‹ Manuel des Congrégations des Saints Anges à l'usage des jeunes élèves des collèges et des couventsChapitre 10 sur 135 · DES ANGES EN PARTICULIER · texte numérisé non relu

DES ANGES EN PARTICULIER

5 — Après avoir contemplé les hiérarchies angéliques, il est juste que nous arrêtions nos regards sur le chef invincible de l'armée céleste, l'Archange saint Michel, cet illustre Archange établi par Dieu, à cause de son zèle et de sa fidélité, prince de tous ces Anges qui sont envoyés dans le monde pour y remplir divers ministères. Cet Esprit bienheureux fut honoré du nom de Michel, qui signifie qui est semblable à Dieu, parce que, lorsque l'orgueilleux Lucifer s'éleva contre Dieu et voulut lui devenir semblable, cet invincible Archange, ne pouvant supporter l'injure faite à son Seigneur, et animé d'un saint zèle, s'écria : Qui est semblable à Dieu ? c'est-à-dire qui est assez audacieux, assez puissant pour oser s'assimiler à Dieu ? comme s'il eût dit : Il n'y a dans le Ciel ou dans l'univers entier aucune créature semblable à notre Dieu. 0 courageux Saint Michel, vraiment digne de ce nom, so^^ez béni entre tous les Anges ! Que les hommes vous rendent les louanges et l'honneur qui vous sont dus, parce que vous avez été fidèle et zélé à venger la gloire du Seigneur !

Ce glorieux Archange a reçu de Dieu une foule de privilèges, non seulement dans l'Eglise triomphante, mais aussi dans l'Eglise militante. Dans l'ancienne Loi, il fut établi protecteur et gardien de la Synagogue, et dans la nouvelle, il a été fait prince et défenseur de l'Eglise. Il est ce chef puissant et ce capitaine dont toute l'armée des bons Anges imita le courage et la fidélité, pour s'opposer à l'audace insupportable du serpent, et qui, écrasant sa tête, remporta la victoire et le précipita du haut du Ciel avec tous ses compagnons (1). En outre, toutes les fois qu'on a eu besoin d'un secours du Ciel, et qu'il a fallu combattre pour le salut du peuple fidèle, l'invincible Michel a toujours été prêt. Il combattit en Egypte pour le peuple de Dieu, lorsque celui-ci fut délivré, par plusieurs prodiges et miracles, de la servitude de Pharaon. C'est lui qui, dans cette nuit horrible, frappa tous les premiers-nés de l'Egypte. C'est lui qui, pendant quarante années, marcha à la tête des enfants d'Israël, et précipita dans la mer Rouge l'armée de Pharaon qui les poursuivait. C'est lui qui détruisit et extermina tant de peuples et d'armées qui s'opposaient à leur passage, et qui les introduisit sains et saufs dans la terre que Dieu leur avait pro-

(1) Apoc. XII.

mise. Après la mort de Moïse, lorsque l'artificieux démon s'efforçait d'entraîner le peuple de Dieu à l'idolâtrie au sujet du corps sacré de son chef, ce fut l'Archange Michel qui, toujours zélé pour la gloire de Dieu et le salut de son peuple, s'opposa avec force à ses attaques et le mit en fuite. Enfin, lorsque le peuple d'Israël eut été emmené captif à Babylone, ce fut encore ce glorieux Archange qui, au terme de cette captivité, lui tendit une main secourable et écarta tous les obstacles qui s'opposaient à sa délivrance. Quoique, dans quelques-unes des circonstances que nous venons de citer, le nom de Michel ne soit pas exprimé, cependant, puisqu'il a été établi de Dieu le protecteur et le gardien de ce peuple, on peut croire, non sans fondement, qu'il intervint ou par lui-même ou par le ministère d'autres Anges qu'il avait chargés de cette mission.

