dit très-bien le savant auteur de l'Instruction pour les nouveaux confesseurs ', qu'avec Dieu il ne faut pas vouloir compter la plume à la main. Le Seigneur veut, pour notre plus grand bien, que nous vivions dans l'incertitude de notre salut. Ainsi, lorsque nous faisons ce qui nous est moralement possible pour ne pas l'offenser, nous devons nous abandonner à sa miséricorde, et, tout en reconnaissant que nous ne pouvons nous sauver sans le secours de sa grâce, nous devons toujours la lui demander avec persévérance, confiance et tranquillité. Le meilleur, disait saint François

' Pait. 1, u. 76.

de Sales, c'est de marcher à l'aveugle sous la conduite de la divine Providence parmi les ténèbres et les perplexités de cette vie. il faut se contenter de savoir de son père spirituel qu'on marche bien, sans chercher à le voir. On ne s'est jamais perdu en obéissan!. Celui qui obéit à son con/es^ei/r, disait de son côté saint Philippe de Néri, est sur de ne pus rendre confie à Dieu de ses actions. Au contraire, disait saint Jean do la Croix, ne pas >e tranquilliser sur ce que dit le confesseur, c'est orgueil et manque de foi.

234. — Ensuite vous aurez soin : 1" de parler Lorsque souvent au scrupu'eux de la grande confiance scrupule que nous devons avoir en notre Seigneur Jésus- * p^^j^ Clinst, mort pour nous sauver, et dans sa très- M.nvaisainte Mère, si puissante et si bonne pour ceux "";

' ' *■ pensées,

qui [invoquent. Ainsi vous l'exhorterez à vivre tranquille, pourvu qu'il recoure à Jésus et à Marie. 2" Défondez-lui la lecture des ouvrages propres à réveiller le scrupule, et la conversation des personnes scrupuleuses. S'il est fortement tournienié, allez jdsqu'à lui défendre d'assister aux sermons où l'on traite des vérités terribles, et d'examiner sa conscience sur les choses qui lui donnent des scrupules mal fondés. :î • Si le scrupule consiste dans la crainte de consentir à de mauvaises pensées, par exemple, contre la foi, la [)urelé ou la charité, vous devez, vous confesseur, passer librement et hardiment sur tout cela, et lui dire que ces pensées sont

des tentations et des peines, mais qu'il n'y a ns consentement ni péché. C'est ici surtout que vous devez faire usage de celle grande règle donnée par les docteurs ', que, lorsque le pénitent ost «ne y>ersonne craignant Dieu, persona timoralœ conscientiœ, si le péché mortel n'est pas plus que certain, décidez qu'il n'a pas eu lieu. En effet, dit le P. Alvarez, il n'est pas possible qu'un | areil monslrc entre dans une âme qui l'a en horreur, sans qu'elle le connaisse clairement. Il convient même quelquefois de défendre aux scru- ])uleux de s'accuser de semblables pécliés, à moins qu'ils ne sachent certainement et qu'ils ne {laissent faire serment d'y avoir consenli. Remarquez ici que ce n'est point par des règles particulières, mais générales, qu'il faut conduire les scrupuleux. Avec des règles particulières, les scrupuleux ne peuvent jamais se décider; toujours ils doutent si cette règle particulière est applicable au cas aciuel, toujours différent à leurs yeux du cas supposé par le confesseur. Loiî.ju'Si 235. — Quant aux scrupuleux qui se tour- ^^j^i^Ycs lî^entenl sur leurs confessions passées, c'est-àconfes- dire qui craignent de n'avoir pas expliqué tous passées, leurspéchés ou leurs circonstances, ou de n'avoir pas eu la contrition nécessaire lorsqu'ils ont fait depuis une confession générale, et que pendant un temps notable ils ont répété les choses de la vie passée, vous devez leur défendre d'y jamais

* Lib. G, E. 476.

