‹ Manuel des confesseursChapitre 67 sur 74 · ENTRE LE CONFESSEUR ET LE PÉNITENT · texte numérisé non relu

ENTRE LE CONFESSEUR ET LE PÉNITENT

Tous deux assistés du directeur, qui suggère au confesseur la manière d'inteiToger et au pénitent la manière de répondre pour faciliter la confession générale.

Dialogue eutrc *28. — Volci, rédultc en pratique, la manière de faire la le coarcsttur et coufessiou générale. Pour dissiper les fausses appréhensions e pénitent. ^^^ j^ peupIc a coutumc de se former d'une entreprise si sainte, et pour en faciliter l'usage en la faisant connaître telle qu'elle est, c'est-à-dire douce et aimable, je donne au public le présent dialogue. Il servira au pénitent comme de miroir où il pourra voir toute la difformité de sa conscience, afin que, d'après ce modèle et les réflexions prudentes qu'il contient, il puisse facilement s'examiner et faire exactement sa confession générale. Il y apprendra la manière pratique de répondre et de s'expliquer avec le confesseur, et, ce qui est bien plus important^

la manière de produire les actes nécessaires pour recevoir dignement Tabsolution. Il servira aux jeunes confesseurs pour apprendre la manière d'interroger les pénitents et l'ordre qu'ils doivent suivre, pour faire brièvement et facilement la confession générale; car nous résumons ici tous les avis que nous avons donnés dans nos instructions précédentes.

Il est certain que le meilleur moyen d'apprendre à prêcher, c'est d'entendre un bon prédicateur, qui parle du haut de la chaire ; mais, pour apprendre à confesser, il n'est pas possible de prêter l'oreille pour entendre ce que dit le confesseur dans le secret du tribunal et sous le sceau le plus inviolable. Or, c'est pour donner une idée de ce qui se passe entre le confesseur et le pénitent qu'on les représente ici comme s'ils étaient l'un et l'autre dans l'acte même de la confession. Celte confession idéale instruira les pénitents à se bien confesser, et les jeunes confesseurs à diriger utilement leurs pénitents, et à leur faciliter l'usage de la confession générale ; pourvu qu'on observe les règles de la prudence, et que ce qu'on donne ici pour exemple on ne le prenne pas pour une règle fixe, qu'on doive rigoureusement observer avec toutes sortes de personnes. Car, dans les cas particuliers, le confesseur doit tantôt restreindre, tantôt augmenter le nombre des interrogations, les variant selon le besoin spécial du pénitent qu'il confesse.

On expose en premier lieu ce qui regarde le sixième précepte, parce que le pénitent, une fois sorti de cette fange, marche plus librement et ne s'épouvante de rien. Par de justes motifs, les questions et les réponses sur cette matière dangereuse sont exposées en latin : c'est pour ne pas nuire aux âmes simples et innocentes. La lettre D indique quand c'est le directeur qui parle ; la lettre C, quand c'est le confesseur ; le commencement des réponses du pénitent est marqué par la lettre P. Maintenant, quelle utilité on peut retirer du présent dialogue, nous laissons le soin d'en juger aux pénitents et aux confesseurs qui en feront l'expérience.

D. La première règle que je vous donne pour entendre avec fruit les confessions générales, c'est de traiter votre pénitent comme vous voudriez qu'on vous traitât vous-même si vous étiez dans son misérable état. Accueillez-le avec un visage riant, avec une douceur pleine de charité; montrez-lui un bon cœur.

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afin qn*il prenne confiance- en vous et vous découvre tout son intérieur. Abstenez-vous de certaines expressions rudes et impolies, dictées par un zèle amer, qui sont bien plus propres à irriter et è exaspérer le pénitent qu'à le rendre docile, obéissant et contrit. Lors même qu'il serait grossier, bouché, ignorant, quelquefois peut-être rebelle à vos exhortations et même obstiné à ne pas vouloir accomplir ses devoirs, vous ne devez ni le réprimander durement, ni Teffrayer par une sévérité excessive. Souvenez-vous bien qu'au confessionnal vous devez être un martyr de la patience, tâchant toujours de seconder votre pénitent par des manières douces et honnêtes et par une conduite qui incline plus à la douceur qu'à la sévérité. En le persuadant doucement par la force de vos raisons, faites pénétrer bien avant dans son ftme les saintes maximes de la foi, et vous le verrez humilié et convaincu ; en un mot, traitez-le comme vous voudriez être traité vous-même.

Interrogez-le ensuite sur les péchés commis depuis la dernière confession, afin de connaître, dès le commencement, en quel état se trouve son âme. S'il se trouvait dans une occasion prochaine de péché ou sujet à quelque mauvaise habitude, sans avoir la ferme résolution de se corriger, et sans montrer aucun signe de componction, vous ne devriez pas, conformément aux règles exposées ci-devant, vous mettre en peine d'entendre sa confession générale ^ : ce serait une fatigue inutile. En effet, la confession générale ne se fait pas seulement pour remédier au passé, mais aussi pour commencer un véritable changement de vie. Otez du pénitent cette véritable disposition, l'ouvrage tout entier manque de fondement. Si le pénitent est disposé, demandez-lui, premièrement, quel est son âge, son état, sa profession. Commencez par le sixième précepte. Interrogez-le d'abord sur les péchés commis dans l'enfance, et ensuite sur les pensées, les paroles, les actions obscènes, mais par degrés et suivant l'ouverture qu'il vous don-

< n nous semble que cette règle peut et doit souffrir des excepUoos. En effet, il eet possible que dans le cours de la confession, à la vue de ses fautes et par les avis du confesseur, le pénitent conçoive les sentiments et prenne les dispositions qu'il n'avait point au commencement. D'ailleurs, atgourd'hoi oi la foi et le zèle pour la confession sont si faibles, le renvoyer sans Tentendre, ne serait-ce pas l'exposer à ne plus revenir ?