Outre la protection générale et l'appui qu'il doit accorder à la sainte Eglise, ce glorieux Archange a encore la fonction spéciale de recevoir les âmes justes qui passent de cette vie à l'autre, après avoir été arrachées aux embûches et aux attaque du démon, et de les présenter au tribunal de Jésus-Christ pour qu'elles y reçoivent la récompense que Dieu accorde à

leurs mérites. Eufin, quand viendra la fin de ce monde, le courageux Archange apparaîtra pour combattre F Antéchrist, qui par de faux miracles s'efforcera de pervertir les fidèles ; mais saint Michel défendra l'Eglise de Dieu contre cette terrible persécution. Après avoir remporté la victoire et enchaîné le prince des ténèbres dans le puits de l'abîme infernal, ce même Archange fera retentir cette terrible trompette au son de laquelle les morts se lèveront et viendront se ranger en face du Juge éternel, pour y entendre cette sentence dernière qui donnera aux justes la gloire éternelle, et plongera les méchants dans des supplices sans fin. Alors il n'y aura plus ni temps ni place pour la grâce et la miséricorde. La justice seule de Dieu s'exercera avec la plus sévère équité. Par un juste jugement de Dieu, chacun sera placé dans le lieu qu'il aoira mérité d'occuper par sa vie sur cette terre.

0 Prince invincible, gardien fidèle de l'Eglise de Dieu et des âmes justes, vous qui, animé d'une si grande charité et d'un zèle si ardent, avez pris part à tant de combats, remporté tant de victoires sur l'ennemi, non pour acquérir la renommée et l'estime des hommes, comme le font les généraux de ce siècle, mais pour consers^er et défendre l'honneur et ia

gloire que nous devons tous à notre Crdateur, et pour sauver le genre humain, venez, je vous en conjure, venez au secours de mon ânie qui est sans cesse attaqué d'une manière si dangereuse par ses^ ennemis, la chair, le monde et le démon. Vous avez conduit le peuple d" Israël à travers le désert, daignez aussi être mon guide et mon compagnon dans les déserts de ce monde, jusqu'à ce que vous m'ayez déposé hors de tout danger dans la terre des vivants, dans cette heureuse patrie dont nous sommes tous exilés.

0 mon âme ! lorsque l'heure du départ aura sonné, heure pleine d'angoises et de périls, lorsque tu seras forcée de sortir de ce corps tant aimé, d'entrer seule et dépouillée de tout dans l'étroite porte de la mort, de t' avancer à travers les rangs pressés des dragons infernaux, tes ennemis mortels, qui t'entoureront en rugissant comme des lions aflfamés prêts à t'enlever et à te dévorer : plaise à Dieu qu'en ce moment l'Archange invincible qu'on a toujours vu prêt à prendre les armes au moindre danger des âmes fidèles, daigne aussi venir à ton secours avec sa glorieuse cohorte, qu'il combatte pour toi et que, te couvrant du bouclier impénétrable de sa protection, il te fasse passer saine et sauve au milieu de tes ennemis jusqu'à

la céleste patrie.... Que s'il prenait ta défense devant le tribunal de ce juge sévère en répondant pour toi, et obtenant par ses prières le pardon de tes péchés, et si, te recevant sous son étendard victorieux, il te conduisait jusqu'à cette sainte et bienheureuse lumière dont il est inondé, lui et tous les Anges et tous les Elus enfants de la lumière, au sein de la gloire du Très-Haut, avec quelle consolation et quelle douce joie tu sortirais de ce monde !

6 — Après le glorieux Saint Michel, considérons la dignité et la grandeur des prorégatives de l'Archange Gabriel. Quoique les saintes Ecritures le nomment simplement Ange, nous ne devons pas croire qu'il soit du dernier ordre des Anges particulièrement envoyés au secours et au service des hommes, mais il est supérieur aux Anges, c'est-à-dire Archange, et le premier d'entre ceux-ci. Car, comme le mystère qu'il vint annoncer n'est pas un mystère ordinaire, mais bien le plus grand et le plus digne de tous ceux que Dieu a révélés aux hommes, nous devons en conclure que ce divin Ambassadeur est un des plus nobles de cette hiérarchie. Il est cet ami fidèle du céleste Epoux qui, devenu témoin du profond mystère de son Incarnation, Ta révélé le premier au monde. Il est ce confident aimé qui

