C. Ne nous pressons pas, car là-dessus il y a bien des cho
496 M\NUBL DBS CONFESSEURS.
ses à éclaircir : il faut d'abord que vous disiez en combieii de fois vous avez dérobé ces trente écus.
P. J*ai pris dix écus d*une fois à un pauvre homme, dix autres à différentes personnes en plusieurs fois, à l]pne une livre, à l'autre deux, et Je ne puis dire au juste à coi&bien de pél'sonnés. J'en ai pris dix à mon maître, mais par pefites sommes, tantôt une livre, tantôt deux où trois sous : mais je promets, mon père, de tout restituer ou d'en faire des aumônes.
C. C'est avec votre bien, et non avec le bien d'aulrui, que vous devez faire vos aumônes. Ainsi, les dix écus que vous avez dérobés à ce pauvre homme, vous devez les lui restituer à luimême en entier, comme aussi ceux que vous avez dérobés à votre maître. Quant aux dix autres, comme vous n'en connaissez pas les véritables mattres, tous pourrez les employer en aumônes. Mais il ne suffit pas que vous promettiez : dites-moi depuis quel temps vous êtes obligé à restituer ces trente écus?
P. Il y a six ou sept ans.
C. Pendant ce temps-là, avez-vous jamais eu la facilité de restituer, ou bien auriez-vous pu l'avoir en diminuant les dépenses de votre maison?
P. Oui, mon père. Je pouvais restituer au moins en partie. Je ne l'ai pas fait : mais aujourd'hui je promets tout de bon.
C. Mon fils, cette promesse ne suffit pas, à plus forte raison si, l'ayant déjà faite à d'autres confesseurs, vous n'y avez pas été fidèle ; car vous devez savoir que, toutes les fois que vous pouvez restituer, et que vous ne le faites pas, autant de fois vous péchez. Ainsi, vous devez vous accuser de ce péché continu d'injustice que vous avez commis dans tout ce temps où vous pouviez restituer et où vous ne l'avez pas fait. Et, pour entrer dans quelque détail, diteis-moi quelle somme pouvezvous maint-enant mettre de côté pour restituer? ,
P. Sept ou huit écus, pas davantage : le reste je ne puis le restituer faute de moyens.
C. Eh bien, ces* huit écus, restituez-les dès aujourd'hui à ce pauvre homme qui a été le premier à qui vous avez porté dommage. Je ne devrais pas vous absoudre avant que la restitution fût faite ; mais je compté sur vous à cause de la componction où je vous vois. Cependant, pour plus de sûreté, je ne veux pas que vous fassiez la communion avant d'avoir restitué. Pour
WANUBL DBS GOMFRSSBUBS. 497
le reste, il est vrai que vous ne pouvez le restituer tout à la fois, et je veux bien croire au récit de vos malheurs ; mais vous devez le faire en plusieurs reprises. Dites-moi, 'je vous prie, combien dépensez-vous au cabaret chaque semaine ?
P^ L*UA dans Tautre, je peux dépenser chaque semaine jusqu'à deux livres, et même plus,
C. Eh bien, n'allez plus au cabaret, comme vous Tavez déjà promis, et mettez de ôôté ces huit livres par mois pour faire la restitution, et bientôt vous vous serez acquitté envers Dieu et envers le prochain. Ensuite, si quelque .motif plausible vous empêche de faire vous-même ki restitution, servez-vous d*un bon confesseur à qi^i vous remettrez; chaque mois les huit livres, afin qu'il les rende aux personnes lésées I de cette manière, vous mettrez en sûreté et votre conscience et votre honneur*
P. Oui, mon père, j'y consens. Bien plus, je vous rends grâces et vous assure que, si les autres confesseurs m'avaient traité avec cette même charité, je n'aurais pas vécu si longtemps sous l'esclavage du démon.
