CHAPITRE II
DES PEÉCAUnONS QUE LE GORFESSfiUE DOIT PRENDRE AYANT DE CON- FESSER .
Après vous avoir parlé des quaUtés du confesseur, il me reste à vous exposer les précautions que vous devez prendre pour YOusHnême, afin que le ministère de la confession vous soit
» LU>. VI, n. 620. — * Ibid.
utile ainsi qu^à vos pénitents. Parmi ces précautions, les unes doivent vous précéder, les autres vous accompagner au tribu* nal, et toutes éloigner de vous le danger ou d'exercer mal ce saint ministère, ou de ne pas l'exercer, enfin vbus le rendre plus doux et plus profitable.
MepAsmanqoer 129« (PaiTRE SANCTIFIÉ, U"^ 101-118.) Nc poiut DianqU^
****cïïîS!ï°*^ des qualités nécessaires, avoir Testime convenable de ce ministère, ne pas le laisser par des raisons humaines, ne pas le quitter par des motifs spirituels mal fondés.
Et d*abord ne pas t exercer sans avoir les qualités nécessaires. Ainsi, vous aurez les qualités qui ont rapport au pénitent, et que je vous ai expliquées plus haut. Pour cela, remplissez votre cœur d'une charité de père ; autrement, vous abandonnerez ou vous n'exercerez qu'avec négligence ce fatigant ministère. La charité seule peut l'adoucir au confesseur et au pénitent, de manière à tes rendre assidus, le premier à l'exercer, lesecond à en profiter. D'immenses mérites sont la récompense du premier; la rémission de ses fautes passées, la grâce de ne pas y retomber, l'affermissement dans la vertu, sont les avantages du second : pour Tun et pour l'autre la gloire d'honorer Notre-Seigneur. Il est vrai que la charité ne suffît pas, mais il est vrai aussi que sans la charité tout le reste est insuffisant. C'est la disposition la plus difficile et en même temps la meilleure, soit pour acquérir la science de juge et l'habileté de médecin, soit pour en faire usage ; c'est la qualité dont on a le plus souvent besoin. Sur cent confessions, à peine s'en rencontre-t-il deux ou trois qui exigent une science plus qu'ordinaire, tandis que toutes à peu près demandent une grande charité pour accueillir, pour supporter et pour aider efficacement le pénitent ; donc charité de père.
Habileté du mè- 130. — Joignez-y Thabileté de médecin. On peut dire avec <i«<in. vérité que c'est elle qui, dans un sens, dirige la science morale, dont elle est la force, Tappui, la richesse, la perfection et le complément. En effet, elle n'est autre que la science ascétique, qui, apprenant combien diffèrent la théologie spéculative et la théologie pratique, nous fait connaître quelle est, dans l'exercice du saint ministère, la morale la plus utile à la gloire de Dieu et à la sanctification des âmes, c'est-à-dire celle qui n*est ni relâchée ni rigoriste, mais prudente et discrète. Elle est la
force et le secours de la morale, parce qu'à la connaissance des matières qui sont l'objet de vos interrogations, elle ajoute l'adresse, le discernement, la réserve nécessaires pour découvrir et connaître tout le mal, sans aller jusqu'à nuire au malade, c^est-à-dire au pénitent.
S*agit-il d'enseigner et décider en qualité de docteur : elle vous apprend à éviter le double écueil du rigorisme et du re- Iftchement^ tantôt par un langage assuré, tantôt par un silence prudent, d*autres fois en prenant quelques tempéraments ou vous contentant de simples conseils. Maïs c'est surtout comme joge, dans l'absolution ou la condamnation du coupable, qu'elle vous fournit des ressources pour le disposer à recevoir rabsolulion sans exposer le sacrement, ou à subir un refus sans danger pour son flme. Elle est la richesse de la morale ; grâce aux motifs, aux exemples et aux industries qu'elle met à votre disposition, elle vous donne de nombreux moyens de faciliter aa pénitent l'accomplissement des plus pénibles obligations, de trouver le remède propre à chacune des maladies de Tftme, enfin de rendre la pénitence plus convenable et plus utile, soit comme réparation du passé, soit comme préservatif pour l'avenir. Ce n'est pas tout ; tandis que la morale se borne à bien absoudre le coupable, l'ascétisme le conduit à la perfec* tion ; donc, étude de Tascétisme pour avoir l'habileté de médecin.
131 . — Toutefois appliquez-vous à l'étude de la morale ; au- ittode. trement c'est à votre égard que se vérifierait cette menace du prophète Osée : QuiaturepulisHscienHamy repellam te, nesacer* dotio fungarismihi ^, du moins dans le ministère de la réconciliation. Pour acquérir cette morale qui est utile aux âmes, la morale discrète, employez les moyens que je vous ai indiqués : la prière, un esprit impartial et docile, la lecture de plusieurs auteurs. C'est ainsi que vous éviterez le rigorisme et le relâchement, dont je vous ai démontré les funestes effets. Telles sont les trois qualités qui doivent toujours vous accompagner. Une seule de moins, eussiez-vous les autres à un haut degré, TOUS ne serez jamais un confesseur utile ; car ou vous ne voudrez point ou vous ne saurez point étudier ni mettre en œuvre les moyens de guérir les âmes. Vous pourrez le voir claire-
«Cap. IV.
