EXACTITUDE DE JUGE
obserratioM 78. (Prétre SANCTIFIÉ, toute la secondc lettre y et n** 38-41 .) — '"i^e^Mf* ^ '^ science de docteur vous devez unir l'exactitude de juge. Or, iirobabiuo- d'après ce que j'ai dit contre le relâchement et le rigorisme, vous me demanderez peut-être si j'ai prétendu que vous fussiez probabiliste ou probabilioriste dans votre conduite envers les pénitents ; vousme demanderezpeut-être encore dans lequel de ces deux extrêmes, le relâchement et le rigorisme, il est le plus facile et le plus dangereux de tomber. Quant au premier point, qui vous parattdela plus haute importance, puisqu'il s'agit de la plus grande partie de la morale où les questions claires et certaines sont en petit nombre, tandis qu'il y en a une foule d'obscures et de douteuses, voici sans détour quel est mon sentiment. Devez vous êlre probabiliste ou probabilioriste? Je réponds que je n'ai pas autorité pour décider cette grande question, que cela même n'est pas nécessaire à mon but. En effet, je me suis étudié jusqu'ici à ne contredire aucun des deux partis et à ne rien avancer qui ne pût être admis par l'un et par l'autre : je vous le ferai voir bientôt au n"" 92. Maintenant encore je vous dis : Soyez ce que vous voudrez y pourvu que vous le soyez avec les précautions convenables. S'il en est ainsi, vous éviterez, et c'est là tout ce que je désire, le véritable relâchement et le rigorisme blâmable. Avec ces précautions, il n'y aura pas même une grande différence, quelque parti que vous preniez. Surtout vous allez voir qu'il ne dépend pas de là que vous ayez une morale juste et saine, ni que vous soyez un sage maître et un utile ministre au tribunal de la pénitence.
79. — Si vous voulez embrasser le probabilisme, voici les précautions que vous avez à prendre. 1*" Ne l'appliquez point aux questions où il s'agit non seulement du droit, mais encore du faity ou, en d'autres termes, de la licite^ mais encore de la va--
Précautions
qo*exige le
prcriiftbi-
lÎBme.
MANUEL DBS CONFESSEURS. Si
lidiié; comme, par exemple, s'il était question de la valeur des sacrements, ou des choses nécessaires au salut, de nécessité de moyen, telle que la vraie religion pour un infidèle. De même, on médecin est tenu de donner les remèdes les plus éprouvés, et un juge les décisions les plus sûres. Dans tous les cas sembla* blés, la bonne foi de celui qui agit et son ignorance, fût-elle invincible, ne serviraient de rien pour obtenir la fin qu'il est obligé de procurer. Ainsi tous les probabilistes, du moins depuis les propositions condamnées par Innocent XI, demeurent d'accord qu'il faut suivre non pas l'opinion plus probable, mais la plus sûre et plus certaine, et, si on ne peut l'obtenir, du moins la plus probable.
2"* Dans le cas où il ne s'agit pas du droit et de la licite, vous ne devez pas, pour agir licitement et sans être coupable devant Dieu, vous contenter d'une probabilité faible et légère en faveur de votre opinion : cette probabilité doit être grave et fondée. Or, pour distinguer cette probabilité fondée de celle qui ne l'est pas^ vous devez faire attention : l"" qu'elle ne soit contredite par rien de certain, tel, par exemple, qu'un texte de l'Écriture sainte, le canon d'un concile dont l'interprétation n'est pas douteuse, une décision des souverains pontifes, ou une raison évidente. Dans ce cas, votre opinion, quelle qu'elle soit, pourra bien avoir l'apparence de la probabilité, mais non la réalité. Tout au plus elle méritera le nom de difficulté, mais non de vérité, étant impossible qu'il y ait deux vérités contradictoires ; 2*" ce n'est pas assez que votre probabilité ne soit contredite par rien de certain ; vous devez, en outre, comparer soigneusement vos raisons aux raisons opposées, les considérer avec toutes leurs circonstances spéculatives et pratiques. Il faut, déplus, dans celte comparaison, que vos motirs restent égaux, ou à peu près, aux motifs contraires, en sorte qu'en leur présence ils continuent d'être vraiment probables, fassent une forte impression sur Tesprit, et donnent aux raisons opposées non une réponse frivole, mais solide, mais propre à tranquilliser, bien qu elle n'exclue pas tout doute du contraire.
Ainsi, quoique, comparativement à la probabilité contraire, la vôtre soit inférieure, il faut qu'elle soit, absolument parlant, grave et solide, et digne d'un homme prudent : comme une montagne relativement à une autre peut être plus petite, mais néan-
moins être en soi et absolument mie assez grande masse pour mériter le nom de montagne. Si donc vous voyez sur quelque question un bon nombre d'auteurs divisés en des opinions coik traires. prétendant, chacun de son côté, que leur sentiment est plus probable, ce sera une grande preuve que les raisons sont également probables ou à peu près. Telle est, en effet, la natme des esprits que, là où se trouve une différence notable, la piopart s*en aperçoivent et se réunissent; au contraire, lorsque la différence n'est pas grande, la même raison fait plus d'impression sur celui-ci, moins sur celui-là, en sorte qu'ils restent divisés de sentiment.