(Note du Traducteur.)

nera par ses réponses et que je vous suggérerai moi-même.

Et vous, pénitent, vous devez venir aux pieds de votre confesseur avec un esprit d'obéissance et une ferme résolution de lui ouvrir votre cœur tout entier, de faire votre confession générale, comme si elle devait être la dernière, et si vous deviez bientôt paraître au tribunal de Dieu ; mais par-dessus tout avec la résolution inébranlable de changer véritablement de vie. Ne vous répandez pas en récits inutiles. Si même vous avez écrit vos péchés, mais sans ordre et avec des histoires étrangères, et que dans sa prudence votre confesseur juge qu'il vaut mieux mettre votre écrit de côté et suivre la méthode suivante, aidé de ses interrogations, obéissez : vous ne pouvez vous tromper. En lisant un fatras si embrouillé, vous ne feriez qu'augmenter votre embarras. Au reste, voici votre règle : taisez-vous lorsque le confesseur parle, et parlez lorsqu'il vous interroge; suivez Tordre qui vous sera tracé, et que je vais vous indiquer.

C. Vous êtes donc venu pour faire votre confession générale. Je m'en réjouis; soyez sûr qu'elle vous servira comme d'un second baptême. Prenez courage : n'ayez point d'inquiétude, confiez-vous en moi, je vous aiderai autant qu'il me sera possible ; j'espère que vous serez consolé. Dites-moi, avez-vous jamais fait cette confession générale?

Pj Non, mon père, et je ne peux vivre tranquille si je ne me décharge de ce pesant fardeau de tant de péchés, qui me pèse sur le cœur.

C. Êtes-vous marié ou Ubre? quel âge avez-vous? quelle est votre profession ? afin que je puisse vous aider par des interrogations convenables à votre état.

P. Je suis marié et j'ai trente-six ou trente-sept ans; j'ai en dififérentes professions, comme la suite de ma confession vous l'apprendra.

C. Combien y a-t-il de temps que vous ne vous êtes pas confessé?

A II y a environ deux mois.

(7. Avez-vous accompli votre pénitence?

P. J'y ai manqué, mon père, en omettant quelques rosaires et quelques jeûnes. Ce n'est pas seulement dans cette confes* sion, mais encore dans les autres que j'ai négligé les pénitences que mes confesseurs m'avaient imposées.

C. Je devrais vous renvoyer pour accomplir d'abord votre pénitence ; mais, comme vous ne pourriez le faire en peu de temps, et qu'en faisant votre confession générale, je suppose que vous êtes résolu de satisfaire à tous les manquements de votre vie passée, nous remédierons à tout en me disant à la fin de la confession le nombre approchant des confessions mal faites et des pénitences omises. Commencez par dire les péchés commis depuis la dernière confession, afin que je puisse me mettre au courant de Tétat actuel de votre âme.

D. Après ces interrogations, qui d'ordinaire doivent être faites à tous les pénitents, et qui servent comme de préambule à toute confession, le confesseur doit s'assurer si le pénitent fait la confession générale par nécessité ou seulement par conseil. Dans le premier cas, il doit apporter une plus grande exactitude dans l'examen et une plus grande attention dans les interrogations. Dans le second cas, il n'est pas besoin de tant de soin, parce que le pénitent n'étant pas obligé de confesser de nouveau tous ses péchés, déjà légitimement soumis à la puissance des clefs, le confesseur non plus n'est pas obligé de l'interroger avec tant de détail, et il peut passer plus légèrement. Votre première interrogation aura pour objet de savoir s'il n'a jamais caché aucun péché par honte dans ses confessions précédentes, ou s'il n'y aurait pas eu quelqu'un des cas indiqués dans les instructions précédentes qui rende la confession nécessaire, afin de procéder avec ordre aux autres interrogations.

Il en est qui commencent par interroger sur la connaissance des vérités de la foi, particulièrement des mystères nécessaires à savoir necessitate medii. Mais l'expérience m'a appris que ces interrogations faites, dès l'abord, refroidissent beaucoup le pénitent ; et qu'à la fin de la confession, lorsqu'il est déchargé du poids énorme de ses fautes, il se soumet plus facilement à tout apprendre avec plus d'attention. Ainsi, je vous conseille, toutes les fois que vous n'avez aucun doute sur la docilité du pénitent à se soumettre à tout ce que vous lui ordonnez, de laisser cette matière pour la fin, et soyez sûr que cette méthode vous réussira beaucoup mieux. Et vous, pénitent, soyez sincère dans.rac- •cusation de vos fautes ; une seule circonstance, changeant l'espèce que vous taisez ou que vous palliez, suffit pour ruiner l'œuvre tout entière de votre confession.

