ViE DE SAINT Philippe, liv. m, c. 237.) — Conseils
et
Vous avez vu au n" 338 comment saint Philippe conduite de Néri parvint à guérir un jeune homme livré à pf ■^j'î'"' de mauvaises habitudes; voici maintenant ses de NeH, conseils et sa pratique à l'égard de différentes l^ jf^e-. sortes de pénitents. Lorsqu'il lui tombait entre ""'^^
1 '1 1- . sortes de
les mams certams grands pécheurs livres aux péniiems plus mauvaises habitudes, il se contentait, dans le commencement, de leur recommander de s'abstenir des péchés moriels, et peu à peu il les conduisait, avec un art admirable, à la perfection qu il avait en vue. L'n jour il guérit un jeune homme très-dissolu, en le priant avec beaucoup de douceur de réciter chaque jour ^ept fois le Salve regina et ensuite de baiser la terre en disant : Demain je peux être mort. Le jeune homme obéit, et bientôt il devint trèsédifiant.
(Juant aux scrupules, il disait que lorsqu'une Scrupuleux.
• De rœnit , q. 17, scct. 12.
personne scrupuleuse avait une fois jugé qu'elle n'avait pas consenti à la tentation, elle ne devait pas revenir là-dessus pour s'assurer de nouveau si elle avait consenti ou non; car très-souvent ces sortes de retours ramènent la tentation. Mais comme un grand nombre sont tourmentés par le scrupule parce qu'ils ne savent pas s'ils ont consenti ou non, surtout lorsqu'il s'agit de mauvaises pensées, il donnait les deux règles suivantes : La première, c'est de voir si dans le moment de la tentation la personne a conservé un vif amour pour la vertu contre laquelle elle était tentée, et de la haine pour le vice. Dans ce cas il y a des raisons suffisantes dépenser qu'elle n'a pas consenti. La seconde, c'est de voir si elle ferait bien serment d'avoir consenti ou non à la tentation, supposé qu'elle sache bien que c'est un très-grand péché de jurer comme certaine une chose douteuse. Dans le cas où elle ne voudrait pas jurer, c'est une marque excellente qu'elle n'a pas consenti. De plus, outre le remède ordinaire qui est de s'en rapporter en tout et pour tout au jugement du confesseur, il en donnait un autre, c'était d'exhorter les pénitents à mépriser les scrupules. Ainsi il défendait à des pénitents scrupuleux de se confesser si souvent, afin de les habituer à oublier leurs scrupules et à n'en tenir aucun compte. Par la même raison, lorsqu'il s'apercevait que dans la confession ils arrivaient aux scrupules, il les envoyait communier sans vou-
tieu:^.
loir les entendre. Enfin, il disait en général que le scrupule est une maladie qui accorde bien quelque irève, mais rarement la paix, et que lliumilité seule peut en guérir.
Quant à l'amour des richesses, il rappelait sou- Ambivcnt à ses pénitents cette maxime que lui-même avait presque toujours à la bouche : Autant nous donnons d'amour aux créatures, autant nous en ôtons à Dieu. Vn jeune homme, nommé François Spazzara, se livrait avec ardeur à l'étude dudroit. Rien n'était négligé de sa part pour s'y perfectionner, et parvenir par là aux premières charges de la cour pontificale. Un jour le saint le fit venir; il lui fit des caresses extraordinaires, et lui parla de ses grands projets de fortune, ajoutant toujours : Que vous êtes heureux 1 vous étudiez maintenant; bientôt vous serez docteur et vous commencerez à gagner ; vous avancerez votre fiimille, vous deviendrez avocat, et vous pourrez un jour entrer dans la prélature : que vous êtes heureux! Il lui détaillait ainsi successivement toutes les grandeurs que le monde pouvait lui donner, et dont l'idée avait passé par la tôto du jeune homme. Et il répétait toujours : Que vous êtes heureux 1 François s'imaginait que le saint parlait sérieusement. Mais à la fin Philippe, le pressant contre son cœur, lui dit à l'oreille : El après! Ces deux mots restèrent si profondément gravés dans l'âme du jeune François, qu'étant de retour chez lui, il commença à se redire
à lui-même : J'étudie maintenant pour m'avancer dans le monde ; et après ! Il passa ainsi en revue tous ses projets et toute cette longue suite de grandeurs que son imagination lui représentait, sans pouvoir ôter de son cœur ces deux mots : Et après. Convaincu du néant de toutes les grandeurs, il résolut de tourner toutes ses pensées vers Dieu. Il accomplit en effet sa résolution en entrant dans la congrégation de l'Oratoire, où il vécut et mourut saintement.