Du moiDt pro- 80. — Voilàlesprincipalesprécautionsiodiquéesparlesautem ***"s **J-° 9"^ soutiennent le probabilisme. Quoique tous peut-être ne diubie. sent pas en termes formels que le moins probable, qu'ils regardent comme licite, ne diffère pas notablement, mais faiblement, du plus probable, il esl cependant certain que tel est leur sens. En effet, tous s'accordent à rejeter comme insuffisante la faîMe probabilité condamnée dans la troisième des propositions proscrites par Innocent XI. On voit par là en quel sens le probabilisme permet de suivre l'opinion moins sûre. Cela ne veut pas dire qu'il vous permette d'agir dans le doute du péché formel qui offense Dieu et rend l'homme coupable ; doute qui consiste dans un acte de la volonté, laquelle, connaissant que dans tel caste loidivinel'obHge, refusede s'y soumettre et méprise ainsile législateur et la loi. Non, certes ; ce serait là une erreur intoléraMe. Jamais un probabiliste ne vous dira qu'il soit permis de vous exposer au danger de péché formel, bien qu'il vous permette de vous exposer au danger de pécher matériellement, pourvu qtill y ait une probabilité fondée et prudente qu'aucune toi n^est contraire, en sorte qu'il soit probable que votre action a^est pas même un péché matériel. Il nie qu'en agissant de la sorte, vous vous exposiez à un danger quelconque de commettre une véritable offense envers Dieu. Pourquoi? C'est qu'à ses yeox, une loivraiment douteuse rC oblige pas ^ et qu'en maître équitable Dieu exige, il est vrai, notre obéissance lorsque sa loi est certaine ou très probable ; mais, lorsqu'après toutes tes diligences, elle demeure pour l'homme pradent véritablement incertaine, il nous laisse en liberté. Donc, en suivant l'opinion solidemenl probable, si l'homme doute que son action soit permise matériel-
MAlfUEL DIS GONrESSBURS. 8^
lement, il est^cependant certain qu'elle est p^mise formellement. Dès lors il agit dans la bonne foi, d'après le témoignage pratique de sa conscience, et avec la certitude de ne pas offen* ser Dieu et de ne pas se rendre coupable, lors même qu'il arriverait que son action fût matériellement opposée à la loi.
81. — Si vous aimez mieux le probabilîorism^, suivez-le, Précautiont pourvu que vous preniez les précautions nécessaires pour le re- j^ 'lîiïSaio. tenir dans ses vraies et justes limites. D'abord, prenez garde de mine. ne pas tomber dans le tutiorisme, soit rigide, soit mitigé. Le rtgide est celui qui nie la licite formelle d'une action aussitôt et toutes les fois qu'il y a un doute, bien que faible et léger, de quelque loi contraire. Ainsi, il ne vous permet pas même de suivre l'opinion très probabley parce qu'elle pourrait encore être fausse ; il veut donc que vous suiviez toujours et en tout l'opinion la plus sûre et qui éloigne avec certitude de tout pédàé matériel* Le tutiorisme mitigé est celui qui vous permet Tusage de l'opinion très probable, mais qui ne se contente pas de la probabilité plus grande, parce qu'elle laisse encore subsister le danger du péché matériel.
Or, quoique ces deux opinions aient une si belle apparence de la morale ta plus same, la plus sûre et la plus parfaite, cependant la première a été condamnée par la maîtresse infaillible de la morale. L'Église l'a proscrite par l'organe d'Alexandre YII, dans la troisième proposition, qui est de Sinnichius : N&n iicei segui inier probabiles probiAUissimam. La seconde^ qucHqae non condamnée, est c^[>endant contraire à la pratHiM 4es souveraÎDS pontifes et des docteurs même les plus réservés •et les plus vénérables ; ajoutez qu'elle entraîne mille inconvémenis. Parmi les souverains pontifes, Alexandre III, Honorius m, Gélestin III, Clément II, onttUspensé du vœu solennel <de chasteté. Grégoire Vil, Martin Y, Adrien YI, ont dispensé d« flDUiriage raio, sed non cansummaio. Us savaient cependant Ueft ifÊd de frands docteurs, des princes même de l'éoole disputaient fortemenit ce pecvoîr-là aix souverains pootifes. NéaMnoîDs ib 4mt dispensé, sns déclarer préalablement împrelMUes leeopiH «lions contraires; opinions qui sont certainement pour 3e moins solidement probables. Quant aux doeteors et aux •cbeis de l'école, ils ont toujours, dans les matières olMCores de ta flMNrale. ihnmé comme licite l'usage 4e ce qui leur paraiseait
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plus vraisemblable : ils savaient cependant bien qu'il ne manquait pas de raisons contraires non méprisables. Ainsi, ils jugeaient* à la vérité, leur sentiment plus probable, mais ils ne regardaient pas comme improbables les sentiments opposés. Saint Thomas va même plus loin. Quelquefois il reconnaît expressément pour probable Topinion contraire à la sienne. Il n'est donc pas conforme à Tusage de l'Église ni des docteurs d'exiger la plus haute probabilité. Ajoutez que ce tutiorisme même ainsi mitigé n'est pas supportable dans la. pratique ; en voici la raison. Il n'est pas rare, il est, au contraire, très fréquent de trouver des cas où il reste quelque doute fondé en faveur de la loi. Or, s*il n'est pas permis d'agir contre ce doute, au moins, lorsqu'on a des raisons plus fortes pour nier l'existence de la loi, il faudra à chaque instant imposer aux fidèles des obligations extrêmement difficiles. Ainsi, le joug de l'Évangile ne sera plus doux et léger, comme le veut Jésus-Christ, mais odieux et accablant. De là il serait fort à craindre qu'on ne fît tomber dans le désespoir, et du désespoir dans un relâchement général de mœurs, par les mêmes moyens qui semblaient promettre une plus grande réforme. Mémo sujet. 82. — Si donc vous le voulez, séparez-vous des probabilistes, en ne vous contentant pas de la moindre ou de l'égale probabilité; mais si vous exigez l'opinion plus probable, n'allez pas jusqu'à vouloir la très probable ; qu'il vous suffise que la probabilité soit plus grande, sans demander qu'elle surpasse notablement la contraire. Autrement, ce serait vouloir que la vôtre fût si forte qu'elle arrivât jusqu'à la plus haute probabilité des tutiorisles, et que la contraire fût si faible qu'elle ne fût pas solidement probable, mais qu'elle restât improbable ; de celte sorte vous seriez probabilioriste de nom et tutioriste de fait. C'est pourquoi, dans la pratique, comme il n'est pas juste de donner pour licite une action par cela seul qu'un auteur jeune et moderne la regarde comme telle, surtout lorsqu'il n'apporte pas de raisons convaincantes, et qu'il y a des auteurs d'un avis con- 4raire; de même, lorsqu'un sentiment est soutenu par cinq ou six auteurs de mérite qui Tout soigneusement examiné, vous ne devez pas le rejeter par cela seul qu'un auteur moderne le rejette, et soutient que l'opinion contraire est plus sûre. Il en est de même dans les matières controversées sur les*
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quelles les docteurs se divisent. Lorsque chacune des deux opinions contraires est soutenue, non par un seul, mais par plusieurs ensemble, et que chacun regarde la sienne comme plus probable, vous pouvez, sans faire violence à votre système, embrasser quel parti vous voudrez, puisque Tun et Tautre est tenu pour plus probable par de grands hommes. Enfin, comme il n'est pas nécessaire d'avoir pour maxime générale de suivre toujours les opinions bénignes, il ne convient pas non plus que vous adoptiez pour principe immuable de suivre toujours en de pareilles controverses les sentiments plus sévères. Mais bientôt, au n"* 92, je vous indiquerai des expédients dont vous pourrez vous servir en de semblables occasions.
