Vous exigerez de ces âmes qu'elles ^" "^f
" * mander
vous rendent compte de leur oraison. Vous Iouî- <nmpie. demanderez comment elles l'ont faite, ou même si elles l'ont faite. Obligez-les de s'accuser avant touteautre chosed'avoir omis leur oraison, si cela leur est arrivé ; car si elles quittent l'oraison, elles sont perdues. L'âme qui abandonne l'oraison, dit sainte Thérèse, n'a pas besoin du démon pour se damner : elle se place de ses propres mains dans l'enfer. 0 Dieu! que de bien pourraient faire les confesseurs s'ils étaient un peu soigneux à cet égard ! Mais quel compte n'unt-ils pas à rendre à Dieu s'ils ne le font pas, puisqu ils sont obligés de faire tous leurs efforts pour procurer l'avantage de leurs pénitents ! Combien d'Ames ils pourraient mettre dans le chemin de la perfection et préserver des rechutes dans le péché mortel, s'ils avaient cette attention si peu coûteuse de les initier à l'oraison et de leur demander, au
moins dans le commencement de leur vie spirituelle, si elles l'ont faite ou non 1 Lorsqu'une âme est affermie dans l'oraison, il est rare qu'elle perde Dieu. C'est pourquoi vous ne devez pas conseiller l'oraisoji seulement aux personnes craignant Dieu, mais encore aux pécheurs. Pourquoi retournent-ils à leur vomifsement? c'est ordinair<MTient qu'ils ne réfléchissent pas.
Consoler 267. — Ce soiu de demander compte de l'oraite'che-' ^^"' ^'*^'"^^ devez surtout l'avoir lorsque vos péresses. nitcnts sc trouvent dans la désolation spirituelle. Le Seigneur a coutume d'attirer l'âme qui vient de se donner à lui, par des lumières spéciales, des larmes et des consolations sensibles. Mais après quelque temps, il en ferme la source afin de l'élever à une plus grande perfection en la détachant de ces douceurs sensibles dans lesquelles il se glisse facilement quelque imperfection et quelque retour d'amour-propre. Sans doute les consolations sensibles, et surtout les attraits naturels, sont des dons de Dieu, mais ils ne sont pas Dieu lui-même. Ainsi, pour détacher ses épouses de ses dons, et les forcer en quelque sorte à aimer le donateur d'un amour plus pur, il permet qu'elles ne trouvent plus dans
I l'oraison leurs anciennes jouissances, mais du
dégoût, des aridités, des peines, et quelquefois des tentations. Ayez le plus grand soin de relever le courage de ces âmes affligées, de peur qu'elles
k ne laissent l'oraison et les communions prescrites.
Rappek'z-leur ce que disait saint François dp Sales,, qu'une once d'oraison faite au >nilieu de la désolation pèse plus devant Dieu que cent livres faites au milieu des consolations. En effet, celui qui aime Dieu pour les consolaiions, aime plus les consolations de Dieu que Dieu lui-même ; au contraire, celui-là montre qu'il aime véritablement Dieu, qui l'aime et marche à sa suite privé de toute consolation : voilà pour la méditation. Je crois utile de donner ici aux jeunes confesseurs quelques notions sur l'oraison infuse ou contemplation, sur ses différents degrés et sur les autres dons surnaturels, avoc les règles tracées par les maîtres de la vie spirituelle pour la conduite des âmes que Dieu favorise de pareilles grâces.
268. — Si vous rencontrez une âme qui ait Avis jur reçu le don de la contemplation, vous devez bien ,em*^pu connaître la manière de la conduire et de la pré- '""• server des illusions ; autrement vous lui ferez beaucoup de mal, et vous en rendrez un grand compte à Dieu, dit saint Jean de la Croix. La contemplation diffère beaucoup de la méditation. Dans la méditation on cherche Dieu par l'effort de la pensée ; dans la contemplation on voit, .sans fatigue. Dieu déjà trouvé. Dans la méditation l'âme agifpar sa propre puissance ; dans la contemplation c'est Dieu qui afjit, tandis que l'àme est passive, recevant les dons répandus en elle par la grâce sans qu'elle agisse d'aucune manière.
En effet, la lumière et l'amour divins dont elle est remplie la rendent amoureusement attentive à contempler la bonté de son Dieu, qui la comble alors de ses précieuses faveurs.