134 MANUEL DBS CONFESSEURS.
ment par la conduite que je vous disais de tenir, en particoto avec les pécheurs dont Fétat demande une prompte absolatioa. On ne saurait dire laquelle des trois qualités est la plus nécessaire, ou la science de juge, ou Thabileté de médecin, ou la charité de père. Tout ce qu'on peut et ce qu'on doit dire, c'est que toutes les trois sont indispensables pour bien disposer et ab« soudre prudemment de tels pénitents.
Ici je vous avoue qu'en voyant certains ecclésiastiques tout de feu pour l'étude de la morale, mais indifférents pour la science ascétique, qu'ils regardent comme inutile ou assez connue d'ailleurs, en outre étrangers à la vie spirituelle, sans laquelle il est impossible d'avoir une vraie charité de père, je me suis demandé bien souvent à moi-même : Mais cette grande science de la morale pourra-t-elle jamais en faire de bons et de parfaits confesseurs? Ces ecclésiastiques dont l'esprit est si éclairé, mais le cœur si froid à l'égard de leur propre salut, s'acquitteront-îls bien de la fonction la plus difficile et néanmoins la plus fréquente de leur ministère ? Auront-ils la patience, la charité, le zèle pour aider le pénitent ? 0 belle ardeur pour la science de juge I que vous prépareriez au Seigneur des minis* très bien plus utiles si vous étiez jointe à une vie d'oraison et de lectures pieuses, propre à en faire des médecins habiles et des pères charitables I Pour vous, étudiez la morale avec assiduité, mais ne vous en tenez pas là ; joignez-y l'étude de l'as- <^étisme et les soins les plus empressés pour acquérir la charité. Afin de vous encourager dans ce noble travail, rien de plus utile que ce que je vais vous dire de la haute estime du ministère et de la nécessité d'être un saint ou du moins un homme assez solidement établi dans la crainte de Dieu pour ne jamais pécher mortellement.
A.Yoir une haute 132. — Afin d'cxcitcr cn vous cette estime que mérite si bien idée de ce le ministère de la confession et qui vous y attache assez pour
samt ministère. • • i» i. i ^ ^
ne jamais I abandonner ou vous en acquitter avec négligence, j'ai trois choses à vous dire qui me paraissent bien importantes et bien capables de vous y animer fortement. Point de fonc- * 33. — D'abord, je dis qu'il n'y a rien déplus agréable à Jésus-
^\\t^i^^^' ^^^^ 9"^ d'avoir du zèle pour le salut des âmes, et par conséquent de les aider si efficacement par le ministère du tribunal à se réconcilier avec Dieu. Vous savez qu'après sa résurrection
Notre-Seigneur, apparaissant à saint Pierre, lui demanda jusqu'à trois fois : Simon Jaannis , diliçis me plus his? Saint Pierre lui répondit : Domine f tu scis quia amo te. En un mot, pour unique marque de son amour, Jésus lui demanda de pattre ses agneaux : Posée agnos^pasce agnos^pasce oves meas ^ . D epuis qu'il est dans le ciel, le Seigneur n'a pas changé. Passible sur la terre, il fut tout amour et tout zèle pour le sahit des hommes jusqu'à mourir pour eux; de même, glorieux dans le ciel, il n'y est en quelque sorte que pour leur salut. A la droite de son divin Père, il continue son ministère de Rédempteur : Interpellât pro nobis^ ; advoeatum habemus apudPatrem Dominum nostrum Jesum*. Au saint sacrifice il donne sa vie divine et Toffre pour les mêmes fins qu'au Calvaire, et dans le sacrement de l'autel il se fait notre céleste aliment.
Si donc il vous apparaissait visiblement et vous demandait : N. N., diligis me plus his? vous vous feriez un devoir, un honneur de pouvoir lui répondre avec vérité : Domine^tu scis quia amo te. Or, sachez bien que si, dans l'Evangile, il a déclaré ce qu'il vait de tous ces disciples : Hoc est prseceptum meum ut diligaUs invicem^ sicut dilexivos ; in hoc cognoscent omnes quod dtseipulimeiestis, sidilectionem habueritis adinvicem^ de vous, prêtre, outre la charité corporelle il demanderait la spirituelle, etvousdirait : Pasce,pasceypasceagnoSy ovesmeas. Ehhienlcette satisfaction à laquelle il attache tant de prix, ce gage unique de votre amour, le lui refuseriez-vous, vous dont le jour de l'ordination il a changé, par la bouche de son pontife, le nom de serviteur, commun à tous les chrétiens, en celui d'ami : Jamnon
dieam vos servos vos autem dixi amicos^. Il ne se contenta
pas de vous donner ce nom glorieux. Il vous accorda en même temps les secours, les privilèges et tous les avantages qui distinguent les amis et les favoris des serviteurs de ce grand Roi.
Si donc, sans excuse légitime, vous refusiez de vous employer à ce ministère, pourriez-vous croire que vous l'aimez véritablement et suivant ses désirs? Non, certes ; saint Chrysostome vous en avertit. Écoutez*le développant précisément les paroles de Jésus-Christ à saint Pierre : Nullum enim officium hoc Deo ca-
rius nequeprorsus alia res estqumperinde declaret doceatque
guissitfidelis et amans Christij quamsifratrumcuramagatpro-
* Joann., xxi. — * Ad Hebr.. vrn. — « I Joann. — * Joann., xv.
