‹ Manuel des confesseurs (volume 3)Chapitre 63 sur 78 · BLVMKf · texte numérisé non relu

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non œstimant possihilitatem WouIqz-woixs éviter les deux écueils, ne faites consister ni la sainteté ni la justesse de votre morale à ôter ou à multiplier les coinmandements,mais à procurer l'observation de ceux qui sont certains. Quant à ceux qui sont douteux, ne vous contentez pas d'une faible probabilité pour en dispenser ; mais fiilelle solide et grave, ne vous faites pas pour cela le protecteur des opinions bénignes : ou prenez un terme moyen, ou gardez le silence et laisse/, dans la bonne foi, ou permettez l'opinion bénigne si l'avantage spirituel du pénitent le demande. Je vous l'ai déjà dit, n°' 64 et suivants. Je viens maintenant à votre qualité de juge au tribunal de la pénitence. Pour commencer par les rigoristes, ne vous laissez pas séduire par les maximes sur lesquelles ils fondent leur manière d'administrer ce sacrement. Me/tw^ est, disent-ils, quod œger pereat vi tnorbi, quam vi medicinœ. Celte maxime est vraie, mais celle-ci est plus vraie, et plus utile encore : Ne œger pereat vi morhi, scire aptare medicinam, qiia convalescat ; et je vous en ai montré la manière par la discrétion, la charité, l'habileté réunies. Avec ces qualités onconnaît, on met en œuvre les moyens les plus exacts et les plus prudents, pour bien disposer le pénitent et l'absoudre avec fruit. Le rigoriste qui ne les voit pas, qui ne les met pas en œuvre, s'écrie : Allez, je ne puis vous absoudre ; mais s'il les connaissait, s'il ' Comment, in ps. 118, scrm. 5, vers. 6.

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voulait en faire usage, il dirait comme nous : Vous êtes maintenant disposé et je vous absous. IS'ous ne voulons pas, disent quelques autres, charger directement notre conscience par des décisions trop larges, et des absolution'^ suspectes de nullité. Très-bien ; mais ne chargez pas non plus indirectement votre conscience par les péchés qu'occasionne le rigorisme. ïls ne sont pas toujours un effet de la pure malice du pénitent ; bien souvent ils proviennent aussi de l'impéritie et du peu de charité du confesseur. Evitez l'un et l'autre, c'est la meilleure, que dis-je ? c'est la seule conduite que vous puissiez tenir. Il faut, disentils, faire sentir au pécheur la grii'veté de ses péchés; cela est vrai, mais de manière à l'humilier et non à le désespérer ; unissez donc la crainte à l'espérance.

107. — Beaucoup vous donneront pour règle, objecontre deux opinions également probables, de tou- reJla^es jours prescrire la plus sûre, parce que la voie du ciel est étroite, et qu'Alexandre VII, dans le décret par lequel il condamne vingt-huit propositions, déplore et déteste la nouvelle manière de penser, qui énerve la discipline et corrompt les mœurs, l'our ne pas prendre le change, observez que ce qui rend surtout étroite la voie du ciel, ce qui l'a toujours rendue telle avarM «nême qu'il fût question du probabilisme, ce sont des préceptes Clairs et certains. En effet, opposés et onéreux à toutes les passions humaines ils exigent qu'on

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se fasse une grande violence pour les observer, comme de garder la chasteté, pardonner les injures, restituer le bien d'autrui, quitter les occasions prochaines, et autres choses semblables. Or, certainement on élargirait, au mépris des oracles évangéliques, le chemin du ciel, si on affaiblissait ces commandements. Le relâchement s'introduirait dans les mœurs chrétiennes, si dans les questions douteuses qui se présentent en foule dans la morale, quelqu'un se contentait d'une faible probabilité en sa faveur, pour se dispenser de lois dont l'existence est incertaine. Mais que les mœurs se relâchent, que la voie du ciel s'élargisse, lorsque l'opinion bénigne est fondée sur des raisons solides et dignes d' un homme prudent, c'est ce que n'ont pas cru les cent quatrevingt-neuf auteurs qui jusqu'à 1667 ont soutenu comme licite l'usage du probabilisme, ni tant d'autres théologiens qui depuis cette époque jusqu'à nos jours ont défendu et défendent encore le même système. Je vous en ai parlé au n° 7. C'est encore ce que l'Église, quoique bien informée et pressée de parler, n'a jamais décidé. Quant au pape Alexandre VII, certainement il ne fait pas allusion au probabilisme dans son décret, puisque, comme nous l'avons dit, n° 83, la plupart des propositions qu'il y condamne étaient enseignées par deux anti-probabilistes déclarés, tellement éloignés de faire usage dans leurs décisions des principes du probabilisme qu'ils se ré-

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{{laient d'après les principes contraires, et qui néanmoins eurent le malheur de les mal appliquer aux cas particuliers, et de donner dans le relAchement. Enfin, la nouvelle manière de penser, réprouvée par le pontife, n'est autre chose que le peu de bon sens et le mauvais discernement par lequel on juge solides et graves des raisons vaines ei légères, forcées et sophistiques, d'après lesquelles on donne comme probable et même comme plus probable ce qui n'est pas tel. Il est donc de fait que jusqu'ici l'Église a gardé le silence, et qu'un nombre immense d'auteurs respectables nient qu'on élargisse le chemin du ciel par l'usage du probabilisme prudent et bien entendu. Il reste à voir maintenant si du moins il est plus utile au bien des âmes de les obliger toujours au plus probable. Or, pour cela, rappelez-vous les témoignages de l'expérience et les raisons citées aux n°' 59 et 60; relisez le sentiment des souverains pontifes Honorius et Benoît XIV, l'avertissement de saint Ambroise, et lesconseilsquele trente-sixième synode de Milan donne aux confesseurs. Enfin, admettant qu'il n'appartient pas aux confesseurs particuliers de donner comme une règle généralement utile et obligatoire, de suivre les opinions plus sévères, tenez-vous-en à l'un des trois moyens indiqués plus haut.

108. — D'autres vous diront, pour se justifier St'uc, de n'accorder l'absolution aux pénitents qu'après

de très-longues épreuves, qu'à la vérité Dieu peut en un moment convertir le pécheur, mais qu'en général il n'en use pas ainsi ; qu'au contraire, l'ordre accoutumé de la Providence est que la grâce n'opère que par degrés la conversion du cœur. En effet, ajoutent-ils, voyez comment Dieu différa pendant quatre mille ans la conversion du monde; combien peu de personnes Jésus-Christ convertit avant sa mort ; comment enfin, dans le temps des pénitences publiques, l'Église différait pendant sept et dix ans l'absolution aux pénitents publics, quelquefois même ne la leur accordait qu'à la fin d'une vie passée dans les monastères. Mais comment ceux qui raisonnent ainsi ne voient-ils pas qu'ils confondent une foule de choses très-différentes? qu'ils exposent le pécheur ou à tomber dans la défiance excessive, ou à rejeter en grande partie sur la grâce de Dieu le retard de sa conversion ? Si, par conversion, vous entendez non-seulement ce qui est nécessaire pour obtenir la remise de la coulpe et de la peine éternelle, mais encore de toute peine temporelle; non-seulement la diminution des mauvaises habitudes, mais encore leur destruction totale et même la formation d'habitudes bonnes et vertueuses, il est certain, en ce sens, que la grâce n'opère que très-lentement ; qu'alors il ne suffit ni de huit jours d'exercice, ni de plusieurs mois, ni d'années entières ; que bien souvent la plupart des pécheurs, et même des