83. — Il suit de là que le probabiliorisme bien entendu, et Le probabiretenu dans ses justes bornes, ne saurait être taxé de rigorisme "e^du'lr dans le sens odieux et blâmable de ce mot. Cette note de rigo- peat ètreac. rîsme doit être réservée au tutiorisme, qui, comme nous l'a- ^^^hÎ^LT*^ Tons vu, entraîne une foule d'inconvénients. Il n'en est pas de même du probabiliorisme. Il veut, à la vérité, qu'on s'en tienne k l'opinion plus probable; mais cela veut dire, dans un sens modéré et discret, que, tout en rejetant l'opinion moins probable ou également probable, il ne va pas jusqu'à exiger ]a très probable. Lorsqu'il enseigne qu'on doit suivre l'opmion la plus sûre, il ne dit pas cela en faveur du tutiorisme, comme s'il adoptait la maxime que Dieu impute à péché l'action faite dans le doute, même faible, du péché matériel : il veut dire seuleoient, contre les probabilistes^ que, dans le doute plus grave ou également grave du péché matériel, il n'est pas permis d'agir; que, pour rendre une action formellement licite, il faut que les raisons de sa licite matérielle, bien qu'elles ne soient ni certaines ni très probables, soient néanmoins plus solides et plus probables que leurs contraires.
Dans ce cas, le probabilioriste soutient la partie bénigne de son système. Contrairement aux tutioristes, il permet Tusage de l'opinion plus probable favorable à la liberté^ quoiqu'elle ne soit pas le moyen le plus sûr d'éviter le péché matériel : il montre comment, en suivant l'opinion plus probable contraire à la loi, on peut se former un jugement pratique certain sur la licite formelle de l'action. Avec cette modération, le probabiliorisme est loin du tutiorisme : il permet beaucoup plus de choses que
relâchement.
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lui, et il en défend d'autres que le probabiliste peimet. T<hh tefois ses défenses sont moins nombreuses et moins difficiles à garder que celles des tutioristes. Maintenant, si à la r»son en ajoute Tautorité, les auteurs anciens et modernes qui soutieii* nenl le probabiliorisme sont si nombreux et si distingués qu'on ne saurait d'aucune manière le taxer de rigorisme, pourra qu'il soit bien compris et retenu dans ses justes limites. Àjoutex que l'Église, qui a condamné le tutiorisme rigide, n'a jamais rien dit contre le probabiliorisme bien entendu.
Le probajbu 84. — Il couvieut maintenant de rendre justice au probabi- *™du ne peu" ^sme. Lorsqu'il est bien entendu et accompagné des précautions
être uiéde convcnablcs, on no saurait Taccuser de véritable relâchement En effet, laissant de côté le raisonnement, jetez un coup d'oeil sur la multitude et la qualité de ses défenseurs, et vous verrez s'il est possible qu'il contienne un vrai relâchement sans que cette foule d'illustres soutiens s'en soient aperçus. Or, Teritle, dans son livre Z)^ Conscientia probabili, compte plus de cent ditquante auteurs qui le soutiennent. Il proteste qu'il ne s'en est point rapporté à la parole d'autrui, mais qu'il a lu et vérifié luimême les textes originaux de chacun d'eux. Alphonse de Sarasa, mort en 1667, dans son ouvrage Ars semper çaïuHendi^^ dofiJM un catalogue intitulé : Auctarum centum àctoginta n&vem^ fvt impressis libris docuerunt licitum agere ex opinione probabili. U les nomme tous; il cite leurs ouvrages, indique avec précisioa le chapitre où ils enseignent ce sentiment; il avertit en outre que, sur les cent quatre-vingt-neuf, il y en a cent cinquMita* neuf qui enseignent formellement qu'on peut suivre l'opinion moins probable.
Enfin, il assure qu'il a lu presque tous ces auteurs, au DMh bre desquels il fait observer qu'il y a un pape, six cardiiMiiix> quinze archevêques et évéques. Parmi les autres vous troaTez des docteurs de toutes les universités^ de tous les ordres, de toutes les nations, dont un grand nombre, célèbres par lear science et leur piété, furent les maîtres et les oracles de leur temps. A ces auteurs, qui jusqu'en 1667 avaient enseigné le probabilisme dans des ouvrages imprimés, il faut en ajouter aujourd'hui une foule d'autres qui, depuis cette époque jusqa'i nous, c'est-à-dire pendant l'espace de plus de cent ans» et
« Part, n, tr. 4. in fine, § 6.
même de nos jours» ont continué de soutenir le même sentiment. Or, à la vue de cette masse imposante de théologiens dont la science, la piété, le caractère épiscopal, l'expérience, commandent si hautement le respect, qui oserait dire qu'un pareil sentiment soit dépourvu de fortes raisons ? qui osera le croire entaché de relâchement ?