196 MANUEL DBS C0NFES8BUBS.
^i«tffortim5a/ti/e^^a/5o//ict/i/<ftntfm.Sivou8n*aimez pas Jésus- Christ suivant ses désirs, pouvez-vous être prudemment content de vous*même,ou espérer raisonnablement qu'il le soit de vous? p«iai de fone- 134. — Ajoulezqae Ttenn'est flus utileniplusnécessoire itu ^^mZ^!^^ />rocAam que le zèle, et, parmi ses fonctions, celle du sacré tribunal. Sans doute il est bien nécessaire, bien avantageux d'enseigner et de prêcher ; mais un petit nombre suffit à cet emploi. Un seul homme peut parler en même temps à des milliers d^auditeurs. Un petit nombre de discours, pendant Tannée, peuvent suffire pour Tannée tout entière, pourvu que les auditeurs en conservent le souvenir ou bien y suppléent par quelque lecture de bons livres. Il n'en est pas de même pour la confession. Ici il faut un bien plus grand nombre d'ouvri^^, et leurs fonctions reviennent bien plus souvent. On ne confesse pas plusieurs personnes à la fois ; il faut entendre chacun en particulier, et bien souvent un seul demande autant de temps qu'il en faudrait pour plusieurs discours. De plus, le besoin de se confesser se renouvelle très souvent, soit pour les âmes pieuses qui veulent se conserver dans la ferveur, soit pour les pécheurs qui veulent se convertir et se réconcilier avec Dieu. Gardez-vous donc de vous soustraire à ce devoir, sous prétexte qu'il ne manque pas d'autres confesseurs. Non certes, fl n'y en aura jamais assez pour faciliter aux fidèles le plus grand de tous les moyens de salut, la fréquentation des sacrements. Que dis-je? Vous aurez remarqué vous-même que beaucoup abandonnent la confession, parce qu'ils ne trouvent pas leur confesseur ou qu'ils le voient tellement assiégé qu'il leur faudrait attendre longtemps; soit afiaires, soit ennui, ils n'en font rien et s'en vont. Dieu sait quel dommage il en résulte pour leur âme. Peut-être, hélas I comme il est arrivé mille fois, ils n'iront pas jusqu'au lendemain ; mais dès le jour même, pour avoir été privés des grâces du sacrement et des bons avis de leur confesseur, à la première tentation ils tomberont en péché mortel, rendront ainsi leur future confession plus difficile, leur damnation plus facile et peut-être plus prompte !
Ce n'est pas tout : le petit nombre des confesseurs ne nuit pas seulement aux pénitents, mais encore aux confesseurs euxmêmes, qui, se trouvant surchargés, courent risque ou de s'ac* quitter imparfaitement de leur devoir ou d'abandonner ce mi-
nistère, afin de ne pas y perdre et leur âme et leur santé. Vous vous feriez certainement un cas de conscience de ne pas secourir Tos frères, si vous les voyiez affligés de graves maladies ou d*autrès maux temporels ; et vous seriez insensible aux besoins des âmes exposées, les unes à raison de leurs péchés mortels, les autres à raison de leurs grandes tentations et des occasions de mal faire, au danger continuel de perdre, non pas une vie d*un jour, mais une vie éternelle ; au danger de tomber, non dans un malheur présent et passager, mais dans un malheur futur et étemel !
Outre le besoin des âmes, les avantages que les fidèles retirent de la confession ne sont-ils pas un motif nouveau pour vous animer à ce ministère de charité ! Voyez I les endroits où il y a un nombre suffisant de bons confesseurs assidus au tribunal se distinguent par la fréquentation des sacrements, par des mœurs moins déréglées, par une piété plus grande, des autres endroits où les confesseurs sont en trop petit nombre ou trop peu zélés. S'il est certain, comme le disait un saint pape : Donnez^ moi de bofis confesseurs y et bientôt le monde sera réformé; nous pouvons dire avec non moins de vérité : Otez les nombreux et bons confesseurs; qu'ils soient en petit nombre ou moins bons, et bientôt le monde sera dans le désordre et la corruption. Vous serez donc plus utile au prochain en vous acquittant bien de ce ministère, qu'en répandant des capitaux dans le sein des pauvres, en consumant votre vie au soulagement des malades, puisque vous procurez aux âmes la vie mille fois plus noble de la grâce, et les richesses mille fois plus précieuses de l'éternité.
135. — Enfin, vous ne pouvez rien faire de plus utile pour Bieo de piu* vous-même que de préférer à toutes les œuvres du zèle celle de la •▼"*•«•«« »» confession, soit que vous considériez Dieu, le prochain ou le même. ministère lui-même. Par rapport à Dieu : en confessant, vous concourez à l'œuvre qui lui est la plus honorable *et la plus chère, le salut des âmes^ et cela d'une manière plus immédiate, plus prochaine et plus directe que par des prières, des sacrifices ou des sermons. En effet, par l'absolution vous ne disposez pas seulement à la vie de la grâce, mais vous la produisez de fait dans ceux qui sont bien disposés. C'est ici que le Sauveur recueille le fruit de sa mort douloureuse ; c'est ici qu'il triomphe de ses ennemis et qu'il les chasse de l'âme, c'est ici qu'il entre