269. — 11 faut encore vous souvenir qu'avant d'accorder aux âmes le don de la contemplation, le Seigneur les introduit d'ordinaire dans l'oraison de recueillement ou de repos contemplotif, suivant l'expression des maîtres de la vie spirituelle. Ce n'est point encore la contemplation infuse, car l'âme est encore dans l'état actif. Ce recueillement, je parle ici du recueillement naturel, je parlerai plus tard du surnaturel, n" 274, a lieu lorsque l'esprit n'a pas besoin de sortir, en quelque sorte, dehors pour considérer un mystère ou une vérité de la foi; mais que, dégagé des créatures et retiré, pour ainsi dire, au dedans de l'âme, il considère non-seulement sans fatigue, mais avec une grande suavité, cette vérité ou ce mystère. Le repos contemplatif est presque la même chose. La seule différence, c'est que dans le recueillement l'âme demeure appliquée à une pensée pieuse en particulier, tandis que dans le repos une connaissance générale de Dieu la fixe et l'attire amoureusement vers Dieu. Quoique ce recueillement ou ce repos contemplatif soit une oraison naturelle, néanmoins lorsque l'âme l'éprouve elle doit cesser non-seuiement la méditation, mais encore les actes de la volonté, d'amour, d'offrande, de résignation, et demeurer amoureusement unie à
Uieu dans un repos absolu : voilà ce que disent quelques mystiques. Il m'est impossible de partager leur avis.
Je ne nie pas que l'âme doive cesser de méditer lorsqu'elle est suffisamment recueillie, puisqu'elle a trouvé sans effort ce qu'elle recherchait; d'autant que la méditation ordinaire, comme le dit très-bien le Père Seigneri ', produit bientôt la contemplation qu'on appelle acquise, et qui d'une seule vue connaît les vérités dont la connaissance était auparavant le fruit de la réflexion et du travail : mais pourquoi dans cet état l'âme devrait-elle s'abstenir des actes bons de la volonté? Au contraire, quel moment plus favorable pour les produire que ce recueillement? H est vrai que saint François de Sales conseille à sainte Chantai de ne produire aucun nouvel acte lorsque dans l'oraison elle se ircuvera unie à Dieu. Pourquoi? parce que la sainte jouissait déjà de la contemplation passive. Mais quand l'àme est encore dans l'élat actif, comment les actes bons de la volonté pourraient-ils empêcher les opérations de la grâce? Le même saint indiquait aux Ames pieuses dont il avait la direction un certain nombre d'aspirations à faire pendant ce temps-là. Si l'àme est dans l'élat de contemplation passive, alors, bien qu'elle n'acquière aucun mérite, puisqu'elle n'agit pas, néanmoins elle reçoit une grande vigueur pour agir ensuite avec plus de perfection ;
• Accord entre le travail et le i epo^, part. ( , r. t , n. 1 .
au contraire, dans l'état actif, pour mériter elle doit agir, en proJuisant des actes de sa volonté. «Ainsi, conclut très-bien le Père Seigneri, lorsque Dieu parle et agit, l'âme doit se taire et suspendre ses opérations; tout ce qu'elle doit faire, c'est de donner au commencement une attention pleine d'amour aux opérations divines. Si Dieu ne parle pas, l'âme doit, pour s'unir à lui, recourir, suivant le besoin, à la méditation, aux affections, aux prières, aux résolutions. Mais ces actes, et cela s'entend, doivent se faire sans effort, l'âme choisissant de préférence ceux pour lesquels elle aura plus d'attrait. »
