‹ Manuel des confesseurs (volume 2)Chapitre 6 sur 45 · II · texte numérisé non relu

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que le ravissement, c'est-à-dire le mouvement violent. Une personne favorisée de pareilles «jrâces me dit que dans le vol spirituel il lui semblait que son âme était arrachée du corps et emportée avec tant de violence, qu'elle croyait faire un voyage d'un million de lieues en un moment, et cela avec une grande frayeur, car elle ne savait où elle devait s'arrêter; mais que, s'arrêtant tout à coup, elle était environnée de lumières qui lui faisaient pénétrer quelque secret divin. On demande, si dans cette union les puissances sont suspendues et l'entendement ébloui par la lumière au point de ne pouvoir réfléchir à ce qu'il voit, comment l'âme peut-elle considérer et raconter ce divin secret? Les auteurs répondent que lorsque Dieu veut faire entendre un secrit à l'âme ou lui donner quelque vision, il affaiblit un peu sa lumière, de sorte que l'âme conserve le pouvoir de connaître et de réfléchir à ce que Dieu veut lui faire entendre.

Union 279. — L'union consommée est la plus parfaite ;

"^ée™' ^'^^^ I3 P'"s intime que le Seigneur puisse accorder ici-bas à une âme voyageuse : on l'appelle mariage spirituel. L'âme y est transformée en Dieu, et devient une même chose avec lui, comme un vase d'eau placé dans la mer devient une même chose avec l'eau de la mer. Dans les autres unions les puissances sont suspendues :il n'en est pas de même ici, parce que les puissances, purifiées de ce qu'elles ont de sensible et de grossier, sont propres

à l'union divine. Ainsi la volonté aime son Dieu avec un suprême bonheur, et rentcndcmcnt connaît et réfléchit à cette union intime. C'est comme si quelqu'un regardait le soleil sans être ébloui et en connaissait toute la splendeur. Il faut remarquer que cette union n'est point passagère comme les autres ; elle est permanente, en sorte que l'âme jouit habituellement dans la plus grande {)aix de la présence de Dieu, avec qui elle est unie. Les passions ne la troublent plus ; elle les voit qui se montrent, mais sans l'affliger : comme un homme placé au-dessus des nuages qui verrait les tempêtes se former dans les régions inférieures, mais qui ne les ressentirait pas.

280. — Il est utile de parler ici des visions, des vi colloques et des révélations, afin de discerner les vraies des fausses. Parmi les visions, les unes sont externes, les autres imaginaires, ou enfin intellecluelles. Les visions externes sont celles qui se voient avec les yeux; les imaginaires, ccWes qui se passent dans l'imagination; les intellectuellesne se voient ni avec les yeux ni avec l'imagination, mais par l'entendement au moyen delà lumière divine qui en fournit lesobjets. Cette sorte de vision, ditsainteThérèse, est toute spirituelle; les sens extérieurs n'y ont aucune part, non i)lus que les sens intérieurs, telsque l'imagination. 11 faut remarquer qu'avec les yeux ou l'imagination l'Ame ne peut voir les objets que sous une apparence corporille, ces objets fussent-ils des substances snir tuclles.

Au contraire, par l'entendement les choses même matérielles se voient comme si elles étaient spirituelles, ou, pour mieux dire, elles se connaissent et ne se voient pas : elles se connaissent même plus parfaitement que si on les voyait des yeux du corps.

Vraies et 281. — Il faut savoir que ces visions peuvent fausses ^jj.g l'œuvro dc Dieu ou l'œuvre du démon. Il en est de même des intellectuelles, à ce qu'il paraît d'après saint Jean dc la Croix \ contre l'opinion du cardinal Pelrucci. Cependant les corporelles sont plus sujettes à l'illusion; le plus souvent, dans les femmes surtout, elles sont le produit de l'imagination. Les signes pour distinguer les vraies des fausses, sont : 1° si elles viennent subitement et sans que l'âme y pense ; 2° si elles commencent par causer de la confusion et de la frayeur, et finissent par mettre l'âme en paix ; 30 si elles sont rares, car celles qui reviennent fréquemment sont très-suspectes ; 4° si elles dur-ént peu, parce que, dit sainte Thérèse, lorsque l'âme regarde pendant longtemps l'objet qui lui est représenté, c'est un signe que la vision est plutôt l'effet de l'imagination : le plus souvent, la vision divine passe comme un éclair, mais elle reste fortement imprimée dans l'âme ; 5° la vision vraie laisse à l'âme une paix profonde et une vive connaissance de sa propre misère avec un grand désir de la perfection ; bien différente

' Degré, liv. 2,c. 24.