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penser de propos délibéré, et de se confesser de ces péchés passés, à moins qu'ils ne puissent faire serment que c'étaient certainement dos péchés mortels, et de plus qu'ils sont certains de ne les avoir jamais confessés. En effet, les docteurs enseignent ' que, dans le cas même où ils auraient oublié par inadvertance quelque péché mortel, les scrupuleux ne sont pas oblif;és, du moins quand ils n'en sont pas certains, sub tanio incommodo et periculo, à l'intégrité de la confession, dont un inconvénient moins grave ^ peut dispenser. Sur ce point soyez ferme à vous faire obéir. Si le pénitent n'obéit pas, rcprenez-lo fortement, ôtez-lui la communion, et mortifiez-le le plus que vous pourrez. Les scrupuleux doivent être traités avec une grande sévérité, car s'ils perdent l'ancre de l'obéissance, ils sont perdus : ou ils deviennent fous, ou ils se prck-ipitent dans Je désordre.

îi36. — Il en est d'autres qui crair;nont de pc- '•'"■'?"'»i <'her dans toutes leurs actions, A ceux-là il faut objet ifs commander d'agir librement et de passer par- pré-I-n'ies dessus leurs scrupules; ils y sont même obligés toutes les fois qu'ils ne voient pas avec évidence que telle action est un péché. C'est l'enseignement des docteurs ^. Peu importe qu'ils agissent avec la crainte actuelle, c'est-à-dire sans déposer

' Lil>. 1, n. 87. V. 2, Qiiotl niiiil.

' Lit). C, ex n. 'i88.

* l.ib. 1, n. 80 et p. Scgacri, cap ult.

leur scrupule, ce qu'on ne doit presque jamais attendre des scrupuleux, parce qu'une semblable crainte n'est pas un véritable dictamen de la conscience, ou une conscience formée suivant la judicieuse distinction de Gersc»n', ni un véritable doute pratique. Elle ne détruit pas non plus le jugement porté d'abord, et qui persévère virtuellement, bien que la crainte empêche d'y faire attention. Or ce jugement le voici : c'est qu'en faisant une action quelconque, qu'ils ne connaissent pas certainement pour mauvaise, ils ne pèchent pas. En effet, dans ce cas ils n'agissent point contre la conscience, mais contre une crainte vaine ^. Vous enjoindrez donc au pénitent de ce caractère de mépriser et de vaincre le scrupule, en faisant hardiment ce que le scrupule lui défend : de plus, vous lui défendrez d'y jamais revenir dans ses confessions.

L'obéis- 237. (Vie de saint Philippe, liv. i", ch. xx.) seuu' — Ceux qui veulent avancer dans la perfection,

voie sûre disait saiut Philippe de Néri, doivent se remettre

pour le . , 1-1

icrupu- entièrement et sans retour entre les mains des leiix. supérieurs. Ceux qui ne vivent pas sous l'obéissance d'une règle doivent se soumettre volontairement à un savant et sage confesseur et lui obéir comme à Dieu même; lui découvrir avec liberté et simplicité toutes leurs affaires et ne prendre aucune détermination sans son con-

' Dicf., n. 8G.

* Lib. 1, n. 76. Y. llinc duo.

seil. Quiconque en agit de la sorte, ajoutait-il, est sûr de ne pas rendre compte à Dieu de ses actions. Il disait cependant qu'avant de choisir un confesseur, il fallait y penser mûrement et recourir à la prière; mais une fois choisi, il ne voulait pas qu'on le quitlùl sans de très-fortes raisons; qu'on eût en lui une entière confiance, lui confiant jusqu'aux moindres affaires, car le Seifrneur ne saurait permettre qu'il se trompe en rien de ce qui regarde le salut de l'àme. Lorsque le démon, continuait le saint, ne peut faire tomber une personne dans de grands péchés, il emploie toutes ses ruses pour mettre de la défiance entre le pénitent et le confesseur, par ce moyen il en vient petit à petit à faire les plus grands maux. Il disait encore que l'obéissance est le chemin direct pour arriver promptcraent à la perfection. Il estimait beaucoup plus une personne qui menait une vie ordinaire en obéissant, que celui qui faisait de grandes pénitences en ne suivant que sa propre volonté; et il disait qu'il n'y avait rien de plus dangereux da'^s la vie spirituelle que de vouloir s<^ conduire par son propre jugement; tandis que rien n'assurait mieux nos actions et ne déjouait mieux les ruses de l'ennemi que de faire la volonté d'autrui dans la pratique du bien. L'obéissance, répétait-il enfin, l'obéissance, voilà le véritable holocauste que nous devons offrir à Dieu sur l'autel de notre cœur.

