‹ Manuel des confesseurs (volume 2)Chapitre 21 sur 45 · B. LiGUORi, no5 101-103 et 233-275.)— Sui(«. II · texte numérisé non relu

B. LiGUORi, no5 101-103 et 233-275.)— Sui(«. II

Comme je vous l'ai dit, lorsque vofus êtes appelé auprès d'un moribond, ne vous mettez pas en peine d'obtenir tant d'exactitude sur le nombre et les circonstances, surtout si le prêtre était arrivé avec le viatique ou que le médecin insistât pour que le malade le reçût promptement. Dans ce cas, il vaut mieux vous occuper des dispositions intérieures que de l'intégrité ; imposez au moribond de répéter sa confession lorsqu'il sera guéri. Que la pénitence soit trèslégère ; imposez-en une autre , proportionnée à ses fautes, pour le temps où il sera guéri, ou bien il vous suffira de lui donner celle d'aller vous trouver quand il sera rétabli. Avec les blessés et les femmes en couches, qui ne peuvent ordinairement être quittés par ceux qui les assistent, il suffit de les faire accuser en général de leurs péchés et en particulier de quelque faute légère , par exemple , d'impatience ou de mensonge, avec la résolution de se confesser entièrement s'ils reviennent en santé. Si le moribond est tenu à quelque restitution dont il peut s'acquitter dans le moment, faites attention de l'obliger à la faire aussitôt ; il ne suffit point qu'il en laisse le soin à ses héritiers, autrement ne lui donnez pas l'absolution '. Si vous voyez que le moribond est dans le cas de recevoir l' extrêmeonction et qu'il la refuse, représentez- lui les

* Voyez l'auteur de l'Instruction pour les Confesseurs des villages, c. 14, p. 444.

grands effets de ce sacrement. Dites -loi qu'il communique à l'âme une grande force pour résister aux tentations de l'ennemi dans ce dernier combat; qu'il efface les fautes vénielles et même les mortelles qu'on ne connaît pas ; de plus, qu'il rend même la santé au corps, lorsqu'il est expédient pour le salut de l'âme. Cependant il ne la rend pas cette santé lorsque le moribond en est au point de ne plus pouvoir être guéri que par un miracle, car ce sacrement opère par voie ordinaire en aidant les causes naturelles. Si, malgré tout cela, le malade refuse, il est très-probable * qu'il pèche. mortellement, du moins contre la charité envers lui-même, en se privant d'un secours aussi puissant dans le plus grand des besoins^. Si le malade devait éprouver une grande affliction en apprenant qu'il communie en viatique, il est probable qu'on peut lui donner la communion sans dire les paroles, Accipe viaticum, etc., mais suivant la formule ordinaire : Corpus Domini nostri Jesu Ch?'isti, etc.

374. — Aider les malades à bien mourir est imporbicn l'œuvre de charité la plus a"iéable à Dieu 'l,"*^*. ^'

•^ " rassis-

et la plus utile au salut des âmes. En effet, aui-^ncedes moment de la mort, d'où dépend l'éternité, les "" * ''' assauts de l'enfer sont plus redoutables et les malades moins en état d'y résister par euxmêmes. Pour faire comprendre combien l'assis-

> N- 285, dub. 4.

tance des malades lui est agréable, Notre -Seigneur fit voir plusieurs fois à saint Philippe de Néri les anges qui suggéraient les paroles aux pieux ministres des infirmes. Cette œuvre n'est pas seulement le devoir des pasteurs, mais aussi de tous les prêtres. En parlant des premiers, le Rituel romain dit que l'assistance des malades est une des principales obligations du curé. En conséquence, il veut, aussitôt qu'il apprendra que quelqu'un de ses paroissiens est malade, qu'il aille lui-même le trouver sans attendre qu'on le demande; et qu'il y aille souvent, si le malade est malade d'esprit. S'il est empêché, il doit y envoyer un autre prêtre pieux et prudent; car il en est qui sont quelquefois plus nuisibles qu'utiles aux malades, à eux-mêmes, et aux parents du malade, dont le prêtre assistant doit aussi chercher le salut dans cette occasion. Si l'on ne pouvait avoir un prêtre, le Rituel ajoute que le pasteur doit au moins faire assister le malade par quelque laïque pieux et prudent qui puisse l'aider en lui inspirant de bons sentiments. 375. — i'^ Le prêtre assistant doit faire en prêtre sorte de s'informer secrètement du médecin si la ' maladie est mortelle. Je dis sectètement, parce que l'usage détestable des médecins est de flatter les malades en leur présence, afin de ne pas s'attirer leur haine ou celle de leurs parents. Comme si d'annoncer aux malades l'obligation de se confesser, qu'ils devraient alors intimer en faisant

Avis au

connaître le danger, était la même chose que de leur annoncer la mort.

