QUE LE CONFESSEUR DOIT PRENDRE
Après vous avoir parlé des qualités du confesseur, il me reste à vous exposer les précautions que vous devez prendre pour vous-même, afin que le ministère de la confession vous soit utile ainsi qu'à vos pénitents. Parmi ces précautions, les unes doivent vous précéder, les autres vous accompagner au tribunal, et toutes tendent à éloigner de vous le danger ou d'exercer mal ce saint ministère, ou de ne pas l'exercer, enfin à vous le rendre plus doux et plus profitable.
129. (Prêtre sanctifié, n" 101-118.) — Ne Ne pas point manquer des qualités nécessaires, avoir "**°2"*'^ l'estime convenable de ce ministère, ne pas le quai;i<Çs laisser par des raisons humaines, ne pas le quitter par des motifs spirituels mal fondés.
Et d'abord ne pas l'exercer sans avoir (es qualités nécessaires. Ainsi vous aurez les qualités qui ont rapport au pénitent, et que je vous ai expliquées plus haut. Pour cela remplissez votre cœur d'une charité de père, autrement vous
née*;*saires.
abandonnerez ou vous n'exercerez qu'avec négligence ce fatigant ministère. La charité seule peut l'adoucir au confesseur et au pénitent, de manière à les rendre assidus, le premier à l'exercer, le second à en profiter. D'immenses mérites sont la récompense du premier; la rémission de ses fautes passées, la grâce de ne pas y retomber, l'affermissement dans la vertu sont les avantages du second : pour l'un et pour l'autre la gloire d'honorer Notre-Seigneur. 11 est vrai que la charité ne suffît pas ; mais il est vrai aussi que sans la charité tout le reste est insuffisant. C'est la disposition la plus difficile et en même temps la meilleure, soit pour acquérir la science de juge et l'habileté de médecin, soit pour en faire usage ; c'est la qualité dont on a le plus souvent besoin. Sur cent confessions, à peine s'en rencontre-t-il deux ou trois qui exigent une science plus qu'ordinaire, tandis que toutes à peu près demandent une grande charité pour accueillir, pour supporter et pour aider efficacement le pénitent : donc charité de père.
Habiieie ^^O. — Joigncz-y l'habileté de médecin. On de peut dire avec vérité que c'est elle qui, dans un sens, dirige la science morale dont elle est la force, l'appui, la richesse, la perfection et le complément. En effet, elle n'est autre que la science ascétique qui, apprenant combien diffèrent la théologie spéculative et la théologie pratique, nous fait connaître quelle est dansl'exer-
cicc du saint minislère la morale la plus utile à la {;1oire de Dieu et à la sanclificalion des âmes, c'est-à-dire celle qui n'est ni relâchée ni rigoriste, mais prudente et discrète. Elle est la force et le secours de la morale, parce que, à la connaissance des matières qui sont l'objet de vos interrogations, elle ajoute l'adresse, le discernement, la réserve nécessaires peur découvrir et connaître tout le mal, sans aller jusqu'à nuire au malade, c'est-à-dire au pénitent. S'agit-il d'enseigner et de décider en qualité de docteur? elle vous apprend à éviter le double écueil du rigorisme et du relâchement : tantôt par un langage assuré, tantôt par un silence prudent; d'autres fois en prenant quelques tempéraments ou vous contentant de simples conseils. Mais c'est surtout comme juge, dans l'absolution ou la condamnation du coupable, qu'elle vous fournit des ressources pour le disposer à recevoir l'absolution sans exposer le sacrement, ou à subir un refus sans danger pour son âme. Elle est la richesse de la morale ; grâce aux motifs, aux exemples et aux industries qu'elle met à votre disposition, elle vous donne de nombreux moyens de faciliter au pénitent l'accomplissement des plus pénibles obligations, de trouver le remède propre à chacune des maladies de l'âme; enfin de rendre la pénitence plus convenable et plus utile, soit comme réparation du passé, soit comme préservatif pour l'avenir. Ce n'est pas tout : tan-
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dis que la morale se borne à bien absoudre le coupable, l'ascétisme le conduit à la perfection : donc étude de l'ascétisme pour avoir l'habileté de médecin.
