Il n'i'st pas besoin de dire enconfes- ce qu'il
faut dire sioii CGS petites pensées, qui comme mouches
d»n5 les passent et viennent devant vos yeux, ni l'affadis-
sèment et dégoût que vous avez en vos vœux,
car tout cela ne sont point péchés, mais ennuis,
mais incommodités.
a La revue annuelle de nos âmes se fait, ainsi que vous l'entendez, pour le défaut des confessions ordinaires, qu'on supplée par celle-ci pour se provoque et exercer à une plus profonde humilité, mais surtout pour renouveler, non les bons propos, mais les bonnes résolutions que nous devons appliquer pour remède aux inclinations, habitudes, et autres sources de nos offenses, auxquelles nous nous trouvons plus sujets.
» Il est vrai qu'il serait plus à propos de faire celte revue devant celui qui aurait déjà reçu la confession générale, afin que par la considération et rapport de la vie précédente à la suivante, on put mieux prendre les résolutions requises en toutes façons; cela serait plus désirable. Mais les âmes qui, comme vous, n'ont pas cette commodité, peuvent prendre celle de quelque autre confesseur, le plus discret et sage qu'elles trouveront.
» Je dis qu'il n'est nullement besoin en votre revue de marquer particulièrement le nombre ni les menues circonstances de vos fautes; il suffiî de dire en gros quelles sont vos principales chutes, quels vos premiers détraquements d'esprit, -et non pas combien de fois vous êtes tombée;
DES CONFESSELRS. 47
mais si vous êtes fort sujelto et adonnée au mal. Par exemple, vous ne devez pas enquérir combien de fois vous êtes tombée en colère, car peutêtre y aurait-il trop à faire; mais simplement dire si vous êtes sujette à ce dérèglement; si, lorsqu'il vous arrive, vous y demeurez engagée longuement, si c'est avec beaucoup d'amertume et de violence, et enfin quelles sont les occasions qui vous y provoquent le plus souvent; si c'est le jeu, la hautainelé, ou orgueil; si c'est la mélancolie, ou opiniâtreté (ce qui soit dit, par exemple) ; et ainsi en peu de temps vous aurez achevé votre petite revue, sans beaucoup tourmenterni votre mémoire, ni votre loisir.
» Il est constant que quelques chutes aux péchés mortels, pourvu que ce ne vùt pas par dessein d'y croupir, ni avec un endurcissement au mal, n'empêcheni pas que l'on n'ait fait progrès en la dévotion ; laquelle bien que l'on la perde €n péchant mortellement, on la recouvre néanmoins au premier véritable repentir que l'on a de son [)éclié, rnèiiie, comme je dis, quand on n'a [)as longuement trempé au mal : de sorte que les revues annuelles sont extrêmement salutaires aux esprits qui sont encore un peu faibles; car si bien les premières résolutions ne les ont pas du lout affermis, les secondes et troisièmes les affermiront da^antage; et enfin à force de se résoudre souvent, on demeure tout à fait résolu, et ne faut nullement perdre courage, mois avec une
sainte humilité regarder ron infirmité, s'accuser, demander pardon, et invoquer les secours du Ciel.
Suitf. 2i3. — » Vous me dites maintenant que, lorsque vous avez eu quelque grand sentiment de colère ou de quelque autre tentation, il vous vient toujours un scrupule, si vous ne les confessez.
>■ Je dis qu'il le faut dire en votre revue, mais non pas par manière de confession, oui bien pour tirer instruction comme l'on s'y doit comporter. Je dis quand l'on ne voit pas clairement d'avoir donné consentement; car si vous allez dire: Je m'accuse de quoi durant deux jours j'ai eu de grands mouvements de colère, mais je n'y ai pas consenti ; vous dites vos venus au lieu de dire vos défauts.
» Mais il me vient en doute que je n'y aie fait quelque faute. Il faut regarder mûrement si ce doute a quelque fondement. Peut-être qu'environ un quart d'heure durant ces deux jours vous avez été un peu négligente à vous divertir de votre sentiment. Si cela est, dites tout simplement que vous avez été négligente durant un quart d'heure à vous divertir d'un mouvement de colère que vous avez eu, sans ajouter que la tentation a duré deux jours, si ce n'est que vous le vouliez dire, ou pour tirer de l'instruction de votre confesseur, ou bien pour ce qui est de vos revues; car alors il est bon de le dire. Mais pour les confes-
sions ordinaires, il serait mieux de n'en point parler, puisque vous ne le faites qiie pour vous satisfaire : et si bien il vous en vient un peu de peine ne le fairant pas, il la faut souffrir comme une autre à laquelle vous ne pourriez pas mettre remède. Dieu soit béni '.