Conduite 270. — Souvcncz-vous qu'avant de faire entrer '*"" l'âme dans la contemplation, Dieu a coutume de l'éprouver par XaridUé surnaturelle, afin de la purifier de ses imperfections, qui sont des obstacles à la contemplation. Or, on dislingue l'aridité sensible et l'aridité substantielle. Nous parlerons de cette dernière au numéro suivant. L'aridité sensible, lorsqu'elle est naturelle, est accompagnée d'ennui pour les choses de Dieu, de ténèbres moins épaisses et moins durables. Lorsqu'elle est surnaturelle, elle jette l'âme dans une obscurité très-profonde, plus durable et toujours croissante. Néanmoins, dans cet état, l'âme se sent, d'une part, plus détachée des créatures et plus occupée de Dieu, qu'elle désire avec ardeur et constance d'aimer parfaitement; mais d'une autre part, elle se voit dans une sorte d'im-
puissance de réaliser son désir à cause de ses imperfections, qui lui paraissent attirer la haine de Dieu : malgré tout cela elle ne laisse pas de s'exercer courageusement à la pratique de la vertu. Cette sensible aridité est un trait de la grâce, c'est une lumière surnaturelle, mais une lumière accompagnée de peine et de ténèbres. Voulant se communiquer immédiatement, et rencontrant les sens et les facultés de l'âme peu propres à la recevoir à cause des affections sensibles et en quelque sorte matérielles, cette lumière occasionne à l'âme ces ténèbres bien pénibles, il est vrai, mais très-utiles. Grâce à elles, l'âme se détache de tous les plaisirs sensibles corporels ou spirituels. Elle acquiert de plus une grande connaissance de sa misère, de son impuissance à rien faire de bien, ainsi qu'un grand respect pour Dieu, qu'elle se représente majestueux et terrible. Encouragez l'âme que vous trouverez en cet état, et diies-lui d'espérer de grandes choses de Dieu, qui la traite de la sorte; dites-lui de ne pas se tourmenter à méditer, mais de s'humilier, de s'offrir à Dieu, et de s'abandonner avec une entière résignation aux dispositions toujours bienveillantes de sa tout aimable volonté.
271 . — Après avoir y)uhfié l'âme de toute affec- Suii« tion sensible, le Seigneur a coutume de lui communiquer le don de la contemplation, de recueillement surnatui'el, de repos et d'union. Nous
en parlerons plus bas. Mais avant l'union et après le recueillement et le repos, il l'éprouve d'ordinaire par l'aridité s'pirilueUe, appelée pour cela aridité substantielle. Dieu veut par là que l'âme s'anéantisse en elle-même. L'aridité du sentiment est une soustraction de la dévotion sensible : l'aridité de l'esprit est une lumière céleste par laquelle Dieu fait connaître à l'âme son néant. C'est alors que l'âme se trouve dans la plus cruelle agonie. D'un côté elle se sent plus résolue que jamais de se vaincre en tout et de servir Dieu; et, d'un autre côté, connaissant mieux ses imperfections, il lui semble que Dieu la rejette et l'abandonne à cause de ses ingratitudes. Les exercices de piété, les oraisons, les communions, les moriifîcations ne servent qu'à l'affliger davantage, paice" que les faisant avec le plus grand dégoût et la plus grande peine, elle croit qu'ils la rendent tous plus coupable et plus odieuse à Dieu. Quelquefois même il semble à ces pauvres âmes qu'elles ont de la haine pour Dieu ; que Dieu les a déjà réprouvées, et qu'il commence dès cette vie à leur faire éprouver les peines de l'enfer, en les abandonnant. D'autres fois le Seigneur permet que cette désolation soit accompagnée de mille autres tentations et mouvements d'impureté, de colère, de blasphème, d'incrédulité et surtout de désespoir. Dans cette étrange confusion et dans cette obscurité profonde, ne pouvant bien distinguer la
DES CONFESSEinS. . 65
résistance de la volonté, elles craignent d'avoir consenti, cl se croient en conséquence bien plus at)andonnécs de Dieu. Cependant celte résistance a eu lieu, mais les ténèbres qui les enveloppent les empêchent de la connaître du moins avec certitude.