85. — Mais je vais plus loin ; TËglise, à qui seule il appar- L'Égiiie a-a tient de décider infailliblement du mérite d'une opinion, l'Église i^"i',^**J^ n'a jamais infligé la note de relâchement au probabilisme bien babiusme. entendu. A la vérité elle a condamné Tabus et la fausse application de ses principes à certaihs cas et à certaines questions particulières, mais jamais le probabilisme en lui-même et en thèse générale. Elle a condamné^ par exemple, l'usage de l'opinion • moins probable en matière de sacrements, etc. ; mais ce n'est pas là condamner le probabilisme bien entendu, puisque luimême excepte les cas de validité ou de quasi-validité : nous l'a- Tons montré plus haut. L'Église a proscrit un grand nombre de propositions particulières comme trop relâchées, tendant à nûr ner robservalton de la loi de Dieu et introduisant la corruption des mœurs. Gela est vrai; mais ces propositions étaient un abus, une mauvaise application du probabilisme, nullement la conséquence légitime de ses principes.
Et de fait le probabilisme enseigne bien, en générai et con^ éUùmnellement, qu'il est permis de suivre une opinion solide^iDent probable ; mais il ne dit pas en particulier ^ et d'une mamère absolue j que telle ou telle opinion particulière est vrttment probable ; il fait abstraction du particulier et s'en tient au général. Les souverains pontifes n'ont donc pas condamné te probabilisme en lui-même. Or, comme il serait absurde de conefore, de la condamnation qu'ils ont faite de certaines propofflftions comme étant trop sévères, qu'ils ont par là même condamné le probabiliorisme, de même on ne peut inférer de la condamnation des propositions relAchées qu'ils ont réfft^ftfé le probabilisme.
Bien plus, par cela seul que, parmi les propositions condamnées, il en est où se trouvent ces mots, probabile est, telles qne la 8*, la 44*, la57* des propositions condamnées par Innocent XI, ë^aoî^es avec cette formule, probabUiter existimo, etc. ; telle ^ueteS*, proscrite parle même pape, estprob&biHs opinio^ etc.»
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qui est la 40* de celles qu'Alexandre YII a condamnées; par cela seul, dis-je, il est démontré que T Église ne regarde pas le probabilisme comme réprouvé. Autrement, sans autre condamnation , elle se contenterait de laisser \epro habile est^ à toutes ces propositions comme un titre d'infamie et une marque de réprobation ; ces mots signifieraient la même chose que damnatum est, damnata opinio est^ etc., etc. Au contraire, en défendant que de pareilles propositions soient données comme probables, rÉglise montre par là que le nom de probable est un titre de respect et de recommandation dans les Églises catholiques. Nai n'a le 86. — Ajoutous à tout ccla quc, depuis plus de soixante-dix ^mntr ^ ^^^y bcaucoup de personnes font instance auprès du Saint-Siège pjf^^i- pour en obtenir la condamnation du probabilisme, mais en vain; et la preuve que cette condamnation n'a jamais été obtenue, c'est que, dans toutes les parties du monde catholique, un grand nombre de docteurs ont toujours continué et continuent encore à soutenir le probabilisme. Quoi I si une condamnation quelconque du probabilisme fût jamais sortie du Vatican^ il faudrait donc dire que tant de savants et pieux écrivains, si instruits de tous les décrets pontificaux et si religieusement exacts à régler tout ce qu'ils disent sur leur enseignement, auraient été en ce seul point, d'une si haute importance à cause de son influence générale sur toute la morale, ou bien ignorants ou bien hardis contempteurs des censures pontificales! Non seulement les théologiens seraient répréhensibles, le corps vénérable des premiers pasteurs, les évêques eux-mêmes se seraient rendus coupables d'une insigne prévarication en ne publiant pas, comme c'est leur devoir, la décision de Rome, si elle existe, et en ne s'opposant pas de toute leur force à un enseignement si pernicieux, qui depuis plus de deux siècles continue de se montrer impunément même, de nos jours, dans tous les pays catholiques. Jusqu'ici l'Église n'a donc rien dit du probabilisme bien entenda et pris en lui-même. Or, si l'Église, quoique pressée par l'importance de la question et par les instances des antiprobabilistes, a jugé convenable de se taire, qui osera s'arroger le droit de taxer le probabilisme bien entendu de théologie relâchée?
dt^S^Tinlrn» ®^* — ^^°^' ^^^ ^^^* opinions touchant l'usage du plus ou da
n'est îDfaiiu- moîns proboblc sont respectivement exemptes du reproche de
"piSfcîiiten!" rigorisme et de relâchement. Il faut convenir toutefois que ni
l'une ni l'autre ne peuvent se glorifier d'être infaillibles dans les cas particuliers. A layérité, leurs principes généraux sont sains et légitimes et, lorsqu'ils sont bien appliqués aux cas particulierSy ils ne peuvent jamais conduire ni au relâchement ni au rigorisme ; mais c'est dans cette application des principes généraux et abstraits aux cas difficiles et particuliers, que le probabiliste et le probabilioriste sont exposés à se méprendre. L'un et l'autre peuvent se tromper, ou par excès de rigueur, en ne reconnaissant pas pour solidement probable ce qui pour d'autres sera même plus probable, ou bien regardant comme plus conforme à la vérité une opinion qui, mieux jugée, ne mérite pas même d'être appelée solidement probable. La preuve en est dans le fait même des propositions relâchées ou rigides émises par les uns et les autres, tout en étant dans leur système exacts et prudents.