Ses avis 370. — Il recommandait aux confesseurs de
aux con- 1-1 . • 1 A
fesseurs ^6 pas conduirc leurs pénitents par la même et aux YQJg qu'on leur avait fait suivre à eux-mêmes ;
pénitents *
car souvent les confesseurs qui trouvent de l'attrait et de la fervear pour certains exercices de piété ou certaines méditations, ruinent la santé de leurs pénitents en voulant les y habituer ; et il ne voulait pas non plus que les confesseurs laissassent faire à leurs pénitents toutes les pratiques qu'ils demandaient. Il est très-avantageux, disait-il, de leur faire interrompre leurs exercices de piété, soit afin de les reposer, soit afin de les mortifier, s'ils y s<mt très-attachés. Il voulait aussi que les pénitents ne changeassent pas facilement de confesseurs, et que les confesseurs ne reçussent pas facilement, certains cas exceptés, les pénitents des autres. Ainsi, lorsqu'un pénitent venait le trouver, s'il avait son confesseur il le renvoyait à lui.
Il disait aux pénitents qu'ils ne devaient pas
tourmenter leur confesseur afin d'en obtenir la permission de faire une chose pour laquelle il éprouvait de la répugnance, et que s'ils ne pouvaient recourir à lui, il était bien, en pareil cas, d'interpréter son intention, et de se conduire en conséquence ; mais qu'ensuite il fallait lui faire part de tout. Il leur disait encore de ne point prendre la discipline ou s'imposer d'autres mortifications sans la permission du confesseur; qu'en le faisant do son propre chef, on ruine sa santé, ou bien on tombe dans l'orgueil i qu'il ne faut pas s'attacher aux moyens jusqu'à oublier la fin, c'est-à-dire l'amour de Dieu et du prochain, et la mortification intérieure. Il n'aimait pas que les pénitents fissent des vœux sans le conseil de leur père spirituel ; rarement il leur accordait la permission d'en faire à cause du grand danger de les violer. S'ils en faisaient, il les engageait à les faire sous condition, par exemple : Je fais vœu de faire dire deux messes dans telle église, à condition que je m'en souvienne, car si je ne m'en souviens pas, je n'ai point intention de m'obliger. Avis plein de sagesse et bien propre à prévenir les inquiétudes. Il ne permettait pas facilement qu'on changeât d'état de vie, et voulait en général que chacun restât dans la vocation à laquelle Dieu l'avait d'abord appelé, pourvu qu'on y vécût sans péché. Au milieu du monde, disait-il, on peut tendre à la perfection; ni les arts ni le travail manuel ne sont un obstacle
au service de Dieu. Il conseillait aux femmes de rester dans leurs maisons, de prendre soin de leur famille, et de ne pas sortir volontiers en public. C'est pourquoi, louant un jour une dame d'une grande vertu, ses disciples lui demandèrent : Mon père, pourquoi faites-vous tant d'éloges de cette dame? Parce qu'elle s'occupe à filer, répondit-il ; faisant allusion à cette parole de l'Ecriture : Manum suam misit ad fortia, et digili ejus appréhender unt fusum. 11 disait qu'il ne fallait pas laisser à chaque petite occasion ses exercices de piété, comme la confession aux jours marques, ou la messe pendant la semaine; que si Ton voulait aller se promener ou faire autre chose, on devait d'abord faire sa confession et s'acquitter de ses autres exercices; que néanmoins il ne fallait pas se charger d'un grand nombre de pratiques ; parce qu'on s'en dégoûte peu à peu, et on les laisse tout à fait, ou bien on les fait sans dévotion. li conseillait donc d'entreprendre peu, mais de ne jamais le laisser; car si le démon fait omettre une seule fois un exercice, il y réussira facilement une seconde fois, puis une troisième, jusqu'à tant qu'il aura tout réduit à rien. De là ce mot qu'il répétait souvent aux siens : NuUa dies sine linea. 11 avertissait encore de bien prendre garde aux petites fautes, parce que si on les néglige, la conscience s'endurcit et on tombe dans les plus grands maux. Renouvelez souvent vos résolutions, ajoutait-il.