2° Il doit avoir soin de s'informer des parents, des amis, et du malade lui-même, de ce qu'il est, de son caractère et de ses défauts; à quelles passions il est sujet, et surtout s'il est obligé à quelque restitution de bien ou de réputation; s'il a eu quelque haine ou liaison criminelle, afin de remédier à tout. Mais s'il n'y a pas de nécessité, il doit éviter de lui rappeler les personnes pour lesquelles il a eu de la haine ou une affection déréglée. Avec ceux qui ont été blessés, il s'occupera de ce qui regarde le pardon, sans demander au malade par qui ni comment il a été frappé. Si le malade en parle, le prêtre fera en sorte de détourner le discours. De même, s'il n'y a pas nécessité, il détournera la conversation des biens, des procès, des enfants, et de toutes autres choses qui ne conviennent pas.

3° Ayant appris que la maladie est dangereuse, il ne parlera point d'abord au malade de se confesser, mais il l'interrogera sur sa maladie et ses souffrances. Ensuite, il l'exhortera à se résigner à la volonté de Dieu, à unir ses peines à celles do Notrc-Seigneur sur la croix et à les offrir en expiation de ses péchés. Peu à peu il le disposera à la confession, en lui demandant depuis quel temps il ne s'est pas confessé. Il l'engagera à mettre sa confiance en Dieu qui peut le guérir; mais en même temps, il lui

arO MANUEL

fera entendre doucement que la maladie est grave, et qu'il ne doit pas trop s'en rapporter aux médecins ni à ses parents qui le flattent peutêtre pour ne pas le troubler. Il lui dira donc qu'il fera bien de prendre ses avances, taudis qu'il a l'esprit plus sain, pour faire une bonne confession qui servira même à lui rendre la santé s'il est utile pour son salut. On rapporte qu'un moribond se leva tout à coup du lit en se confessant; et qu'un chevalier, à qui tous les remèdes avaient été inutiles, se confessa et fut guéri. Si le 376. — Si le malade demande un délai et qu'il dTman*de "5 ^''' 1^^^ ^® danger imminent de mort, ou de un délai, léthargie, ou de délire , on peut le lui accorder; mais il faut avoir soin de lui déterminer le temps où il se confessera, par exemple le soir, ou le lendemain matin. Si le danger est imminent, il faut lui dire, avec saint Augustin, que Dieu a promis le pardon au pécheur pénitent, mais qu'il ne lui a pas promis le lendemain : Crastinum non promisit, fartasse dabit, fartasse non dabit. Si le malade s'obstine à ne pas vouloir se confesser, il ne faut pas l'abandonner jusqu'au dernier moment, mais l'avertir de temps en temps en lui suggérant des motifs de crainte ou de confiance : il faut aussi le faire aider par des prières publiques et particulières.

4° Si la maladie est avancée, il faut aussi l'engager à mettre ordre à ses affaires temporelles, lorsque cela est utile à la paix de sa fa-

mille ; à plus forte raison, si cela est nécessaire pour l'acquit de sa conscience. Mais ici le prêtre doit avoir grand soin d'éloigner de lui tout soupçon d'intérêt personnel. Si le malade a des frères et des sœurs dans une grave nécessité, il est bon de l'avertir qu'il est ohM^é s ub gravi à leur laisser ses biens, du moins dans la proportion nécessaire pour soulager leurs besoins. Cette obligation grave ne paraît pas exister à l'égard des autres parents plus éloignés*. Si le malade veut faire des legs pour le repos de son ftme, il doit l'exhorter à ne pas en charger ses héritiers, car l'expérience apprend qu'on acquitte rarement les legs pieux ; mais à désigner plutôt un fonds ou une somme d'argent pour l'acquit des messes et des autres bonnes œuvres qu'il veut faire. Le prêtre devra prendre garde de rien conseiller qui puisse tourner au préjudice d'autrui: il ne convient pas aux ministres de Jésus-Christ de s'attirer la haine du prochain,