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bons, meurent avant que cette conversion soit assez parfaite pour les délivrer entièrement du purgatoire. Or, ce retard ne vient nullement de l'économie actuelle de la Providence dans la distribution des grâces; il vient bien plutôt delà résistance ou du peu de correspondance des âmes même les plus justes aux secours de Dieu. Mais si par conversion vous entendez, comme vous devez le faire ici, ce qui est nécessaire à la seule justification du pécheur dans le sacrement de pénitence, il est absolument faux que la grâce n'opère dans le cœur qui y correspond que par des progrès aussi lents et aussi longs qu'on le prétend. Pour obtenir celte justification, il n'est nullement nécessaire que la satisfaction des fautes précède. Cela résulte des 16^, 17« et 18« propositions condamnées par Alexandre VIII en

109. — Dans sa quatorzième session le saint Parie concile de Trente nous instruit de ce qui concerne "^^ je' le sacrement de pénitence ; puis, au chapitre iv^, Trente. il explique les dispositions nécessaires et suffisantes pour obtenir la justification par le moyen de ce sacrement. 11 nous dit qu'il faut une contrition qui animidolor, acdetestatioest depeccato ■commisso, cum proposilo non peccandi de cœtero. 11 suffit d'avoir cette contrition qui renferme, non solum cessationem apeccato, et novœ vitœ propositum et inchoationem, sed veteris etiam odinm. Or, pour former cet acte efficace

et sincère de la volonté qui se repent et déteste le péché avec la résolution de ne plus le commettre, ce n'est pas assez, sans doute, d'un seul instant. 11 faut quelque temps pour prier, pour méditer les motifs de contrition et pour s'y exciter; mais tout cela n'exige ni des années, ni des mois. On conseillera bien à un habitudinaire et à un récidif de faire précéder sa confession des exercices spirituels de huit jours, mais on ne dira pas que c'est un moyen obligatoire et de nécessité générale pour tous, et pour chaque fois qu'ils veulent se convertir et se confesser. On exige bien, pour parler avec saint Charles, que le récidif montre gue/gue amendement, ainsi que nous l'expliquerons au n» 339, ou, pour employer les propres termes du concile de Trente, inchoationem vilœ novœ ; mais dans le cours ordinaire de la Providence, ce commencement de vie nouvelle s'obtient dans un temps très-modéré. Telle est même la différence que la bonté divine a mise entre ce qui est nécessaire à la justification du pécheur, et ce qui tient à sa perfection ; entre ce qui est utile, mais non pas absolument nécessaire au salut: elle a voulu que le premier coûtât bien moins de temps que le second, afin que le salut et la conversion fussent toujours possibles à tous et que le délai n'en fût point imputable à Dieu, mais à l'homme. Par 110. — D'ailleurs, c'est en vain qu'on allègue

l'examen .

des faits. Ics cxcmplcs ciics plus haut. 11 est vrai que c est

après plus de quatre mille ans que le Rédempteur est venu , qu'il a fondé un culte, établi un sacrifice et des sacrements nouveaux, et converti le monde à l'Évangile. Mais si cet exemple est concluant, quel homme peut espérer de se convertir dans l'espace de soixante-dix ou quatre-vingts années de vie, s'il n'a suffi pour la conversion du monde ni de deux ni de trois mille ans, et s'il en a fallu plus de quatre mille? Comment ne pas voir la méprise dans laquelle tombe ici le rigoriste? Les hommes n'employèrent pas ces quatre mille ans à commencer et à continuer peu à peu leur conversion; conversion qui n'aurait été achevée qu'après quatre mille ans par la venue du Messie. Loin de là ; la plupart des hommes employèrcntce temps à faire tout ce qui était opposé à leur conversion, c'est-à-dire à continuer leur idolâtrie, leurs incontinences, et tous les genres de désordres. A ce compte-là, cent mille années ne suffiraient pas à former dans de pareils hommes, toujours adonnés au péché, môme un commencement de conversion. Mais ici nous parlons d'un pécheur qui veut se confesser, d'un pécheur qui cesse do pécher, et qui se dispose aériousemeni à mener une vie nouvelle. Or, comme ce grand nombre de justes et do saints morts avant la venue du Messie n'ont rien perdu, pour leur salut, de n'avoir pas vu la fin des quatre raille ans : de mémo aujourd'hui il ne faut pas longtemps, suivant le cours ordinaire de la grâce, pour éire parfaitement ab-

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SOUS et justifié. 11 faut en dire autant dus trois annéesde la prédication de Noire-Seigneur : pour tous ceux qui voulurent l'écouter, renoncer à leurs vices et s'en repentir, il fallut peu de temps ; pour ceux qui ne voulurent ni l'entendre, ni profiter de sa prédication, les trois années ne suffirent pas. Mais si les progrès de la grâce furent si lents qu'il fallutdes années entières pour convertir les Juifs, ce fut leur faute, et non le fait du Sauveur. Par la 1 1 1 • — Enfin, lorsquc l'Eglise différait l'abso- ^'*"de'** ''^^ion aux pécheurs publics pendant sept et même TEsiise. dis ans, elle ne croyait pas que cela fût nécessaire à leur contrition ni à leur juslificatioa : c'était pour la rémission con:;plète même de la peine temporelle due au P'iché, c'était surtout pour empêcher, par lar'igueur des pénitences canoniques, las nouvea.'ax fidèles de déshonorer, aux yeux des païens /la sainteté de la religion par des scanda- ^^^ publics; c'était enfin pour obtenir une satisfaction extérieure de celui qui l'avait outragée par des péchés énormes, tels que l'homicide, l'adultère, l'apostasie, lorsque de semblables crimes étaient devenus de notoriété publique. Mais cette absolution qu'on différait jusqu'à la fin de la pénitence canonique, n'était pas l'absolution sacramentelle; c'était l'absolution que l'Eglise donnait extérieurement et en public, comme le prouvent les différences essentielles entre l' une et l'autre. En effet, l** d'après l'institutiondivine, l'absolution sacramentelle est nécessaire pour tout péché grave,

quoiqu'il ne soit pas des plus graves, et quoiqu'il soit secret : l'absolution canonique et ecclésiastique n'était que pour les péchés très-graves, tels en particulier que les trois dont nous avons parlé, et cela seulement lorsqu'ils étaient publics. 2° L'absolution sacramentelle est nécessaire autant de fois qu'on retombe et qu'on veut obtenir la justificationdansle sacrement de pénitence: la canonique ne se donnait qu'une fois pendant la vie aux pécheurs publics. 3" Elle ne se donnait que par les évéques ou leurs délégués, qui, dans les cas'de nécessité, n'étaient quelquefois que do simples diacres, comme nous le voyons dans la treizième lettre de saint l'yprien. L'absolution sacramentelle, au contraire, ne peut, même dans le cas de nécessité, être donnée par un diacre : c'est une fonction propre à tout prêtre approuvé, c'est-à-dire non-seulement aux évêques, mais à leurs délégués. 4° La première ne s'accordait qu'à la fin de la pénitence, la seconde avant que la pénitence fût accomplie, et Alexandre Vlll a condamné ceux qui disent que (et usage est contraire à l'institution de Jésus-Christ. 5" Même sous l'ancienne discipline on donnait l'absolution sacramentelle et secrète aux pécheurs publics, bien avant qu'ils eussent achevé la pénitence publique. Bien qu'on ne leur permît pas de se présenter à la sainte table au gré de leurs désirs, toutefois pendant le temps de la pénitence on leur permettait, on leur commandait même de se