272. — Si vous rencontrez une âme de ce ca- Condaiie ractère qui, marchant dans le chemin de la per- fesseu"' fection, se croie abandonnée de Dieu, ne vous laissez pas effrayer à la vue de cette confusion, ni au récit de ses sentiments de crainte et de désespoir. Gardez-vous de paraître timide ou embarrassé. Au contraire, exiiorlez-la fortement à ne rien craindre, et à mettre plus que jamais sa confiance en Dieu, en lui disant ce que le Sauveur lui-même dit up jour à sainte Thérèse, que personne ne perd Dieu sans savoir qu'il le perd. Dites-lui que toutes ces tentations de blasphème, d'incrédulité, d'impureté et de désespoir, ne sont pas des consentements, mais des peines tpii, supportées avec résignation, rendent plus intime son union avec Dieu. Diles-lui que Dieu ne saurait haïr une ûme qui l'aime et qui a bonne volonté ; que c'est ainsi qu'il traite les Ames les plus chères à son cœur. Cest par les aridités et les tentations, dit sainte Thérèse, que le Seigneur éprouve ses amis. Quand la sécheresse durerait toute la vie, l'âme ne doit pas abandonner l'oraison ; le temps viendra où tout sera payé. Excellente instruction pour une ûme désolée. Ex-
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hottez-la donc à espérer fermement de grandes choses, puisque Dieu la conduit par la voie la plus sûre, la voie de la croix. En attendant, ditesloi, 1*> qu'elle s'humilie et se reconnaisse digne d'un pareil traitement à cause de ses infidélités passées; S" qu'elle se résigne enlièrement à la volonté de Dieu, s'offrant à souffrir ces. peines et même de plus grandes selon qu'il lui plaira; 3» qu'elle s'abandonne, comme si elle était morte, entre les bras de la divine bonté, et à la protection de Marie, que l'Eglise appelle la Mère de la miséricorde, et la consolatrice des affligés.
Differen- 273, — L'aridité sensible dure jusqu'à ce que de con" 'es sens soient purifiés et que l'âme soit propre lempia- ^ \g^ contcmplation, L'aridité.de l'esprit dure jusqu a ce que 1 ame soit propre a 1 union divine. Remarquez qu'après l'union le Seigneur permet quelquefois le retour de cette aridité, afin, dit sainte Thérèse, que l'âme ne se néglige pas, et sente^de temps en temps son néant. Lors donc que les affections sont purifiées, et que l'aridité sensible est finie, le Seigneur admet l'âme à la contemplation. La contemplation est affirmative ou négative. Elle est a/^rmaf^re lorsque, parle moyen de la lumière divine et sans effort de sa part, l'âme voit quelque vérité créée, comme le malheur de l'enfer ou le bonheur du paradis, etc., ou quelque vérité incrcée, comme la bonté de Dieu, sa miséricorde, son amour, sa
puissance. Elle est négative, lorsque l'âme connaît les perfections divines, non pas en particulier, mais en général, et que cette connaissance confuse lui donne une haute idée de la grandeur de Dieu. Cette sorte de contemplation lui fait aussi connaître confusément quelque vérité créée, telle, par exemple, que les horribles tourments de l'enfer, etc. Parlons maintenant des premiers degrés de la contemplation, savoir : le recueillement et le nr]")03; neiis parlerons plus tard de l'union.
274. — Le premier degré de la contemplation, Premier c'est le recueillement surnaturel. Nous avons d^H parlé du recueillement naturel au n°269; il a lieu comem-
plation,
lorsque l'âme recueille ses facultés pour consi- leredérer Dieu au dedans d'elle-même. 11 faut remar- j^"'/]*'. quer qu'on l'appelle naturel, non parce que na'urei. l'âme peut l'opérer par ses propres forces : toute action vertueuse pour mériter la vie éternelle a besoin de la grâce, c'est pourquoi, à parler en général, elle est surnaturelle; mais on lui donne ce nom, parce que l'âme est alors dans un état actif, et qu'elle agit avec le secours des grâces ordinaires. Le recueillement surnaturel est celui que Dieu lui-mémo opère au moyen d'une grâce extraordinaire qui met l'âme dans l'état passif. Ainsi le recueillement surnaturel ou infus a lieu lorsque les puissances de l'âme se recueillent non par l'effort de l'homme, mais par la lumière que Dieu réjjand, et qui alliimo dans l'âme un
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grand et sensible amour. En cet état l'àme ne doit rien fiiire pour interrompre cet entretien tranquille inspiré parla douce vérité; elle ne doit pas non plus se fatiguer pour réfléchir à des choses particulières, telles que son indignité ou les résolutions qu'elle peut faire ; elle ne doit pas même chercher à savoir ce que c'est que ce recueillem?nt : son grand devoir est de se laisser conduire soit à considérer les vérités, soit à produire les actes pour lesquels Dieu lui donne
plus d'attrait
Second 275. — Le second degré, c'est le repos. Dans le ?ep% * recueillement, la force de l'amour est communiquée immédiatement aux sons extérieurs que Dieu lui-même oblige à se recueillir au dedans de l'âme. Dans le repos, l'amour est communiqué immédiatement à l'esprit au fond de l'âme ; l'amour est plus ardent et il se fait sentir aux sens eux-mêmes : cependant cela n'arrive pas toujours. Quelquefois l'âme jouit de l'oraison de reposjsans aucune douceur sensible. Sainte Thérèse dit que dans cette oraison toutes les puissances de l'âme ne sont pas suspendues ' ; que la volonté est liée, parce qu'alors elle ne peut aimer que Dieu qui l'attire à lui ; mais que l'intellect, la mémoire ou l'imagination demeurent libres, et s'en vont errant cà et là. C'est pour cela, dit la sainte, que l'âme ne doit pas s'en inquiéter, mais se moquer de ses pensées, les tenir pour folles,
' In Vita, c 14.