Avec ie> 238. (Saint François de Sales, l. ii, p. 653.) !im"u4^, — ^^ ^^^ ^^^ 'i"^6s ^"6 Dieu appelle à une plus grande perfection. La moindre apparence du mal alarme leur conscience timorée. Souvent elles ont recours à leur confesseur pour en obtenir des i«viâ et des solutions qui les tranquillisent : cette partie de la direction, qui n'est pas la moins difficile, est le triomphe de saint François de Sales. Profitons des précieux avis qu'il nous a laissés. Voici les réponses qu'il adresse à une âme craintive dont la perfection lui était bien chère:

(.( Mon avis va à deux choses : l'une, faites une rev ue générale de toute votre vie pour faire une pénitence générale; c'est une chose sans laquelle nul homme d'honneur ne doit mourir : l'autre, essayez-vous petit à petit de vous déprendre des affections du monde. Pour cela il faut, non pas du tout rompre les liens d'alliance qu'on a aux affaires du monde, mais les découdre et les dénouer.

» C'est une charité indispensable que vous vous devez de vous acheminer à une heureuse fin, et nul respect ne vous doitempécher do vous y employer avec ardeur. Car puisque Dieu nous commande d'aimer notre prochain comme nous-mêmes, il suppose que nous nous devons aimer ; et la première partie que vous devez aimer en vous, c'est l'âme, et en l'âme la conscience, et en la conscience la pureté, et en la pureté l'appréhension du salut éternel.

» Tandis que nos fautes sont dans nos âmes,eUes sont des épines; sortant dehors par la volontaire accusation, elles sont converties en roses et parfums, d'autant que, comme notre malice les tire dans nos cœurs, aussi c'est la bonté du Saint- Esprit qui les pousse dehors.

» Vous confessant à de bons confesseurs, ne doutez nullement : car s'ils n'avaient le pouvoir de vous ouïr, ils vous renverraient; et il n'est nullement besoin de faire ces revues générales en l;i paroisse, desquelles vous m'écrivez : il suffit d'y rendre son devoir à PAques en s'y confessant, ou au moins s'y communiant. Étant aux champs, les prêtres que vous trouverez aux paroisses vous pourront aussi confesser. Ne vous laissez point presser de scrupules ni de trop de désirs : ciieminez doucement et courajîcuscment.

» Vous devez être ferme en la résolution que j.' vous ai donnée, que ce qui se dit au secret de hi pénitence est tellement sacré qu'il ne se doit pas dire hors dicelle. Et quiconque demande si vous avez dit ce que vous avez dit avec le sceau très- ^aint de la confession, vous lui pouvez hardiment et sans péril de duplicité dire que nenni : il ny a nulle difficulté en cela. Une autre fois donc, demeurez ferme, et tenez pour non dit et totalement tù ce qui est couvert du voile sacramcntal; et cependant ne vous mettez nullement en scru- [lule, car vous n'avez point offensé, le disant ; b'iQw (ju'à l'aventure vous eussiez niicu\ faiî !e

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celant, à cau=e de la révérence du sacren^ent,

qui doit être si grande que hors icelui il ne soit

rien meniionné de ce qui s'y dit.

Confes- 239. — » Ne vous troublez point de quoi vous *"fré-*^ ne remarquez pas toutes vos menues chutes pour quenies yous cn coofcsscr. Non, car comme vous tombez

lecliules, . . , .,

souvent sans vous en apercevoir, aussi n est-il pas dit, au passage que vous alléguez, que îe juste se voit ou sent tomber sept fois le jour, mais qu'il tombe sept fois : aussi il se relève sans attention à ses relevées. Ne vous mettez doncpas en peine pour cela, mais allez humblement et franchement dire ce que vous aurez remarqué ; et pour ce que vous n'aurez pas remarqué, remettez-le à la douce miséricorde de celui-là qui met la main au-dessous de ceux cjui tombent sans malice, afin qu'ils ne se froissent point, et les relève si doucement et vitement, qu'ils ne s'aperçoivent pas, ni d'être tombés, parce que la main de Dieu les a recueillis en leurs chutes, ni d'être relevés, parce qu'illes a retirés si soudain qu'ils n'y ont pas pensé.