présenter de temps en temps à la communion. Nous en trouvons la preuve dans les décrets des papes rapportés par Y von ' et par Burchard ^. Le quatrième concile de Carthage, canon 58, dit que les pénitents qui auront reçu le viatique pendant la maladie ne doivent point se croire absous sans l'imposition des mains. Si donc l'eucharistie précédait l'absolution, cette absolution n'était pas sacramentelle ; pour celle-ci comme pour la communion, l'Église n'exigeait les années et les œuvres pénibles de la pénitence canonique, ni comme moyens nécessaires d'obtenir une véritable contrition, ni comme signes nécessaires pour en manifester la sincérité au confesseur, et lui permettre d'absoudre le pénitent au for intérieur. L.1 112. — Une partie des confessions des fidèles,

des"con'- continuc quelqu'un des rigoristes, sont invalides fessions OU sacriléges;donc, la rareté des confessions n'est invaiifies/'«* WH mul, OU Certainement c'est un moindre "". mal que leur fréquence. Mais celui qui parle de léges? la sorte des confessions d' autrui, que pense-t-il, je voudrais le savoir, des siennes propres ? Les croit-il valides et utiles? S'il en est ainsi, pourquoi se montre-t-il si facile à croire ses confessions bonnes, et mauvaises celles des autres? Dieu change-t-il pour lui par hasard les lois et les dispositions pour se bien confesser, ou bien est-il plus prodigue de ses grâces avec lui qu'a-

' Part. 2, c. 29 * Lib. 5, cap. 19

vec les autres, ou enfin est-il plus fidèle que les autres à y correspondre? Mais les lois sont pour tous, même pour lui ; Dieu ne restreint point à lui sa libéralité. Des autres il ne doit pas juger mal, puisqu'il juge si bien de lui-même; autrement quel tort aura le Pharisien admirateur de lui-même et contempteur du Publicain? Si donc les siennes sont utiles et bonnes, de quel droit condamne-t-il celles de son prochain ? Que s'il regarde ses confessions comme inutiles et sacrilèges, il a déjà [^commencé ou il commencera bientôt à les abandonner, et à les abandonner non par faiblesse, mais par système et par principe; mais système et principe qui font plus de mal à lui, aux fidèles et à l'Église, que s'il disait comme un hérétique déclaré : Laissez la confession, car ce n'est pas tin sacrement; ou comme un impie jnanifeste : C'est un sacrement, mais laissez-le pour vivre en liberté. Dans un pareil langage le poison se montrerait à découvert, il ne donnerait la mort ni aux pénitents, ni aux confesseurs, et on ferait justice de ceux qui l'auraient répandu. Lorsqu'au contraire c'est un confesseur catholique qui vous dit : // vaut mieux ne pas se confesser; se confesser et faire des nullités et des sacrilèges, c'est presque toujours la même chose; se confesser avec les dispositions requises est une chose extrêmement rare, il semble que c'est un saint qui vous parle, un saint bien différent de l'hérétique qui nie, et de l'impie qui méprise la

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confession. Hélas ! cependant c'est un homme trompé ou trompeur, qui, sous l'apparence de la morale la plus saine, décourage et les pénitents et les confesseurs. Conduits à l'abandon du sacrement par un principe qui lui semble vrai et saint, les voilà pour jamais sans remords et sans espérance de retour. (Jr, peut-il y avoir une pensée plus perfide, plus évidemment fausse et contraire à l'esprit de Jésus-Christ et de l'Église, et au bien des fidèles ? Quand même il serait vrai que la plupart des confessions fussent mauvaises, un prêtre éclairé devrait -il pour le salut des âmes en tirer cette conséquence : Donc la rareté des confessions n'est pas un mal? Ne devrait-il pas dire, au contraire : Donc il faut ranimer le zèle des pénitents, et mettre un frein au relâchement et au rigorisme des confesseurs , pour éviter et la rareté et la nullité des confessions ; car la nullité est un grand mal, mais la rareté des confessions est aussi un grand mal. Oh ! cette conséquence -là est vraie, utile, conforme à l'esprit de Jésus-Christ et de l'Église ! Cette pratique fréquente des sacrements rendra progressivement meilleure chaque confession ; tandis qu'au contraire nul ne court plus de danger de commettre des sacrilèges que celui qui se confesse rarement.

Disiinc- 113. — D'ailleurs, prétendre que la plupart des confessions sont nulles et sacrilèges, c'est d'abord un outrage fait à tant d'âmes pieuses qui

tion importante

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apportent les plus grands soins à la réceptioa des sacrements, et qui en retirent de grands avantages. De plus, en restreignant la question aux confessions des grands pécheurs, il faut faire une distinction : si elles sont faites à des confesseurs charitables, expérimentés, exacts et discrets, je le nie; que si les confesseurs manquent de quelqu'une de ces qualités sans lesquelles on ne remédie ni à l'ijînorance, ni à la malice, ni à la négligence qu'un grand nombre de pénitents apportent à se préparer, je l'accorde. 11 en est des maladies de l'ûme comme de celles du corps. Supposez qu'il y eût un grand nombre de malades dans une ville, et que les médecins y fussent ignorants, ou négligents, ou indiscrets ; il n'est pas douteux que le plus grand nombre des malades n-ourraient, celui-ci pour avoir été mal soigné, celui-là pour n'avoir pas même appelé ce médecin si imprudent dans les remèdes, dans les diètes, et dans les opérations qu'il prescrit comme nécessaires, tandis que d'habiles médi-cins guérissent sans recourir à tout cela ; mais si les médecins sont soigneux, savants et discrets, la plupart seront guéris. De même dans les maladies spirituelles dont le remède, bien différent des remèdes corporels, est par lui-même efficace, infaillible et sûr de son effet, si les confesseurs sont habiles, les malades, même les plus mauvais, c'est-à-dire les pécheurs, se guériront tous, du moins la plupart. Qu'il en soii ainsi, j'en app«'llo aux confes-

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seurs revêtus des qualités indiquées plus haut. Ils diront, à la vérité, que ce ministère leur coûte bien des fatigues, mais que Dieu bénissant leurs efforts, ils ont obtenu les succès suivants : 1° la conversion d'un bon nombre de pécheurs qui vivaient dans de mauvaises habitudes; 2° la persévérance dans le bien de tous ceux qui déjà pratiquaient la vertu, et de la plupart de ceux qu'ils ontconvertis; avec d'autres ils ont obtenu qu'ils ne devinssent pas plus méchants, et qu'ils fissent du moins quelque trêve avec Dieu ; 3 ' ceux qu'ils ont convertis ont sanctifié leur famille, et déterminé à se confesser et à se convertir leurs anciens compagnons qui , à leur tour, en ont ramené d'autres. De là un grand nombre d'âmes sauvées, bien des offenses expiées, et une grande gloire procurée au Seigneur. Tels sont les fruits qu'opèrent les bons confesseurs. Et maintenant, que les rigoristes montrent, s'ils le peuvent, de pareils résultats de leur rigorisme; s'ils ne le peuvent, qu'ils changent donc de morale, ou du n^oins qu'ils ne blâment pas celle dont les heureux effets prouvent infailliblement qu'elle est la plus utile et la plus saine, suivant cette parole de l'Evangile : A fructibus eorum cognoscetis eos. Que si objectant à quelqu'un les exemples des saints, tels que saint François de Sales, saint Philippe de Néri, etc., qui furent des confesseurs infatigables et discrets, vous l'entendiez mépriser leur morale comme relâchée, contentez-vous de

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lui répondre que vous aimez mieux le relâchement de ces saints, qui a tout à la fois sanctifié ces {grands hommes par rcxercice de la plus patiente charité, et converti et sanctifié une foule de pénitents; que l'intégrité de sa morale, si commode pour épargner la peine du confesseur, si inutile, et même si nuisible à la persévérance des bons et à la conversion des méchants. Je vous l'ai fait voir ci-dessus, n"' 98-100.