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Oatrez donc votre cœur au confesseur, et dites vos péchés avec une simplicité et une candeur filiale : absolument comme un ami a coutume de manifester à un ami fidèle et de cœur les secrets de ses affaires les plus importantes, parce qu'il en attend toute espèce de conseil et d*appui. Si vous savez le nombre cer* tain de vos péchés, dites-le comme certain ; n'attendez pas qu'à chaque fois le confesseur vous demande : Combien de fois avezvous commis ce péché ? combien de fois tel autre 7 Si vous ne savez pas un nombre certain, dites un nombre probable, tant de fois environ, ou au moins le temps et la fréquence de vos chutes. Si la confusion de vos idées ne vous permet pas même de dire cela, dites que vous avez eu cette mauvaise habitude pendant tant d'années, et que vous y avez succombé un grand nombre de fois, afin que le confesseur connaisse le mieux possible l'état de votre conscience, suivant ce quenousavons dit plus haut.

C. Dites-moi, de grâce, avez-vous jamais caché quelque.péché mortel par honte ou par crainte ? ou bien, dans le doute s'il était tel, l'avez-vous caché à votre confesseur ?

P. Oui, mon père. Voilà l'épine qui m'a toujours percé le cœur en chaque confession, et c'est ce qui me fait croire que toutes mes confessions ont toujours été invalides ou sacrilèges ; d'autant plus que je n'ai jamais eu ni douleur ni ferme propos; car je ne me mettais point en peine de me corriger de mes mauvaises habitudes, et que, tout en restant dans l'occasion prochaine, je fréquentais les sacrements ; de sorte que je connais depuis plusieurs années que cette confession générale m'est absolument nécessaire.

C. Eh bien, laissez-moi vous diriger ; et, pour remonter à la source, vous souvient-il, lorsque vous aviez six ou sept ans, d'avoir commis quelque action déshonnète?

P. Oui, mon père, et cela très souvent ; et c'estlà précisément lepéchéqueje n'ai jamais bien confessé. Oh ! que j'en suis fâché I

C. Très bien ; mais il faut que vous vous exphquiez encore mieux, et que vous disiez : An cum masculOf vel femina^ forte cum fratre^ vel sorore^ inhonestum aliquid perpetraveriSj an tactibusiantumvel opère consummato. Bien qu'alors, par défaut de connaissance et par impuissance naturelle, le péché n'ait pas été consommédans son espèce, je désire cependant, pour vous humiUer davantage, que vous vous confessiez des circonstances

aggravantes, afin que vous soyez à jamais tranquille là-dessus^ et que vous n'y pensiez plus. Si vous savez le nombre certain des fois, dites-le ; sinon, faites comme il a été dit ci-dessus. Vous vous accusez donc de toute la malice qu il aurait eu à cet âge, comme la chose est aux yeux de Dieu, n'est-ce pas ?

P. Oui, mon père, je m'accuse de tout, et si je pouvais mieux m'expliquer. je le ferais.

C. En croissant en âge, la malice crût aussi avec vous, et le démon commença à vous remplir l'esprit de pensées désiionnètes ; or, dites-moi, comment vous étes-vous comporté dans ces mauvaises pensées ? les avez- vous toujours repoussées, ou bien y avez-vous consenti en prenant plaisir aux représentations impures qu'elles excitaient dans votre imagination, et quelquefois même en désirant des objets de péché, et cela arrivait-il rarement ou souvent ?

P. Ah I mon père, c'est là un abtme sans fond, et plus j'y pense, plus je suis embarrassé, ne sachant comment en sortir. Tout ce que je puis dire, c'est que depuis l'âge de sept ou huit ans jusqu'à cette heure, j'ai toujours consenti, soit en m Y complaisant, soit en désirant les objets de toute espèce, et sur cet article je ne saurais m'expliquer autrement.

C. Vous vous êtes expliqué suffisamment, car vous n'êtes pas obligé à ce qui vo^s est moralement impossible. Vous vous accusez donc de toutes les délectations et de tous les désirs que vous avez eus avec ces mauvaises pensées ; comme aussi de la négligence à les renvoyer, et de l'occasion que vous y avez donnée par vos regards et par le mauvais usage de vos s^is, n'est-ce pas ? Je suppose qu'elles vous seront venues tous les jours, et pent-èlre plusieurs fois le jour, et qu'elles étaient de toutes les sortes imaginables ; n'est-ce pas la vérité ?

P. Oui, mon père; il en est ainsi, et je ne puis dire autre chose.

C. Après votre mariage, avez-vous continué à y consentir aussi souvent ?

P. Non, mon père ; depuis sept ou huit ans que je suis ma* rié, j'ai consenti moins souvent ; mettons trois ou quatre fois la semaine environ.

C. Quant aux paroles déshonnètes, avez-vous eu rhabitude d'en tenir avec des jeunes gens, avec des femmes, et

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particulièrement en présence des personnes innocentes ?

P. Oui, mon père : c'est une mauvaise habitude que j'ai contractée depuis ma jeunesse. En rencontrant des femmes, en me trouvant dans les conversations, j'ai dit des paroles obscènes, des mots équivoques, et Dieu sait combien il en est qui, a mon occasion, auront conçu de mauvaises pensées et appris le mai ! Ainsi, je m'accuse de tant de scandales que j'ai donnés au prochain. J'y suis tombé jusqu'à trois ou quatre fois la semaine et même davantage, et je ne me suis jamais mis en peine de déraciner cette mauvaise habitude, ni de mettre un frein à cette langue indigne. C'est pourquoi je m^en repens.