Je pourrais vous en citer bien des exemples. Je m'en tiendrai à celui qui est rapporté par Arsdekin, dans sa Théologie tripartite^. Cet auteur dit que M. Nicolas Dubois, dans son savant ouvrage sur les propositions condamnées par Alexandre VII, expliquant chacune de ces propositions, en nomme les auteurs et montre clairement que la plupart ont été enseignées par deux antiprobabilistes déclarés. Le premier, c'est Vincent Baron, dans son ouvrage intitulé : Theologia rnoralis adversm proba* bilistas. Le second, c'est Thomas Hurtado, dans ses Résolutions morales. Il n'est pas même très rare de voir dans les ouvrages de morale que, sur différentes questions controversées, le probabiliste soutient l'opinion plus sévère en faveur de la loi, parce que l'opinion contraire ne lui parait pas probable, tandis que le probabilioriste défend la plus bénigne et la moins sûre, parce qu'à ses yeux elle jouit d'une plus grande probabilité.
Entre autres exemples, saint Liguori, dans sa Théologie morale ^, sur cette question : An sit mortcUe confiteri venialia sine ullodolorej cite trois célèbres antiprobabilistes, Noël Alexandre, Juenin et Gonet, et indique l'endroit précis de leurs ouvrages où ils répondent qu'il n'y a qu'un péché véniel à se confesser des fautes légères sans aucune contrition. Or quel probabiliste dira jamais rien de pareil? Il est certain, continue le même S. Liguori, qu'un tel sentiment est contraire au sentiment commun
» Tome n, part, m, tract. I, cap. n, § 6. — « lib. VI, tr. FV, De Sacr. pcmiL, n* 410.
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des théologiens ; il en cite un long catalogue, même des probabilistes qui tiennent que c'est une grave irrévérence envers le sacrement que de le rendre nul, bien qu'en matière légère. C'est le contraire de ce qu'enseignent les antiprobabilistes cités plus haut. Ni les uns ni les autres ne peuvent donc se vanter d'être infaillibles lorsque, tout en renfermant leur système dans ses justes limites, ils l'appliquent aux cas particuliers. D'où dépend 88. --r II faut reconnaître que les erreurs du relâchement ou sJne mori*e? ^^ rigorismc dans lesquelles les uns et les autres sont tombés ne doivent être attribuées ni au probabiliorisme ni au probabilisme ; au contraire, lorsqu'on en fait usage avec les précautions convenables^ on s'éloigne également du relâchement et du rigo* risme. En effet, c'est pour cela que le probabilioriste soutient contre le tutioriste qu'il est permis de suivre l'opinion plus probable, quoiqu'elle n'arrive pas jusqu'à la plus haute probabilité. C'est aussi pour la même raison que le probabilisme, pour éviter le relâchement, nie qu'il soit permis de suivre l'opinion faiblement probable. Or, nulle proposition qui énerve la discipline et corrompt les mœurs ne pourra jamais être appelée solidement probable et digne de Tapprobation d'un homme prudent ; donc aucune proposition pareille n'est admise par le probabilisme bien entendu. Au contraire, il rejette toutes celles du même genre ; mais aucune proposition solidement probable ne causera jamais ni le relâchement des mœurs ni la ruine de la piété. De même, l'opinion qui démontre avec plus de probabilité l'existence d'une loi qui défend une action, ne pourra jamais être regardée comme trop sévère. Une pareille accusation ne s'adresse qu'au rigoriste; car il veut qu'on soit obligé de s'en tenir à Topinion moins probable en faveur de la loi, parce que l'opinion favorable à la liberté, bien que plus probable, n'est cependant ni certaine ni très probable.
Certainement les souverains pontifes, en frappant de lesrs foudres les propositions particulières trop relâchées ou trop sévères, n'auraient point épargné leurs causes empoisonnées, et ils auraient frappé le probabilisme et le probabiliorisaie s'ils les avaient reconnus pour tels. Donc il faut conclure que l'un et l'autre système en eux-mêmes ne sont la source ni du rigorisme ni du relâchement, et que les erreurs de leurs soutiens sont un effet de la mauvaise application des principes généraux
MANUEi 0ES CONFBSSBURS. 91
aux cas particuliers. Le Aïoyen d'éviter ces erreurs et ces méprises n'est pas que le probabilisme embrasse le probabiliorkuoie ; malgré ce système au peut tomber, et de fait on est tombé^ comme nous Tavons vu, dans le relâchement. Beaucoup moins encore doit-on dire au probabilioriste, pour se précautiaoneTy de suivre et d'embrasser le tutiorisme ; ce remède serait pire que le mal, à cause des inconvénients que le tutiorisme traîne à sa suite, ainsi que nous l'avons montré au n"" 81.
Le remède consiste dans l'union indivisible de ces deux cho* ses, savoir : un ensemble de priDcipes sains, accompagné des précautions indiquées plus haut, et la prudence pour tes appliquer auxcasparticuliers. Je dis de principes sains y parce que sans ccda les erreurs, dans les cas particuliers, sont nécessaires et inévitables ; ensuite prudence pour faire l'application des principes généraux, en sorte qu'on juge sainement quel sentiment fidérite ou non d'être appelé solidement probable. Pour cela il faut une prudence accompagnée de la science, afin de connaître toutes les opinions opposées : de l'exactitude, qui examine tout; enfin de la piété, qui a le double avantage d'attirer des lumières particulières de la part de Dieu et de tenir le cœur libre de toute préoccupation et de tout esprit de parti. Cet esprit de parti a une puissance incroyable pour troubler le jugement de Tintellect et conduire à l'erreur. Or toutes ces conditions de principes sains, de prudence, de science, d'exactitude et do piété, peuvent se rencontrer également dans le probabiiioriste et dans le probahiUste. De là il faut conclure que l'un et l'autre, quoiqu'un peu divisés sur les règles générales, peuvent cependant, dans les cas particuliers, avoir toute la réserve nécessaire pour éviter tout reproche de rigorisme et de relâchement.