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PKS CONFESSEURS. <)!)
et (Icmeuier on repos : puisque la volonté est maîtresse, elle saura bien les rappeler sans que vous vous en mettiez en peine'. En effet, si l'àmc veut s'appliquer à recueillir ses pensées, elle ne fera rien et perdra son repos. Dans cet état, bien moins encore que dans le recueillement, l'amené doit s'efforcer de former des résolutions ou d'autres actes de son choi>: ; elle doit se contenter de faire ceux auxquels elle se sent doucement attirée par Dieu lui-même.
27C. — Parlons maintenant de l'oraison de pure o,.v,<ou contemplation, c'esi-à-dire de la contemplation ,'.,|"„^ négative indiquée plus haut, et qui est plus par- i'faite que l'affirmative. Cotte contemplation négative s'appelle la claire obscurité, parce que l'abondance de la lumière obscurcit rentendemeni. Comme celui qui regarde le soleil est ébloui paisa splendeur, ne voit rien, mais comprend que le soleil est un grand foyer de lumière; ainsi, dans celle obscurité. Dieu communique à l'âme une abondante lumière qui no lui donne l'intelligencc d'aucune vérité particulière, mais une nolion générale et confuse de l'infinie bonté, en sorte que l'âme se forme de Dieu une idée confuse, il est vrai, mais très-parfaite. Lorsque l'âme connaît imparfaitement quelqu'une des perfections de Dieu, elle a bien une idée de sa bonté; mais plus grande est cette idée, lorsqu'elle connaît que la perfection est incompréhensible. Dans ses ad-
' CIttftiifi <it lu perffction, p. 203.
mirables lellres, le cardinal Petrucci dit que celte oraison d'obscurité s'appelle ainsi, parce qu'en cette vie l'âme est incapable de connaître clairement la Divinité, en sorte que même dans cet état elle la connaît sans la connaître, seulement elle la connaît mieux que par tout autre moyen. Elle ne la connaît pas, parce que Dieu n'étant pas une chose qui puisse revêtir une image ou une figure, l'entendement ne saurait s'en former une idée parfaite; ainsi, il ne comprend autre chose sinon qu'il ne peut le comprendre. C'est pour cela que saint Denis l'Aréopagite appelle cette intelligence : la connaissance sublime de Dieu par ignorance. Dans cette oraison d'obscurité, toutes les puissances intérieures de l'âme sont suspendues, souvent même les sens extérieurs; de sorte que l'âme entre quelquefois dans l'ivre se spirituelle qui se manifeste par les actes d'un amour en délire, tels que des chants, des cris, des larmes abondantes, des sauts, et-autres choses semblables, comme il arrivait à sainte Madeleine de Pazzi.