D. A l'accusation des pensées et des discours déshonnétes doit succéder celle des actions obscènes. Elle requiert une double précaution soit de la part du confesseur, soit de la part du pénitent. Vous, confesseur, vous devez être réservé en interrogeant sur cette matière, comme nous avons dit plus haut ; ainsi vous devez v.ous servir de termes honnêtes. Comme les prédicateurs en chaire étudient certains tours de phrases propres à attaquer le vice sans blesser l'honnêteté, de même les confesseurs doivent employer certaines manières de parler qui n'offensent point la modestie. Il est vrai, vous ne devez point, par une crainte excessive, omettre de demander ce que vous croyez nécessaire pour connaître l'espèce et le nombre des péchés de votre pénitent; évitez cependant de parler de certaines particularités obscènes qui accompagnent la manière de pécher, cela n'étant pas nécessaire, mais, au contraire, indécent et très répréhensible.

Et vous, pénitent, vous devez être réservé en expliquant cette espèce de péché ; ayez soin d'éviter deux pièges que le démon vous tendra, la honte et l'effronterie. D'abord, ne vous laissez point ti'omper par une fausse crainte que le confesseur ou ne voudra pas ou ne pourra pas vous absoudre, ou qu'il vous grondera ou qu'il se scandalisera : tout cela est faux. Soyez très certain que, vos péchés fussent-ils deux fois plus énormes, votre confesseur aura compassion de vous. Que dis-je ? plus sera profonde la fosse dans laquelle vous serez tombé, plus il mettra de zèle et de charité pour vous en retirer. Ayez courage, et dites vos faiblesses avec une grande confiance : vous éprouverez qu'à peine vous aurez ouvert la bouche pour vous accuser, toutes vos

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craintes et vos répugnances s'évanouiront. Ne tombez cependant pas dans Texlréme opposé , qui est de dire vos péchés avec une espèce d'effronterie, comme si on les racontait par manière d'acquit, ou si on se faisait gloire du mal. Vous devez vous confesser avec componction et humilité, disant succinctement et modeste^ ment tout ce que vous croyez être nécessaire pour déchaiiger votre conscience. Le modèle que je vous donne ici vous sera très utile pour cela. Je le mets en latin, non qu'on doive parler latin dans la confession, mais afin que ce dialogue, tombant aux mains d'un grand nombre de personnes, ne puisse noire aux simples et aux innocents, comme j'ai dit ci-dessus.

C. In tua juventute habuistine pessimam consuetudinem te poUuendi? quot annis perseverasti in committenda tam gravi enormitate? et quanta cum frequentia committebas illam? quoties in mense aut in hebdomada? Die sincère id quod tibi videtur probabilius, et explica etiam in qualia objecta mens tua ferebatur in illo actu indigne offendendi Deum.

P. Ita, pater, semel a maledicto quodam socio banc didici injquitatem, nec unquam amplius emendatus sum. Circa duodecimum aut tertium decimum setatis annum hoc peccatum commiltere cœpi, illudque bis vel ter in hebdomada commiltebam, aliquoties vero etiam quotidie : aliquando tamen nec semel in hebdomada : mens autem mea in diversa ferebatur objecta divers© speciei, modo in unam, modo in alteram fœminam ; nihilque curans, essentne puellse, vel conjugatsB, cunctas desiderabam, nec uUam toto annorum illorum tempore diligentiam adbibui, ut me emendarem ; quinimo ex proposito nusquamao eumdem redibam confessorem, sed semper novos quœrebanJ, etquos ad me absolvendum propensiores judicabam. Oculorum tenus in hoc luto immersus fui, et ignore an necesse sit expncare, me illudsepties,vel octies etiam, in loco sacrocomuiisissc.

C. Praecisa utique nécessitas est explicandi circumstantiaro loci sacri ; prout etiam necesse est explicare qualitatem objectorum, in quœ tuum ferebatur desiderium, aut scilicet erant personsB sacrse, vel tibi consanguinitate conjunctœ, etc. Oui* vero a quodam tuo socio de hac iniquitate te edoctum fuisse dicis, necessario pariter explicare teneris, an simul cum iltoi vos invicem excitando, hoc perpétra veris peccatum : necn^ii alios, et quot tu similiter docueris ; et an inter hos a te seductos

aliquis tuus fuerit consanguineus in primo prœcipue vel secundo gradu. Insuper an primus fueris ad inducendum, et an cum aliquo ex istis sociis active vel passive sodomiam commiseris, et quoties. Die sincère omnia : tibi enim compatior, et ex corde compatior; quamvis te cum brutis, et cum malitia indicibili ac inexcogitabili hsec delicta commisisse confilearis; ideo ne paveas.

