‹ Manuel des confesseurs (volume 2)Chapitre 31 sur 45 · II · texte numérisé non relu

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d'autres cas qu'il rencontrera, car il doit être plus prudent en ce point qu'en tout autre. Si îe cas est douteux, il ne doit pas s'en rapporter à lui-même ; mais lorsqu'il s'agit du dommage d'autrui, il doit prendre d'abord le temps de décider, en consultant les auteurs et d'autres confesseurs plus savants et plus habiles. Si le doute est connu des deux parties, le confesseur doit bien se garder d'accepter des arbitrages et des compromis, et de s'ériger en juge; il doit conseiller à tous les deux de laisser le procès et de s'arranger en remettant la cause à d'autres. Qu'il ne se mêle point, autant qu'il pourra, des intérêts de son pénitent, afin d'éviter des embarras et des désagréments qui pourraient l'en faire repentir. Si dans l'acte même de la confession on ne peut lever toutes les difficultés, on peut remettre la décision à un autre temps. Il suffît que le pénitent, pour être absous de sa faute, s'en accuse ; et , quant à la restitution, qu'il soit disposé à faire ce qu'on lui ordonnera en bonne conscience. îl faut aussi réfléchir sur la n)anière de faire les restitutions. S'il se présente des marchands, des revendeurs, des artisans et autres de cette espèce qui ont fait tort au prochain par des poids trop fiibles ou par de fausses mesures, en ôtant un peu à chacun, il faut les obliger à donner autant en aumônes au profit des pauvres, ou à se servir dans la vente de mesures plus grandes, surtout si c'est la classe pauvre qui a été lé-

DES CONFESSEURS. iH

,ée. Mais si les petits vols ont été faits à une seule personne, ce serait une grande erreur, conformément à ce que nous avons dit plus haut, d'ordonner au pénitent de faire la restitution en aumônes ou en messes, lorsque, dans la réalité, cette restitution doit se fttire à la personne lésée. Si le pénitent est pauvre, et si ces vols sont peu nombreux et ne consistent qu'en baj^atelles, comme fruits, bois, on peut lui dire d'appliquer à celte intention quelque œuvre de piété, le chapelet qu'il dira, les messes qu'il entendra, en lui faisant promettre sérieusement de se corriger à l'avenir. Bien qu'il faille user de sévérité avec quelques-uns qui ne gardent aucune mesure dans les dommages qu'ils font en coupant des arbres fruitiers ou des plantes vertes pour en faire du bois de chauffage, ordinairement, avec les pauvres qui sont réellement tels, on doit laisser de côté certaines théologies plus rigides, et user à leur égard de plus de charité et de douceur. Et vous, pénitent, vous ne devez pas faire le théologien sur ces péchés qui traînent à leur suite l'obligation de restituer. Vous devez vous soumettre à la direction d'un bon confesseur et lui exposer le cas qui vous inquiète avec franchise et sincérité, parce qu'une seule circonstance que vous tairiez suffirait pour fausser le jugement du confesseur et rendre mauvaise l'absolution. Si vous éprouvez une forte répugnance à restituer, adoucissez ce quelle a de pénible par la consi-

déralion de cette grande maxime, que non remittitur peccatum, nisi restitiiatur ahlatum, ou restituer ou se damner.

C. Après avoir confessé les péchés que vous avez commis, il faut confesser ceux que vous avez fait commettre aux autres. Avez-vous donné du scandale au prochain? Combien de fois avezvous tourné en ridicule les pratiques de dévotion? Avez-vous été le premier à conduire les autres dans les auberges, aux bals, dans les conversations licencieuses, faisant de votre maison un lieu de plaisirs et de Hbertinage ? Avez-vous prêté la main aux enfants de famille qui dérobaient chez leurs parents pour aller jouer et se divertir? Vous vous accusez de tous ces péchés, que vous avez donné aux autres occasion de commettre ? Ne pouvant connaître ni le nombre ni la fréquence, vous vous accusez d'avoir été habitué à ces fautes, n'est-ce pas?