Sd. — Pour ea venir au véritable but de toute cette discussion^ conclusion do voyez si ce que je vous disais au commencement n'est pas vrai, "***gtoir** savoir que, en prenant les précautions convenables, ce n'est pas de la question du plus ou du moins probable qu'il dépend ou non d'avoir une saine morale, d'être un maître sage et un ministre utile du sacrement de pénitence. En eifet, si le probabilisme bien entendu n'est pas le relâchement, la morale du probabiliste Be peut pour cela seul être défectueuse. Sî, de son côté, le probabiliorisme ne peut se flatter d'être infaillible dans les cas par* tJcuUers, il ne peut avoir la certitude d'être, dans les décisions
n MANUEL DES CONFESSEURS.
particulières, plus heureux que le probabilisme. Or, comme la morale presque tout entière roule sur des questions particulières, le corps à peu près entier de cette science pourra donc être pur dans le probabilisme aussi bien que dans le probabiliorisme.
Voyez maintenant à quoi vient aboutir la grande différence qu'on établit entre Tun et Tautre. Dès le principe ils sont d'accord : l"" pour exclure les questions défait et de validité ou de quasi-validité ; 2*" dans les questions où il ne s'agit que du droit et de la licite, ils établissent d'un commun consentement, contre les relâchés, que la faible probabilité ne suffit pas, et contre les rigoristes, qu'il n'est pas nécessaire, pour qu'une action soitformellement licite, d'avoir la certitude ou la souveraine probabilité de la licite matérielle. Yoici maintenant le seul point sur lequel ils se divisent : pour rendre l'action formellement licite, l'un exige que la probabilité qui nie l'existence de la loi soit plus grande que la probabilité qui l'affirme ; l'autre se contente qu'elle soit égale ou même moindre. Mais l'un et l'autre explique le plus ou le moins avec tant de réserve, que l'un ne doit point arriver à la certitude ni à la plus haute probabilité, et que l'autre ne doit pas être seulement une probabilité faible et légère, mais solide et grave.
oifléNnee da 90. — Cette différence, déjà si mince en théorie, se réduit à
ÎTdî^^'rofcïl! ^^^ ^^"^ '®^ ^^^ particuliers, ou bien est peu praticable ou de biuorisme dans pcu d'usagc, cIlc se réduit à rien, lorsque le probabiliste et le
la pratique. p^Q babil ioristc permettent la même opinion, l'un en disant qu'elle est plus probable, l'autre en soutenant qu'elle est moins solidement probable. Elle est de peu d'usage et peu praticable, lorsqu'on ne distingue pas bien lequel des deux partis opposés a pour lui le plus de probabilité et laquelle des raisons contraires est la plus forte et la plus grave. Ceci arrive souvent en morale, surtout lorsque, les auteurs étant divisés en sentiments différents, chacun veut que son opinion soit plus probable. En pareil cas, qui pourra jamais affirmer avec certitude de quel côté se trouve la plus grande probab ilité ? En effet, veut-on tirer la probabilité des raisons intrinsèques : mais, si aucun des docteurs, qui sont d'ordinaire des hommes distingués parleurs talents, leur science et leurs études, n'a pu réussir à éclairer la question au point d'amener les autres à son senti--
ment, qui peut espérer d'être plus heureux et plus clairvoyant pour découvrir la vérité? Veut-on en juger d'après l'autorité : mais, sur chaque question controversée, il faudra donc lire tous ou presque tous ceux qui Font examinée?
Ce n'est pas tout : après ce travail immense et souverainement pénible, il restera encore à calculer non seulement le nombre, mais le mérite des partisans de Tune et de l'autre opinion. Cela est-il possible à un confesseur, qui doit satisfaire à une multitude de pénitents et répondre à mille questions? Dans de pareilles controverses, il est donc impossible en pratique de trouver le probabiliorisme absolu, objectif et réel, c*est-à-dire celui qui est reconnu pour tel par tout le monde. Il faudrait donc tenir au probabiliorisme relatif, privé, personnel. Mais, établir en principe que dans les questions controversées chacun peut et doit suivre ce qui lui semble plus probable, sans se mettre en peine de l'opinion des autres, n'est-ce pas une manière qui, entre mille inconvénients, ouvre une trop libre carrière au relâchement? Combien n'est-il pas à craindre que l'estime aveugle de chacun pour son propre sentiment, que Tamour-propre surtout, s'il s'agit de décider en sa propre cause, que toute autre passion ne trouble la vue et ne fasse trouver plus raisonnable et plus probable ce qui, dans la réalité, n'est pas tel? Donc en beaucoup de cas on ne peut mettre en pratique le probabiliorisme absolu ni le relatif.
91. — Pour cette raison et pour d'autres encore, plusieurs p,obabUi8mt théologiens, qui seraient volontiers probabilioristes, se voient modéré. obligés, dans la pratique, de se contenter d'un probabilisme solide et modéré. G*est là une règle et un principe de morale qui leur semble, d'une part, exempt de tout reproche de relâchement, et, de l'autre, plus usuel et plus praticable. En effet, les limites et les différences qui séparent la solide et grave probabilité de la faible et de la légère étant plus sensibles, il est plus facile de les reconnaître ; par conséquent, il est plus facile de voir où poser le pied, sans être toujours dans l'hésitation et dans l'incertitude du plus ou du moins probable, enfin sans être obligé d'en venir aux rigueurs des tutioristes.