11'»-. — Mais ce que j'ai dit jusqu'ici pour dé- ^'alls^es

... . 1 , . maximes

tromper les rigoristes, qui, avec de bonnes inlen- jes lions, manquent de bonheur et de prudence dans '^'^•''"■ Jeur conduite avec les pénitents, ne doit pas étro un sujet de triomphe pour leurs adversaires, les relAchés. Eh ! quoi plus misérable sujet de louange que de ne pouvoir être loué que par comparaison avec ceux qui n'en méritent aucune ! La présomption peut-elle se soustraire au blâme qu'elle mérite, parce qu'en la comparant au vice contraire, le désespoir, on dit qu'elle est moins funeste dans ses conséquences? Cesse-t-elle pour cela d'être par elle-même un vice très-détestable et très-dangereux? Que le^ relâchés ne tirent donc pas vanité de leur comparaison avec les rigoristes, puisqu'eux-ménies font un mal incalculable. Je vous en ai parlé, surtout au n°7f,où je les considère comme docteurs ; au n" 96, où, me résumant, je vous ai montré combien leur conduite fait de tort aux pénitents. Je vous en parlerai encore au n'' 19? et suivants, où je les

considère comme juges. On peut môme dire « que les relâchés sont originairement la cause de tous les excès des rigoristes. » Les indignes condescendances des premiers ont excité le zèle des seconds. Ils ont voulu arrêter les maux dont l'Église et les fidèles étaient les victimes, quoique, par une suite de la misère humaine, plusieurs se soient tellement éloignés du relâchement, qu'ils sont allés se briser contre le perfide écueil du rigorisme. Vous donc qui exercez l'important ministère de confesseur, efforcez-vous d'éviter les deux extrêmes, afin de ne seconder, ni d'une façon ni do l'autre, les vues du démon, et de rester un ministre fidèle à Dieu et utile au prochain.

^' !ui." "^ 115. — Ne vous laissez pas séduire par les ohjec- fausses maximes que les relâchés mettent en

j.iàrhés. avant pour vous détourner de l'exactitude que vous devez avoir comme docteur et comme juge. Ils vous diront qu'il faut avoir de la charité : que Dieu est bon; que le péché matériel ne rend pas coupable celui qui est de bonne foi; que pour prévenir une confession invalide et sacrilège qui peut avoir lieu, il ne faut pas en empêcher cent autres qui sont bonnes et valides. Il est très-vrai qu'il faut avoir de la charité ; mais cette charité doit consister, comme je vous l'ai dit, à recevoir les pénitents avec bonté, les supporter avec patience, les aider avec zèle et habileté à se bien disposer, afin de les rendre justes et parfaits. Loin de vous cette charité qui se met peu en

peine des précautions pour décider comme docteurs, de l'exactitude de juge pour apprécier les fautes et les dis[)Ositions du pénitent, et de Ihabileté de médecin pour appliquer les remèdes convenables. Ainsi charité, non d'esclave, mais de père; non de pasteur mercenaire, mais de bon pasteur, telle, et non pas autre, que celle de Jésus- Christ, qui, tout en se dévouant aux plus grandes douleurs pour adoucir la voie du ciel, l'a déclarée étroite et épineuse. Il bannit toutes les rigueurs fausses et indiscrètes des Pharisiens, mais il ne retranche rien aux commandements de son Père, ni à cette pénitence véritable qu'il était venu prêcher. Ayez donc cette charité qui vous donne un vrai mérite devant Dieu, et qui procure le véritable avantage spirituel du pénitent; non celle qui, dans le fond, n'est que l'amour de votre propre commodité et une compassion insensée et fatale au pénitent. Ne le dispensez pas de ses devoirs pour vous soustraire à l'accomplissement des vôtres, comme docteur et comme juge. Adoucissez, mais n'ôtez pas l'amertume nécessaire à une sincère pénitence. 11 vous en coûtera; mais c'est à vous dévouer à toutes ces fatigues que consiste la vraie charité qui, comme je vous l'ai dit aux n°' 11 et i'2, est le meilleur préservatif contre le relâchement et le rigorisme, dont le propre est de pourvoir à la commodité personnelle du confesseur, et nullement au véritable bien du pénitent. Elle est encore le plus sûr

moyen d'éviter le ri{;orisme et le relâchement, soit en instruisant, soit en jugeant au sacré tribunal. Je crois que vous avez pu le reconnaître par la pratique que je vous ai enseignée jusqu'ici . Le relâché et le rigoriste ignorent ce moyen; non pas qu'il soit chimérique, mais parce qu'ils ne veulent pas le voir, afin de ne point ôter sa meilleure excuse à leur amour-propre. En effet, pour l'un et pour l'autre, presque nulle peine avec les pénitents; l'un s'en débarrasse bien vite en les absolvant mal; l'autre, en les renvoyant à tort. Voyez maintenant quelle doit être votre charité.

116. — Lieu est bon, dites-vous; et qui peut en douter? Mais sa bonté de père infiniment bon n'empêche pas ses droits de maître et de législateur parfait et suprême. En ministre fidèle servez-vous de sa bonté pour encourager les pusillanimes, et par l'espérance de son secours et de ses récompenses procurez un prompt et fidèle accomplissement de ses volontés tout à la fois justes, sages et parfaites. Ainsi, ne vous servez pas de la bonté de Dieu contre Dieu même pour déroger à ses lois par un indigne relâchement de doctrine, ne permettez pas non plus qu'on provoque sa justice par l'abus de sa miséricorde en ne commençant jamais sérieusement à se corriger.

117. — Le péché matériel, dites-vous encore, ne rend pas coupable celui qui le commet dans

la bonne foi; mais quand cela serait toujours vrai du pénitent, il n'en est pas de même du confesseur. Cerlainemcntil devient coupable, lui qui, étant obligé par devoir, et pouvant commodément empêcher le mal matériel, néglige de le faire. Que serait-ce s'il l'autorisait par son enseignement? C'est pour cela que l'Eglise s'est plusieurs fois armée d'un saint zèle contre les rehUliés, en condamnant si justement et si utilement un si grand nombre de leurs funestes propositions; d'un autre côté, combien n'est-il pas rare que le mal matériel soit entièrement excusable dans le pénitent? il le commet par une ignorance coupable, soit en négligeant de s'instruire de ses devoirs, soit en cherchant à dessoin un confesseur ignorant et relâché qui ne l'éclaire pas, soit en étouffant les premiers remords de sa conscience, qui l'avertit ou du moins qui lui donne des doutes en lui criant : Prenez garde, c'est peut-être un péché. Or, c'est à vous dempêcher avec discrétion le mal matériel, d'apporter à cela un zèle sincère, prudent et très-attentif à la contrition. Si le pénitent ne l'a pas, son ignorance peut bien l'excuser de péché, mais non suppléer au défaut do repentir ni empêcher la confession d'éire invalide.

118. — Sans doute on ne doit point em])êcher Suite, les bonnes confessions par le rigorisme, et j-^ ne saurais trop vous le recommander; mais, d'un autre cAté, qu'elles soient aussi souvent bonnes

que vous le dites, cl non pas invalides et sacrilèges, je ne vous l'accorde qu'à la condition que les confesseurs soient pourvus de trois qualités essentielles. Ce n'est pas sans raison que les saints et les ministres du Seigneur crient que l'enfer est rempli de chrétiens damnés pour leurs mauvaises confessions. Hélas î il n'est que trop vrai, l'ignorance, la négligence et la malice d'un grand nombre de chrétiens les empêchent d'apporter aux sacrements les dispositions convenables. C'est aux confesseurs de prévenir un si grand mal. Devoir essentiel que n'accomplissent ni le rigoriste ni le relâché; seul peut y réussir un père, un médecin, un juge tel que je l'ai dépeint jusqu'ici.