138 MANUBL DES GONFBSSRURS.
pour régner dans le cœur des fidèles ; c'est ici qu'il retrouve enfants perdus, avec un tel bonheur, qu'il met tout le ciel en fête pour s'en réjouir avec lui. Or, pour vous, ministre et médiateur de ce retour, de cette paix, de celte victoire, quel mérite, quelle récompense pendant la vie, à la mort et dans le ciel, ne recevrez-vous pas du divin Maître, qui a promis des éloges et des récompenses si magnifiques aux œuvres les plus petites de la charité inférieure, la charité corporelle ! ReeoiiuitMnee 136. — Lc prochaiu couvcrti par votre ministère concourra des pénitents. gjj^Qpg ^ augmenter votre mérite et à embellir votre couromie. Oh I si vous saviez comme les sentiments de la nature et de b grâce excitent les pénitents à cette reconnaissance spirituelle envers les pères de leur âme I Délivrés par vos soins du pesant fardeau de leurs péchés, des remords de leur conscience, éloignés du danger de la damnation, ils' goûtent la paix du Saint-Esprit, rentré dans leur cœur ; ils sentent renaître en eux le courage de travailler à la grande affaire de leur salut, de fuir le mal et de pratiquer le bien ; ils espèrent trouver toujours, en vous et par vous, lumière et conseil dans leurs doutes, consolations dans les peines de la vie, dans les maladies, à la mort ; aide et compassion dans leurs rechutes ; en uo mot, secours pour arriver au bonheur étemel. C'est pourquoi ils se sentent pénétrés pour vous de la reconnaissance la plus sincère, la plus vive et la plus sûre. Ils vous payent de retour en priant souvent pour vous, et leurs Anges gardiens entretiennent en eux ce sentiment, pour vous récompenser de votre charité à l'égard de personnes qu'ils aiment si tendrement.
Les pénitents prient donc pour vous en santé, dans la maladie et après la mort. Combien de telles prières, qui partent d'un cœur. purifié du péché et orné de la grâce au prix de vos fatigues, ne sont*elles pas agréables à Dieu et propres à vous attirer d'abondantes bénédictions I Et dans la réalité, combien de fois les bons et assidus confesseurs ne se sentent-ils pas pénétrés de dévotion, sans en trouver en eux-mêmes ni le mérite ni le motif, n'ayant rien fait de particulier pour obtenir cette faveur dans telle circonstance? C'est Jésus-Christ qui, déjà porté de luimême à récompenser ses fidèles ministres, s'y trouve sollicité fortement par les prières et les bonnes œuvres de leurs pénitents. Le confesseur tombe-t-il malade : oh I comme ses enfants
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reconnaissants redoublent leurs prières ; comme leurs bons Anges les présentent volontiers au trône de Dieu, soit pour lui obtenir la santé, dont il fait un usage si utile aux âmes, soit une mort sainte et un heureux passage à Téternité I La mort elle-même n'interrompt point ce saint commerce de charité entre les pénitents et le confesseur. Si les confesseurs meurent les premiers, les pénitents, par leur suffrage, adoucissent et abrègent leur purgatoire et hâtent leur entrée dans le ciel ; si c'est le pénitent qui précède le confesseur, qui peut dire la douce Yiolence que, dans le séjour de la charité, il fera au cœur de Dieu pour qu'il comble son père spirituel de tant de grâces qu'il Tienne en son temps partager la gloire dont, après Dieu, il lui doit la possession.
1 37. — Voyez combien d'avantages il vous revient du côté des saDctmcatioa pénitents que vous avez secourus. Mais le ministère lui-même **" <»»'»•«»'• a quelque chose de singulièrement propre à vous sanctifier. En effet, il demande de vous une mortification fréquente, pour vous priver des autres occupations ou des récréations de votre goût, afin d'être toujours libre et prêt à cette fonction doublement pénible, et par la fatigue qu'elle impose au corps, et par la sollicitude dont elle remplit l'âme du confesseur, sur sa conscience et sur celle du pénitent. Ici vous avez à pratiquer une vive charité, une grande patience^ pour accueillir, supporter et aider quiconque recourt à vous. Ensuite les vérités que vous inculquez aux autres, les réprimandes que vous leur adressez sur leurs défauts, les encouragements que vous leur donnez à la vertu vous sont utiles ; car ils retournent à vous.
Ce mérite et ce profit, vous pouvez l'avoir pourvu que vous ne craigniez point votre peine, non pas de loin en loin comme en prêchant ou en célébrant une fois chaque matin, mais plusieurs fois chaque jour, et bien souvent dans les circonstances les plus pressantes et les. plus épineuses pour le prochain, par conséquent les plus sanctifiantes pour vous. De plus il est bien moins à craindre que la vaine gloire ne vous enlève vos mérites que si vous prêchiez devant un nombreux et brillant auditoire. Ici le travail n'est connu que de Dieu, du pénitent et de vous. Bieo souvent, au lieu de louanges, il vous revient tantôt du blâme, qu'il faut souffrir en silence, sans même vous défendre, afin de ne pas trahir le secret inviolable du sacrement ; tantôt de
grands dérangements, pour assister des malades ou pour consulter des cas de conscience ; de là, nouvelles occasions de vous sanctifier, en travaillant le jour et souvent même la nuit. Btume det 138. — Parcourcz maintenant toutes les fonctions apostoliai^utècTdVu quos, et vous n'ou trouvcrez aucune que vous devriez avoir plas coofoasion. ^ ccBUV, soit poiir la gloirc de Dieu et le bien du prochain, soit pour votre propre avantage pendant la vie, à la mort, dans le purgatoire et dans le ciel. Oh I qui dira dans quelle proportion croîtra votre gloire, lorsque vous serez environné d'une foule d'âmes que vous aurez sauvées par un ministère moins brillant que la prédication, mais plus fréquent, plus pénible, plus à Tabri de la vanité, et fait pour vous procurer mille avantages de la part de Dieu, de la part des pénitents et par sa propre nature ! Ayez donc pour ce ministère l'estime et l'affection qu'il mérite si bien.