Elude, 131. — Toutefois appliquez-vous à l'étude de la morale, autrement c'est à votre égard que se vérifierait cette menace du prophète Osée ' : Quia tu repulisti scientiam, repellam te, ne sacerdotio fungaris mihi, du moins dans le ministère de la réconciliation. Pour acquérir cette morale, qui est utile aux âmes, la morale discrète, employez les moyens que je vous ai indiqués : la prière, un esprit impartial et docile, la lecture de plusieurs auteurs. C'est ainsi que vous éviterez le rigorisme et le relâchement, dont je vous ai démontré les funestes effets. Telles sont les trois qualités qui doivent toujours vous accompagner ; une seule de moins, eussicz-vous les autres à un haut degré, vous ne serez jamais un confesseur utile; car ou vous ne voudrez point ou vous ne saurez point étudier ni mettre en œuvre les moyens de guérir les âmes. Vous pourrez le voir clairement par la conduite que je vous disais de tenir, en particulier avec les pécheurs dont l'état demande une prompte absolution. On ne saurait dire laquelle des trois qualités est la plus nécessaire, ou la science de juge, ou l'habileté de médecin, ou la charité de père. Tout ce qu'on peut et ce qu'on doit dire, c'est que toutes les
' Cap. 4.
trois sont indispensables pour bien disposer et absoudre prudemment de tels pénitents. Ici je vous avoue qu'en voyant certains ecclésiastiques tout de feu pour l'étude de la morale, mais indifférents pour la science ascétique qu'ils regardent comme inutile ou assez connue d'ailleurs, en outre étrangers à la vie spirituelle sans laquelle il est impossible d'avoir une vraie charité de père, je me suis demandé bien souvent à moi-même : Mais cette grande science de la morale pourra-t-elle jamais en faire de bons et parfaits confesseurs ? Ces ecclésiastiques dont l'esprit est si éclairé, mais le cœur si froid à l'égard (le leur propre salut, s'acquitteront-ils bien de la fonction la plus difficile et néanmoins la plus fréquente de leur ministère? auront-ils la patience, la charité, le zèle pour aider le pénitent? O belle ardeur pour la science déjuge, que vous prépareriez au Seigneur des ministres bien plus utiles si vous étiez jointe à une vie d'oraison et de lectures pieuses, propres à en faire des médecins habiles et des pères charitables! Pour vous, étudiez la morale avec assiduité, mais ne vous en tenez pas là; joignez-y l'étude de l'ascétisme et les soins les plus empressés pour acquérir la charité. Afin de vous encourager dans ce noble travail, rien de plus utile que ce que je vais vous dire de h haute estime du ministère et de la nécessité d'être un saint ou du moins un homme assez solidement établi dans la crainte de
io.
Dieu pour ne jamais pécher mortellement.
Avoir 13^' — Pour exciter en vous cette estime que
""^ mérite si bien le ministère de la confession, et
haute
idée de qui vous v attachc assez pour ne jamais l'abanmin7s"' donner ou vous en acquitter avec négligence, 1ère, j'ai trois choses à vous dire qui me paraissent bien importantes et bien capables de vous y animer fortement.
Poini de *^3. — D'abord, je dis qu'il n'y a rien de plus jonriion agréable à Jésus-Christ que d'avoir du zèle pour agLabie le salut des âmes, et par conséquent de les aider à j -c. gj efficacement par le ministère du tribunal à se réconcilier avec Dieu. Vous savez qu'après sa résurrection. Notre- Seigneur, apparaissant à saint Pierre, lui demanda jusqu'à trois fois : Simon Joannis, diligis me plus his. Saint Pierre lui répondit : Domine, tu sois quia amo te. En un mot, pour unique marque de son amour, Jésus lui demanda de paître ses agneaux : Pasceagnos, pasce agnos, pasce oves meas '. Depuis qu'il est dans le ciel, le Sauveur n'a pas changé. Passible sur la terre, il fut tout amour et tout zèle pour le salut des hommes, jusqu'à mourir pour eux; de même glorieux dans le ciel, il n'y est en quelque sorte que pour leur salut. A la droite de son divin Père, il continue son ministère de Rédempteur : Interpellât pro nohis ">-, advocatum hahe-
* Joan., 21.
* Ad H«br., 8*
DES CONFESSELHS. 227
mus apud Patrem, Dominutn Nostrum Jesum '. Au saint sacrifice, il donne sa vie divine et l'offre pour les mêmes fins qu'au Calvaire, et dans le sacrement de l'autel il se fait notre céleste aliment. Si donc il vous apparaissait visiblement, et vous demandait : N. N. Diligis me plus hia? vous vous feriez un devoir et un honneur de pouvoir lui répondre avec vérité : Domine, tu scis quia amo te. Or, sachez bien que si dans l'Evangile il a déclaré ce qu'il veut dt tous ses disciples, hoc est prœceptum meum, ut diligatis invicem, sicut dilexi vos ; in hoc cognoscent omnes quod discipuU mei estis, si dilectio?iem habueritis ad inviceyn, de vous prêtre, outre la charité corporelle, il demanderait la spirituelle, et vous dirait : Pasce, pasce, pasce agnos, oves meas. Eh bien, cette satisfaction à laquelle il attache tant de prix, ce gage unique de votre amour, le lui refuscricz-vous, vous dont, le jour de l'ordinalion, il a changé, par la bouche de son pontife, le nom de serviteur, commun à tous les chrétiens, en celui d'ami? Jam non dicam vos ser-
vos vos autem dixiamicos-. 11 ne se contenta
pas de vous donner ce nom glorieux, il vous accorda en même temps les secours, les privilèges et tous les avantages qui distinguent les amis et les favoris des serviteurs de ce grand Hoi. Si donc, sans excuse légitime, vous refusiez de vous
' 1 Joan.