Moyens 119. — Le moycn donc d'obtenir de fréquentes d'obtenir ^^ jjonncs confcssions, c'est la discrétion en in- Lonnes tcrrogcant, en décidant, en portant des sentences ; fessions wiais ccttc discrétion vous coûtera une élude plus approfondie pour connaître et éviter les deux extrêmes, le rigorisme et le relâchement; elle vous coûtera plus de patience pour découvrir soigneusement les besoins du pénitent, et pour former en lui les dispositions convenables, soit pour lui donner l'absolution avec avantage, soit pour la lui différer avec précaution ; elle vous coûtera plus d'humilité, car le confesseur discret est en butte à la critique, non-seulement des partisans des deux extrêmes, mais encore, si je puis le dire, de ceux qui sont neutres. Ceux-ci auront sou-

vent des raisons apparentes de vous condamner. En effet, vous vous réglez, pour absoudre, sur les circonstances, soit extérieures, comme un besoin pressant d'absolution, soit intérieures, comme de découragement, d'affliction, de commencement de désespoir. Or, ces circonstances ou ne sont pas connues ou sont comptées pour rien; ainsi vous courrez risque qu'on parle mal de vous, en disant que vous laissez communier ceux dont les compagnons connaissent bien la secrète perversité, mais ne savent pas, ce qui est cependant vrai, que si vous ne leur avez pas refusé l'absolution, vous ne la leur avez donnée qu'avec précaution, après avoir mis tout en œuvre pour disposer le pénitent et former un jugement solide et prudent de la sincérité de ses dispositions. Vous le voyez, celte discrétion vous coûtera beaucoup plus que le relâchement et le rigorisme, si commodes pour la paresse qui n'aime ni l'étude, ni l'application soigneuse de la science; et pour la vanité, qui trouve son compte dans le relâchement parce qu'il présente une apparence de charité, et dans le rigorisme parce qu'il a toujours en sa faveur les beaux dehors du zèle pour la loi, de l'horreur pour le relâchement, et de la morale la plus saine et la plus sûre. Enfin, si la discrétion n'est pas critiquée, du moins n'est-elle pas applaudie. Son air en quelque sorte indifférent entre le relâchement et le rigorisme, entre l'amour de la loi et l'amour de la liberté humaine, n'offre rien

sainl Paul.

qui lui attire la réputation de saine doctrine, rien

qui la fasse estimer des hommes vulgaires. Il lui

arrive comme aux marchands qui vendent au

prix moyen, on ne les blâme pas comme ceux

qui vendent au prix fort, on ne les vante pas

non plus comme ceux qui vendent au prix faible.

Personne n'en parle.

Exhorta- 1 20. — Puisque celte discrétion est, d'une part,

'confes^ si difficile, et, de l'autre, si nécessaire, concluez

seurs ti- que^ pour être un bon confesseur, il faut avoir la

rée d'un , ,. . . i • • «

jexie de charilé d un père qui songe bien moms a procurer son avantage qu'à sauver à tout prix la vie de son fils; la charité d'un bon pasteur qui donne sa vie pour-ses brebis. Pour vous exhorter efficacement à acquérir cette charité, source de la discrétion, permettez-moi [de vous rappeler les paroles de saint Paul dans l'épître aux Galates'. Parlant de ceux qui sont tombés dans de grandes fautes, l'apôtre s'exprime en ces termes : Vos qui spirituales estis, hujusmodi instruite in spiritu lenitatis, considerans te Ipsum, ne et tu tenteris. Figurez-vous^donc, vous confesseur rigide, que vous avez eu le malheur de tomber dans un péché mortel et que vous vous trouvez dans un pays dont tous les confesseurs sont rigoristes, soit en {interrogeant, soit en décidant, en absolvant et ',en imposant'lafpénitence; ditesmoi quels seraient vos sentiments? Par respect pour l'état sacerdotal, je veux bien croire que ' Cap. 6.

VOUS surmonteriez toutes les difficultés pour rentrer en grâce avec Dieu. Cependant il n'est pas inutile de vous faire remarquer au moins tous les dangers que vous courriez. D'un côté, les remords de votre conscience, qui vous crie : Tu es dans l'inimitié de Dieu, tu peux mourir cette nuit et te damner, vous presseraient de vous confesser, car c'est le moyen nécessaire pour obtenir miséricorde; mais, d'un autre côté, quelle peine ! quelle répugnance ! lorsque vous seriez obligé de vous dire : A quelque prêtre que je m'adresse, ils soîit tous rigorislcs; qui sait comment je serai reçu ; s'ils me donneront l'absolution, quelle ohHgafio7i ils m' imposeront? Dans cet état, si, outre la crainte de leur rigorisme, le démon venait .encore augmenter par ses suggestions la honte que vous éprouvez à dire que vous êtes prêtre, et que néanmoins vous êtes tombé dans une faute si honteuse, combien ne serait-il pas à craindre que vous commençassiez à différer, et, en attendant, à perdre la force de faire aucun bien, puis à hésiter si vous vous abstiendrez ou non de dire la messe; enPm, après un long combat, à franchir le pas en montant à l'autel avec la contrition sans confession, sous prétexte qu'il vous est nécessaire de célébrer pour éviter l'infamie et ne pas donner de scandale; et, ce pas fatal une fois franchi, à continuer de même pendant plusieurs jours; et votre conscience criant encore plus fort à cause de ces sacrilèges, à éprou-

20i MANLF.L

ver mille fois plus de honte et de crainte à aller trouver ces rigoristes? Avant même d'en avoir essayé, les confesseurs de ce caractère seraient pour vous une pierre d'achoppement : ils vous exposeraient au danger 1° de différer votre conversion; 2° d'abandonner tout autre bien; 3" de tomber dans des fautes plus graves que la première, par leur nombre et par leurs qualités ; 4" de rester presque sans espérance de vous relever, puisque la difficulté de vous confesser va toujours en augmentant; 5" de vous perdre probablement pour l'éternité.

121. — Au contraire, si vous appreniez que, parmi tous ces rigoristes, il y a un confesseur discret, cela commencerait à vous consoler. Cependant la partie inférieure vous ferait encore éprouver quelque répugnance à vous présenter à lui; pourquoi? Parce qu'il n'est pas rigoriste, cola est vrai, mais il n'est pas non plus un relâché qui passe tout; et vous désireriez d'en trouver un bien large : cela vous consolerait entièrement. Vous vous diriez : Je suppléerai à ce qui manque à ce relâché, en m'appliquant de mon mieux à avoir la contrition et le ferme propos. De cette sorte, il ne me nuira pas; j'en recevrai, au contraire, le bienfait de l'absolution. Ainsi le relâché vous serait encore moins nuisible que le rigoriste ; et le courage d'aller le trouver ferait l"* qu'à peine tombé, vous vous relèveriez par une prompte confession ; 2" que vous conserve-