Le vénérable Louis Dupont avait reçu de Dieu des lumières particulières pour s'affectionner à cet emploi. II y voyait toutes les œuvres de miséricorde spirituelle : consoler les affligés, instruire les ignorants, donner conseil à ceux qui sont dans le doute, convertir les pécheurs, conserver les justes, les conduire à la perfection, les remplir de zèle et les rendre utiles aux autres ; en un mot, il y voyait tant et de si grands avantages pour lui-même et pour le prochain, que, ne pouvant s'asseoir, à cause d'une indisposition, il restait à genoux au confessionnal cinq et six heures de suite, plutôt que de se priver lui-même de tant de mérite et le prochain de tant d'avantages.
Je vous ai rapporté de saint Philippe de Néri, que, sans aucuo égard pour lui-même, il se tenait toujours accessible et prêta recevoir, à toutes heures du jour et de la nuit, tous ceux qui recouraient à son ministère. Le Père Pinamonti confessait d'ordinaire onze heures par jour, la plus grande partie de l'année, aussi patient au dernier qu'au premier. Saint Jean-François Régis, déjà pris de la fièvre dont il mourut, ne put se défendre de confesser encore une foule de paysans qui étaient venus s'adresser à lui. Saint François de Sales était toujours si prêt à confesser et si consolant dans l'exercice de ce ministère^ qu'il ne pouvait loger dans aucune maison, même en voyage, sans être obligé de s'arrêter longtemps pour entendre les confessions des habitants. Jean de Nivelle, ayant besoin pour sa santé d*un
fr
MANUEL DES GONFESSEUES. 14i
traitement de trois mois» refasa plutôt que de quitter le confessionnal pendant si longtemps. C'est ainsi que Notre-Seigneur éclairait et encourageait ses serviteurs à ce ministère ; c*ést ainsi qu'eux-mêmes témoignaient à Dieu leur sincère et solide amour, en se montrant infatigables à ce saint emploi, et en s'en acquittant de manière à se sanctifier, eux et leurs pénitents.
1 39. — Affectionnez-Yous donc tellement à ce ministère, que Ne pu abanvous ne Tabandonniez par aucun motif humain, tel que des oc- "^l^^ar^d^^* cupations plus conformes à vos goûts ou la crainte de la fatigue mo^f> humains. et de Fennui. Je ne nie pas que les nécessités de la vie ou le
soin de votre santé ne puissent quelquefois vous en détourner et vous en empêcher. J'en conviens, vous devez prendre un soin raisonnable de votre santé; mais comme il n'est que trop à craindre que Tamour-propre vous trompe, je désire que vous dilatiez votre cœur par une magnanime confiance en Dieu. En void les puissants motifs. Comment pouvez-vous mieux vous concilier sa protection, même dans vos besoins temporels, qu'en employant au moins une partie de votre temps, ainsi que les forces de votre esprit et de votre corps, à un ministère qui lui est si honorable et si cher ? Les courtisans mettent une telle confiance dans les princes de la terre, que, pour leur service, ils négligent leurs biens et leurs intérêts personnels, et le Roi da ciel sera le seul qui n'obtiendra pas des prêtres, ses favoris et ses ministres, assez de confiance pour croire que, s'ils travaillent à le faire glorifier, de son côté il pensera lui-même à eux et à tous leurs besoins I Et quand votre santé ou vos biens en souffriraient un peu, pourriez-vous les perdre pour une cause meilleure, plus noble et plus avantageuse?
140. — D'un autre côté, abandonnez- vous cet inutile minis- mi par des r.;tère par des raisons spirituelles, c'est-à-dire par la crainte de ^j êStenriëi!* charger votre conscience et celle des autres, sous prétexte que
vous n'avez pas les qualités requises et que vous avez reconnu que vous faites bien des fautes; ou bien, encore, sous prétexte que ce ministère est pour vous une source de tentations, ou enfin qu'il vous empêche de mieux veiller sur vous-même? Je commence par vous avertir que votre amour*propre trouve son compte à grossir ces raisons spirituelles. C'est par là qu'il cache et colore, à votre insu, d'abord ce fonds de paresse qui craintles ennuis et les dégoûts; ensuite cet attachement à d'au-
ut MANOKL DBS CONFESSEURS.
très occupations plas agréables, plus lucratives, plus honoraUes et plus conformes à vos goûts. Le démon ne manquera pas de s'unir iTamour-propre. Se transformant en ange de lumière, il vous représentera de plus en plus les prétendus dangers de vous perdre, vous et les autres, par le moyen établi pour sanctifier confesseur et pénitent.