P. Gratias tibi ago, pater, quia confortasti me ; sdne multum egeOy praecipue propter ultimam speciem besfialitatis prsenotatam, quam decies vel duodecies in pueritia commisi, nec usquam prœ pudore confessus sum. Insuper confiteor decem vel duodecim juvenes de malitia a me edoctos fuisse, allematim cum omnibus quadragesies, vel quinquagesies poUutionem committendo, et unus ex ipsis meus erat consanguineus, cumquo septies, vel octies peccavi, et ego fere semper primus fui ad illos inducendos : immo cum tribus, aut quatuor ex supradictis, quindecim, aut viginti vicibus nefandum commisi peccatum, fere semper me active concurrente, licet non semper complète : in omnibus autem hisce delictis superabundavi in malitia, quapropter ex foto corde doleo^ et summa cum erubescentia me accuse.

C. Cum aliquo ex prsedictis juvenibus fuistine in oecasione proxima peccandi, id est frequenterne^ et a multo tempore peccatum commisisti?

P. Ita, pater, cum uno septem aut octo mensibus- quotidie conversalus sum omni fere hebdomada peccatum committendo.

C. Post contractum matrimonium commisistine aliquando a te ipso peccatum poUutionis?

jP. Utique, sed rarius, semel YÎdelicet, aut bis in mense : aliqua autem mense, nec semel ; mens vero mea in diversa ferebatur objecta, ut supra.

C* Habuistine inhonestam conversationem cum mulieribus, ipsas tangendo, vel osculando? Explica saltem cum quot, et an rare, vel fréquenter.

P. Cum multis utique mulieribus, nempe cum triginta circiter bas nugas ssepius exercui, ipsas et tangendo, et osculando; et paucœ effluxerunt hebdomadse, in quibus talem non commiserim errorem.

C. Ultra dictes tactus, et oscula inhonesta, habuistine aliquando copulam perfectam? explica numerum mulierum, et

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statum earum, et an habueris cum aliqua ex ipsis oecasionem proximam peccandi.

P. Ita, pater, cum quinque vel sex mulieribus babui copulam perfectain, ex quibus duœ erant liberœ, et cum ip^ peccavi viginti, aut triginta Ticibus circiter; très, vel quatuor erant conjugatœ, cum quibus totidem circiter vicibus peccavi ; cum una autem puelia fui ia occasione proxima septem vel octo annis : et quia in uxorero ipsam ducere cupiebam, cam ipsa inhonestum fovebam amorem, eam quotidie visitando; quotidie tamen non peccavi ex defectu opportunitatis, sed bis tantum, aut ter in mense cum ipsa copuiam imperfectam^ committebam, fréquenter vero eam tangebam.

C. Cum ipsam te quotidie visitasse dicas, licet non semper peccatum consummaveris, nihilominus quotidie peccasti, ob pericuium peccandi, cui te exponebas. Die tamen an ipsam ad copuiam induxeris cum promissione illam desponsandi, et num post sponsalia solemnia cum ipsa peccaveris, et quod pejus est, an tacendo in confessione hujusmodi peccata, sacra* mentum matrimonii receperis. Insuper explica, an post iJIad rite celebratum cum aliis mulieribus iterum peccaveris; et an de facto cum aliqua ex ipsis sis in occasione proxima.

P. lia, pater, ego illam induxi variis promissionibus illam desponsandi; peractisque sponsalibus, ter aut quater cum ipsa peccavi ; et quod iniquissimum est, talibus peccatis inquinatus matrimonii sacramentum recepi. Post contractum vero matrimonium, ter aut quater cum soluta peccavi. Duo insuper sunt, vel très anni, quibus inhoneslam habeo amicitiam cum ligata^ cum qua ter vel quater in mense copuiam habeo ; quindecim autem jam peracli sunt dies, quibus, Deo adjuvante, liber sum ab hoc peccato, et me non amplius peccaturum jurejurando promitto.

C. Non sufIScit juramentum de non amplius peccando, sed necesse est quod promitlas, te non amplius conversationem habiturum cum illa. Ego te absolvere non deberem, cum -Ime sit proxima occasio peccandi; verum, quia suppono te ab aliis de pessimo tuo statu, in quo bis duobus, vel tribus annis vixisti, admonitum non fuisse : et quod nunc firmiter propo* nas, non amplius domum illam adeundi, imo amicam omnimodo declinandi, nec amplius cum illa loquendi, et credo

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quod in hac taa confessione geoeraii mihi promittas ex corde ; hac igitur de causa, et propter specialem dolorem, quem sensibiliter demonstras, pro hac vice te absolvam. Scito, tamen, quod relabendo, non amplius reperies qui te absolvat. Nunc Tero, cum tu conjugatus sis, die mihi, num cum tua conjuge matrimonio honeste sis usus, et an habeas circa banc materiam, de quo tua remordeat conscientia.

P. Audivialiquando, quod in usu matrimonii commilti possunt peccata mortaha, et ideo obsecro paternilatem tuam, ut me instniere dignetur, nam ego sincère respondebo ad tua qusesita ^.

/). Quando viri petunt instrui, débet confessarius ipsos clarius instruere ; in ipsis enim interrogandis non tantum adest perîculum, sicut in mulieribus : et ideo Ucilum erit ab eis quœrere, an in usu matrimonii aiias fœminas prseter propriam concupierint, et quo, et quoties, et cujus erant conditionis aut status; an in dicto usu, cum propria uxore servaverint vas naturale ; an Toluntarie semen foras effuderint; vel in evidenti periculo talem errorem commitlendi se consliluerint? Cum muheribus vero interrogationes isfae fieri non soient, nisi ilto a seipsis de his clarum prsebeant indicium. Idem pariter die de aliis interrogationibus pro hominibus supra notatis, quae licet etiam cum mulieribus, servatis servandis, fieri possint, cum majori tamen cautela fieri debent. Aliqna enim sunt consideratione digna, quœ et a muheribus quidem qii8erenda, sed cum magna prudentia, modestia et circumspeclione, et non ab onmibus, ne îpsas edoceat ea, quœ a multis ignorantur.