DES CONFESSEL'KS. 205

riez la force de faire le bien ; 3" que vous ne seriez exposé ni à de nouveaux sacrilèges, ni au désespoir. Reconnaissez donc que le plus inutile et le plus nuisible des deux ce n'est pas le relâché, mais le rigide ; reconnaissez en môme temps que le plus utile, que dis-je? le seul vraiment utile de toute manière^ serait le confesseur discret. Il est vrai que, dans la partie inférieure, vous éprouveriez beaucoup plus de facilité humaine et naturelle à vous confesser au relâché. Mais cela même serait un mal pour vous, soit parce que cette recherche d'un confesseur relâché montrerait que vous n'êtes pas bien disposé au sacrement ; soit parce que vous courriez risque de profiter de sa condescendance pour concevoir moins d'horreur du péché, en avoir moins de contrition, retomber plus facilement et donner dans la présomption. Dire que vous saurez bien vous tenir en garde contre tout cela, c'est déjà un commencement de présomption, par lequel vous vous croyez h l'abri des artifices les plus subtils de l'amour-propre. D'ailleurs, ce peu de répugnance naturelle que vous éprouveriez à vous adresser au confesseur discret, serait sinon agréable à la partie inférieure, du moins utile à la partie supérieure. Elle vous ferait mieux sentir et mieux comprendre la grièvelé de votre faute : de là une humilité plus profonde, un repentir plus vif, et une plus grande précaution pour éviter les rechutes. L'exa'.litude de ce confesseur vous

206 MAMIEL

procurerait encore divers autres avantages : elle vous aiderait à tout dire, à connaître vos obligations, à réparer le passé par des pénitences médicinales et à vous précautionner pour l'avenir. Le confesseur discret serait donc le meilleur et le plus utile pour vous, pourvu que vous allassiez le trouver. Mais d^ns la crainte que, n'y allant pas, il vous devienne inutile et que vous ne demeuriez dans le misérable état du péché, exposé au danger d'aller de mal en pis et de vous damner, remarquez bien ce que je vais vous dire : Quoique le confesseur discret ne doive jamais, par une folle compassion, trahir son ministère en aucun point essentiel, il faut cependant que par l'abondance de sa charité il adoucisse tellement ce qu'il laisse de pénible au sacrement, qu'il vous le rende, par cette charité, aussi facile raisonnablement parlant que pourrait le faire un relâché par son peu de soin. Il faut qu'en vous faisant retirer de plus grands fruits de la confession bien faite, il augmente en vous, plus encore que le relâché, l'estime, l'amour de la confession, le désir de la faire plus souvent; il faut qu'il vous inspire de plus en plus une confiance filiale, tellement que vous alliez le trouver avec l'assurance de rencontrer en lui, quelles que soient vos fautes, et des entrailles de miséricorde et un zèle ardent pour vous inspirer l'horreur du mal. Il faut, enfin, qu'en vous en montrant la grièveté afin de vous exciter à la componction, il montre aussi de

rçslime pour vous et la plus vive espérance de voire amendement.

122. — Or, de ce que vous voudriez qu'on fût Suite, pour vous, considerans teipsum, ne et tu tenteris, apprenez ce que vous devez être envers les autres. Vous ne voudriez point, pour vous, d'un rigor-iete ; ne le soyez donc pas envers les autres : et si vous l'étiez, croyez que vous êtes plus inutile et plus nuisible que le relâché. Vous ne vous contenteriez point, pour vous, d'un confesseur qui ne fût que discret; vous le voudriez aussi doux par sa charité de père, que ferme et prudent par son exactitude discrète de docteur et de jii;î;e. Soyez donc discret et jamais relâché envers les autres. Mais voulez-vous qu'ils profitent avec empressement des avantages que vous pouvez leur procurer par la discrétion, ayez encore pour eux un cœur de père. Que même, dans les choses pénibles à la nature que vous serez obligés de leur dire, ils voient clairement que c'est l'amour ewle zèle de leur bien qui vous font agir, mais que vous êtes toujours remplis pour eux de compassion et d'estime, et que vous comptez sur leur amendement et leur sanctification prochaine. Il est donc vrai, la réunion de ces trois qualités de père plein de charité, de médecin habile et de juge exact et discret peut seule vous rendre ce que vous devez être, un confesseur utile au salut des âmes, à votre propre sanctification et à la gloire d« Dieu.

Pratique 123. — Encorc une fois, vous voyez que l'im- ***'"*'■ portante fonction de juge que vous exercez au de la dis- tribunal de la pénitence réclame l'union et le concreiioa ^^^j-g ^gg qualités de père et de médecin; c'est l'unique moyen d'être vraiment utile au salut des âmes. Ayez, avant tout, une exactitude de juge. Souvenez-vous que la rémission des fautes nr s'accorde pas ici comme dans le baptême. Là, elle est un bienfait pur et sans restriction; ici, elle se donne par voie de jugement. Or, vous.devez être exact afin de bien connaître les fautes et le repentir du pénitent dans celte affaire, la plus importante qu'il puisse avoir, je veux dire sa réconciliation avec Dieu. Ainsi, exactitude soigneuse. Pourquoi? Parce que vous devez avoir des fautes graves, qui sont la matière du sacrement, non pas une connaissance vague, mais distincte, tant de leur qualité que de leur nombre et de leurs circonstances. Toutefois, ayez soin d'évite-r le double écueil du relâchement qui néglige cette recherche,et du rigorisme qui l'exagère ; que votre exactitude aille jusqu'à connaître ce qui est nécessaire ou très-utile au pénitent : mais tenezvous-en là. Ne soyez pas de ceux qui, prenant ce que leur donne le pénitent, ne lui font aucune question, et, par là, ne remédient point aux plaies qu'il cache par ignorance ou par honte. Ne soyez pas non plus de ceux qui rendent la confession pénible et odieuse au pénitent. Ainsi, à l'égard de qui que ce soit, et bien moins encore à l'égard de

ceux qui s'adressont ;\ vous pour la première fois, n'aggravez la difficulté par des interrogations non nécessaires ou même inutiles. Autrement, pour obtenir une confession archi-par faite, vous dégoûterez le pénitent d'en faire d'autres suffisantes, mais nécessaires, ce qui lui sera très-nuisible. Ici, je l'avoue, lorsque j'entends dire que certains confesseurs ne confessentqu'une ou deux personnes dans une matinée, je ne saurais m'empècher d'admirer leur zèle et leur patiente charité do père, mais je ne vois pas là l'habileté de médecin. A qui croient-ils donc être utiles? Ce n'est pas à cette multitude qu'ils n'ont plus le temps de confesser, qui cependant en avaient peut-être grand besoin, et qui, faute d'avoir été confessés et encouragés ce jour-là, tombent dans de graves désordres. Puissent-ils du moins être utiles à ce petit nombre qu'ils confessent! mais c'est précisément à ceux-ci que, sans le vouloir, ils font le plus grand mal. Excepté quelques cas très-rares, ils fatiguent tellement le pénitent qu'il ne revient plus se confesser, surtout si au détail minutieux dans l'inierro^ation ils joignent la rigueur qui impose des obligations trop graves cl trop pénibles que d'autres confesseurs, savants et e\i)érimcntés, n'auraient pas imposées.

12i. — Soyez donc discret, môme dans la re- picrécherche de ce qui est nécessaire, tel, par exemple, brech'erque le nombre des péchés. Ainsi, lorsque le pé- ^.*'* <*'nitent s'est examiné avec soin, et que néanmoins

VOUS ne pouvez connaître le nombre certain, ni même probable, contentez -vous de rechercher la durée de l'habitude et la fréquence des chutes ; et mémo dans les actes internes, tels que les actes de haine et d'impureté, il est inutile de s'informer de cette fréquence avec tant de précision, car on court grand risque de se tromper beaucoup en plus ou en moins. Il suffira de demander combien de temps a duré cette discorde, cette liaison, et, par l'état et la condition du pénitent, de voir si pendant tout ce temps-là il a persévéré dans ses affections coupables sans aucune notable interruption. Quant aux actes extérieurs, vous pourrez plutôt espérer quelque chose de plus touchant leur fréquence; ainsi vous aurez soin de vous en informer. Toutefois il faut vous souvenir que les gens grossiers et ignorants, malgré toute leur exactitude à s'examiner, ne pourront jamais s'expliquer avec la précision d'un théologien instruit et net dans ses idées. Soyez donc sûr de bien remplir votre devoir en vous contentant do les interroger suivant leur capacité.

