‹ Manuel des confesseurs (volume 3)Chapitre 54 sur 78 · Mais, en général, il est difficile de ne pas ^^j · texte numérisé non relu

Mais, en général, il est difficile de ne pas ^^j

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se laisser emporter quelquefois par un faux zèle : ou, pour parler plus juste, une bile échauffée et une impatience couverte des apparences du zèle, vous poussera à traiter avec rudesse le pénitent qui vous ennuie. Votre prétexte sera de lui faire sentir la grièveté de ses fautes; mais, en réalité, ce sera pour exhaler votre impatience et pour en finir plus vite avec lui. De là, qu'arriverat-il? Quoique vous ne soyez, par principe, ni rigoriste ni relâché, vous courez risque de tomber dans l'une de ces deux extrémités, soit en renvoyant le pénitent sous prétexte qu'il n'est pas disposé, et voilà du rigorisme; soit en l'absolvant pour vous débarrasser plus vite, et voilà du relâchement. Il n'est pas très-facile de s'apercevoir des secrètes illusions que produit alors l'impatience. Dans le confesseur relâché, elle se couvre du manteau doré de la charité, qui ne veut pas fatiguer le pénitent par des interrogations, ou qui craint de lui rendre odieux le sacrement en environnant l'absolution de difficultés. Dans le confesseur rigoriste, elle prend le manteau argenté de la religion, qui craint d'exposer le sacrement en le donnant à un indigne. Prenez - y garde, ces divers jugements ne sont pas le fruit d'une saine morale, et n'ont pour cause qu'une volonté qui s'impatiente à la vue, à la seule pensée des précautions plus grandes qu'il faudrait prendre pour absoudre sans relâchement, ou des moyens nouveaux dont il faudrait user afin de

mieux disposer le pénitent à recevoir l'absolution sur-le-champ, sans le renvoyer par un excès derigueur. C'est ainsi qu'on lombedanslelaxisme ou dans le rigorisme pratique, car l'un et l'auire sont un moyen de se délivrer plus promptemenl de l'ennui qu'on éprouve.

10. — Voulez-vous un moyen qui, en allégeant Re,....)vos fatigues, tienne votre esprit dans le calme i^-'^pVet la liberté nécessaires pour bien user de la '■"•■'' " science de juge, un moyen qui vous préserve des perfidies et des illusions de l'impatience et de l'empressement à vous débarrasser? vous lo trouverez encore dans une charité de père. Prenez donc pour règle de vous défier de votre zèle toutes les l'ois qu'il n'est pas joint à la patience et à l'amour de la peine. Telle est, en effet, dit saint Grégoire le Grand, la différence qui existe entre le zèle paterncl,conime celui de Jésus-Christ, et le zèle pharisaïque, comme celui d'un pardtre : le premier, inspiré par l'amour, tout de compassion pour le pécheur, semble en quelque sorte n'avoir ni le sentiment ni l'horreur du péché; l'autre, au contraire, montre une telle haine du péché, qu'au lieu d'avoir de la compassion, il n'a que du mépris pour le pécheur :

Verajustilia compassioncm habct, falsa dedignalionem\

11. -^Ce n'est pointasse/, de supporter le pé- ci.iriir nitent, votre charité rfo»7 toujours l'aider, surtout ''"ç'):/ ' Honiil , 3'i, in Evang.