Oraison 277. — Après lui avoir fait parcourir ces di- "°'0"' Ygrs degrés, le Seigneur conduit l'âme à l'union. L'unique but de l'âme doit être de s'unir à Dieu. Mais, pour se sauver, il n'est pas nécessaire qu'elle parvienne à Y union passive, l'union active suffit. Dieu ne conduit -pas toutes les âmes par des voies surnaturelles, dit sainte Thérèse; il ^:.en est même peu qu'il dirige de la sorte. Dans
DES CONFESSEURS. Til
le ciel nous en verrons beaucoup qui, sans avoir eu CCS grâces extraordinaires, seront plus glorieuses que celles qui les auront reçues. L'union active est la parfaite conformité à la volonté de Dieu; c'est en cela, sans aucun doute, que consiste toute la perfection de l'amour divin. La perfection, dit sainte Thérèse ', ne consiste pas dans l'extase, mais la véritable union de l'àme avec Dieu c'est l'union de la volonté avec la volonté divine. Cette union est nécessaire, mais non pas l'union passive. Les âmes qui ne jouissent que de l'union active, dit ailleurs la même sainte, |)eMvent avoir beaucoup ph(s de mérite, car elle est le fruit de leurs efforts ; le Seigneur les traite comme des âmes fortes,àqui il r€serve,pour leleur donner tout à la fois, ce dont illes prive ici-bas *. Le cardinal Petrucci ajoute que, dans la contemplation infuse, l'âme peut très-bien parvenir, avec le secours de la grâce ordinaire, à détruire sa propre volonté, et à la transformer en Dieu on ne voulant plus que ce que Dieu veut. Les passions dont elle éprouve les mouvements ne rempèchent pas de se transformer en Dieu. Or, en cela consistant toute la sainteté, l'âme ne doit désirer et rechercher autre chose, sinon que Dieu la conduise, et fasse en elle suivant sa volonté.
La grande maîtresse de l'oraison, sainte Thérèse, dit que dans l'union passive l'âme ne voit,
' Pensées sur tamour de Dieu, pcns. 111. * Ai is pour l'oraison, 22.
ni ne sent, ni n'aperçoit son état, parce que l'abondance de la lumière ei de l'amour forme cette bienheureuse obscurité dans laquelle se trouvent suspendues toutes les puissances de l'âme. La mémoire ne se souvient que de Dieu; la volonté est tellement unie à Dieu, qu'elle ne peut aimer d'autre objet, et l'entendement est remp'i de tant de lumière, qu'il ne peut penser à autre chose, pas même à la grâce dont il jouit, de sorte qu'il conçoit, mais sans comprendre. En un mot, l'âme, dans cet état, possède une connaissance claire et expérimentale de Dieu présent, qui unit intimement cette âme à lui-même. Celle union, continue la sainte, ne dure guère, tout au plus une demi-heure K Dans les autres contemplations dont nous avons parlé. Dieu se fait connaître comme voisin, mais ici c'est comme présent, et l'âme a le délicieux sentiment de son union avec lui. C'est pourquoi, dit la sainte, dans les autres contemplations l'âme peut douter si c'est Dieu, mais ici elle ne le peut pas. Néanmoins, le confesseur doit l'avertir qu'elle n'est pas pour cela impeccable; qu'ainsi, plus elle est favorisée, plus elle doit être humble et détachée, aimer la croix, être pleine de conformité aux dispositions de la Providence, craignant ajuste titre que ses infidélités ne soient désormais punies avec plus de sévérité à cause de son ingratitude. La sainte dit qu'elle en a connu plusieurs qui étaient • vie, c. 18.
sortei iini«r.
arrivés à cet état d'union, et qui étaient ensuite misérablement tombes dans la disgri\cc de Dieu.
278. — Il y a trois sortes d'union : l'union sim- Tro pie, l'union de fiançailles et l'union consommée, appelée mariage spirituel. L'union simple est celle dont nous avons parle jusqu'ici. Expliquons maintenant l'union de fiançailles. Le Seigneur -fait ordinairement précéder cette union de l'aridité substantielle, qui sert de purification à l'esprit ; nous en avons parlé au n° 270. Dans cette sorte d'union on distingue trois degrés, l'extase, le ravissement et l'essor ou le vol de l'esprit. Dans l'union simple les puissances de l'âme sont suspendues, mais non les sens corporels, quoiqu'ils soient presque hors d'état d'agir. Dans l'extase on perd aussi l'usage des sens, en sorte qu'on ne voit plus, qu'on n'entend plus, qu'on est même insensible aux coups et aux agitations. Le ravissement est une impression plus forte do la grâce par laquelle le Soigneur n'élève pas seulement l'âme jusqu'à l'union, mais encore la ravit par un mouvement subit et violent, de sorte que le corps lui-même se trouve quelquefois soulevé de terre et rendu léger comme une plume. Le vol de l'esprit a lieu lorsque l'âme se sent comme transportée hors du corps, et soulevée au-dessus d'elle-même avec beaucoup de force, ce qui, dans le principe, lui cause une grande frayeur. Ainsi, dans le vol de l'esprit se trouve l'estasc, puisqu'il y a perte des sens, de même