Exacti- 125. — Votre exactitude doit être accompa- 'compl^. gnée de dextérité, non-seulement pour mettre en gnëe de pratique les avis donnés plus haut, afin de délérité. couvrir tout le mal du pénitent, mais encore afin de rendre licitement la confession courte et simple sans nuire à l'intégrité. Ainsi, n'interrogez ni sur les péchés purement véniels que le pénitent n'est

pas obligé d'accuser, ni sur les péchés graves qu'il a déjà dûment déclarés dans ses confessions précédentes. Quant aux fautes mortelles qu'il n'a pas encore confessées, contentez-vous d'une exactitude discrète à laquelle vous joindrez avec grand profit la dextérité : voici quelques exemples. Si quelqu'un dans un jour de grand concours vous demande si tel contrat qu'il a fait est licite, s'il est obligé à une restitution, et que ces cas exigent un long examen, vous pourrez, pour l'absoudre à l'instant même, lui faire dire deux choses : 1" s'il a agi contre les remords de sa conscience, parce que cela est matière de confession; 2° s'il promet sincèrement de faire ce à quoi on trouvera qu'il est obligé d'après l'examen qui aura lieu une autre fois, parce que cela appartient aux dispositions nécessaires. S'il se repent, et que vous n'ayez pas de raison de suspecter ses promesses, donnez-lui l'absolution dès ce jour-là, en imposant, si vous le jugez à propos, pour pénitence, de revenir dans un temps marqué, soit auprès de vous, soit auprès d'un autre, pour consulter sur ces différents cas. De même, si, après avoir déjà entendu en grande partie une longue confession, vous trouvez que vous ne pouvez absoudre le pénitent, soit parce qu'il ne vous parait pas bien disposé, soit à raison de quelque mauvaise habitude, soit parce qu'il a un cas réservé pour lequel vous avez besoin d'un pouvoir spécial , faites-lui finir son accusation

comme si vous deviez terminer avec lui, donnezlui immédiatement tous les avis convenables, faites-lui connaître toutes ses obligations, imposez-lui une pénitence proportionnée, et dites-lui de revenir tel jour, de vous rappeler la pénitence et les obligations prescrites, et de vous indiquer in confuso les péchés qu'il vient de vous dire distinctement ; de celte sorte il vous suffira pour l'absoudre, lorsqu'il reviendra, de vous être pourvu du pouvoir nécessaire pour le cas réservé, et de voir si l'habitudinaire donne les marques convenables d'un repentir sincère et d'une disposition suffisante. Vous n'aurez nul besoin de l'obliger à la répétition pénible et distincte de tous ses péchés ; elle ne vous est plus nécessaire pour lui imposer une pénitence convenable, ni pour connaître sa malice ; il suffit qu'il vous présente une matière à l'absolution.

Krreur 126. (B. LiGDORi, n»^ 19, 20, 110 ct 111.) — Je eineiqnei ^ '^ns dc VOUS le difc, vous êtes juge au tribunal

confes- de la pénitence. Or, un juge doit d'abord connaître les raisons des deux parties, examiner ensuite l'importance de la cause, enfin prononcer la sentence. 11 en est de même du confesseur. Il doit, avant tout, connaître la conscience du pénitent, de là conclure ses dispositions, soit pour lui donner, soit pourlui refuser l'absolution. Et d'abord, vous êtes obligé de vous enquérir des péchés du pénitent. Il est vrai, l'obligation de l'examen regarde principalement le pénitent; néanmoins.

seurs.

quoi qu'en disent quelques docteurs *, on ne saurait douter que le confesseur, lorsqu'il s'aperçoit que le pénitent n'est pas suffisamment examiné, ne soit obligé de l'interroger, d'abord sur les péchés qu'il a pu commettre, et ensuite sur leur espèce et leur nombre. La preuve en est dans le canon : Omnis utriusque sexus fideiis, de pœnit., etc. ; on la trouve également dans le Rituel romain ^. Ici, il y a plusieurs remarques à faire. 1° Ces confesseurs font mal, qui renvoient les pénitents peu instruits afin qu'ils examinent mieux leur conscience. Le père Seigneri appelle cela une erreur intolérable ^. C'est avec raison ; car les pénitents de ce genre ont beau se donner de la peine, difficilement ils parviennent à s'examiner comme il faut. Le confesseur peut donc aussi bien les examiner lui-même sur-le-cliamp que plus lard. De plus, si vous les renvoyez, i! est à craindre, qu'effrayés de la difficulté de cet examen, ils s'éloignent de la confession et restent dans le péché \ Ainsi, le confesseur doit faire lui-même l'examen de ces pénitents-là, en les interrogeant suivant l'ordre des commandements, surtout si ce sont des valets, des voituriers, des cochers, des domestiques, des soldats, des cabareiiers et autres personnes semblables

* Apud Loljncr, inslriict. prnct., p. 33. > Vid. lib. 0, n. 607.

* Confcssor. instr., c 2.

* ibtii-, <;. ■>, -cd iiiir ail num 1.

qui d'ordinaire vivent dans l'indifférence pour leur salut, dans l'ignorance des choses de Dieu et dans l'éloignement des instructions et des églises. Ce serait encore une plus grande erreur de renvoyer pour s'examiner quelqu'un de ces gens-là qui, par honte, aurait caché des péchés. Oardez-vous d'y tomber, dussiez-vous lui faire recommencer sa confession depuis plusieurs années; car il serait grandement exposé à ne pas revenir et à se perdre. Le confesseur doit faire attention de n'être pas trop minutieux en interrogeant les pénitents de ce caractère. Qu'il se contente de les interroger sur les péchés ordinaires, suivant leur condition et leur capacité'. Je vais plus loin : lorsque le pénitent, quoique grossier, paraît suffisamment instruit et soigneux à confesser ses fautes avec leurs circonstances, selon son état et sa capacité, le confesseur n'est pas tenu de lui en demander davantage. En effet, autre doit être l'examen d'une personne bien élevée, autre celui d'une personne qui n'a pas reçu d'éducation ^. 2" li vaut mieux que le confesseur examine chaque péché, à mesure que le pénitent s'en accuse, que d'attendre à la fin pour les examiner tous ensemble. S'il remet à la fin de la confession, il court risque d'oublier ce qu'on lui aura dit, ou il devra imposer au pénitent la pénible obligation de lui répéter deux fois

' Confesser, instr, c. a, ad n. tll ■^ Ibid., ad a 2.

les mêmes fautes '. Les confesseurs se trompent également lorsqu'ils veulent juger de la grièveté ou de la légèreté d'une faute, en demandant à ces pénitents simples et grossiers s'ils la regardaient comme mortelle ou comme vénielle. Ils répondent au hasard ce qui d'abord leur vient à la bouche. L'expérience l'apprend, j'en ai eu mille fois la preuve; car si, un instant après, le confesseur réitère sa question, ils disent tout le contraire. 4° Quant au nombre des péchés des habitudinaires, observez ce qui suit : Lorsqu'on ne peut obtenir le nombre certain, le confesseur doit s'informer de l'état du pénitent, c'est-à-dire de sa manière de vivre, de son application à d'autres affaires, le temps de sa fréqucntaiion avoc son complice, du lieu où il a demeuré le plus longtemps. D'après ces données il interrogera sui" le nombre, en demandant au pénitent combien de fois plus ou moins il a péché par jour, par semaine, par mois, et lui donnera différents nombres; par exemple, trois ou quatre fois, ou même huit ou dix fois, afin de voir à quel nombre le pénitent s'arrêtera. Si le pénitent s'arrête au rrombre le plus élevé, il est bon de lui propDScr un nombre plus grand encore. Toutefois le confesseur doit bien se garder de vouloir porter ici un jugement certain ; qu'il connaisse la fréquence in génère, et qu'il porte son jugement m confuso, prenant les péchés pour aussi nombreux qu'ils

' r.onfcssor. iiijtr., c 5, ad u k.