» Pour écrire la confession, cela est indifférent ; et plusieurs n'approuvent pas qu'on écrive, c'est-à-dire aiment mieux qu'on s'accuse par cœur.

» Les confessions annuelles sont bien bonnes, elles nous rappellent à la considération de notre misère, et nous font reconnaître si nous avançons ou reculons, nous font rafraîchir plus vivement

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nos bons j)ropos ; mais il les faut faire sans inquiétude et scrupules, non tant pour être absoutes que pour être encouragées. Il n'est pas requis de faire si exactement l'examen, mais seulement de gros en gros. Si vous les pouvez faire de la sorte, je vous les conseille; si moins, je no désire pas que vous les fassiez.

» J'ai trouvé en votre confession générale toutes les marques d'une vraie, bonne et solide confession, et que jamais je n'en avais reçue qui m'eût plus entièrement contenté. C'est la vraie vérité, et croyez qu'en telles occasions je parle fort purement. Que si vous avez omis quelque chose à dire, considérez si c'a a été votre escient et volontairement, car en ce cas-!à vous devriez sans doute refaire la confession, si ce que vous auriez omis était péché mortel, ou que vous pensassiez à cette heure-là que ce le fût; mais si ce n'est que péché véniel, ou que vous l'ayez omis par oublianco et défaut do mémoire, ne doutez point; car, au périUde mon Ame, vous n'êtes nullement obligée de refaire votre confession; mais il suffira de dire à voire confesseur ordinaire le point que vous avez omis. Décela j'en ré[)onds. N'ayez pas crainte non plus de n'avoir pas apporté tant de diligence qu'il fallait à votre confession générale, car je vous redis fort clairement et assurément, que si vous n'avez point fait d'omission volontaire, vous ne devez nullement refaire la confession, laquelle pour vrai a été Irès-suffi-

confession néral

sanimcnt faite. Demeurez on paix de ce côtc-là. » N'oubliez pas de vous confesser tous les huit jours, et quand vous aurez quoique giand ennui de conscience.

î'.éi,a.a- 24o. — » Touchant la revue de votre état inté- ' jj.^"„g g* rieur : 1. préparez bien tout ce qui sera requis '» pour rendre ce voyage fructueux, et tel que celte ge- entrevue puisse suffire pour plusieurs années. 2. Recommandez-le à notre Seigneur. 3. Feuilletez tous les replis, et voyez tous les ressorts de votre âme, et considérez tout ce qui aura besoin d'être ou rhabillé ou remis. ï. De mon coté je présenterai à Dieu plusieurs sacrifices, pour obtenir de sa bonté la lumière et la grâce nécessaires [)0ur vous servir en cette occasion. 5. Préparez une grande, mais je dis très-grande et absolue confiance en la miséricorde de Dieu, puis en mon affection: mais je sais que do cela !a provision est toute faite. 6. S'il vous semble qu'à mesure que votre souvenance et votre considération vous suggéreront quelque chose, il vous soit utile de le marquer avec la plume, je l'approuverai fort. 7. Le plus que vous pourrez apporter d'abnégation ou d'indifférence de votre propre volonté, c'est-à-dire de désir et de résolution de bien obéir aux inspirations et instructions que Dieu vous donnera, ciuelles quelles soient, ce sera le mieux; car notre Seigneur agit dans les âmes qui sont purement siennes et non préoccupées d'afi^oclions et do propre volonté. S. Mais

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surtout gardez de vous inquiéter en cette préparation : faitos-Ia doucement et en liberté d'esprit.