» C'est de même des redditions de compte, comme de la confession. II faut avoir une égale simplicité en l'une comme en l'autre. Or, ditesmoi, faudrait-il dire : Si je me confesse de telle chose, que dira mon confesseur, ou que pensera-t-il de moi? Nullement : il pensera et dira ce qu'il voudra, pourvu qu'il m'ait donné l'absolution, et que j'aie rendu mon devoir, il me suffît : et comme après la confession il n'est pas temps de s'examiner pour voir si on% bien dit tout ce que l'on a fait, mais c'est le temps de se tenir attentif au[)rès de notre Seigneur en tranquillité, avec lequel nous nous sommes réconciliés, et lui rendre grâces de ses bienfaits, partant nullement nécessaire de faire la recherche dé ce que nous pourrions avoir oublié, de même en est-il après avoir rendu compte. Il faut dire tout simplement ce qui nous vient; après il n'y faut plus penser.
» Mais aussi, comme ce ne serait pas aller à la confession bien préparé de ne vouloir pas s'examiner, de crainte de trouver quelque chose digne de se confesser; de même il ne faudrait
• entretien V.
pas négliger de rentrer en soi-même avanl la reddition de compte, de peur de trouver quelque chose qui ferait de la peine à dire. Il ne faut pas aussi être si tendre à vouloir tout dire, ni recourir aux supérieurs pour crier liolà, à la moindre petite peine que vous avez, laquelle pcuî-èlre sera passée dans un quart d'heure.
» Il faut bien avoir à souffrir un peu généreusement CCS petites choses, auxquelles nous ne pouvons mettre remède, étant des productions pour l'ordinaire de notre nature imparfaite , comme sont ces inconstances d'humeur, de volontés, de désirs, qui produisent tantôt un peu de chagrin, tantôt une envie de parler, et puis tout à coup une aversion grande de le faire, et choses semblables, auxquelles nous sommes sujets, et le serons tant que nous vivrons en cette vie périssable et passagère *.
Répondre 244. — » Je voudrais qu'en la confession on ?, portât un grand honneur aux confesseurs ; car illion*, (outre que nous sommes fort obligés d'honorer le sacerdoce) nous les devons regarder comme des anges que Dieu nous envoie pour nous réconcilier avec sa divine bonté, et non-seulement cela, mais encore il les faut regarder comme lieutenants de Dieu en terre ; et partant, encore qu'il leur arrivât quelquefois de se montrer hommes, commettant quelques imperfections, comme demandant quelque chose curieuse qui « Entretien XIV.
a ce inlerr
DES CONFESSEURS. 2i
ne serait pas de la confession, comme seraient vos noms, si vous faites des pénitences, ])raliquez drs vertus, et quelles elles sont, si vous avez quelques tentations, et choses semblables.
» Je voudrais répondre selon qu'ils le demandent, bien qu'on n'y soit pas obligé ; car il ne faut point dire qu'il ne nous est pas permis leur dire autre chose que ce dont vous vous êtes accusée. Oh ! non, jamais il ne faut user de cette défaite, car cela n'est pas vrai : vous pouvez dire tout ce que vous voudrez en confession, pourvu que vous ne parliez que de ce qui regarde votre pai ticulier, et non pas de ce qui concerne le généra! de vos sœurs.
» Que si vous craignez de dire quelque chose de ce qu'ils vous demandent, de peur de vous embarrasser, comme serait de dire que vous avez des tentations ; si vous appréhendez de les (lire, au cas qu'ils les voulussent savoir par le menu, vous pourrez leur répondre: J'en ai, mon père ; mais, par la grâce de Dieu, je ne ponsu pas y avoir offensé sa bonté; mais jamais ne dites qu'on vous a défendu de vous confesser de ceci, ou de cela. Dites à la bonne foi à votre confesseur tout ce qui vous fera de la peine, si vous voulez : mais derechef je vous dis, gardez-vous bien de [)ar!cr ni du tiers, ni du quart.
245. — » Nous avons quelque réciproque obli- i'.irii,u. gation aux confesseurs en l'acte de la confes- '"?'"" sion, de tenir caché ce qu'ils nous auront dit, si !"■'"•'«■
22 SIANUEL
ce n'était quelque chose de bonne édification, et hors de là il n'en faut point parler.
» S'il arrive qu'ils vous donnent quelque conseil contre vos règles et votre manière de vivre, écoutez-les avec humilité et révérence, et puis vous ferez ce que vos règles permettront» et rien de plas.
» Les confesseurs n'ont pas toujours intention de vou« obliger sur peine de péché à ce qu'ils VOUS disent ; il faut recevoir leurs conseils par manière de simple direction : estimez cependant beaucoup, et faites grand état de tout ce qui vous sera dit en confession ; car vous ne sauriez croire ie grand profit qu'il y a en ce sacrement pour les âmes qui y viennent avec l'humilité requise.
» S'ils vous voulaient donner pour pénitence quelque chose qui fût contre la règle, priez-les tout doucement de changer cette pénitence en une autre, d'autant qu'étant contre les règles, vous craindriez de scandaliser vos sœurs si vous le faisiez.