Gradatim igitur procédas ; si namque muher confiteatur,4e impuris cogitationibus consensum praebuisse, interrogari potest, an in pueritia res inhonestas cum pueris commiseril, et in quah œtate. Aliquando enim malum in setale pueriU perpetratum asserunt, quod tamen commissum fuit post annos duodecim, quando mahtia eratomnino compléta. Insuper est interrogaada, an cum sociabus habuerit inhonestos discursus ; et si ahquaUs malitiœ indicium praebeat, ab ea quaeratur, an se ipsam iUicite ob meram delectationem tetigerit. Quamplures namque mulieres in hoc vitio miserrime jacent I Non est tamen ulterius quaerendum, an interfuerit pollutio, nisi forte in ipsamet cernatur maUtisB libertas, et ipsamet apertius loquendo occasionem pree-

1 Vide adnofcationem, n. 168.

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beatinterrogandi. Etenim nonomnesmuIieres,utfatentnrperiti, hanc patiuntur miseriam, saltem ita, sensibilem, ut ab iis possit agnosci. Si postea ad interrogationes prsedictas respondeatse utique iUicite tetigisse, ignorasse tamen hoc esse peccatum, non illico ipsi credatur, sed modeste instruatur quod illicite se ipsam tangere, ob meram scilicet delectationetn et non ob aliquamnecessitatem, gravissimum sit peccatum ; nam alias confessio foret grave sacrilegium : et hoc modo omne evacuabitur venenmD.

Sipœnitens alteri fomentum dédit amoris ab ipsa quaBrendom est an indignis consenserit cogitationibus vel amasio fuerit oecasio talis consensus ; an cum délecta tione protulerit, velaudierit verba obscena, aut sequivoce nugatoria ; an ad choreas pergens, malitiose amasii manum strinxerity et an in lods secretis sola cum solo consistere consueverit, surgendo noctis tempore ad colloquendum, etiam cum magna forsan majorum suorarn amaritudine, quibus non obedire parvi pendebat;etaliaplura similia. Si tandem pœnitens iapsa est in peccata compléta cm hominibus, interroganda est de abortu, an scilicet sit secutus, vel solum attentatus ; an fœtus esset aniraatus, et quoties periculo se exposuerit abortum patiendi.

Cum conjugatis, qui nollent habere multos filios, non eritsoperflua interrogation an conjugibus occasionem dederint scmen foras effundendi, aut saltem taie habuerint desiderium. Ifl^rrogentur ultime, dederintne scandalum, aliis opportunitatem prœbendo peccandi in domo sua, vel deferendo epistolas amatorias, annuntiationes, salutationes, etc. In hoc deficere soient ancilte, vetulae, nec non et puellse, ac sorores sibi invicem una alteri obsequium exhibendo ad confovendos impuros amores. Omnes prsedictse interrogationes licite fieri possunt mu- Ueribus in hac tam lubrica materia, non tamen omnibus : W^ confessarius prudenter discernere tenetur, secundum luœen ipsi communicatum a Deo, quem enixis precibus exorabit, qo®" nam talibus indigeant interrogationibus, et quœ non, etc.

Après ces interrogations communes, le confesseur doit engager le pénitent, s'il lui reste quelque autre chose sur cette matière, à le dire en toute liberté ; il doit le lui répéter plusieurs fois, afin qu'il ne laisse rien. Et vous, pénitent, vous ne devej pas laisser tout le travail au confesseur, mais lui dire libremwï tout ce qui pèse sur votre conscience, encore que par inadver-

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tance leconfesseurnd vous interroge pas là*dessus. Sidoncvous avez des amitiés dangereuses avec des religieuses ou autres personnes liées par des vœux de chasteté; si vous avez des empêchements secrets de mariage, ou si vous faisiez des pactes implicites ou exprès avec le démon ; si vous gardez chez- vous des billets ou autres gages d'amour, des peintures obscènes, des livres déshonnètes et autres choses semblables, vous devez dire tout cela si vous voulez que le remède soit efficace et vous rende une parfaite santé. Enfin, pour sortir de tout ce bourbier, le confesseur terminera de cette manière.

C. Yous vous accusez de tous ces péchés déshonnètes que vous avez commis, et de tous ceux que vous avez fait commettre aux autres par des paroles obscènes, par des conseils criminels, sollicitant, tentant des personnes d'un sexe dilTérent du vôtre, ou, par d'autres moyens, cherchant les occasions au lieu de les fuir, en vous exposant tant de fois au danger de pécher, donnant aux autres occasion de former des soupçons, des jugements, des médisances contre votre honneur et celui des personnes que vous fréquentiez. De tout cela et de tout ce que vous ne connaissez pas ou ne savez pas bien expliquer, vous vous en accusez, n'est-ce pas?