5" Avec des personnes ignorantes et grossières, le prêtre suggérera tous les actes en langue vulgaire. Au contraire, avec les personnes instruites il emploiera, de temps eu temps, quelque texte latin, mais court et propre à donner la componction. Le Rituel avertit le prêtre de ne pas se rendre importun au malade, comme font quelques-uns qui, parlant trop ou trop haut, fatiguent les malades i^utôt qu'ils ne les soulagent et

• Lib. 2, n. 946.

les consolent. Le Père Rempito, de la compagnie de Jésus, raconte de lui-même qu'étant une fois en danger de mort, il n'entendait pas ce qu'on lui disait, mais seulement un bruit confus qui le fatiguait, en sorte qu'il fut obligé de demander un peu de repos.

6" Outre le petit crucifix et la petite image de la sainte Vierge qu'il fera placer auprès du lit du malade, il aura soin de mettre à sa portée une grande image de cette bienheureuse Vierge, afin qu'il puisse facilement la regarder et se recommander à elle ; il en sera de même, s'il est possible, d'une grande image du Sauveur pendant sa Passion.

7<» Il fera ôter de la chambre du malade tous les objets dangereux, comme les armes, les gravures peu décentes, surtout les personnes qui pourraient lui être une occasion de péché. Il ne faut pas seulement les éloigner, mais les chasser absolument de la maison. Lorsque le malade touche à sa fin, il aura soin qu'il n'y ait dans sa chambre que les personnes absolument nécessaires pour l'assister ; il en défendra l'entrée aux parents, même les plus proches, dontla vue pourrait réveiller en lui quelque passion.

Remèdes 377. — Les rcmèdcs généraux contre les teni^j""'^",*. talions, c'est d'invoquer souvent les saints noms •ions, de Jésus et de Marie, et de faire souvent le signe de la croix ; mais il est bon d'indiquer ici certains remèdes particuliers contre plusieurs ten-

talions. Pour les tentations contre la foi. Cette tentation, la plus terrible de toutes, attaque d'ordinaire ceux qui ont mené une vie dissolue, et surtout s'ils ont été savants et attachés à leurs propres idées. Il faut leur dire, si le démon leur propose quelque doute ou quelque difficulté, de ne point raisonner, mais de répondre sur-lechamp, en général : Je crois ce que croit la sainte Eglise, car elle croit la vérité; de remercier Dieu de les avoir fait naître dans le sein de la véritable Eglise, et de protester qu'ils veulent vivre et mourir dans sa foi. Le meilleur moyen de chasser cette tentation, c'est d'occuper son temps à autre chose, par exemple, à faire des actes de contrition, de confiance, d'amour de Dieu, et autres semblables. Bellarmin rapporte qu'un certain docteur 'ayant voulu, à l'article de la mort, disputer avec le démon sur un article de la foi, fut conduit dans l'erreur par l'ennemi, et se damna. Si, malgré cela, la tentation continue, le prêtre doit lui dire que les preuves de notre foi, si juste et si sainte, propagée par de pauvres pêcheurs, au milieu de tant de persécutions, confirmée par tant de miracles, signée par tant de milliers de martyrs morts pour la défendre, sont si claires, qu'elles en rendent la v érité évidente, quoiqu'elles ne rendent pas évidentes les choses qu'elle enseigne ; car, si les mystères qu'elle enseigne étaient évidents pour nous, où serait le mérite de la foi, qui n'est telle que parce qu'elle est obscure?

Beati qui non viderunt et crediderunt '. Tenta- ^^^' — Contrc la tentation de désespoir. C'est tion de la tentation par laquelle le démon attaque le plus sespoir. j^^ mourants. Ainsi, rarement il convient de leur parler de la justice de Dieu, des peines des damnés, de l'énormité de leurs fautes. Il faut bien plutôt leur inspirer souvent des sentiments de confiance à la miséricorde de Dieu, à la Passion du Sauveur, aux promesses divines, et à l'intercession de la sainte Vierge et des saints. Le premier motif de notre espérance, c'est donc la miséricorde divine, car Dieu s'appelle Pater misericordiaruni\ et se fait trouver par ceux qui ne le cherchent pas : Invenerunt qui non quœsierunt me'. Il désire plus nous sauver que nousmêmes. Il se lamente de se voir abandonné par ceux qu'il voudrait presser contre son cœur, suivant l'expression de saint Bernard : Amplecti quœrit a quibus desertum esse se queritur. Il est toujours prêt à pardonner : Multus ad ignoscendum *. Il proteste qu'il ne veut pas la mort du pécheur : Nolo mortem impii, sed ut convertatur et vivat^. Il dit que lorsqu'un pécheur se repent, il oublie toutes ses fautes : Si impius egerit pœnitentiam, omnium iniquitatum ejus non recor-

' Joan., XX, 29.