» Jamais il ne faut murmurer contre le confesseur. Si par son défaut il vous arrivait quelque chose en confession, vous pourriez dire tout simplement à la supérieure que vous désirez bien, s'il lui plaisait,de vous confessera quelqueautre, sans dire autre chose : car ainsi faisant, vous ne découvrirez pas l'imperfection du confesseur, et si aurez la commodité de vous confesser à votre gré : mais ceci ne se doit pas faire à la légère et
pour des causes de rien ; il faut éviter les extrémités; car, comme il n'est pas bon de supporter des notables défauts en la confession, aussi ne faui-il pas être si délicates qu'on n'en puisse supporter quelques petits.
2i6. — » Je voudrais fort que les sœurs prissent simpiiun {jrand soin de particulariser leurs péchés en 7a*con'' confession ; je veux dire que celles qui n'auront fes'on. rien rcmîfrqué qui fut digne de l'absolution, disent quelque péché particulier ; car de dire qu'on s'accuse d'avoir eu plusieurs mouvements de colère, et ainsi des autres, cela n'est pasàpro[)OS; car la colère et la tristesse sont des passions, et leurs mouvements ne sont pas péchés, d'autant qu'il n'est pas en notre pouvoir de les empêcher.
>• Il faut que la colère soit déréglée, ou qu'elle nous porte à des actions déréglées pour être péché. Il faut donc particulariser quelque chose qui porte péché.
>• Je voudrais bien, de plus, que l'on eût un grand soin d'être bien véritable, simple et charitable en la confession (véritable et simple est une même chose), dire bien clairement ses fautes sans fard, sans artifices, faisant attention que c'est à Dieu que nous parlons, auquel rien ne peut être celé.
'• Charitable, ne mettant aucunement le prochain en votre confession. Par exemple, ayant à vous confesser de quoi vous avez murmuré en vous-même, ou bien avec les sœurs, de ce que
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Ja supérieure vous a parlé trop sèchement, n'allez pas dire que vous avez murmuré de la correction trop brusque qu'elle vous a faite, mais simplement que vous avez murmure contre la supérieure.
» Dites seulement le mal que vous avez fait, et non pas la cause, cl ce qui vous y a poussée. Jamais ni directement ni indirectement ne découvrez le mal des autres, en accusant le vôtre ; et ne donnez jamais sujet au confesseur de soupçonner qui c'est qui a contribué au péché.
» M'apportez aussi aucune accusation inutile en la confession. Vous avez eu des pensées d'imperfection sur le prochain, des pensées de vanité, voire même de plus mauvaises; vous avez eu des distractions en vos oraisons : si vous vous y êtes arrêtée délibérément, dites-le à labonne foi, et ne soyez pas contente de dire que vous n'avez 'pas apporté assez de soin à vous tenir recolligée durant le temps de l'oraison ; mais si vous avez été néî^ligente à rejeter une distraction, dites-le : car ces accusaùons générales ne servent de rien à la confession.
Tiisiesse 247. — « Il UQ faut pas être si tendre à se vou- [3 confei". )oir confesser dotant de menues imperfections, -ion. puisque même nous ne somn^os pas obligés de nous confesser des péchés véniels, si nous ne voulons pas ; mais quand on s'en confesse, il faut avoir la volonté résolue de s'en amender, autre-^ ment ce serait un abus de s'en confesser.
j) Il ne faut pas non plus se tourmenter, quand on ne se souvient pas de ses fautes pour s'en confesser ; car il n'est pas croyable qu'une âme qui fait souvent son examen remarque bien, pour s'en ressouvenir, les fautes qui sont d'importance pour tant de petits légers défauts. Vous en pouvez parler avec Notre-Seigneur, toutes les fois que vous les apercevrez : un abaissement d'esprit, un soupir suffît pour cela.
>» Vous demandez comment vous pourrez faire votre acte de contrition en peu de temps. Je vous dis qu'il ne faut presque point de temps pour le bien faire, puisqu'il ne faut autre chose que se prosterner devant Dieu en esprit d'humilité et de repentancc de l'avoir offensé '.
» La tristesse de la vraie pénitence ne doit pas tant être nommée tristesse que déplaisir, ou sentiment et détcstaiion du ma! ; tristesse qui n'est jamais ni ennuyeuse, ni chagrine; tristesse qui n'engourdit point l'esprit, mais qui le rend prompt et diligent; tristesse qui n'abat point le cœur, mais le relève par la prière et l'espérance, et lui fait faire les élans de la ferveur de dévotion ; tristesse, laquelle, au fort de son amertume, produit toujours la douceur d'une incomparable consolation, suivant le précepte du grand saint Augustin : Que le pénitent s'attriste toujours, mais que toujours il se réjouisse de sa tristesse.
» La tristesse, dit Cassian, qui opère la solide
' Entretien XVIlI.