En cela il trouve le double avantage de priver le pénitent de votre secours et vous-même de vos mérites. Conséquemm^t, voici ses espérances : s'emparer de plus en plus des pénitents, qui, faute de confesseurs, persévéreront dans leurs péchés ; quant à vous, après vous avoir éloigné du saint ministère, vous faire tomber, par mille artifices, dans le désœuvrement et Toisiveté, et vous rendre aussi et plus vicieux que les séculiers. Ce n'est pas tout : faisant passer la tentation de vous à d'autres confesseurs, il ne vous laissera pas même la commodité de vous eon* fesser vous-même. Dès lors, privé de ce remède que vous ne voulez point donner aux autres, vous resterez dans ses filets. C'est ainsi que l'ennemi, vous trompant sous prétexte de sainteté, vous fait seconder son fatal dessein d'arracber à l'Église ce soutien de la religion catholique, la fréquentation des sacrements. C'est ainsi que, sans être un hérétique qui nie le sacrement, ni un impie qui le méprise, vous courrez risque d'être un martyr de l'illusion, qui, sous prétexte de sainteté, abandonne le sacrement le plus nécessaire, après le baptême, à la sainteté et au salut. Vous avez donc de graves et solides rai* sons de redouter que vos craintes ne soient point la voix de Dieu ni de la vérité, mais un artifice de la nature et du père du mensonge. Oh ! malheur à l'Église de Dieu si cette crainte excessive vient àse répandre I Gardez-vous de sacrifier si vite à dépareilles frayeurs. Nolite^ vous dirai-je, omnispirituicredere^ sedprobaU spiritus si ex Deo smt ^ . Voyez si vos motifs soutiennent l'examen et l'épreuve d'une prudence conforme à l'esprit de Jésus- Christ, quia voulu que l'usage de la confession fût perpétuel, nécessaire dans son Église, et que ce sacrement fût administré perdes hommes et non par des Anges.
Ni pouricfl 141. — Et d'abord voyons laquelle vous manque des trois ^•'*"*^^^!JJJ'P*'"* qualités relatives aux pénitents. J'imagine que vous craignez surtout de n'avoir pas la science nécessaire. Je vous ai dit, au
< I Joann. ir, 1.
MANUBL DBS GONFSSSBURS. 143^
fl"" 52, sur l'autorité d*autairs graves, ce qu'il vous faut principalement savoir* Si vous TignoreK, vous ne devez point vous hasarder h confesser, afin de n'être pas embarrassé, pour ainsi dire à chaque pas, dans la plupart des confessions ; mais si vous le savez, cela suffit pour exercer licitement ce ministère. En effet, Texpâience apprend que, sur cent confessions, il y en a plus de quatre -vingt-dhc qui n'exigent qu'une science tout à fait commune et pour ainsi dire vulgaire, tant les choses sont claires . Peu dMsandentune science plus étendue, et encore, pour ce petit nombre, vous pourrez le plus souvent absoudre tout de suite le pénitent, sauf à examiner à loisir le cas qui se présente. Je vous l'ai démontré, avec la réserve commandée par la prudence, au n* 125, en parlant des moyens de rendre les confessions courtes et bonnes toat à la fois.
Vous objectez que vous vous êtes trompé dans l'essai que vous avez fait du tribunal. A cela je réponds : Connaissez- vous un confesseur, quelque savant qu'il soit^ qui ne fasse jamais de fautes? Ajoutez que ces erreurs proviennent quelquefois^ non de l'ignorance, mais du trouble, surtout dans un commençant; et même dans un confesseur expérimenté elles sont occasionnées par l'irréflexion ou par l'oubU de matières très connues, et même très importantes, soit à cause de la multitude des choses qu'on a entendues, soit à cause du bruit extérieur, qui trouble quelquefois. Malheur donc, je le répète, à l'Église de Dieu si le seul remède à de pareilles erreurs, c'est d'abandonner l'emploi 1 Ah ! plutôt, le meilleur remède à ces fautes, c'est de ranimer son courage, de se recommander un peu plus à Notre-Seigneur, de se précautionner pour l'avenir, et d'acquérir, en continuant ses fonctions, cette facilité qui, laissant plus de calme d'esprit et de cœur, rend plus apte à s'en acquitter dignement. Si les fautes étaient graves et nombreuses, suspendez pendant quelque temps Texercice du tribunal, pour vous rendre plus habile; mais ne l'abandonnez jamais. Que si les fautes sont légères ou rares, dans ce cas, supposé que vous soyez approuvé par votre évéque et que vous sachiez les choses nécessaires, vous pouvez licitement vous y exposer.
142. — Pour vous préserver de plus en plus des méprises, Moyea de ic^t mettez en pratique les moyens suivants : 1"" Avant de vous adonner au ministère, priez quelque confesseur ancien et habile de
èfittr.
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VOUS faire une confession simulée, afin d'acquérir promptement l'usage pratique de ce que vous savez déjà. C'est ainsi que vous apprendrez, entre autres choses, à commencer en interrogeant par ce qu'il y a de principal et dont la négation vous dispense d'aller plus loin. Si, par exemple, une personne s'accuse d'à* voir eu de mauvaises pensées, avant de demander de quel genre elles sont, demandez si elle a ou non consenti ; car, si elle n'a pas consenti, tout est fini par là : il est inutile d'aller plus loin. Apprenez ensuite à interroger sur les choses pratiques et probablement commises par le pénitent, sans vous perdre dans les choses possibles et qui n'arrivent que rarement. Instruisez-vous enfin des avis les plus utiles, des pénitences les plus convenables à donner. 2^ Il sera bon, après avoir confessé, de vous demander à vous-même comment vous vous êtes conduit ; mais vous ne devez jamais ni vous troubler ni perdre courage, quand bien même vous trouveriez que vous avez mal fait. Examinez si l'erreur est essentielle ou si elle n'est qu'accidentelle. Dans le premier cas, réparez-la aussitôt que vous le pourrez, en suivant les règles que donnent communément les docteurs {f)oy. n* 1 28) ; dans le second , contentez-vous de vous en humilier. De tels examens vous apprendront à mieux faire dans la suite. 2^ Dans les cas difficiles, la science ascétique aide souvent beaucoup plus que la morale à tirer d'embarras. C'est pourquoi je vous tracerai la conduite qui, unissant cette double science, procure la guérison spirituelle du pénitent ; par rapport aux jeunes gens, n"" 202 ; aux personnes vertueuses, n"" 210 ; aux pécheurs qui ont besoin d'une prompte absolution, n^ 216 et suivants ; aux malades, n^ 371 ; à ceux qui ont de graves obligations, n"* 310; à ceux qui négligent de les connaître, n"" 312; aux récidifs, n"^ 334 et suivants. Déjà je vous ai indiqué les moyens d'acquérir une morale saine et utile, n"^ 87. Quant à la manière d'interroger, je vous en parlerai aux n"* 167 et suivants ; je vous tracerai la manière d'instruire au n"" 167. Comment faire, soit pour absoudre sans exposer le sacrement, soit pour retenir le péché sans danger pour le pénitent, vous le verrez aux n^ 198 et suivants. Avec ces secours, pourvu que vous ne manquiez pas de la charité de père, j'espère ne vous avoirpas peu facilité la voie, et j*ai confiance que vous ne serez jamais tenté d'abandonner cet emploi par défaut d'habileté. Seule-
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ment, étudiez la morale toute votre vie : il y a toujours quelque chose à apprendre ou à se remettre en mémoire.
