COMME DOCTEUR ET COMME JUGE
Qu'elle sera grande, dit le B. Alphonse de Li- GUORi, la récompense des bons confesseurs qui s'emploient à la conversion des Ames I leur salut est assuré. L'apôtre saint Jacques nous l'apprend quand il dit : Qui convrrti feceril pcccatorem ah errnre viœ suœ, salvahit animam cjus <r morte, et operiet miiltitudinem pcccatorum^. Son âme, c'est -à -dire l'âme de celui qui convertit, comme porte le texte grec. Mais l'Eglise est dans les larmes en voyant un si grand nombre de ses enfants perdus à cause des mauvais confesseurs. En effet, c'est principalement de la
' E|) , V, 20. Pour s'encourager dans la pénible fonction du trihunnl, le B l.i{îuori se disait souvent à luiinéiuc cette parole de saint Augustin : .■Inininin inhasti, (iniiiKim tiiiini Uhrrasti.
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bonne ou de la mauvaise direction des confesseurs que dépend le salut ou la damnation des peuples. Dentiir idonei con/e^san'i, disait le pape saint Pie V, ecce omnium christianorum plena reformatio. C'est une vérité; si l'on trouvait dans tous les confesseurs la science et la sainteté qui conviennent à un si grand ministère, le monde ne serait pas, comme il est, souillé d'iqiquités, ni l'enfer rempli de tant d'âmes. Par sainteté je n'entends pas ici la sainteté habituelle, c'est-à-dire le simple état de grâce; mais une sainteté positive, telle qu'il la faut à un ministre de la pénitence, dont l'état, comme celui de la nourrice, réclame une double nourriture et pour se nourrir lui-même et pour nourrir ses enfants. Il faut, en effet, que le confesseur dirige la conscience des autres sans errer, ou par trop de condescendance ou par trop de rigueur; qu'il sonde tant de plaies sans se souiller; qu'il traite avec des femmes et avec des jeunes gens, écoutant le récit de leurs chutes les plus honteuses sans en recevoir aucun dommage ; qu'il use de fermeté avec les grands, sans se laisser vaincre par aucun respect humain ; il faut, en un mot, qu'il soit plein de charité, de douceur et de prudence.
Pour accomplir tous ces devoirs, il a besoin d'une sainteté plus qu'ordinaire, à laquelle il ne parviendra jamais s'il n'est homme d'oraison, fidèle à la pratique de la méditation journalière.
Sans cela, il n'aura jamais ni les lumières ni les grâces nécessaires à l'exercice de ce ministère redoutable aux anges même.
ARTICLE
CHVRITK DE PjiiRE.
1. (Prêtre sanctifié, nM-15.i — Ayez une '^•*'" i""*^ charite de perc, puisque c est de ce doux nom tem de père que le pénitent vous appelle dès le com- ^f,"""^. mencement, et que, suivant le mot de saint Ara- fe seur. broise, c'est dans ce sacrement que Jésus-Christ nous a établis les vicaires de son amour : Vicarios amoris Christi, Or, rien de plus cliasle, rien de plus honnête, rien de plus fort, de plus infatigable, de plus désintéressé, de plus soigneux, de plus libéral, de plus prudent, de plus patient que l'amour d'un père. Tel doit être le vôtre à l'égard du pénitent, qui est votre fils spirituel, et voici comment vous devez le lui témoigner.
;2. — Premièrement, en ne refusant personne, rj.ariié Semper tibi pendeat humus, disait autrefois un ^"fus'e poète au pêcheur, quo minime rcris gurgite piscis p"-
.. ,-1. . . . -, . . sonne,
erit. C est ainsi que vous devez être toujours et à toute heure disposé à entendre les confessions dos personnes qui vous demandent. N'en oxcepiez aucune, fussent-elles pauvres et do basse condition, surtout si elles se présentent à des jours et à des heures inaccoutumés. En effet.