Gela est d'autant plus vrai qu'à ces difficultés pratiques pour reconnaître en mille circonstances la plus grande ou la moindre probabilité sont exposés non seulement les théologiens imberbes
lUNCELDES CONPESSEORS. 10
et d*un faible savoir, mais encore les hommes consommés dans renseignement et dans Tétude. Tel était certainement le révérend Père Roncaglia. Écoutez cependant ce qu'il dit dans sa morale* : Ctmfessanus^postquamdiligeiitermorcUistuduittheih logi^j meauctorey nonanxius sit circa illam tant agiiatam çtuBstionem^ an sit licitum sequi minus probabile in conspectuprobabilioris. Probabiliora sequenda docuit me meus prœceptor^ et pariter ego plunbus abhinc annis ecandem docui sententiam; ai expérimenta vidi nihil adpraxim deservire. Qui etenim, velstudendoy etprœcipue dum audit confessiones, potest omnia mth menta ustriusque partis librare, et inde de finir e : Hoc est minus probabile? Hoc est onus intolerabile . Satis mihi fuit in praxi sequi sententias quas rationabili fundamento innixas putavi, et ita credidi satis fecissemeœconsciencix, absque eo quodjudicem me constituerem inter minus pi^obabilem et magis probabilem. Tempéraments 92. — Jo n'oxigo pas autaut de TOUS : embrassez, si vous voadlw'pw't/e^ l®^> 1® probabiliorisme, mais évitez de tomber dans le tutiorisme. C'est pour en laisser la liberté que, dans toutes les instructions précédentes, j'ai soigneusement écarté les mots déplus ou de moins probable, afin de ne pas faire dépendre de cette question la valeur et le fruit de ce que j'avais à vous dire. Il en sera de même jusqu'à la fin. Je ne vous dirai rien que vous ne puissiez avouer et admettre comme étant le plus utile à la gloire de Dieu et au salut des âmes. J'ai été plus loin; pour plus de sûreté, mon premier soin, en tout, a été de reconnaître et de suivre les sentiments de plusieurs docteurs également respectables par leur savoir, par leur expérience dans le ministère du tribunal et la direction des consciences.
C'est encore laraison de la conduite que j'ai tenue lorsque j'en suis arrivé à la manière de vous diriger dans les cas fortement débattus entre les théologiens. Où il semblait inévitable de me mettre en opposition avec l'un des deux systèmes, je vous ai indiqué, n** 64 et suivants, trois tempéraments également admissibles par les probabilisles et les probabilioristes. Les voici: !• ou de vous taire et de laisser le pénitent dans la bonne foi, lorsqu'il ignore l'obligation qui fait l'objet de la controverse, et qu'il y a lieu de craindre, si on l'en avertit, qu'il ne Taccomplisse pas ; 2"" ou de chercher entre les sentiments opposés un
A Tract. I, de Actib. hum., c. u, in regulis observandis in praxi, % 8.
parti mitoyen qui renferme ce qu'il y a de bon dans les deux autres ; 3* ou, si cela ne se peut, conseiller Topinion la plus sûre, sans en faire une loi, et permettre au besoin l'usage de Topinion bénigne, du moins lorsqu'à la solidité des preuves se joint l'avantage spirituel du pénitent; tout cela afin de ne pas l'exposer, par l'opinion sévère, au danger de pécher formellement s'il vient à ne pas s'y conformer.
Ce troisième parli ne doit vous inspirer aucune inquiétude, si 1* vous faites attention à ce qui arrive presque toujours dans la pratique : c'est que, dans les questions vivement agitées^ chaque opinion est donnée par ses partisans non seulement comme probable, mais comme plus probable ; or, dans ce cas, vous pouvez, sans faire violence à vos principes, l'embrasser et la suivre ; si 2* à la solide probabilité de l'opinion bénigne se joint l'avantage spirituel du pénitent, vous ne pouvez nier qu'elle ne soit la meilleure tant pour procurer son plus grand bien que pour éviter un plus grand mal. Or, vous n'avez ni le droit de luiimposer votre système, ni de le croire indigne de l'absolution s'il veut jouir de la liberté que d'autres auteurs lui accordent^ fondés sur de solides raisons. Vous donc qui, au tribunal de la pénitence, n'êtes pas seulement docteur, mais encore médecin, vous pouvez et vous devez user de cette libéralité discrète et prudente.
En effet, la principale maladie à laquelle vous devez remédier ^qualité de médecin, c'est le péché formel, qui donne la mort à l'âme; cen'estpas le péché matériel, lorsque, comme dans le cas dont il s'agit, il ne saurait être imputable à péché au pénitent qui de bonne foi court le danger de le commettre^ Ne croyez pas que j'accorde trop à la faiblesse du pénitent ; ce n'est pas ici l'enseignement d'un docteur particulier, c'est la doctrine formelle du trente-sixième synode de Milan. Yoici ce qu'il dit dans son troisièmedécret : Confessariine nimis curiosisint in indagandis cireumutantiiSy maxime personarum, quss non faciunl ad inteçri" totem confessionisj et omnino acquiesçant opinioni probabili pœnUentis^ ne maxime reddant sacramentum tantœ necessiiatis odioswn. Ainsi l'atteste un digne prélat de cette ville, dans son ouvrage : Selecta exsingulis théologies moralis tractatibm; Mediolani, 1748, apud Agnellum Franciscum.