et ne vous découragez jamais à cause des tentations qui les combattent. Ayez confiance en Dieu qui est toujours le même, et ne vous troubles de rien; car Dieu a coutume, lorsqu'il veut accorder une vertu, de permettre qu'on soit tourmenté par des tentations contraires ; lors donc qu'elles viennent, souvenez-vous des consolations que vous avez éprouvées autrefois dans la prière, et vous en triompherez sans peine.
Quant aux jeunes gens, il disait que, pour persévérer dans la vertu, la fréquentation des bonnes compagnies, la fuite des mauvaises et la réception fréquente des sacrements leur étaient également nécessaires. 11 ne comptait pas facilement sur leur persévérance, encore qu'ils montrassent une grande piété. Ainsi, lorsqu'on lui disait que tels jeunes gens marchaient avec zè!c^ dans le bon chemin, il répondait : Attendez qu'il,»: aient mis leurs plumes, et vous verrez comment ils voleront; ajoutant qu'il n'était pas difficile de donner une grande piété à toute espèce de personnes, mais que l'important était de les faire persévérer.
ARTICLE Vlir.
CONDUITE AVEC LES MiL\DES ET LES MORIBOUDS.
371. — Si vous êtes appelé auprès d'un ma- Conduite lade en danger de mort, vous seriez bien reldché, "",",'"* lorsque le mal laisse au malade le temps et la
force, si vous n'exigiez pas toutes les parties du sacrement, l'intégrité de l'accusation, le repentir sincère, etc. C'est dans ce moment que, réunissant plus que jamais la charité, l'habileté, l'exactitude discrète, vous devez procurer le bien du malade ; car si vous vous trompez, l'erreur est à jamais irréparable ; si, au contraire, vous lui procurez la grâce de bien mourir, vous n'avez plus à craindre de perdre le fruit de vos soins. Mais vous seriez bien sévère et bien trompé, si, trouvant votre malade chargé de fautes et de mauvaises habitudes, continuées jusqu'à ce moment, vous vouliez exiger les délais et les preuves de la contrition que vous exigeriez prudemment s'il était en santé. Ne voyez-vous pas le danger de le jeter dans le désespoir, auquel, dans ce dernier moment, il n'est déjà que trop porté, d'autant plus que le démon ne 'néglige rien pour l'y conduire? Il est abattu par la maladie etparla crainte de la mort, et vous voudriez augmenter ses peines en lui refusant l'absolution 1 Mais, direz -vous, sur quel fondement pourrais-je la donner à un homme atteint par la maladie au milieu même de ses péchés ? Je l 'avoue, c'est un des cas les plus difficiles que vous puissiez rencontrer. Cependant, je le répète, lui refuser l'absolution est lo parti le plus nuisible à cette âme qui se trouve dans le plus grand de tous les besoins. Comme père et comme médecin, vous devez d'abord tenter tout autre moyen. Rappelez-vous donc ici tout ce que je vous ai
dit en parlant des pécheurs en bonne santé qui ont besoin d'une prompte absolution, afin de tourner en votre faveur toutes ces circonstances sri contraires ; ne changez qu'une chose exigée par la maladie : afin de ne pas fatiguer le malade, usez de grandes précautions, parlez doucement, interrompez -vous de temps en temps. Autant vous devez avoir soin de vous assurer de sa sincérité afin d'obtenir l'intégrité formelle, autant vous devez être discret pour la matérielle, afin de ne point fatiguer le malade par un examen et des interrogations trop détaillés, etc. Vous pouvez même, si le mal le permet, différer l'absolution du matin au soir, ou du soir au matin, pourvu que vous n'ayez aucune crainte d'une mort subite. C'est ici