143. — Que si vous vous plaignez d'éprouver au tribunal une aux conresseu» foule de tentations, je vous répondrai d'abord par ces consolantes ^ toU^uow. paroles : Yous craignez les tentations que vous éprouvez au tribunal, donc vous n'y succomberez pas. La crainte de tomber est le premier don que le Saint-Esprit fait à ses bien-aimés. Parla, il les prémunit contre les chutes, il les habitue à remporter des victoires sur eux-mêmes, afin de les rendre plus compatissants pour les autres et plus habiles à les diriger. Si vous ne craigniez pas, je craindrais pour vous ; je douterais s'il faut vous enhardir à un ministère dans lequel vous tomberiez facilement, faute d'en craindre les dangers et d'y obvier par les précautions convenables; car, je dois vous l'avouer, il y a bien des écueils. Craignez donc, et que votre crainte ne finisse qu'avec votre vie : Beatus homo quisemper estpavidus ^ ; mais que votre crainte ait des bornes, afin de ne pas tomber dans rabattement et abandonner votre emploi; qu'elle vous porte, au contraire, à espérer de pins en plus et à vous prémunir par la défiance de vous-même, par les précautions convenables et par la confiance en Dieu. Votre espérance ne sera pas vaine. Toutes les fois qu'on s'expose au danger pour un motif aussi saint en vue d'un bien aussi nécessaire aux hommes que leur réconciliation avec Dieu, que d'ailleurs on emploie les précautions convenables : Fidelts Deus non patieiur vos tentari supra id quodpotestiSj sedfaciet etiam cuni tentaUone proventum^ . Proventum non seulement des secours pour résister, mais encore d'autres mérites pour vous, et différents avantages pour vous et les pénitents.
Scaramelli rapporte dans son Directoire ascétique qu'un prêtre nommé Conon était chargé du soin d'une église dédiée à saint Jean-Baptiste. Entre autres fonctions, il devait y baptiser les personnes adultes, suivant Tusage des premiers siècles. Or ce ministère était pour lui la source de grandes tentations. Plusieurs fois il avait formé le projet d'y renoncer, lorsque saint Jean-Baptiste lui apparut et lui dit : Souffrez et persévérez. Son courage se ranima pour quelque temps et il continua. Mais, un jour, en apercevant de loin une jeune personne qui venait lui demander le baptême : Hélas I pour cette fois, se dit-il à lui-même, je ne
« Prov., xxxviii. — « I ad Cor.
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résisterai point à la tentation ; il vaut mieux que je prenne la fuite. El de fait il s'enfuit. Dans le chemin il entendit saint Jean- Baptiste qui, Tarrêtant tout à coup, lui dit : Retournez. Et puis le punissanti il ajouta : Retournez à votre emploi ; à l'avenir Une seraplus pour vous la source d^aucune tentatioti ; mais sachez que vous avezperdu la brillante cotironne que la victoire de ces tenta^ tions VQUS aurait procttrée. Conon reprit son emploi et s'en acquitta sans être touriilenté : iliais il perdit la récompense préparée à ses combats victorieur. Gardez-vous donc bi^i de vous déoouragerparunsemblabile motif. Au contraire, espérezdeOieu et la victoire et la plus brillante couronne si vous continuez votre ministère. Toutefois n'oubliez pas 'de vous envûronnerdes précautions dont je vous parierai bientôt. A ceux qui M 1 44. — Yous ditcs CHCore qu'il vaudrait mieux pour vous être y^^^uedek^ débarrassé de vos fonctions, afin devons occuper plus séneusepropre nno- ment do vous-mèmc et de votre avancement spirituel. Je ne sau- ' ^* '^"' rais assez louer votre 2èle pour votre sanctification. Travailler k vous sanctifier, c'est là sans doute votre premier devoir, mais c'est aussi le meilleur moyen pour sanctifier le prochain. Parvenu à la vraie sainteté, vous aurez la meilleure de toutes les sciences, l'expérience des vertus à pratiquer, des vices à combattre ; vous serez plus en état d'en instruire les autres. Parvenu à la vraie sainteté, vous obtiendrez que Dieu bénisse plus efficacement vos paroles, qu'elles toucbent les pénAents, les attendrissant, les encouragent et les sanctifient. Rempli de Tesinit de Dieu, vous obtiendrez souvent dès Tabord et en peu de mots ce qu'un autre, moins fervent, n'obtiendra point par de longs discours plusieurs, fois répétés. De cette sorte vous pourrez ^i peu de temps être utile à un grand nombre d'àmes, tandis que c'est à peine si, après un long espace, le tiède est utile à quelques-uns. Suite. 145. — Ayez donc et ne Cessez jamais d'avoir ce grand zMe
pour votre sanctification. Les Apôtres ra;iraient, bien que remplis du Saint-lSsprit et confirmés en grâce. Toutefois ils se décbàrgèrent sur les sept diacres du soin de distribuer chaque jour la nourriture du qorps aux nouveaux fidèles déjà très nombreux, afin d'avoir eui-mèmes plus de temps pour prier et pour distribuer le pain de la divine parole : Nos vero orationi etministerio verbi instantes erimus^. Combien n'avonls««Bous pas plus
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besoin d^une prière longue et fréquente, nous qui sommes sî in* férieurs aux Apôtres en grâce et en vertus? Mais le zèle de sa sanctification ne doit pas empêcher un prêtre de travailler à la sanctification des autres ; c'est, au contraire, une sorte de devoir que Dieu même et TÉgUse ont attaché à votre état. Ce n*est ni en vain ni pour Tenfouir que le sublime talent de la puissance des clefs vous a été remis. Or, le faire servir aux autres, surtout au sacré tribunal^ c'est un puissant moyen de vous sam^tifier, comme je vous l'ai montré plus haut. Pour cela soyez discret ; ne négligez ni l'un ni Taulre de ces devoirs, mais sachez les unir sagement en travaillant tour à tour k votre sanctification et à celle de vos frères.