Yous demeurez donc libre, en général, de suivre le probabi- Uorisme bien entendu et accompagné de réserves convenables ;
96 MANUEL DES COiNFËSSEURS.
ruais ne vous faites pas du probabilisme, bien entendu, un objet de mépris, un sujet de scandale et de censure. Accordez que le probabiliste peut aussi, dans Tapplication de ses principes, réunir une prudence, une science, une exactitude telles qu'elles lui donnent dans ses opinions une vraie et solide probabilité et lui fassent ainsi éviter le relâchement. C'est pour cela que j'ai toujours regardé comme injustes ces probabilistes aussi bien que ces probabilioristes qui, admirateurs exclusifs de leur système, n'ont pas plutôt appris qu'un auteur est d'un avis différent, qu'aussitôt, et sans autre examen, ils le méprisent, ne le lisent pas, détournent même les autres de le lire, regardent celui qui rétudie comme un homme trompé qui pèche par relâchement ou par rigorisme. Par la raison contraire, apprennent-ils qu'un auteur est de leur avis : sur-le-champ, et pour cela seul, ils lui donnent leur estime, l'exaltent et le préfèrent lui seul à mille autres d'un sentiment opposé. Queu sont les 93. — Pour VOUS, VOUS serez plus équitable, et vous m'accor- TcïiTdc mo- derez qu'il ne dépend nullement de cette question d'être un sage nie. et utile auteur de morale. D'une part, faire usage de précautions convenables pour mettre à l'abri du relâchement et du rigorisme le probabilisme et le probabiliorisme ; d'autre part, savoir appliquer avec prudence leurs principes généraux aux questions particulières, et avoir assez de bon sens pour ne pas donner comme probable ou comme improbable ce qui n'est pas tel : voilà les conditions de la saine morale. C'est pourquoi, dans le choix des auteurs à lire, on doit préférer ceux qui ont de la piété, par conséquent qui ne sonf point inspirés par l'esprit de parti, mais par un zèle sincère de la gloire de Dieu; qui à une grande science joignent la pratique du saint ministère, un bon jugement et le talent d'apprécier les choses à leur juste valeur. Or, des auteurs de ce caractère et de ce mérite vous en trouverez parmi les probabilioristes et parmiles probabilistes. Ainsi, vous vous priveriez d'un grand secours dans l'étude de la morale si, par aversion pour le probabilisme, vous dédaigniez d'en lire les auteurs, comme si vous deviez y trouver autant de sentiments relâchés que de décisions.
Certes, ce n'est pas ainsi qu'en pensait Benoit ZIY. Vous le verrez bien souvent dans ses ouvrages citer avec éloge les auteurs probabilistes. Voulez- vous former vous-même votre conviction?
II TOUS suffit d'ouvrir les ouvrages d'un grand nombre, dans lesquels vous trouverez, avecla plénitude de la science, la connaissance exacte des saints Pères, des conciles et des canons, et une sage appréciation des raisons des deux partis. Alors vous serez forcé de convenir que les motifs de leurs décisions sont très solides, et qu'ils donnent aux objections des réponses capables de satisfaire tout homme équitable et prudent, autant qu'on peut le demander dans des matières tellement obscures et controversées, que nul n'a pu jusqu'ici les éclaircir de manière à dissiper tous les doutes. Mais quels sont ces auteurs si recommandables? Je ne vous le dirai pas. Vous pouvez lesreconnailre par le crédit universel dont ils ont joui et dont ils jouissent encore dans le public ; car l'œil du public, composé, pour ainsi dire, de tant de milliers d'yeux, ne se trompe point. Cette estime publique se manifeste encore par les éditions multipliées de leurs ouvrages, bien que volumineux et de grand prix, sans que l'esprit de parti soit pour rien dans la vogue de ces auteurs probabilistes : preuve évidente que le prodigieux succès de leurs écrits doit être attribué à leur mérite intrinsèque.
94. — Soyez donc, à votre choix, probabiliste ou probabilio- consco pour u riste, mais ne méprisez les auteurs d'aucun des deux partis. Pre- v^^v^^ nez pour objet de vos lectures ceux qui, d'après le témoignage commun, ont employé les réserves convenables afin d'éviter le rigorisme et le relâchement. Toutefois une erreur particulière ne doit pas vous ôler l'estime et vous faire renoncer à l'usage d'un auteur, pourvu qu'il soit exact dans les principes généraux et dans l'ensemble de ses décisions, sur cette foule de matières dont se compose la morale. Nul doute que vous ne deviez l'abandonner lorsqu'il se trompe, mais sur tout le reste il peut encore vous être d'un grand secours : le soleil a des taches, et néanmoins il est le flambeau du monde. Cette raison ne suffit donc pas pour le mépriser ; autrement vous devriez abandonner presque tous les auteurs probabilistes et probabilioristes. En effet, il est bien difficfle et bien rare d'en trouver un qui, ayant composé plusieurs ouvrages ou même un seul volume un peu considérable sur toutes les questions, que dis-je? sur les principales questions de la morale, n'ait pas montré dans certains cas particuliers qu'il était homme sujet à l'erreur, et qui, dans certaines décisions, n'ait
MANUEL DBS CONFESSEURS.
pas dévié de cette exactitude et de ce jugement droit dont il a fait preuve sur tout le reste.
Néceuité de la ^5. — Par tout ce qui précède vous voyez clairement qu'en diicrétion en yous dlsaot d'être discret dans votre morale, mon intention n'est conesun. p^gqy^ ^^^g gQygg probabilistc plutôt que probabilioriste. Je veux seulement que vous restiez dans les limites des deux systèmes, afin d'éviter les extrémités vicieuses, inévitables sans cette précaution. Votre première question est donc clairement résolue. Quant à la seconde, savoir : Dans lequel des deux extrêmes est-il le plus aisé de tomber, et quel est le plus funeste à la gloire de Dieu et au salut des âmes ? vous en trouverez successivement la réponse dans ce qui me reste à vous dire. Toutefois, comme il n'est que trop facile de donner dans l'un ou l'autre, et que tous deux sont extrêmement funestes, permettez qu'à toutes les observations précédentes j'ajoute ici leur portrait, afin de vous en inspirer tout Téloignement possible.
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