VOUS ne connaissez ni l'état ni les dispositions de ceux qui vous cherchent. Au moment où vous y pensez le moins, vous pourriez, par un refus, être l'occasion d'immenses dommages et de la ruine spirituelle d'une âme. Il est arrivé souvent que parmi les personnes qui se présentaient ainsi à des jours et à des heures extraordinaires, il y en avait qui ne s'étaient pas confessées, les unes depuis six mois ou un an, les autres depuis sept ans, dix ans, et même depuis plus longtemps.— Si on les avait renvoyées, combien n'était-il pas à craindre que, laissant expirer cette impulsion extraordinaire de la grâce qui, après un si long temps, leur avait inspiré le courage de se présenter au confesseur, elles ne fussent parties pour ne plus jamais revenir et multiplier leurs désordres jusqu'à la mort? Dans ce cas, quel compte sévère n'auriez-vous pas à rendre au tribunal de Dieu , si, par votre manque de charité, au lieu d'être ramenés au Père céleste, ces enfants venaient à se perdre ou seulement à continuer longtemps encore le cours de leurs offenses ? Au contraire, quel bonheur pour vous si ces âmes, promptement accueillies, vous doivent leur retour au bercail? Eh bien ! il peut vous arriver de faire ainsi quelque noble conquête pour le ciel. Saint Philippe de Néri assurait qu'il était redevable de la conversion de ses plus fervents pénitents à l'habitude de se montrer ainsi disposé, à toute heure,
DES CONFtSSELKS. 5
û:ômc de nuit, à recevoir tout le monde.
3. — Ne refusez donc jamais personne, sur- Saite. tout si c'est un inconnu ; ne refusez pas non plus les pénitents que vous connaissez déjà, car il peut leur être arrivé quelque chose de nouveau que vous ignorez encore, d'où, à moins d'un prompt remède, il peut résulter de grands dommages pour eux et de grandes offenses envers Dieu. Il vous arrivera quelquefois d'être demandé précisément le jour où vous vous y attendez le moins, où vous en avez le moins la volonté, où vous serez le plus occupé, ou même indisposé; souvenez-vous alors que c'est Dieu qui a cherché ces pécheurs par sa grâce, et qu'il vous les amène dans ces circonstances pour procurer d'un seul coup, par voire charité, la sanctification de plusieurs Urnes, c'est-à-dire de la vôtre et de la leur. Gardez-vous de priver Dieu de cet honneur, vous d'un tel mérite, et ces âmes d'un tel secours. Si cependant il vous était vraiment impossible de les recevoir, fixez-leur le jour et l'heure même les moins commodes pour vous, et engagez-les à revenir en les priant de ne pas vous refuser la consolation de les aider et de les entendre.
4. — Accueillez donc et encouragez le pénitent ciiairé dès le commencement, au moins lorsque les cir- '^"' .1^'
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constances vous avertissent qu'il en a besoin; et .j»; comme s'il vous dit, par exemple, qu'il ne s'est g^ ,',^.'^ pas confesse depuis longtemps. Pour lui ôter ou '« ""■^lui affaiblir la difficulté naturelle \ l'entière dé- m*- :.
claraiion de ses fautes, animez son courage en disant : Remerciez le Seigneur qui vous a attendu jusqu'à ce moment, et qui vous amène aujourd'hui; consolez-vous ; la patience dont il a usé jusqu'ici à votre égard est une preuve qu'il veut vous sauver; ainsi, prenez courage ; je vous aiderai; quoi qu'il ait pu vous arriver, avec la grâce de Dieu, 710US remédierons à tout. Parkz donc avec une sainte confiance.