cheur à à la fin, pour le faire passer de l'état du péché à se jusii- i^tatde la grâce. Je dis l'aider fowjoMrs, par des interrogations convenables, afin de rendre complète l'accusation de ses fautes, de leurs qualités, de leur nombre et des circonstances qui sont la matière nécessaire du sacrement. Pour cela, vous n'avez pas seulement besoin de science et de patience, il vous faut de plus cette adresse dont je parlerai bientôt en traitant de l'habileté de médecin. Mais aidez principalement à la fin, puisque le caractère dislinctif d'un bon père, c'est de vouloir sauver à tout prix la vie do son enfant. Je ne vous dis pas pour cela de l'absoudre sur-le-champ, non; ce n'est point là chercher avec sincérité le vrai bien du pénitent. Je vous dis que vous devez proportionner vos secours à ses besoins pour lui procurer une contrition et un ferme propos véritables ; en sorte qu'il s'en aille justifié, fùt-il venu grand, et même très-grand pécheur. C'est encore la charité qui saura vous armer de mansuétude ou de rigueur, suivant le besoin. Voyez ce qui se passe dans une famille : un enfant malade refuse -t- il de prendre des remèdes? les serviteurs les plus dévoués se lassent bientôt de le soigner, et s'il faut longtemps disputer avec le malade pour lui faire accepter les médicaments nécessaires, et l'empêcher de manger ce qui pourrait lui nuire, vaincus par l'ennui, ils cèdent à ses caprices, le di?pensentdesremèdesetlui permettent leschoses

défendues. Pourquoi cela? parce qu'ils ont un grand amour d'eux-mêmes et de leur propre intérêt, mais point ou presque point pour le malade. Ce n'est pas ainsi que les parents condescendent aux caprices de l'enfant. Pourquoi encore? parce que leur amour, dégagé de tout intérêt personnel, craint la perfe de ce fils et emploie mille moyens pour éloigner le danger et adoucir l'amertume du remède. Que si la douceur ne suffit pas, ils savent élever la voix, menacer, étendre eux-mêmes et tenir immobile sous le fer la main du malade. C'est l'amour qui donne à leur cœur la fermeté nécessaire; mais dans cette rigueur se mêle et se montre toujours l'amour lui-même. Il n'en est pas autrement au tribunal de la pénitence. Le confesseur, animé d'une charité de père, fuit le relâchement et le rigorisme, moyens pourluitrès-commodcsde terminer promptcment, soit par un renvoi, soit par une absolution ; mais moyens nuisibles au pénitent. Son amour lui fait rechercher et prendre tous les moyens qui sont en son pouvoir de le guérir et de le remettre en état de grâce. Au contraire, le confesseur qui n'a pas cette charité, fùt-il d'ailleurs très-instruit, est peu utile au pénitent, parce qu'il ne s'applique pas à faire de sa science un usage convenable.

12. — Pour éviter ce reliichcment auquel nous Chariié porte l'amour de notre propre commodité, et ces ressce." condescendances excessives qui naissent du rcs-

pect humain, des égards ou d'une inclination pour le pénitent, n'allez pas conclure que votre charité a besoin d'être affaiblie, concluez plutôt qu'elle a besoin d'être purifiée et augmentée. C'est ainsi que devenant pure, céleste et courageuse, elle ne visera plus qu'au bien spirituel du pénitent, et saura triompher de tout pour le procurer. Que tel soit le vrai moyen de réussir, j'en trouve la preuve dans la différence qui existe entre le bon pasteur et le mercenaire. Celui-ci, en retrouvant sa brebis, se contente de la rappeler au bercail par un seul coup de sifflet, sans prendre aucune précaution pour l'empêcher de s'enfuir de nouveau pendant le chemin; tel me paraît être le confesseur relâché : ou bien il lui donne des coups de bâton, et lui jette des pierres pour la forcer à rejoindre le troupeau, sans s'apercevoir qu'il l'épouvante, qu'il la fait fuir encore plus loin que la première fois, et l'expose déplus près à la gueule du loup; tel me paraît être le confesseur trop sévère. Aucun des deux n'est le bon pasteur ; car l'un et l'autre, pour éviter la fatigue, laissent périr la brebis. Il n'en est pas de même dubon pasteur. A-t-il retrouvé la brebis, il ne la bat point ; il ne la laisse pas non plus en liberté, mais la charge sur son cou, et, la tenant des deux mains, il s'assure qu'elle ne s'enfuira pas. Ce n'est pas tout : au lieu de lui laisser ia fatigue du chemin, il lui procure un doux repos sur ses épaules. Ainsi le bon pasteur fran-

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(hit lui-mr'nie toute la distance, sue sous son bien-aimé fardeau, et, plein de joie, replace au bercail la brebis saine et sauve. Le seul bon pasteur, c'est donc le confesseur plein d'un amour paternel. Avec la science de juge et l'habileté de médecin comme avec deux bras, il prend et sauve le pénitent; il ne l'épouvante point par la sévérité, il ne le dispense pas de ses devoirs par le relâchement, mais il lui épargne une grande partie de la fatigue qu'il prend pour lui. soit en l'accueillant, en le supportant, en l'aidant de toute manière, afin qu'après l'avoir bien disposé, il puisse le justifier et le consoler.