que vous devez implorer de tout votre cœur le secours de Dieu et des saints, et vous ferez bien de promettre à Dieu quelque chose de notable, afin d'arracher cette proie au loup infernal. Dissimulant votre embarras, vous devez commencer par lui inspirer l'espérance du pardon, puisque Dieu ne l'a point frappé subitement, et ainsi le disposer à une accusation sincère. Quant à la douleur, tirez parti de la circonsiance même de la maladie. Vous lui en parlerez habilemont de manière à ne pas l'effrayer, comme s'il était déjà désespéré, mais aussi sans le flatter, en sorte qu'il ait une certaine crainte de mourir et se dispose ainsi à un repentir qui assure son salut éternel. C'est ici que
VOUS devez prendre .^ards de l'effrayer par de grandes pénitences, et suivre le moyen que je vous suggérerai au n" 402.
Sujie. 372. (Prêtre sanctifié, n"^ 78 et 79.) — Si le mal pressait oî que le malade n'eût plus de forces, il serait bien imprudent de s'occuper de l'inicgrité matérielle au point de vous exposer à manquer de temps pour la chose la plus importante, la contrition, et si, pour vous assurer de sa douleur, vous vous mettiez en danger de n'avoir phis le temps de lui donner l'absolution. En pareil cas vous avez un besoin extrême d'être discret et prudent, et bien décidé à commencer par le pins important, préférant la contrition à l'intégrité de l'accusation. Si le malade ne pouvait donner aucun signe positif de contrition ni d'accusation, vous ne devez pas laisser de prévenir, ie mieux qu'il vous sera possible, la perte de cette âme. Donnez-lui l'absolution sub conditione, puisque vous ne pouvez pourvoir au reste, et que, par une grâce secrète, le moribond est peut-être entré intérieurement en bonne disposition. Quant à l'extérieur, bien qu'il ne puisse donner d'autre signe sensible que sa pénible respiration, on peut cependant régulièrement la regarder comme un signe suffisant par lequel il veut peut-être demander l'absolution, ainsi qu'il est quelquefois arrivé : or, on peut le présumer de tous ceux qui ont vécu chrétiennement, à moins qu'on ne soit certain du contraire. Dans ce cas, par l'absolu-
lion sub conditione, on pourvoit suffisamment et au respect du sacrement et au besoin du malade. Pour justifier cette pratique, souvenez-vous que Mgr. de Grammont, archevêque de Besançon, avait fait une ordonnance par laquelle il défendait de donner l'absolution aux mourants qui ne l'avaient pas demandée auparavant, et ne donnaient au confesseur aucun signe formel de confession, afin de ne pas exposer la validité du sacrement. Ce prélat fut surpris par une maladie durant laquelle il désirait ardemment de se confesser, mais il ne pouvait ni par parole ni par aucun signe manifester son désir actuel , intérieur, ardent, sincère. Etant revenu en santé, il publia une ordonnance contraire par laquelle, révoquant la première, il commanda de donner l'absolution même aux moribonds qui n'offraient aucun signe formel et manifeste et qui n'avaient pas demandé à se confesser auparavant, pourvu qu'ils eussent mené une conduite chrétienne : car il peut très-bien arriver que la grâce accomplisse dans leur cœur les actes nécessaires pour l'absolution, sans qu'ils puissent en donner aucun signe particulier; et il prouvait tout cela par son exemple. Comprenez donc qu'en pareils cas Dieu vous dispense de connaître avec certitude les actes du pénitent, mais vous oblige de votre côté à faire votre devoir en donnant l'absolution, au moins sous condition.