P. Oui, mon père, je m'accuse généralement de tous les péchés que j'ai commis contre ce sixième commandement, et je regrette de ne pas bien me rappeler toutes les particularités, pour les expliquer plus clairement, m'accusant de toutes mes mauvaises habitudes, de la grande malice avec laq^ielle j'ai péché, comme Dieu m'en reconnaît coupable.

C. Sur la foi, avez-vous jamais eu des doutes ou des sentiments contraires à ce que l'Église nous enseigne?

P. Non, mon père, il m'est bien passé par l'esprit certaines pensées volantes; mais, par la grâce de Dieu, je ne crois pas y avoir consenti volontairement*

C. Avez«vous appris à faire des superstitions diaboliques par des paroles, des signes, pour guérir les maladies ou pour inspirer de l'amour? Avez-vous jamais porté sur vous des charmes ou des écrits pour empêcher l'effet des armes et autres choses semblables ?

P. Oui, mon père, j'ai porté un écrit sur moi pendant quelques années ; on m'avait dit que c'était une dévotion qui pou-

vait beaucoup coatre les armes à feu : si je ne le dois pas porter, je le jetterai au feu.

C. Avez-vous lu des livres défendus, ou en gardez-vous sans permission?

P. Oui, mon père, j'en ai lu quelques-uns, mais je ne savais pas qu'ils étaient défendus ; aussitôt que je Tai su, je les ai laissés.

C. Avez-vous fait de faux serments en justice au préjudice du prochain, ou hors de là, abusant du saint nom de Dieu et des saints?

P. Oui, mon père, j'ai souvent prêté serment ; il n'était pas toujours faux, mais quelquefois faux et quelquefois vrai. Deux ou trois fois j'ai porté les autres à en faire de faux au préjudice du prochain ; moi-même je Tai fait une fois pour rendre service au prochain.

C. Vous avez toujours péché en jurant tantôt le vrai et tantôt le faux, à raison du danger où vous vous êtes exposé à devenir parjure. Dites le temps et la fréquence, et si vous avez réparé le dommage causé par vous ou par ceux que vous avez portés à faire de faux serments. Bien que vous n'ayez occasionné aucun dommage, que vous ayez même juré le faux pour rendre service aux autres, vous avez cependant péché ; car on ne doit pas le faire quand il s'agirait de l'intérêt du monde entier. De plus, vous avez blasphémé le saint nom de Dieu et des saints, et quels ont été vos blasphèmes?

D. Faites attention que les ignorants prennent pour des blasphèmes les simples imprécations, ou toute autre expression dans laquelle entre le saint nom de Dieu. C'est pourquoi il est nécessaire que le confesseur leur fasse expliquer ce qu'ils entendent par blasphème, afin de savoir si leurs paroles ont été de vrais blasphèmes, et, dans ce cas^ s'ils ont été simples ou hérétiques.

C. Vous avez coutume de lancer des imprécations et des malédictions? l'avez-vous fait en désirant qu'elles fussent accomplies, ou seulement par emportement de colère? les avez-vous lancées contre vos enfants, et surtout contre votre père et votre mère, au scandale de ceux qui vous entendaient?

P. Oui, mon père, j*en ai fait bien souvent, mais rarement avec l'intention qu'elles fussent accomplies. Ordinairement c'é-

MANOBL DBS CONFESSEURS. 493

tait par colère, et quelquefois contre mon père et ma mère^ et souvent contre mes enfants. Je m'accuse du scandale que j'ai donné aux voisins et à tous ceux qui m'ont entendu ; je m'accuse en outre de cette mauvaise habitude, que je n'ai point cherché à déraciner, ce qui fait que je ne me suis jamais corrigé.

C. Avez*-vous manqué la messe les jours d'obligation par négligence, ou l'avez-vous entendue sans dévotion ?

P. Oui, mon père, je l'ai manquée dix ou douze fois, et je l'ai presque toujours entendue avec distraction, quelquefois j'ai sommeillé ou regardé ceux qui entraient et qui sortaient, sans aucune dévotion ; je m'en accuse.

(7. Avez-vous travaillé les jours de fêtes plus de deux heures ou avez-vous donné aux autres occasion de travailler ?

P. Oui, mon père, j'en suis coupable, et^ ayant eu différents métiers, j'ai souvent travaillé pendant Tannée, et j'ai fait travailler mes garçons de boutique, surtout lorsque j'étais tailleur. Pour contenter ceux qui me donnaient du travail, j'ai profané les principales fêtes jusqu'à huit ou dix fois par an, et cela pendant sept ou huit ans, et je faisais travailler toute ma maison: c'est pourquoi Dieu m'a puni en me réduisant à la misère. Je me repens de l'offense faite à mon Dieu.

(7. Avez-vous observé les jeûnes commandés par l'Ëglise, surtout lorsque vous étito tailleur, et que votre travail était compatible avec le jeûne ? Outre la transgression du jeûne, avez vous mangé de la viande les jours défendus ?

P. Rarement j'ai observé les jeûnes à la rigueur ; et je peux bien dire que j'en ai transgressé plus de la moitié. J'ai mangé de la viande les jours défendus sept ou huit fois pendant toute ma vie.