* II Cor,, XVII.

' Isa., Lxv, 1.

* Ibid., LV, 7.

''Ezech., XXXI, 11.

dabor '. Après de pareilles assurances, comment se défier de la miséricorde divine ? In seul acte de contrition suffit pour nous faire pardonner un nombre infini de péchés. Le Publicain, en disant Propilius esio mihi peccatori, fut justifié. L'enfant prodigue, à peine aux pieds de son père, est pressé contre son cœur. David n'a pas sitôt dit peccavi, que Nathan lui répond : Dominus quoque transtulit peccatum Inum"^. Le second motif, c'est la Passion de Jésus-Christ ; il nous assure qu'il n'est venu sur la terre que pour sauver les pécheurs : Nonveni vocarejuslos, sed peccatores^. Il promet de ne repousser aucun de ceux qui viendront se jeter à ses pieds : Eum qui venit ad me non ejiciam foras *. Il dit dans saint Matthieu", qu'il cherche ses brebis perdues, et que, lorsqu'il en retrouve quelqu'une, il lui fait la fête, il l'embrasse, il la charge sur ses épaules. Il semble l'aimer d'une tendresse particulière, comme il l'a montré dans sainte Marie Égyptienne, la bienheureuse Angèle de Fuligno, sainte Marguerite de Cortone, et tant d'autres âmes pécheresses. Ainsi, quiconque a de la bonne volonté n'a pas à craindre d'être condamne par ce bon maître, qui, pour ne pas nous condamner,

' Ezech., xvm, 21.

» II Rey., XII, 13.

' Matth., IX, 13.

* Joan., VI, 37.

" Maîth., xvm, 12.

s'est condamne lui-même à mourir sur une croix. Suite. 379. — Le troisième motif, ce sont les promesses de Dieu. Dans une foule d'endroits, l'Evangile promet grâce à celui qui la demande. Petite et accipietisK Amen, amen dico vobis, si quid pe~ tieritis Patrem in nomine meo, dabit vobis ^. Celte promesse est faite à tous justes ou pécheurs : Omnis qui petit accipit ^. Il suffit donc de demander à Dieu la grâce de se sauver pour l'obtenir : Bonus est Dominus animœ quœrenti illum'^. Le quatrième motif, c'est l'intercession des saints et surtout de la sainte Vierge, que Dieu veut que nous appelions, avec la sainte Église, notre refuge, notre vie et notre espérance : Refugium peccatorum, ora pro nobis : Vita, spes nostra, salve. C'est pourquoi elle s'appelle avec raison l'espérance des désespérés : Spes desperantium^; l'appui des abandonnés : Adjutrix destitutorum^. Marie elle-même révéla à sainte Brigitte que, comme une mère défend son fils lorsqu'elle le voit au milieu des épées ennemies, ainsi elle défend une âme qui a recours à elle; elle ajoute que lorsqu'un pécheur vient à elle, elle ne fait nulle attention aux péchés dont il est souillé, mais uniquement à l'intention

* Joan., XVI, 24.

» Ibid., 23.

5 Matth., VII, 8. ^

* Thren., in, 25.

3 Bios.

« Saint Ephr.

qui l'amène : Xon attendo quantum peccaverit, sed cum quali intcntione venit. Dieu lui-même fit connaître à sainte Catherine de Sienne qu'il avait accordé à Marie qu'aucun pécheur qui aurait recours à elle ne serait emporté par le démon.