P. Oui, mon père, je m'en accuse. Il est trèsvrai que j'ai été un scandaleux au moins pendant l'espace de dix ou douze ans, et il m'est impossible de retrouver le nombre des scandales que j'ai donnés ; ainsi je m'en accuse comme j'en suis coupable devant Dieu.

D. Enfia le confesseur doit interroger sur les devoirs de l'état particulier, et principalement sur ceux qui peuvent être de conséquence, demandant au pénitent s'il est tuteur, exécuteur testamentaire, ou patron de quelques chapelles.

médecin, notaire, avocat, juge, procureur, syndic de communauté, car toutes ces charges ont dos devoirs spéciaux que le confesseur doit connaître. Je vous en ai donné le détail aux n"' 182 et suivants. S'il a fait des vœux sans les accomplir, bien qu'en celte matière les simples se trompent souvent. C'est pourquoi on doit demander au pénitent si, quand il a dit : Je fais vœu, il a eu l'intention de s'obliger par une vraie promesse faite à Dieu sous peine do péché mortel, afin de distinguer par là si c'est un véritable vœu ou une simple promesse. Voyez ce que je vous ai dit làdossus au n"» 17'(. Si, étant riche, il n'a pas fiiit les aumônes convenables, ou bien s'il a différé longtemps à payer ses dettes pouvant !c faire, et, ce qui est bien pis, s'il a refusé ou diminué îè salaire dû .tu ti^.vail des pauvres. Si le pénitent est ecdésiasiiquo, quoique l'obligation d'interroger de semblables personnes no soit pas la même que celle d'interroger les ignorants, rependant si le confesseur s'aperroit que son pénitent ne s'explique pas assez, il doit l'interroger sur les devoirs de son état : s'il a célébré en état de péché; si, ayant reçu des honoraires de messes, il ne les a point acquittés; s il a omis l'office divin; s'il a entretenu des liaisons scandaleuses; s'il a encouru les censures ou commis la simonie, et autres choses semblables, dont vous trouverez le détail au n" 182. Surtout il faut interroger les chefs de famille, s'ils vivent en

paix avec leur épouse; s'ils la maltraitent; s'ils ont donné une bonne éducation à leurs enfants, ou s'ils ne se sont pas mis en peine de les envoyer aux catéchismes, leur laissant la bride sur le cou, leur permettant de faire l'amour, d'aller aux bals, aux cabarets et autres lieux publics et scandaleux, en un mot de se livrer au libertinage de nos jours. On doit demander la même chose aux maîtres, oncles et autres supérieurs; s'ils veillent sur lems serviteurs, domestiques, neveux et autres personnes qui leur sont soumises; s'ils font des dépenses au-dessus de leur état, se mettant par là hors d'état de payer les salaires de leurs ouvriers et de satisfaire aux legs pieux. Enfin j'avertis que ce dialogue'- ne doit pas servir de règle infaillible qu'on doive observer indisîiïickmmt à V égard de tous ks pcnittVJvi, attendu qu'il y a bien des interrogations qui ne doivent pas se faire à tout le monde, comme aussi beaucoup d'autres, qui pourraient se faire, sont laissées à la prudence du confesseur qui, dans les cas particuliers, devra se régler suivant le besoin et la qualité des pénitents. Bien que nous ayons touché toutes les fautes et trangressions qui se commettent le plus ordinairement contre les commandements de Dieu et de l'Eglise, le confesseur n'est pas obligé de demander ni le pénitent d'accuser les péchés par ordre, c'està-dire, en premier lieu, ceux qu'il a commis contre le premier commandement, et ensuite les

autres, cela pourrait les gêner; ainsi le confesseur et le pénitent sont également libres. Néanmoins, avant de finir, le confesseur devra bien faire entendre à ses pénitents que s'ils ont encore quelque chose qu'ils n'ont jpas accusé ou sur quoi ils n"ont pas été interrogés, ils le disent en toute liberté, afin qu'ils ne restent pas inquitts pour n'avoir pas tout dit, et il terminera de la manière suivante :

C. Je connais à présont tout l'état de votre vie passée, et pour compléter votre confession générale, il est nécessaire que vous vous accusiez de toutes les confessions et communions mal faites pendant tout le temps d'une vie si criminelle. DiîêS-moi donc, avez-vous fréquenté souvent les sacrements de pénitence et d'eucharistie?