D. Dans cette matière du septième commandement, on pourrait faire beaucoup d'autres interrogations au pénitent ; mais ce serait entrer dans un labyrinthe sans espoir d'en sortir, vu le nombre presque infini de cas embrouillés qui arrivent à ceux qui touchent au bien d'autrui. Par le peu qui vient d'être dit, j'ai prétendu seulement donner au jeune confesseur un peu de lumières sur une foule d'autres cas qu'il rencontrera, car il doit être plqs prudent en ce point qu'en tout autre. Si le cas est douteux, il ne doit pas s'en rapporter à lui-même ; mais lorsqu'il s'agit du dommage d'autrui, il doit prendre d'abord le temps de décider, en consultant les auteurs et d'autres confesseurs plus savants et plus habiles. Si le doute est connu des deux parties, le confesseur doit bien se garder d'accepter des arbitrages et des compromis, et de s'ériger en juge ; il doit conseiller à tous les deux de laisser le procès et de ^'arranger en remettant la cause à d'autres. Qu'il ne se ipéle point, autant qu'il pourra, des intérêts de son. pénitent, afin d'éviter des embarras et des désagréments qui pourraient l'en faire repentir.
Si dans l'acte même de la confession on ne peut lever toutes les difficultés, on peut remettre la décision à un autre temps. Il suffit que le pénitent^ pour être absous de sa faute, s'en accuse,
et, quant à la restitution, qu'il soit disposé à faire ce qu'on lui ordonnera en bonne conscience. Il faut aussi réfléchir sur la manière de faire les restitutions. SMl âe présente des marchands, des revendeurs, des artisans et autres de cette espèce qui ont fait tort au prochain par des poids trop faibles ou par de fausses mesures, en ôtant un peu à chacun, il faut les obUger à donner autant en aumônes au profit des pauvres, ou à se servir dans la vente de mesures plus grandes, surtout si c*est la classe pauvre qui a été lésée. Mais si les petits vols ont été faits à une seule personne, ce serait une grande erreur, conformément à ce que nous avons dit plus haut, d'ordonner au pénitent de faire la restitution en aumônes ou en messes, lorsque^ dans la réalité, cette restitution doit se faire à la personne lésée. Si le pénitent est pauvre, et si ces vols sont peu nombreux et ne consistent qu'en bagatelles^ comme fruits, bois, on peut lui dire d'appliquer à cette intention quelque œuvre de piété, le chapelet qu'il dira, les messes qu'il entendra, en luifaisant promettre sérieusement de se corriger à l'avenir.
Bien qu'il faille user de sévérité avec quelques-uns, qui ne gardent aucune mesure dans les dommages qu'ils font, en coupant les arbres fruitiers ou des plantes vertes pour en faire du bois de chauffage, ordinairement, avec les pauvres qui sont réellement tels, on doit laisser de côté certaines théologies plus rigides, et user à leur égard de plus de charité et de douceur. Et vous, pénitent, vous ne devez pas faire le théologien sur ces péchés qui traînent a leur suite TobUgation de restituer. Yous devez vous soumettre à la direction d'un bon confesseur et lui exposer le cas qui vous inquiète avec franchise et sincérité, parce qu'une seule circonstance que vous tairiez suffirait pour fausser le jugement du confesseur et rendre mauvaise l'absolution. Si vous éprouvez une forte répugnance à restituer, adoucissez ce qu'elle a de pénible par la considération de cette grande maxim eqnenon remittiturpeccatum nisiresUtuatur ablatum, ou restituer ou se damner*
(7. Après avoir confessé les péchés que vous avez commis il faut confesser ceux que vous avez fait commettre aux autres. Avez-vous donné du scandale au prochain? Combien de fois avezvous tourné en ridicule les pratiqués de dévotion ? Avez-vous été le premier à conduire les autres dans les auberges, aux bals,
HANUEL DES CONFESSEURS. 499
dans les conversations licencieuses, faisant de votre maison un lieu de plaisir et de libertinage ? Avez-vous prêté la main aux enfants de famille qui dérobaient chez leurs parents pour aller jouer et se divertir? Vous vous accusez de tous ces péchés, que vous avez donné aux autres occasion de commettre ? Ne pouvant connaître ni le nombre ni la fréquence, vous vous accusez d'avoir été habitué à ces fautes, n'est-ce pas?