380. — Contre la tentation de la vaine gloire. Tema- La vaine gloire, dit saint Bernard, est une flèche ''"" ^^

" ' vaine

qui ïeviter pénétrât, scd non leviter vulnerat, gloire. surtout si la personne a de la vertu. Si donc le prêtre voyait que le malade se rassurât trop sur son salut, à cause de ses bonnes œuvres, il lui dirait que les péchés seuls nous appartiennent, mais que tout bien vient de Dieu. Quid hahes quodnon accepisH^l qu'il est vrai que nul n'est infailliblement certain d'être en grâce avec Dieu : Nescit homo, utrum mnore, an odio dignus sit- ; qu'ainsi chacun doit craindre et opérer son salut dans la crainte et le tremblement : Cum metu et tremore salutem vestram operamini-.

Contre la tentation d'rmjjafjVnce. Rappelez à Temaceux qui s'impatientent à cause de leurs souf- '"',"^^'"^" frances, tout ce qu'ont enduré les martyrs. L'un a été écorché vif, un autre coupé en morceaux, Qu brûlé à petit feu. Surtout mettez-lui sous les yeux tout ce qu'a souffert Jésus innocent, qui, pour l'amour de nous, a plus souffert que tous les martyrs ensemble. Dites au malade que les

' 1 Cor , IV, 7.

■^ Eccl., IX, 1.

' Pbil., II, 12.

douleurs de la maladie sont inévitables ; que ses impatiences ne feront que les augmenter et l'exposer à de plus grandes peines dans l'autre vie. Au contraire, s'il les accepte en vue de Dieu, il les adoucira dans cette vie, il abrégera son purgatoire et augmentera sa récompense dans le ciel : Tristitia vestra vertetur in gaudium ^ Les douleurs de la dernière maladie achèvent notre couronne éternelle ; car, suivant saint Bonaventure, souffrir avec patience est la plus parfaite de toutes les œuvres : Patientia autem opus perfectum hahet ^. C'est ainsi que Dieu traite ses meilleurs amis, parce que la croix est le gage assuré du salut. Sainte Glaire passa vingthuit ans en proie aux plus violentes douleurs, et sainte Ludovine, trente-huit. La sainte Vierge dit à sainte Brigitte : Savez-vous pourquoi votre maladie se prolonge ? C'est parce que mon Fils et moi nous vous aimons. Momentaneum et levé tribulationis nostrœ œternum gloriœ pondus operatur in nohis ^. Non sunt condignœ passio- ' nés hujus temporis ad futuram gloriam quœ rêve lahitur in nohis ^. C'est ainsi qu'il faut insister auprès du malade, afin qu'il se résigne entièrement à la volonté de Dieu, non-seulement pour la douleur qu'il éprouve, mais encore pour les fautes

* Joan., XVI, 20.

- Jac, I, 4.

* II Cor., IV.

* Rom., VIII, 18.

des médecins qui le soignent et pour les négligences de ceux qui l'assistent. Recommandez-lui surtout de demander à Dieu la sainte vertu de patience.

381 . — Rappelez aux jeunes gens qui trouvent Suite bien dur de mourir, les misères de cette vie, les maladies, les chagrins, et surtout les dangers de pécher et de se perdre. C'est pour cela que tant de saints désiraient mourir. A chaque instant que je vis, disait sainte Thérèse, je peux perdre Dieu. Aussi quand l'horloge sonnait, elle se réjouissait en pensant qu'une heure de danger avait passé. Les saints martyrs allaient gaiement à la mort, animés du double désir d'être délivrés de tout péril et de posséder Dieu : Beati mortui quiin Domino moriuntur.... ut requiescant a laboribus suis*. Nous ne sommes qu'en passant sur cette terre: Non habemus hic manentem cicitatem ^. Roi ou pape, chacun doit mourir. Engagez le malade à remercier Dieu de ne l'avoir pas fait mourir lorsqu'il était en état de péché, mais au contraire de l'appeler à lui muni de tous les sacrements et avec tant d'espérance de salut. Dans cette vie, nous offensons toujours Dieu, du moins par des fautes légères ; ainsi nous devons, pour nous en purifier, accepter et mémo désirer la mort. 11 faut bien se résigner à la volonté de Dieu, qui fait tout pour

« Apoc, xrv, 13.

• Hebr., xni, 14.

noire plus grand bien. Qui sait, mon frère, lui direz-vous, si en restant sur la terre vous ne vous perdriez pas. — Mais, dira-t-il, je voudrais vivre encore un peu de temps pour faire pénitence de mes péchés, et quelque chose pour Dieu, car jusqu'ici je n'ai rien fait. Vous lui répondrez qu'il n'est pas de plus belle pénitence que d'accepter volontiers la mort en expiation de ses péchés, ni d'acte plus parfait et plus agréable à Dieu, que d'accepter la mort pour accomplir sa volonté.