246 MAMEL

sont devant Dieu. Il en est qui disentque lorsqu'il est question des péchés internes des habitudinaires, tels que les péchés de haine, de complaisance sensuelle et de désirs, il suffit ordinairement de demander combien de temps a duré la mauvaise habitude. Cette opinion ne me salisfait pas pleinement, car l'un sera plus occupé qu'un autre, ou sera dans un endroit où il aura moins d'occasions de se laisser aller à de mauvaises pensées ; celui-là sera plus passionné que celui-ci. Il faut donc en général interroger sur l'application, sur le lieu, sur la passion, etc., afin de se former une idée de la plus ou moins grande répétition de ces actes internes. Au reste, après deux ou trois interrogations, le confesseur peut être sans inquiétude, quoique le jugement qu'il forme lui paraisse très-confus : il est moralement impossible de tirer plus de lumière de ces consciences ténébreuses et embrouillées. 5» Quoique les confessions générales soient trèsutiles, néanmoins le confesseur ne doit pas élre trop exigeant pour faire répéter les confessions passées. La présomption est pour la validité de l'acte, toutes les fois que la nullité n'est pas certaine * ; ce qui fait dire au père Seigneri qu'il n'y a point d'obligation de répéter les confessions, si ce n'est dans le cas d'une évidente nécessité et d'une erreur manifeste. Les rechutes même ne sont pas une preuve certaine de la nullité des

' Lib. 6, n. 50Ô.

DES CONFESSEUnS. 'il?

confessions, surtout si la personne a été quelque temps sans retomber, on si avant de succomber elle a fait quelque notable résistance. Il faudrait juger autrement, si le pénitent est d'ordinaire retombé sur-le-champ; par exemple, deux ou trois jours après sa confession, et sans aucune résistance. Il paraît alors moralement certain qu'il a manqué de contrition et de ferme propos.

i27. — Pour être un juge exact, vous devez ap- Pmdence porter la plus grande prudence dans le choix des ^^^^^' ^^^ opinions. Je n'entre point ici dans la question opinion?, aujourd'hui si vivement débattue, savoir, si l'on peut suivre l'opinion moins probable et moins sûre en concurrence avec l'opinion plus probable. La plupart des auteurs l'ont traitée, ainsi qu'un grand nombre d'écrivains contemporains. Seulement j'aurais voulu qu'ils eussent cherché à éclaircir la vérité bien plus par des raisons que par de mordantes invectives. Je me contente de répéter ici ce que je dis ailleurs de l'occasioa prochaine, savoir, que lorsqu'il s'agit d'éviter le péché matériel, ordinairement parlant, le confesseur doit suivre, autant du moins que cela est licite, les opinions plus douces, parce que le péché formel seul offense Dieu. Mais lorsque les opinions bénignes exposent le pénitent au danger du péché formel, le confesseur doit suivre les sentiments plus rigoureux, parce qu'alors le bien du pénitent le demande. Néanmoins, si le pénitent veut se servir de quelque opinion probable, I. 10

supposé qu'il a d'ailleurs les dispositions convenables, le confesseur est tenu de l'absoudre. En effet, à raison même de la confession, le pénitent a un droit certain et absolu à l'absolution, afin de n'être point obligé à la recevoir d'un autre prêtre et à répéter le pénible aveu de ses fautes. C'est l'opinion commune, admise même par un grand nombre de théologiens partisans de l'opijiion rigide, tels que Pontas, Gabassut, Victoria, et en particulier par saint Anlonin. On en peut voir ailleurs les preuves détaillées'. Cela serait vrai surtout si le confesseur voulait obliger le pénitent à quelque restitution d'argent à laquelle il ne serait probablement pas tenu"* ; et ce principe a lieu, lors même que le confesseur ne regarderait pas comme solidement probable l'opinion du pénitent, si celui-ci n'est pas un ignorant, et s'il lient son sentiment pour probable sur Fautorilé d'auteurs respectables. Il faut toutefois que cette opinion ait quelque probabilité du moins apparente. Si le confesseur la regardait comme absolument fausse; s'il avait contre elle un principe certain ou une raison convaincante à laquelle il ne crût pas qu'il y eût de réponse capable d'ébranler la certitude de son opinion, dans ce cas, il ne pourrait absoudre le pénitent s il refusait de se ranger à son avis*. Si le con-

' Lib. I, n. 23, et lib. 6, n. 604.

* Lib. 3, n. 669.

' Lib. l,n. 26; lib. 6, a. 60'i

fesseur prévoit que, loin d'être utile au pénitent, l'avertissement doit rendre formel le péché qui n'est encore que matériel, il doit se taire : il en faut excepter quelques cas, que nous avons marqués au n° 42.

128. — Si le confesseur tombe, sans qu'il y ait prudence de sa faute, dans quelque erreur relative à la ''*"' '* validite du sacrement, il n est pas tenu par jus- linn des tice d'en avertir le pénitent, mais seulement par ,'^^i"'*\ charité. Or, la charité ne l'y oblige pas cum «ommigravi incommodo', à moins que le confesseur ne fût le curé du pénitent, obligé par conséquent à réparer le grave dommage de son paroissien; à moins encore que le pénitent ne fût en danger de mort ou d'abandonner les sacrements ; dans tous ces cas, la charité oblige même cum gravi incommodo. Si, au contraire, le confesseur en se trompant a commis un péché grave, il est toujours tenu, même cum gravi incommodo, à réparer son erreur, surtout s'il avait laissé le pénitent dans une occasion prochaine; à moins toutefois que le pénitent ne se soit déjà confessé à d'autres et n'ait déjà communié. Mais on ne doit, on ne peut jamais, sans la permission du pénitent, donner l'avertissement hors de la confession toutes les fois qu'il peut lui être pénible. Que si l'erreur ne tombe que sur l'intégrité de la confession, soit parce que le confesseur n'a pas demandé les espèces et le nombre des péchés,

■ I.ib. I, n 25.

y eût-il de sa faute, il n'est point obligé à y remédier hors du tribunal, car il est toujours humiliant pour le pénitent de s'entendre rappeler ses péchés'. Dans le cas où le confesseur l'aurait malicieusement, ou par ignorance coupable, déchargé d'une obligation de restituer, ou l'y aurait astreint injustement, il est tenu de l'avertir après en avoir obtenu la permission; autrement il est obligé lui-même à restituer. Si, en tombant dans cette erreur, il n'a pas commis une faute grave, il n'est point tenu d'avertir, cum gravi incommoda ; mais si, pouvant remédier à celte erreur, sine gravi incommodo, il ne le fait pas, il est tenu à la restitution. Enfin, si le confesseur avait oublié d'avertir le pénitent de restituer, il n'est pas obligé de restituer lui-même, fût-il son curé et eût-il en cela commis une faute grave. Vous pouvez lire le Livre sixième ^, où tous ces cas de conscience sont déchiffrés. Là aussi vous trouverez les raisons et les autorités des docteurs à ce sujet.

» Lib. 6, n 620- » Ibid

9i»»t»9as9»»»iaii»*»ix*naaia»

CHAPITR» II.

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