* Juan., 15-
employer à ce ministère, pourriez-vous croire que vous l'aimez véritablement et suivant ses désirs? Non certes; saint Chrysostôme vous en avertit. Ecoutez-le développant précisément les paroles de Jésus-Christ à saint Pierre : Nullum
enim pfficium hoc Deo charius nequeprorsus
alla res est, quœ pei'inde declaret doceatque, guis sit fideiis, et amans Christi, quom si fratrum euram agat, proque ilîorum sainte gerat sollicitudinem. Si vous n'aimez pas Jésus-Christ suivant ses désirs, pouvez-vous être prudemment content de vous-même, ou espérer raisonnablement qu'il le soit de vous ?
foini de 13i. — A']o\ilei qne rienn'est plus utile ni plus ph"s*^uii'i'e néce.'isaire au prochain que le zèle, et parmi ses aux fonctions celle du sacré tribunal. Sans doute il est bien nécessaire, bien avantageux d'enseigner et de prêcher ; mais un petit nombre suffisent à cet emploi. Un seul homme peut parler en même temps à des milliers d'auditeurs; un petit nombre de discours, pendant l'année, peuvent suffire pour Vannée tout entière, pourvu que les auditeurs en conservent le souvenir ou bien y suppléent par quelque lecture de bons livres. Il n'en est pas de même de la confession : ici, il faut un bien plus grand nombre d'ouvriers, et leurs fonctions reviennent bien plus souvent. On ne confesse pas plusieurs personnes à la fois, il faut entendre chacun en particulier, et bien souvent un seul demande autant de temps qu'il en faudrait pour
ame>
DES CONFESSEUHS. 229
plusieurs discours. De plus, le besoin de se confesser se renouvelle très-souvent, soit pour les âmes pieuses qui veulent se conserver dans la ferveur, soit pour les pécheurs qui veulent se convertir et se réconcilier avec Dieu. Gardez-vous donc de vous soustraire à ce devoir sous prétexte qu'il ne manque pas d'autres confesseurs. Non certes, il n'y en aura jamais assez pour faciliter aux fidèles le plus f;rand de tous les moyens de salut, la fréquentation des sacrements. Que dis-je? Vous aurez remarqué vous-même qu'un grand nombre abandonnent la confession, parce qu'ils ne trouvent pas leur confesseur, ou qu'ils le voient tellement assiégé, qu'il leur faudrait attendre longtemps : soit affaires, soit ennui, ils n'en font rien et s'en vont. Dieu sait quel dommage il en résulte pour leur âme. l'eut - être, hélas ! comme il est arrivé mille fois, ils n'iront pas jusqu'au lendemain; mais dès le jour même, pour avoir été privés des grâces du sacrement et des bons avis de leur confesseur, à la première tentation ils tomberont en péché mortel, rendront ainsi leur future confession plus difficile, leur damnation plus facile et peut-être plus prompte ! Ce n'est pas tout : le petit nombre des confesseurs ne nuit pas seulement aux pénitents, mais encore aux confesseurs eux-mêmes qui, se trouvant surchargés, courent risque ou de s'acquitter imparfaitement de leur devoir ou d'abandonner ce ministère, afin de ne pas y perdre et leur, âme et
leur sanié. Vous vous feriez certainement un cas de conscience de ne pas secourir vos frères, si vous les voyiez affligés de graves maladies ou d^utres maux temporels; et vous seriez insensible aux besoins des âmes exposées, les unes à raison de leurs péchés mortels, les autres à raison de leurs grandes tentations et des occasions de mal faire, au danger continuel de perdre, non pas une vied'un jour, mais une vie éternelle ; au danger de tomber, non dans un malheur présent et passager, mais dans un malheur futur et éternel ! Outre le besoin des âmes, les avantages que les fidèles retirent de la confession ne sont-ils pas un nouveau motif pour vous animer à ce ministère de charité? voyez; les endroits où il y a un nombre suffisant de bons confesseurs assidus au tribunal, se distinguent par la fréquentation des sacrements, par des mœurs moins déréglées, par une piété plus grande, des autres endroits où les confesseurs sont en trop petit nombre ou trop peu zélés. S'il est certain, comme le disait un saint pape : Donnez-moi de bons confesseurs, et bientôt le monde sera réformé; nous pouvons dire avec non moins de vérité : Otez les nombreux et bons confesseurs ; qu'ils soient en petit nombre ou moins bons, et bientôt le monde sera dans le désordre et la corruption. Vous serez donc plus utile au prochain en vous acquittant bien de ce ministère, qu'en répandant des capitaux dans le sein des pauvres, en consumant votre vie au
soulagement des malades, puisque vous procurez aux âmes la vie mille fois plus noble de la ^râce, et les richesses mille fois plus précieuses de l'éternité.