Tenta- 382. — Contrc la tentation à' attachement aux liond'ai- j^-g^^ ef aux parents. Si le malade répugne à

ment mourir à cause de son attachement aux biens de biens'et '^ terre, dites-lui que ces biens ne sont pas de

3"-^ véritables biens, mais des biens de théàlrc, qui s'évanouissent ou qui causent plus de peine que de contentement. Les véritables biens qui nous satisfont pleinement, et qui ne passent jamais, sont ceux que Dieu nous réserve dans le ciel. S'il s'afflige de quitter son épouse, ses enfants, ou telle autre personne chérie, dites-lui : Mon frère, nous devons tous mourir ; faites votre saint, et dans le ciel vous prierez pour eux, et un jour vous serez heureux ensemble pendant toute l'éternité : quoi de plus beau que d'aller habiter avec Dieu, avec Notre - Seigneur, avec notre bonne Mère et avec tous les saints du paradis ! S'il s'afflige de laisser ses parents pauvres, diteslui : Si vous vous sauvez, comme je l'espère, vous

parents

leur serez plus utile de là haut qu'ici-bas. Ae craignez rien, le Dieu qui nourrit les petits oiseaux ne les abandonnera pas . Si vous le:; aimez, Dieu les aime plus que vous.

383. — Contre la tentation de la haine ou de la T«niavengeance. Rappelez à ceux qui sont tentés de haî^ne^ Iniine à cause de quelque offense reçue : 1° le précepte (Ju Sauveur: Diligite inimico- vestros, I, 2; que celui qui ne pardonne pas n'a point de pardon à attendre de Dieu, qui dit: Foris canes '. Les chiens, symbole des vindicatifs, sont chassés du paradis; au contraire, Dieu promet le pardon à celui qui pardonne : Dimittite et dimittemini"^. Que si leurs ennemis leur ont fait des torts ou des injures, combien no sont pas plus grands ceux qu'eux-mêmes ont faits à Dieu 1 Si donc ils veulent que Dieu leur pardonne, combien plus ne doiventils pas pardonner à leur prochain ! Sicut Dominus donavit vobis, ita et vos ^. Enfin, dites-leur combien se rend agrcaïjle à Dieu celui qui pardonne. Saint Jean Gualbert, ayant pardonné au meurtrier de son frère, vit Jésus crucifié qui inclinait la tête en signe de remercîment; saint Etienne pria pour ceux qui le lapidaient; saini Jacques, avant de mourir, embrassa celui qui l'avait accusé; saint Louis, roi de France, fît de même à un homme qui avait fait une trame contre

' Apoc, XXII, 15.

- Luc, xxxvii.

"CoJ., m, 13.

sa vie; saint Ambroise nourrit longtemps un traître qui avait tendu des embûches à ses jours ; mais c'est surtout le Sauveur qui donna l'exemple d'un généreux pardon, en priant du haut de la croix pour ses bourreaux.

Motifs et 384. — De confiance. Nous avons parlé des

senti- ' '^

ments à motifs de confiance au n" 378, on peut y ajou- ^"f u"*"^ ter les passages suivants de la sainte Écriture : malades, Nullus speravit in Domino et confusus est ' ; Personne n'a espéré au Seigneur, qui en ait été abandonné. Ipse est propitiatio pro peccatis nostris'^. Jésus-Christ est mort pour nous obtenir le pardon. Pro nobis omnibus tradidit illum, quomodo non etiam cum illo omnia nobis donavit^ : Gomment Dieu qui nous a donné son propre Fils, nous refuserait-il le pardon?

Sentiment de confiance. Dominus illuminatio mea, et salus mea quem timebo* ! In manus tuas commendo spiritum meum ; redemisti met Domine Deus veritatis. Te ergo quœsumus, Domine, famulis tuis subveni, quos prelioso sanguine redemisti. In te, Domine, speravi, non confundar in œternum. 0 boneJesu, intra vulnera tua absconde me. Vulnera tua, mérita mea ^. Mon Jésus, vous ne me refuserez pas le pardon, puisque vous ne m'avez refusé ni votre sang ni votre

' EccL, II, 11.

- Joan-, II.

^ Rom., viii, 32.

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