P. Oui, mon père, je m'en accuse. Il est très vrai que j'ai été un scandaleux au moins pendant Tespace de dix ou douze ans, ei il m'est impossible de retrouver le nombre des scandales que j'ai donnés; ainsi je m'en accuse comme j'en suis coupable devant Dieu.
D. Enfin, le confesseur doit interroger sur les devoirs de l'état particulier, et principalement sur ceux qui peuvent être de conséquence, demandant au pénitent s'il est tuteur^ exécuteur testamentaire, ou patron de quelques chapelles, médecin, notaire^ avocat, juge, procureur, syndic de communauté, car toutes ces charges ont des devoirs spéciaux que le confesseur doit connaître : je vous en ai donné le détail aux n^ 182 et suivants : s'il a fait des vœux sans les accomplir, bien qu'en cette matière les simples se trompent souvent. C'est pourquoi on doit demander au pénitent si, quand il a dit : Je fais vœu, il a eu l'intention de s'obliger par une vraie promesse faite à Dieu sous peine de péché mortel, afin de distinguer par là si c'est un véritable vœu ou une simple promesse : voyez ce que je vous ai dit là-dessus au n"" 174 ; si, étant riche, il n'a pas fait les aumônes convenables, ou bien s'il a différé longtemps à payer ses dettes pouvant le faire, et, ce qui est bien pis, s'il a refusé ou diminué le salaire dû au travail des pauvres.
Si le pénitent est ecclésiastique, quoique l'obligation d'interroger de semblables personnes ne soit pas la même que celle d'interroger les ignorants, cependant si le confesseur s'aperçoit que son pénitent ne s'explique pas assez, il doit l'interroger sur les devoirs de son état ; s'il a célébré en état de péché ; si, ayant reçu des honoraires de. messes, il ne les a point acquittées ; s'il a omis l'office divin ; s'il a entretenu des liaisons scandaleuses; s'il a encouru les censures ou commis la simonie, et autres choses semblables, dont vous trouverez le détail au n"" 182.
Surtout il faut interroger les chefs de famille : s'ils vivent en
SOO MANUEL DES GONrESSEURS.
paix avec leur épouse ; s'ils la maltraitent ; s'ils ont donné une bonne éducation à leurs enfants, ou s'ils ne se sont pas mis en peine de les renvoyer aux catéchismes, leur laissant la bride sur le COU9 leur permettant de faire l'amour, d'aller aux bals, aux cabarets et autres lieux publics et scandaleux, en un mot, de se livrer au libertinage de nos jours. On doit demander la même chose aux maîtres, oncles et autres supérieurs ; s'ils veillent sur leurs servitueurs, domestiques, neveux et autres personne^ qui leur sont soumises ; s'ils font des dépenses au-dessus de leur état, se mettant par là hors d'état de payer les salaires de leurs ouvriers et de satisfaire aux legs pieux.
Enfin, j'avertis que ce dialogue ne doit pas servir de règle mfcdllible qi£on doive observer indistinctement à regard de tous les pénitents f attendu qu'il y a bien des interrogations qui ne doivent pas se faire à tout le monde, comme aussi beaucoup d'autres, qui pourraient se faire, sont laissées à la prudence du confesseur, qui, dans les cas particuliers, devra se régler suivant le besoin et la qualité des pénitents. Bien que nous ayons: touché toutes les fautes et transgressions qui se commettent le plus ordinairement contre les commandements de Dieu et de l'Église, le confesseur n'est pas obligé de demander ni le pénitent d'accuser les péchés par ordre, c'est-à-dire en premier lieu ceux qu'il a commis contre le premier commandement, et ensuite les autres : cela pourrait les gêner. Ainsi, le confesseur et le pénitent sont également libres. Néanmoins, avant de finir, le confesseur devra bien faire entendre à ses pénitents que, s'ils ont encore quelque chose qu'ils n'ont pas accusé ou sur quoi ils n'ont pas été interrogés, ils le disent en toute liberté, afin qu'ils ne restent pas inquiets pour n'avoir pas tout dit, et il terminera de la manière suivante :
C. Je connais à présent tout l'état de votre vie passée, et, pour compléter votre confession générale, il est nécessaire que vous vous accusiez de toutes les confessions et communions mal faites pendant tout le temps d'une vie si criminelle. Ditesmoi donc, avez-vous fréquenté souvent les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie ?