C. Vous rappelez-vous avoir fait beaucoup de peine à votre père, à votre mère, ou à vos autres supérieurs?

P. Oui, mon père, je leur ai désobéi et fait de la peine bien souvent, en dérobant dans la maison des effets et de l'argent pour m'amuser. Huit ou dix fois, je me suis révolté contre eux en leur disant des paroles injurieuses, et cinq ou six fois je leur ai même désiré la mort du fond de mon cœur.

C. Avez^vous porté des armes défendues, engageant des rixes avec vos rivaux, et vous exposant au danger de blesser ou

MANUEL DBS CONFBSSEDRS. 35

(l'être blessé, et de causer un grand dommage à votre corps, à votre âme et même à votre famille 1

' P. Oui, mon père, huit ou dix fois j'ai eu des rixes avec les autres, et j'en ai blessé deux gravement, mais j'ai réparé tons les dommages. Pendant deux ans j'ai porté des armes défendues, au risque d'aller en prison.

C. Fréquentez-vous les cafés et les auberges, jouant aux cartes et à d'autres jeux abominables, vous enivrant souvent, et proférant des paroles obscènes et des blasphèmes?

P. Oui, mon père, tout cela est vrai, je m'enivre souvent jusqu'à deux ou trois fois le mois. Je joue aux cartes et aux dés, et c'est là l'occasion de mes blasphèmes ; mais je suis tout à fait résolu à ne plus m'enivrer et à ne plus blasphémer.

C. Ce n*est pas assez de promettre de ne plus vous enivrer et de ne plus blasphémer, il faut encore promettre de ne plus jamais aller au café ni à l'auberge, et de ne plus jamais jouer aux cartes ni aux dés. Vous ne pourriez être absous, si, averti par d'autres, vous ne vous étiez pas corrigé ; mais puisque vous me dites que vous n'avez jamais été averti decette obligation, et que, d'un autre côté, je vous vois repentant et décidé à obéir, je vous absoudrai pour cette fois. Cependant^ souvenez-vous bien de ne jamais plus mettre le pied à Tauberge, si ce n'est dans le cas d'absolue nécessité ; autrement vous ne trouverez personne qui veuille vous absoudre. En outre, dans ces auberges ou dans les boutiques, dans les conversations ou dans les cercles^ avezvous jamais dit du prochain du mal grave et préjudiciable à son honneur.

P. Oui, mon père, c'est mon faible. Je ne peux mettre de frein à ma langue. Je dis très souvent du mal de mon prochain ; le plus souvent ce sont des choses vraies et publiques; mais d'autres fois aussi j'ai découvert des choses graves et secrètes ; mettons trente ou quarante fois environ. Ce qu'il y a de pis, trois ou quatre fois j'ai calomnié le prochain, en lui imputant des fautes dont il était innocent.

C. Ce n'est pas assez de vous en accuser : il faut réparer la réputation que vous avez enlevée. Lorsque vous avez dit des choses vraies et publiques, vous n'avez péché que véniellement ; mais, en dévoilant des choses graves et secrètes, vous avez péché gravement^ et vous devez restituer la réputation en

disant au moins du bien des personnes dont vous avez mal parlé, supposé toutefois que le fait ne soit pas sorti de la mé-^ moire des personnes avec qui vous étiez ; car, si les personnes n'y pensent f^s, il y aurait plus de mal que de bien à le rappeler. Pour réparer vos calomnies, vous devez vous rétracter ouvertement, en disant que vous n'avez pas dit la vérité, et. s'il est nécessaire, l'affirmer par serment. Mais cette démangeaison de parler me fait soupçonner que vous avez le cœur blessé. Dites-moi donc : avez-vous porté de la haine à votre prochain, lui désirant beaucoup, de mal, vous réjouissant de celui qui lui arrivait,, et vous attristant de son bien?

P. Oui, mon père. Il y a cinq ou six ans que je suis en inimitié avec deux personnes. Je ne leur parle pas, je ne les salue pas, et, si je pouvais leur faire du mal, je le ferais ; mais vous devez savoir, mon père, qu'elles m'en ont trop fait.

D. Le confesseur ne doit pas permettre au pénitent de raconter les causes de sa haine, soit parce que nulle raison ne peut justifier la haine qu'on porte au prochain, soit parce qu'en rappelant les injures reçues, on irrite la passion. Loin d'en retirer de la componction, on ne fait que rouvrir la plaie et multiplier les péchés, même dans la confession, il doit cependant lui ordonner de se réconcilier s'il veut être absous, l'obligeant à donner des signes de bienveillance ordinaire, surtout si l'inimitié ou la haine est contre ses parents ; car de les saluer ne suffit pas. Il faut encore leur rendre les visites de convenance et d'usage entre parents ; et si le pénitent refuse, il ne doit pas lui donner Tabsolution. S'il promet sérieusement, surtout s'il n'a jamais promis à d'autres, on peut l'absoudre. Cela s'entend néanmoins lorsque le temps ne permet pas de le faire réconcilier d'abord avec le prochain ; car ordinairement on doit exiger que la réconciliation précède toujours l'absolution. Quant au nombre de ces péchés de haine, il suffit de faire dire la durée et la fréquence, car il est moralement impossible en pareil cas d'obtenir un nombre certain et probable.

C. A l'égard du bien d'autrui, n'avez-vous rien à vous reprocher?

P. Oui, mon père. Je dois faire une restitution de trente écus et je promets de m'en acquitter.

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