13. — Vous voyez que pour être très-bon con^ Marqne» fesseur, il ne suffit pas d'être grand théologien ni ).',^j","' ascétique expérimenté, il faut de plus être rempli de charité; non pas d'une charité quelconque, mais d'une charité de père et de bon pasteur, et non de mercenaire. Or, cette qualité du confesseur, la plus facile en apparence, est en réalité la plus difficile. En effet, elle vous oblige à trois choses : 1° à l'acquisition d'une saine morale comme juge, et à une grande habileté comme médecin; 2» au bon usage de l'une et de l'autre pour assurer le bien du pénitent ; 3" à prendre sur vous une grande partie de la fatigue, de manière que la brebis, en recueillant tout l'avantage, ne soit point tentée de prendre en haine le bercail et le berger, et de s'enfuir de nouveau pour ne plus revenir; mais qu'au coa-

traire, attirée par votre charité qui lui change en

douceur l'amertume de la confession, elle revienne

souvent, et par là se conserve fidèle à Dieu '.

Cbariié 14. — Conserver le juste en état de grâce, que

por^eàia dis-je? le conduire à la perfection, tel est le der-

perfec- jjier dcvoir de votre charité. Combien d'âmes

lion. ,,

qui, faute de soin de la part du confesseur, n etant pas prévenues des dangers à éviter, ni instruites des moyens à prendre pour conserver et nourrir la dévotion, retombent promptement dans les filets de l'ennemi ! Combien d'autres qui languissent jusqu'à la mort dans les premiers éléments de la vie^irituelle, sans jamais avancer d'un pas, parce que personne ne les instruit ni ne les anime à une vie plus parfaite, pour laquelle néanmoins elles ont reçu de la grâce les plus heureuses dispositions ! Pour encourager votre zèle à cet important travail , souve-

' L'esprit du confesseur, c'est-à-dire la charité la plus paternelle, respire dans cet admirable passage de S. Raymond dont Léon XII a dit dans son Encyclique : « Quem » insignem sncraincnti pœnitentiœ vnnistrum appellat » Ecclesia : « Cognitis peccatis, confessor adsit... bene- » velus, paratus erigere et sccum onus portare; habeat » dulcedinem in affectione, pictatem in alterius crimine, » discrelionem in varietate; adjuvet confitentem orando, » eîeemosynas et caetera bona pro eo faciendo ; semper » eum juvet Icniendo, consolando, spem proiuittendo, et » cum opus fuerit etiaai increpando, doleat loquendo, ia- » struat operando, sit particeps laboris, qui vult fieri « particeps gaudii. w

Sancti Raimundi Sunimâ, lib. III, 463. — Romae, mdciii. {Note du Traducteur.)

nez-vous que Dieu est quelquefois plus honoré par une seule personne qui le sert parfaitement, que par mille autres qui sont tièdes et exemptes de fautes graves, mais d'une vertu commune. Bien souvent, pour sanctifier une famille entière, et même un grand nombre d'âmes, une seule personne fervente fera plus par ses exemples, ses conseils, ses discours, son zèle, que beaucoup d'autres ensemble, mais froides et sans expérience. Un seul père de famille formé par vos soins à la récitation journalière du chapelet; à l'examen de conscience le soir; à la méditation ou du moins à la lecture de quelques vérités éternelles le matin ; à l'art de trafiquer pour le ciel parla pureté d'intention, renouvelée souvent pendant la journée; à la mortification nonseulement dans les choses défendues, mais encore dans les choses permises; à la manière de sanctifier par quelques bonnes pratiques les fêtes de Notrc-Seigneur, de la sainte Vierge et des saints, un tel père ne sera-t-il pas pour ses enfants et ses domestiques un grand principe de sanctification? Sa famille ne profitera pas seule de ses exemples et do ses leçons : instruites et formées à une si bonne école, ses filles on porteront l'heureuse influence dans les familles de leurs époux. Souvenez-vous qu'en cultivant et en conduisant à la perfection quelques pénitents, ce n'est pas seulement leur bien que vous procurez, c'est celui d'un grand nombre d'autres.