2'<-l. — " Pour avoir omis quelque verset de i*« l'office ou quelque cérémonie, il n'y a qu'un pé-n,.i)iiée?. ché véniel ; et quand la mémoire de telles fautes vous arrive après la confession, il n'est pas requis de retourner vers le confesseur pour aller à la communion; au contraire, il est bon de n'y pas retourner, mais le réserver à dire pour l'autre confession suivante, afin de le dire si on s'en souvient.

» Cette 2'''>'»do crainte, qui vous a ci-devant si cruellement angoissée, doit être désormais terminée, puisque vous avez toutes les assurances qui se peuvent avoir en ce monde, d'avoir fort entièrement expié vos péchés par le saint sacrement de pénitence. Non, il ne faut nullement révoquer en doute (|ue les dépendances de vos fautes n'aient été suffisamment ex[)rimées; car tous les théolo{îiens sont d'accord qu'il n'est nullement besoin de dire toutes les dépendances ni les acheminements du péehé. Qui dit : J'ai tué un homme; il n'est pas besoin qu'il dise qu'il a tiré son épée, ni qu'il a été cause de plusieurs déplaisirs aux parents, ni qu'il a scandalisé ceux qui l'ont vu, ni qu'il a troublé la rue en laquelle il a tué; car tout cela s'entend assez sans qu'on le dise : il suffit seulement de dire qu'il a tué par colère, ou de gnet-apens, par vengeance, qu'il était un homme sim[>le ou ecclésiastique ; et puis

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laisser le ju(;emcnt à celui qui l'écoute. Qui dit qu'il a brûlé une maison, il n'est pas requis qu'il dise ce qui était dedans par le menu, mais il suffit de dire s'il y avait des gons dedans, ou s'il n'y en avait pas. Demeurez tout à fait en paix; vos confessions ont été bonnes jusqu'à l'excès : pensez désormais à votre avancement à la vertu, et ne pensez pas aux péchés passés, sinon pour vous humilier doucement devant Dieu, et bénir sa miséricorde qui vous les a pardonnes par l'application du divin sacrement.

» Cette bonne âme que vous et moi chérissons tant, me fait demander si elle pouria attendre la présence de son père spirituel pour s'accuser de quelque point duquel elle n'eut point souvenance en sa confession générale ; ot, à ce que je vois, elle le désirerait fort. Mais dites-lui, je vous supplie, que cela ne se peut en aucune façon : je trahirais son âme si je lui permettais cet abus. Il faut qu'à la fine première confession qu'elle fera, tout'au commencement elle s'accuse de ce péché oublié (j'en dis de même s'il y en a plusieurs) purement et simplement, et sans répéter autre chose de sa confession générale, laquelle fut fort bonne.

« Et partant, nonobstant les choses oubliées, cette âme ne se doit nullement troubler ; car la vérité est que le premier et principal point de la simplicité chrétienne gît en cette franchise d'accuser ses péchés quand il en est besoin, pure-

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ment et miemcnt, sans appréhender l'oreille du confesseur, laquelle n'est apprêtée que pour ouïr des péchés et non des venus, et des péchés de toutes sortes.

» Que donc hardiment et courageusement elle se décharge pour ce regard avec une grande huniiliié et mépris de soi-mémr, sans avoir crainte de faire voir sa misère à celui par l'entremise duquel Dieu la vent guérir.

» Mais si son confesseur ordinaire lui donne trop de honte ou d'à]. préhension, elle pourra bien aller ailleurs ; mais je voudrais en cela toute simplicité, et crois que tout ce qu'elle a à dire est fort peu de chose en effet, et l'appréhension la fait paraître étrange : mais dites-lui tout ceci avec une grande charité, et l'assurez que si en cet endroit je pouvais condescendre à son inclination, je le ferais très-volontiers, selon le service que j'ai voué à la très-sainte liberté chrétienne. <)ue si après cela, à la première rencontre qu'elle fera de son père S[)iriiuel, elle pense retirer quelque conso'ation de lui manifester la même faute, elle le pourra faire ; et, à ce que j'ai appris de sa dernière lettre, elle le désire; et j'espère qu'il lui sora utile même de faire une confession générale de nouveau avec une grande préparation, laquelle néanmoins elle ne doit commencer qu'un peu auparavant son départ, de peur de s'embarrassi-r.

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