des visions diaboliques, qui ne {)roduiscnt que des impressions passagères et laissent dans l'âme de la sécheresse, de l'inquiétude, des mouvements de propre estime et un goût sensible pour ces sortes de grâces. Néanmoins tous ces signes, dit sainte Thérèse, ne donnent pas une entière sécurité. Souvent le démon sait feindre un repos, des pensées d'humilité, des désirs de perfection, dont il n'est pas facile de reconnaître l'auteur : il fait tout cela pour surprendre la confiance et conduire l'âme dans quelque piège. C'est pourquoi le directeur, régulièrement parlant, doit bien se garder de défendre à l'âme de lui faire part de ces sortes de visions; il doit, au contraire, lui commander de lui dire ce qu'elle voit, que cela soit vrai ou faux : cest l'avis de sainte Thérèse. D'un autre côté, il ne doit pas se montrer curieux de savoir ces sortes de choses, ni les demander en détail, ni prévenir la réponse, en disant : La chose se passe peut-cire ainsi? vous avez vu telle chose ? En effet, vous exposez la personne à répondre affirmativement, soit par malice, soit par simplicité. S'il voit évidemment que ces visions ne sont que l'effet de l'imagination ou l'œuvre de l'ennemi, soit parce qu'elles affaiblissent dans l'âme l'obéissance, l'humilité ou les autres vertus, alors il doit le lui déclarer sans détour. S'il n'en sait rien, il ne doit pas dire qu'elles sont diaboliques ou imaginaires, comme quelques-uns qui se montrent trop incrédules,

tandis que d'aulres, trop crédules, les prennent pour vraies. Vous devez dire à votre pénitente de demander à Dieu qu'il la retire d'une voie aussi périlleuse, protestant qu'elle ne veut le connaître ici-bas que par la foi. Du reste, insinuez-lui de retirer de ses visions, vraies ou fausses, un fruit certain, c'est-à-dire d'être plus fidèle à Dieu. De cette sorte, le démon en eùt-il été l'auteur, elle n'aura pas été victime de ses illusions.

Co/ioqnes. 282. — Quaut au colloque, il peut être successif, formel et substanliel. Le colloque successifs lieu lorsque l'âme, en méditant une vérité de la foi, s'entend en quelque sorte répondre par son esprit, comme si c'était une autre personne. S'il produit des effets d'un amour ou d'une humilité extraordinaire, il peut être une lumière spéciale de Dieu ; mais quand on n'éprouve que l'amour ordinaire, c'est un signe que tout vient du propre entendement. Le colloque formel a lieu lorsque l'âmo entend certaines paroles distinctes, mais hors d'elle-même. Or, elle peut les cntendiô avec les oreilles, avec l'imagination ou avec l'entendement. Le moyen de distinguer si le colloque est divin ou diabolique, c'est de faire attention aux choses qu'il exprime ou commande, et aux effets qu'il produit. S'il vient de Dieu, et s'il commande des actes de patience, de spiritualité ou de propre abjection, il communiquera une grande facilité pour souffrir, pour agir et

pour s'humilier. Le colloque substantiel est la même chose que le formel. Us ne diffèreni que dans l'effet : le colloque formel instruit ou commande; le substantiel opère subitement ce qui! exprime, par exemple, s'il dit ; Consolez-vous, ne craignez pa-, aimez-moi, au même instant l'âme est consolée, rassurée, enflammée. Ce colloque est plus sûr que l'autre, qui est fort incertain; il est même fort suspect, surtout lorsqu'il commando certaines choses. Si elles sont contraires à la prudence chrétienne, le confesseur doit absolument les défendre ; si elles ne sont pas contraires à celte vertu, il est bon néanmoins d'en suspendre l'accomplissement jusqu'à ce qu'on ait une plus grande certitude, surtout s'il s'agit de choses extraordinaires.

283. — Enfin, quant aux révélations de choses RévëUcachées ou futures, par exemple des mystères de "*■"* la foi, de l'état des consciences, de la prédestination des âmes des morts, de l'élévation à certaines dignités et autres semblables, elles peuvent avoir lieu de trois manières: par visions, par colloques, ou par vue claire de la vérité. Vous devez vous montrer très-réservé et très-difficile à croire ces sortes de révélations, plus encore à y donner suite lorsqu'il s'agit de conseiller quelque chose en conséquence. Par-dessus tout, défendez à la personne d'en parler à qui que ce soit. Procédez en tout cela avec la plus grande prudence, vous aidant même du conseil de plus

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ai) MANUEL

savants, parce que ces révélations sont le plus souvent douteuses et suspectes. Moins suspectes sont les vues claires louchant les mystères ou les attributs de Dieu, la malice du péché, le malheur des damnés et autres semblables. Si elles sont conformes à la foi, l'ûme ne doit pas les rechercher, dit saint Jean de la Croix; si elles lui sont données, elle doit non les rejeter, mais les recevoir avec humilité.

€e qu'il 284. — Doit-on rejeter ou admettre toutes ces nienle'de. softcs de gràccs et de communications surnatulouies ces relies? Il faut distinguer, comme dit un savant Trnaiu- autcur ' avec saint Jean de la Croix et plusieurs elles autres : toutes ces sortes de grâces qui éloignent de la foi, parce qu'elles consistent en certaines connaissances distinctes, soit visions, colloques, révélations, doivent être absolument rejetées ; celles, au contraire, qui sont conformes à la foi, telles que les connaissances confuses et générales, les attraits divins qui unissent l'âme à Dieu, ne doivent pas être rejetées ; on peut même les désirer avec humilité et les rechercher, afin de s'unir plus étroitement à Dieu et s'affermir dans son amour. Néanmoins cela s'entend des âmes déjà favorisées de pareilles grâces. Pour les autres la voie la plus sûre est de désirer et de rechercher seulement l'union active, c'est-à-dire l'union de notre volonté avec celle de Dieu. Si

' F. Bern. de Castelvetere, Direct, mysl.. H?. 2, p. 2,

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