Maispoury réussir, quelle méthode, quels moyens devez-vous employer? Vous le verrez ci-après. C'est pour vous l'apprendre que Scaramelll a composé son Directoire ascétique, dans lequel, à une théorie savante et solide, se trouvent joints des avis pratiques pour le directeur.

15, (B. LÉONARD, n» 15.) — Ils sont donc bien blâmables les confesseurs qui, par des brusqueries et des reproches déplacés, effarouchent les pauvres pénitents. Leur conduite m'étonne; car c'est avec un esprit calme, un visage serein et des manières pleines de douceur qu'on doit les accueillir, afin de leur persuader qu'on fait tout pour leur bien. Éclairez leur esprit de manière qu'ils écoutent volontiers vos leçons et s'y conforment d'eux-mêmes; dites-leur : « Mon fils, voilà déjà bien des années que vous croupissez dans la fange; jamais vous n'avez donné aucun signe d'amendement, puisque vous avez presque toujours porté aux pieds de vos confesseurs le même nombre de péchés ; preuve certaine que jusqu'ici vous n'avez eu ni une vraie douleur ni un ferme propos; il est donc bien à craindre que vos confessions ne soient toutes nulles ou sacrilèges : voulez-vous toujours vivre ainsi en danger évident de votre salut éternel? Pour votre bien, afin que vous vous excitiez mieux à une sincère contrition qui soit le commencement d'une véritable conversion, je vous exhorte, je a^ous prie, je vous coU'

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jure, par tout l'amour que vous portez à votre âme, (le vous éprouver pendant quelques jours en vous faisant violence à vous -môme. Faites quelque petite pénitence : récitez chaque jour un chapelet, et matin et soir trois Ave Maria à l'honneur de l'Immaculée conception, avec un acte de contrition. Le matin faites un ferme propos de ne pas pécher pendant le jour, et le soir de ne pas pécher pendant la nuit. Pensez chaque jour pendant quelques moments à la mort, ou à l'enfer, ou à l'éternité; surtout lorsque vous serez assailli de quelque tentation, dites sur-lechamp : Mon Jésus, miséricorde, ou quelque autre oraison jaculatoire, pour appeler Dieu à votre secours, et vous en recueillerez un fruit merveilleux.— Mais, mon père, si pendant ce temps-là je venais à mourir? — Ah! voilà ce qui doit au{]menter votre componction, puisque, dans l'état douteux où vous êtes, il serait bien à craindre que, malgré toutes mes absolutions, vous ne fussiez damné, tandis qu'en faisant un acte de contrition avec un ferme propos de vraiment vous corrijjer, et de venir recevoir l'absolution au jour indiqué, fussiez- vous surpris par la mort, il y a tout lieu d'espérer que vous seriez sauvé. Prenez donc coura{îo, mon fils; n'en doutez pas, soyez bien sur que jo vous traiterai en père, que jo ne vous gronderai pas, que je vous consolerai, et j'ai la confiance que vous me remercierez dans ce monde et dans l'auiKe. » L'expérience prouve