Fruits de 5. — Vous ne sauriez croire combien cet ac-
celle ., I ., , • <
chariié. cueil paternel est utile au pemtent et a vousmême : au pénitent qui, surpris de votre charité, sent son cœur se dilater, s'anime à ne rien vous cacher, et se trouve disposé à recevoir en bonne part tout ce que vous lui direz, car il rencontre en vous non pas seulement un juge, mais encore un père; à vous-même qui, témoin de la docilité et de la confiance du pénitent, sentez croître votre zèle pour son bien, et vous trouvez dispensé de l'obligation de lui parler avec une salutaire sévérité. Dès lors votre amour et sa confiance vous autorisent à lui commander et à tout attendre de lui. Bien plus, vous êtes délivré du péril de tomber dans ces funestes condescendances, dernière et ordinaire ressource d'un confesseur qui, pour avoir reçu le pénitent avec dureté, le trouve rebelle à ses ordres. ^
Danger ^' — Cc Serait de votre part une grande erde relu- j.gyp g^g jg rcccvolr de semblables pécheurs
1er le pe- ■*
niient. avcc sévéritc; et si, lorsque quelqu'un s'accuse
de ne s'être pas confessé depuis longtemps, vous alliez lui dire : Vous êtes chrétien? vous qui pendant si longtemps avez pu vivre siloinde Dieu et des sacrements? Y aurait-il rien de moins étonnant qu'effrayé d'un tel langage, il renfermât dans sa' conscience tout ou au moins quelqu'un de ces péchés pour l'aveu desquels il éprouve déjà une si grande difficulté; qu'ainsi, vous quittant avec un sacrilège de plus, c'est-à-dire tout à la fois avec un obstacle bien plus fort à la confession, et une sorte de persuasion qu'il est perdu, il se jetât tète baissée dans des désordres toujours plus grands? Il n'y a pas longtemps qu'on lisait à un criminel sa sentence de mort. Une personne qui était présente a raconté que les premières paroles de ce malheureux, lorsqu'il entendit sa condamnation, furent celles-ci : Je ne serais point dans cet état sans «n confesseur qui me reçut et me rebuta avec la plus (jrande dureté. Soyez donc sur ce point de la plus grande réserve à l'égard de qui que ce soit. Souvenez-vous que la honte d'accuser leurs fautes n'est pas naturelle seulement aux jeunes gens et aux jeunes pcrionncs, mais encore aux adultes les plus avancés en âge, aux prêtres même et aux religieux. Les ;\mes les plus pieuses en éprouvent à déclarer de simples péchés véniels. Plus l'âge est avancé, plus leranget lacoiulition sont élevés, ]ilns aussi très-souvent la confession devient diffii ilo si l'on est tombé dans quelque grande faute. Delà cet
Cliariié
avertissement do saint Paul ; Fratres, et si prœoccupatus fuerit homo in aliquo delicto, vos, qui spirituales estis, hujusmodi instruite in spiritu lemtatis,consideransteipsum,ne et tu tenteris '. Cette parole de l'apôtre : Considerans teipsum, ne et tu tenteris, vous prévient de ce qui pourrait vous arriver en punition de votre dureté. Eh bien, que la manière dont vous voudriez être traité, si, ce qu'à Dieu ne plaise, vous tombiez dans quelque péché honteux, vous apprenne comment vous devez vous-même traiter les autres. 7. — Ce n'est pas assez d'avoir bien accueilli et encouraj^é le pénitent, vous devez encore le porte le supportcr pendant sa confession. Ici, j'en condTn's le viens, très-souvent la multitude des pénitents ou cours «3e|^^^jyj.2 yjj gg^i m^\s très-lonff, mais peu intellifession. giblc, vcrbcux, grossier, qui vous apporte un fatras de choses et de cas embrouillés, donnent la plus grande peine au confesseur. L'unique moyen de réprimer l'impatience causée par tant d'ennui, c'est un amour de père qui ne se lasse jamais et qui allège toutes les fatigues. Voulezvous nourrir en vous cette charité, gravez bien dans votre cœur, et, au besoin, méditez les maximes suivantes : 1° Si Jésus-Christ n'a pas hésité à donner son sang et sa vie pour le salut des âmes, qui de nous, qui sommes ses ministres, pourra refuser d'y consacrer au moins son temps et sa peine ? quel usage plus noble et plus utile pour-
' Ad Galat , vi.