135. — Enfin, vous ne pouvez rien faire de Rien plui utile pour vous-même que de préférer à a^'an,"! toutes les œuvres de zèle celle de la confession, geux au
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soit que vous considériez Uieu, le prochain ouseur luile ministère lui-même. Par rapport à Dieu ; en "^«"i*confessant vous concourez à l'œuvre qui lui est la plus honorable et la plus chère, le salut des Ames, et cela d'une manière plus immédiate, plus prochaine et plus directe que par des prières, des sacrifices ou des sermons. En effet, par l'absolution vous ne disposez pas seulement à la vie de la grâce, mais vous la produisez de fait dans ceux qui sont bien disposés. C'est ici que le Sauveur recueille le fruit de sa mort douloureuse; c'est ici qu'il triomphe de ses ennemis et qu'il les chasse de l'âme; c'est ici qu'il entre pour régner dans le cœur des fidèles; c'est ici qu'il retrouve ses enfants perdus, avec un tel bonheur qu'il met tout le ciel en fêle peur s'en réjouir avec lui. Or, pour vous,. minisire et médiateur de ce retour, de cette paix, de cette victoire, quel mérite, quelle récompense pendant la vie, à la mort et dans le ciel ne recevrcz-vous pas du divin Maître qui a promis des éloges et des récompenses si magnifiques aux œuvres les plus petites de la charité inférieure, la charité corporelle?
Recon- 136. — Le prochaïii converti par votre minis- "crdeT tère concourra encore à augmenter votre mérite péniienu. gj ^ embellir votre couronne. Oh! si vous saviez comme les sentiments de la nature et de la grâce excitent les pénitents à cette reconnaissance spirituelle envers les pères de leur âme ! Délivrés par vos soins du pesant fardeau de leurs péchés, des remords de leur conscience, éloignés du danger de la damnation, ils goûtent la paix du Saint- Esprit, rentré dans leur cœur ; ils sentent renaître en eux le courage de travailler à la grande affaire de leur salut, de fuir le mal et de pratiquer le bien; ils espèrent trouver toujours en vous et par vous, lumière et conseil dans leurs doutes, consolation dans les peines de la vie, dans les maladies, à la mort; aide et compassion dans leurs rechutes ; en un mot, secours pour arriver au bonheur éternel. C'est pourquoi ils se sentent pénétrés pour vous de la reconnaissance la plus sincère, la plus vive et la plus sûre. Ils vous paient de retour en priant souvent pour vous, et leurs anges gardiens entretiennent en eux ce sentiment pour vous récompenser de votre charité à l'égard de personnes qu'ils aiment si tendrement. Les pénitents prient donc pour vous en santé, dans la maladie et après votre mort; or, combien de telles prières, qui partent d'un cœur purifié du péché et orné de la grâce au prix de vos fatigues, ne sont-elles pas agréables à Dieu et propres à vous attirer d'abondantes bénédictions I
Et dans la réalité, combien de fois les bons et assidus confesseurs ne se sentent-ils pas pénétrés de dévotion, sans en trouver en eux-mêmes ni le mérite ni le motif, n'ayant rien fait de particulier pour obtenir cette faveur dans telle circonstance? c'est Jésus-Christ, qui déjà porté de lui-même à récompenser ses fidèles ministres, s'y trouve sollicité fortement par les prières et les bonnes œuvres de leurs pénitents. Le confesseur tombet-il malade, oh ! comme ses enfants reconnaissants redoublent leurs prières ; comme leurs bons anges les présentent volontiers au trône de Dieu, soit pour lui obtenir la santé dont il fait un usaf[C si utile aux âmes, soit une mort sainte et un licurcux passage à l'éternité ! La mort ellemême n'interrompt point ce saint commerce de charité entre les pénitents et le confesseur. Si les confesseurs meurent les premiers, les pénitents, par leurs suffrages, adoucissent et abrègent leur purgatoire et hAtent leur entrée dans le ciel ; si c'est le pénitent qui précède le confesseur, qui peut dire la douce violence que, dans le séjour de la charité, il fera au cœur de Dieu pour qu'il comble son père spirituel de tant de grâces qu'il vienne en son temps partager la gloire dont, après Dieu, il lui doit la possession ?