que les pénitents traités avec cette tendre charité se soumettent de bon cœur au délai de l'absolution, et qu'ils en retirent de grands fruits. Je ne prétends pas qu'ils déracinent tout d'un coup une habitude invétérée, mais qu'ils se fassent, comme ils le doivent, quelque violence pour la déraciner. Si pendant l'intervalle ils retombent quelques fois de moins que de coutume, donnez-leur l'absolution; car ces chutes proviennent plutôt de fragilité que de malice. Ce peu de résistance vous assure que ade^f spes emendalionis . Voilà une conduite pleine de prudence, également éloignée de celle des théologiens qui, sous prétexte de douceur, relâchent le zèle sacerdotal, et de ces opinions trop rigoureuses qui rendent amèrela charité même. Adoptez-la donc et adoptez-la de boa cœur. Formons entre nous celte sainte ligue dont les peuples doivent retirer les plus précieux avantages. Les pénitents eux-mêmes vous paieront un tribut de reconnaissance, en vous souhaitant mille et mille bénédictions. Combien de fois ne m'ont-ils pas dit : « 0 mon père, si, dès le commencement de mon mal, j'avais trouvé un confesseur charitable qui m'eût différé l'absolution pour quelques jours, et qui m'eût traité avec la même charité dont vous avez fait usage envers moi, je. ne serais point dans ce misérable état, je n'aurais pas commis tant de péchés. » Et en parlant ainsi, des larmes de consolation inondaient leur visage. Mar-

chons donc dans cette voie battue par les saints, et soyons assurés qu'unis par les mêmes principes, et bien pourvus de ce pain de la vraie prudence, nous remplirons le paradis d'un grand nombre d'âmes. Qu'ils prennent bien garde, les confesseurs qui tiennent une conduite toute différente; qu'ils craignent, qu'ils tremblent que par leur faute une foule d'àmes n'aille peupler les abîmes éternels I

16. (B. LiGUOUi, n» 2-5.] — Ainsi, pour remplir Avani i» le devoir d'un bon père, le confesseur doit Hre sion.' rempli de charité. Or, je vous l'ai dit, il doit montrer cette charité : 1° en recevant tous les pénitents quels qu'ils soient, les pauvres, les ignorants, les pécheurs. Plusieurs ne veulent confesser que les ûmes pieuses ou quelques personnes de distinction, qu'ils .n'oseraient refuser; mais s'il se présente un pauvre pécheur, ils i'écoutent de mauvaise grâce et le renvoient avec dureté. De là, qu'arrive-t-il ? c'est que ce malheureux, qui s'est fait la plus grande violence pour venir se confesser, se voyant si mal reçu et si durement repoussé, prend l^ sacrement en haine, s'effraie de la confession ; puis, désespérant de trouver qui l'aide et qui l'absolve, il s'abandonne à tous les désordres d'une mauvaise vie et finit par le désespoir. Telle n'est pas la conduite des bons confesseurs. S'il se présente quelque pécheur de ce caractère, ils l'accueillent avec la plus grande bonté ; ils sont au comble de la joie^ quaiîi vie-

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tor capta prœda, de se trouver dans le cas d'arracher une âme au démon. Ils savent <iu'à proprement parler, le sacrement de la réconciliation .n'est pas institué pour les âmes pieuses, mais pour les pécheurs; puisque, pour être remises, les fautes légères n'exigent pas l'absolution sacramentelle. Ils savent que Notre - Seigneur lui-même a dit : .Von veni^vocare justos, sed peccatores '. Aussi, prenant dos entrailles de miséricorde, suivant l'exhortation de l'Apôtre, ils montrent d'autant plus de charité que cette âme est plus enfoncée dans la fange du vice, afin de l'attirer à Dieu. Courage, lui disent - ils, soyez sans crain'e, faites une bonne confession. Dites tout sans vous gêner, n'ayez honte dp rien. Peu importe que vous ne soyez pas bien examiné, il suffit que vous répondiez à ce que je vous demanderai. Remerciez le bon Dieu de vous avoir attendu jusqu'à ce jour. Voici le moment de changer de vie. N'en doutez pas. Dieu vous pardonnera certainement, si vous avez de bonnes intentions. Il ne vous a si longtemps attendu que pour vou; pardonner : dites avec courage et confiance.