P. Je me suis confessé et j'ai communié sept ou huit fois par an.
C, Vous vous accusez donc de toutes ces confessions et corn-
MANUEL DES CONFESSEURS. 50i
munîoas mal feites, puisque vous cachiez des péchés, et que vous n'aviez ni douleur ni ferme propos. De même, tous vous accusez de n'avoir pas satisfait, pendant toutes ces années, au précepte pascal, ayant fait alors autant de confessions et de communions sacrilèges, et de n'avoir pas accompli les pénitences que vos confesseurs vous avaient imposées : je suppose que vous en avez omis plus de la moitié, n'est-ce pas ?
P^ Oui, mon père, je m'en accuse, et je me repens autant qu'il est en moi. Je voudrais pouvoir renaître pour mieux régler ma vie, que j'ai si mal employée.
C. Avant de vous donner l'absolution, il est nécessaire que je sache si vous avez la connaissance nécessaire des principaux mystères de notre sainte foi : les savez-vous véritablement ?
P. Mon père, je les savais quand j'étais jeune, mais je les ai oubliés.
C. Cette excuse ne sert de rien, si ce n'est à me montrer que TOUS êtes plus coupable ; car c'est une preuve que vous n'avez jamais fait les actes de foi, d'espérance et de charité comme tout bon chrétien doit le faire, au moins de temps en temps pendant l'année. Je devrais vous renvoyer, pour apprendre d*abord ces mystères ; mais parce que je vous suppose très disposé à faire tout ce que vous pourrez pour les bien apprendre, je vais vous enseigner tout de suite ce qu'il est nécessaire que vous sachiez pour bien recevoir le sacrement de pénitence. B'abord repentez-vous de la négligence que vous avez mise à les apprendre et de n'avoir pas fréquenté les catéchismes, comme vous y étiez obligé. Vous vous accusez de tout cela et vous en repentez du fond de votre cœur, n'est-ce pas?...
Sachez maintenant que les principaux mystères de notre sainte foi, que tout bon chrétien doit nécessairement connaître explicitement, sont : l'unité de Dieu et la Trinité, Dieu rémunérateur, l'incarnation, la mort et la résurrection du Rédempteur, c'est-à-dire, qu'il n'y a qu'un seul Dieu en trois personnes distinctes, le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Ce grand Dieu est rémunérateur, c'est-à-dire qu'il donne le paradis aux bons et l'enfer aux méchants. De ces trois personnes, la seconde, c'està-dire le Fils est venu au monde^ où il a pris la nature humaine, et s'appelle Jésus-Christ Notre-Seigneur, il a souffert la mort pour nous, et il est ressuscité. 11 est nécessaire de savoir et de
croire tout cela explicitement, si nous voulons nous sauver. Vous Tentendez maintenant et, pour l'apprendre mieux, tous me promettez d'aller trouver votre curé ou quelque personne qui soit capable de vous instruire, n'est-ce pas? P. Oui, mon père, je le promets et je le ferai, n'en doutez
pas.
Faisons maintenant les actes de foi, d'espérance, de cha^ rite et de contrition, que vous n'avez jamais bien faits dans votre vie ; ainsi, répétez de bouche et de cœur ce que je vais vous suggérer.
« Je crois, ô mon Dieu, que vous êtes un seul Dieu en trois « personnes égales, le Père et le Fils et le Saint-Esprit; je crois c( que le Fils s'est fait homme ; qu'il est mort pour nous sur la « croix ; qu'il est ressuscité ; qu'il est monté au ciel, d'où il « viendra juger tous les hommes, pour donner aux bons son « saint paradis, et aux méchants les peines éternelles de l'enfer. « Je crois tout cela, parce que c'est vous, ô vérité infaillible, « qui l'avez révélé à votre sainte Église 1 y>