1*. Je me suis confessé et j'ai communié sept ou huit fois par an.

C. Vous vous accusez donc de toutes ces confessions et communions mal faites, puisque vous cachiez des péchés, et que vous n'aviez ni douleur, ni ferme propos. De même vous vous accusez de n'avoir pas satisfait, pendant toutes ces années, au précepte pascal, ayant fait alors autant de confessions et de communions sacrilèges, et de n'avoir pas accompli les pénitences que vos confesseurs vous avaient imposées : jo sujjpose que vous en avez omis jjIus de la moitié, n'est-ce pas?

P. Oui, mon père, je m'en acsuse et je me re-

y)ens autant qu'il est en moi. Je voudrais pouvoir renaître pour mieux régler ma vie, que j'ai si mal employée.

C. Avant de vous donner l'absolution, il est nécessaire que je sache si vous avez la connaissance nécessaire des principaux mystères de notre sainte foi : les savez-vous véritablement? P. Rîon père, je les savais quand j'étais jeune, mais je les ai oubliés.

C. Cette excuse ne sert de rien, si ce n'est à montrer que vous êtes plus coupable; car c'est une preuve que vous n'avezjamais fait les actes de foi, d'espérance et de charité, comme tout bon chrétien doit le faire, au moins de temps en temps pendant l'année. Je devrais vous rL-nvoyer, pùur apprendre d'abord ces mystères ; mais parce que je vous suppose très-disposé à faire tout ce que vous pourrez pour les bien apprendre, je vais vous enseigner tout de suite^e qu'il est nécessaire que vous sachiez pour bien recevoir le sacrement de pénitence. Mais d'abord repentez-vous de la négligence que vous avez mise à les apprendre et de n'avoir pas fréquenté les catéchismes, comme vous y éiiez obligé. Vous vous accusez de tout cela et vous en repentez du fond de votre cœur, n'est-ce pas?.... Or, sachez que les principaux mystères de notre sainte foi que tout bon chrétien doit nécessai)ement connaître explicitement, sont : l'unité de Dieu et la Trinité, Dieu rémunérateur, rincarnation, la mort et la résurrec-

tion du Rédempteur, c'est-à-dire qu'il n'y a qu'un seul Dieu en trois personnes distinctes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ce grand Dieu est rémunérateur, c'est-à-dire qu'il donne le paradis aux bons et l'enfer aux méchants. De ces trois personnes, la seconde, c'est-à-dire le Fils est venu au monde où il a pris la nature humaine et s'appelle Jésus-Christ, notre Seigneur; il a souffert la mort pour nous, et il est ressuscité. II est nécessaire de savoir et de croire tout cela explicitement, si nous voulons nous sauver. Vous l'entendez maintenant, et pour l'apprendre mieux, vous me promettez d'aller trouver votre curé ou quelque personne qui soit capable de vous instruire, n'est-ce pas?

P. Oui, mon père, je le promets, et je le ferai, n'en doutez pas.

Faisons maintenant les actes de foi, d'espérance, de charité et de contrition, que vous n'avez jamais bien faitsdans votre vie : ainsi, répétez de bouche et de cœur ce que je vais vous su^'gérer.

« Je crois, 6 mon Dieu, que vous êtes un seul » Dieu en trois personnes égales, le Père, le Fils ' et le Saint-Esprit; je crois que le Fils s'est fait » homme, qu'il est mort pour nous sur la croix, » qu'il est ressucité, qu'il est monté au ciel, d'oii » il viendra juger tous les hommes, pour donner » aux bons son saint paradis et aux mécliants les » peines éternelles de l'enfer. Je crois tout cela,

» parce que c'est vrai, ô vérité infaillible, qui » l'avez révélé à vo'.re sainte Eglise. »

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