Pendant ^^* — Pendant la confession, le confesseur doit la con- user d'une charité plus grande encore. Il faut, pour cela, qu'il se garde bien de montrer ni impatience, ni ennui, ni étonnement des fautes que le pénitent confesse. Toutefois, s'il était si insen-

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sible et si effronté qu'il déclarât ui\graiid nombre de péchés graves sans témoigner ni horreur ni regret, il conviendrait de lui en faire remarquer la multitude et l'énormité. Dans ce cas, la correction est nécessaire pour lo réveiller de sa mortelle léthargie. Il est bien vrai, comme le disent les docteurs, que le confesseur doit s'abstenir de faire la correction pendant le cours de la confession, de peur que le pénitent effrayé ne cache le reste de ses fautes; mais cette règle n'est pas sans exception. En effet, il convient quelquefois de ne point passer outre et de faire sur-lccliamp la réprimande, par exemple, lorsque le pénitent se confesse de certain péché plus énorme ou qu'il commet d'habitude. Cette conduite a pour but de lui faire sentir la grièveté du mal, mais sans rai{;rir ni l'effrayer. Ainsi, qu'après lui avoir fait les remontrances nécessaires, le confesseur s'empresse de l'encourager à dire le reste de ses fautes : Courage ! n'est-il pas vrai qve vous voulez renoncer à ce maudit péché? Oui; ayez confiance, dites tout maintenant, ne laissez rien sur votre conscience. Voudriez-vous faire un sacrilège ? Ah! ce serait un péché plus grand que tous ceux que vous avez commis. Dites tout avec courage, faites une bonne confession , et Dieu vous pardonnera.

18. — C'est à la lin do la confession que le Aiafm confesseur doit redoubler de zèle pour faire con- '''"'•V'"naître au pénitent la grandeur et la multitude de I. 2

ses fautes, ainsi que le misérable état de damnation où il se trouve; mais toujours avec charité. Il peut alors se servir d'expressions plus fortes, pour le faire rentrer en lui-même. Il doit bien lui laisser voir que toutes ses paroles sont dictées non par l'indignation, mais par la compassion et la charité. lUui dira, par exemple : «i Mon fils, vous le voyez, n'est-ce pas là la vie d'un réprouvé? Dites-moi, quel mal vous a fait Jésus- Christ pour le traiter de la sorte? S'il avait été votre plus mortel ennemi, auriez-vous pu le traiter plus mal? un Dieu qui est mort pour vous 1 Ah ! si vous fussiez mort à ce moment, cette nuit, où seriez-vous allé? où seriez-vous maintenant? En enfer pour toujours. Que vous revient-il de tous ces péchés que vous avez commis? un enfer dans le cœur et un enfer pendant l'éternité. Courage, mon fils ! il est temps d'en finir, donnez-vous à Dieu, c'est assez l'avoir offensé. Je vous aiderai de tout mon pouvoir; venez me trouver toutes les fois que vous le voudrez. Travaillez maintenant à devenir un saint et soyez heureux. Ah ! qu'il est doux d'être dans la grâce de Dieu ! » La méthode particulière de saint François de Sales pour attirer le pécheur à Dieu, était de lui faire comprendre le bonheur de ceux qui vivent dans la grâce, et le malheur de ceux qui vivent dans l'éloignement de Dieu. Ces exhortations finies, le confesseur aidera le pénitent à former l'acte de contrition, et, s'il est disposé, il î'absou-

dra, en lui donnant les moyens de se corriger : nous les indiquerons à l'article suivant. Oue s'il no peut l'absoudre, ou s'il juge à propos de lui différer l'absolution, il lui fixera le temps auquel il doit revenir, en lui disant : « Je vous attends tel jour, ne manquez pas de venir : ayez bon courage, comme je vous ai dit; recommandez-vous à la sainte Vierge, et venez me trouver. Si je suis au confessionnal, approchez, je vous ferai passer; si je n'y suis pas, faites-moi appeler, je quitterai tout pour vous entendre. » C'est avec cette douceur que vous devez le renvoyer. Traiter les pécheurs avec charité, est l'unique moyen de les sauver. Car, s'ils rencontrent un confesseur austère qui, loin de les encourager, les traite avec dureté, ils prennent en haine la confession, abandonnent les sacrements, et les voilà perdus.

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