DES CONFESSEUBS. 9
rions-nous faire de nos forces que de les employer à une œuvre à laquelle un Dieu lui-môme s'est dévoué tout entier? 2" Quâ mensurd mensi fueritis remetieturvohis\ Comme si Notre-Seigneurvous disait: Si vous usez de patience envers cette ;\nie, si vous l'aidez, si vous l'instruisez, si vous la consolez, si vous la sanctifiez, rassurez-vous, eademmensura remetietur tibi : je vous supporterai, je vous aiderai, je vous sanctifierai ; mais si vous lui refusez ces bons offices, malheur à vous ! vous devenez à mes yeux indigne des mêmes bienfaits; je ne serai plus indulgent à tolérer vos fautes; je vous accorderai moins de secours : eadem mensura. Ainsi vos intérêts bien entendus vous font un devoir de supporter le pénitent.
Si au jour du jugement dernier, des louantes publiques, accompagnées d'une récompense publique, éternelle, sont réservées aux moindres œuvres de la charité inférieure, c'est-à-dire de la charité corporelle, quelles louan{;es et quelles récompenses le Seigneur ne donnera-t-il pas aux œuvres de la charité spirituelle qui lui est si supérieure; de cette (.hariié qui revêt les Ames delà grùce céleste, qui les nourrit, qui les délivre des chaînes du démon et les guérit de leurs maladies? Mais que dis-je? Non, vous n'allondrez pas jusqu'au jour du dernier jugement à recevoir les grâces et les récompenses du Père céleste, vous,
' Matt,, VII, :i.
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dont la patiente charité ramène dans ses bras ses enfants pénitents! Oh! combien de tentations dangereuses il éloignera de vous! de combien d'autres il vous rendra victorieux! quelle abondance de secours spirituels il vous prodiguera pendant le cours de votre vie ! Ne cessez donc jamais de montrer la plus grande patience envers tous les pécheurs pendant toute leur confession. Soyez-en sûr, le jour où vous sortirez du sacré . tribunal la tête fatiguée, la poitrine épuisée, si vous avez été père par votre charité pour les Smes, Dieu aussi se montrera tel à votre égard, en vous comblant de grâces et de consolations. chanie g. — Ici, 16 VOUS rccommaudc spécialement
qui le •• '
îupporie ceux que certains défauts corporels, comme la sw^ dé- surdité, ou un empêchement de langue, ou d'un fauis. autre genre, exposent grandement à ne recevoir jamais une assistance porportionnée à leurs besoins. S'ils s'adressent à vous, ne les recevez pas à votre confessionnal public, à cause du danger d'être entendu ; mais conduisez-les dans quelque endroit favorable où vous puissiez en toute assurance les écouter et vous faire entendre. Une seule confession remédiera peut-être aux défauts d'un grand nombre de confessions passées. Ne vous tourmentez pas si vous êtes obligé de leur faire faire une confession générale : dans ce cas, ainsi que dans beaucoup d'autres, une confession générale n'est guère plus longue qu'une confession particulière. En effet, ces sortes de pénitents
mènent une vie uniforme, et à peu près la même dans tous les temps; ainsi, quand vous connaîtrez la différence du plus au moins grand nombre, sans spécifier autre chose, tout est suffisamment éclairci. Ne renvoyez pas facilement ces sortes de pénitents à d'autres confesseurs, pour quelque difficulté que vous trouveriez à les entendre ou à vous faire entendre d'eux. Si le défaut corporel du pénitent est de nature à embarrasser tout autre confesscurautant que vous, par exemple, s'il est sourd ou muet, vous pouvez aussi bien qu'un autre lui donner tous les secours dont son état le rend susceptible. Ne vous déchargez point de la fatigue sur autrui, supportez -la, et vous en aurez la récompense. Que si l'obstacle n'était point absolu, mais relatif, par exemple si vous n'entendiez pas son langage, qu'un autre comprend ; alors , en vous dispensant do l'entendre, votre charité doit s'employer à lui chercher un habile confesseur, auquel vous le recommanderez : du moins vous lui indiquerez où il pourra le trouver aisément. J'ai vu bien des endroits où la charité des pasteurs réunit à des jours particuliers, et dans des lieux favorables, toutes les personnes sourdes ou muettes, ou atteintes d'autres infirmités. On lit dans la Vie de saint François de Sales qu'il passa bien quatre heures pour faire entendre quelques vérités de la religion à un jeune sourd-muet.