Nous lisons qu'un grand nombre de saints qui se réservaient la nuit pour prier consacraient le jour au service de Dieu et au service du prochain. Mais il n'est pas donné à tous de suffire, après deux ou trois heures de sommeil^ aux longues prières de la nuitet aux fatigues continuelles du jour. Hetranchez avec discrétion le temps que vous donnez de trop au sommeil, aux vains alDu^emenls, aux occupations agréables, mais étrangères aux obligations de votre état, qui est un état de ^atn^^/^' pour vous et de sanctification pour les autres. Après cela croyez qu'il vous restera bien assez de temps pour prier et penser à vous Iç matin, pendant le jour ainsi que je soir, et pour être toujours libre de recevoir et d'entendre les pénitents. Ce n'est pas tôutefois que vous ne puissiez imiter le moissonneur : de temps à autre il quitte son champ et s'assied à l'ombre d'un arbre pour aiguiser la faucille émoussée. Ce moment de repos n'est pas un temps perdu : il se dispose, au contraire, à reprendre bi^tôt son travail avec plus de promptitude et de facilité. Ainsi vous pouvez, vous devez même, pour le bien de votre âme, suspendre une fois chaque année le ministère du tribunal, pour ranimer votre ferveur dans les exercices de la retraite ; car,^ tout saint qu'il est, ce ministère peut l'avoir un peu diminuée! Par là purifié et embrasé d'un nouveau zèle, vous irez travailler avec plus de succès au salut des âmes.
146. (Saint Charles, p. 13-15.) — Rendez encore vos travaux Pnèw. utiles à vous-même en purifiant vos intentions. Le confesseur doit, dans l'administration de ce sacrement, ordonner et régler de telle sorte son intention qu'il n'y soit porté par aucun respect
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temporel, par la seule gloire de Dieu et par le désir du salut des ftmes. C'est pourquoi il faut que, toutes les fois qu'on le de* mandera, ou qu'il se mettra de lui-même en devoir pour entendre les confessions, il élève son esprit à Dieu, et adresse actuellement son intention à cette fin, considérant avec intention qu'il va laver ses pénitents dans le très précieux sang de Jésus-Christ notre Sauveur, et parce qu'il y a beaucoup de dangers dans l'administration de ce sacrement, comme de manquer en la décision des cas et des obligations qui se rencontrent, de] dpnoer la grâce de l'absolution à ceux qui en sont indignes, ou de rester en quelque façon souillé soi-même des impuretés et des ordures qu'on entend dire aux autres.
Le prêtre ne doit aussi jamais aller pour ou!r la confession qu'il n'ait auparavant demandé à Dieu, par quelque petite prière, selon la commodité qu'il en aura, les lumières et les grâces de n'y point commettre d'erreurs, et de laver de telle sorte les taches des âmes de ses pénitents que la sienne ne demeure point souillée. Il doit aussi prier pour la véritable conversion de ceux desquels il doit entendre la confession. C'est pourquoi tous les confesseurs doivent avoir en écrit auprès d'eux les versets qui suivent, tirés du psaume l*, et l'oraison de tous temps accoutumée dans l'Église, dont on affichera une copie dans la sacristie de toutes les églises où il y a des confesseurs, et une autre au dedans des confessionnaux, afin qu'avant de commencer, ils la récitent avec attention, ou quelque autre, suivant la dévotion de chacun :
f. Cor mundum créa in me, Deus,
t}» Et sptritum rectum innova in visceribtis meis,
f. Ne projicias me a fade taa^
^. Et Spiritum Sanctum tuum ne auferas a me.
f. Redde mihi Isetitiam salutaris tui,
1^. Et spiritu principali confirma me.
f. Docebo iniquos vias tuas y
^ Et impii ad te cofwertentur.
jjl. Libéra me de sanguinibus, Deus, Deus salutis mese.
f. Et exultabit lingua mea justitiam tuam.
ment.