fut établi médiateur entre le Très-Haut et une humble Vierge de Nazareth, entre le Verbe éternel et la nature humaine. Pour mieux comprendre la dignité de cet Archange, considérons en particulier les offices que Dieu lui a confiés. Et d'abord, comme quelques Saints l'affirment, on peut croire pieusement qu'il fut donné pour gardien spécial à la bienheureuse Vierge. Or, le Seigneur n'a jamais eu ni dans le Ciel ni sur la terre, une créature plus pure, plus noble, qui l'ait aimé plus sincèrement que la Vierge Marie. Nous pouvons donc conclure que, de même que les princes de ce monde ont coutume de confier la garde de ce qu'ils ont de plus cher à leurs amis les plus fidèles et les plus dévoués, de même, dans la Cour céleste, le glorieux Gabriel est compté par le Roi du Ciel parmi les meilleurs et les plus chéris. Considérons ensuite un autre emploi de ce bienheureux Archange envoyé par la Très-Sainte Trinité pour une affaire sublime et de la plus haute importance, pour r Incarnation du Fils unique de Dieu, le Rédempteur et le salut du genre humain tout entier. Aussi est-ce avec raison qu'il a reçu le nom de Gabriel, nom mystérieux qui signifie V Homme de Dieu : car il annonça au monde le Christ qui devait être à la fois Dieu et Homme. Ce nom de Gabriel

est encore et plus proprement interprété la force de Dieu, pour indiquer le mystère qu'il avait annoncé au monde, c'est-à-dire la triple et solide chaîne qui marque l'union intime de la nature divine au corps et à l'âme très-sainte de Jésus-Christ dans une seule hypostase, dans la personne du Verbe éternel, selon ce qu'il est écrit : Un triple lien est difficile à rompre (1). Il est encore appelé avec raison la force de Dieu, car, par le bienfait de son message, il nous a communiqué cette force divine, par cela même que Dieu, en prenant notre nature humaine, s'est chargé de notre faiblesse. Aussi les hommes, avec le sceau de cette force, sont devenus si courageux, si vigoureux, qu'ils ont fait beaucoup de choses qui dépassent la mesure de la puissance humaine. 0 Ange vraiment fort, parce que vous avez apporté par votre ambassade Dieu lui-même, le Dieu fort, qui, après avoir terrassé et dépouillé l'ennemi armé qui exerçait depuis si longtemps sur nous une cruelle tyrannie, nous a arrachés à l'esclavage et rendus à la liberté des enfants de Dieu.

7 — Après avoir considéré le zèle et les hauts faits de Saint Michel et la force mystique de l'Archange Gabriel, il nous reste à

(1) Eccl. IV.

%g MANUEL DES C0NGEÉGATI0N8

considérer la charité officieuse de l'Ange Rar phaël, qui, d'après son propre téuioiirnage, est un des sept Esprits toujours debout en présence de Dieu, et par là, probablement un des principaux Anges du Paradis. Comme suite naturelle, nous considérerons les nombreux bienfaits que chacun de nous reçoit, tant dans son corps que dans son âme, de la part de son Ange gardien : car le glorieux Raphaël, soit par son nom, soit par la nature des miséricordieux offices quil rendit aux deux Tobie (1), est le type et la figure parfaite de ceux que nous rendent nos Anges gardiens. Et d'abord, le nom de Raphaël lui convient parfaitement. Il signifie médecine de Dieu, tant à cause de l'effet du remède spirituel qu'il donna au jeune Tobie, que pour celui du remède corporel qui rendit la vue à son vieux père. Or, quelles autres fonctions ton Ange gardien remplit-il à ton égard que celles de médecin spirituel et corporel ? Pour mieux comprendre ceci, considère, ô mon âme, quil y a trois états dans la vie humaine : le premier, lorsque l'homme passe dans le sein de sa mère ; le second, qui commence au moment où il naît pour finir à sa mort et au jugement particulier que subit son âme; le troisième est celui qui

(1) Tob. VI-XI.

suit sa mort. Dans chacun de ces états, contemple quels sont les offices qu'exerce envers toi l'Ange gardien, d'après toutes les actions de l'Ange Raphaël.

Pour ce qui regarde le premier état, l'Ecriture rapporte que le vieux Tobie ayant conçu le projet d'envoyer son fils dans un pays lointain, s'occupa de lui trouver un compagnon fidèle. Et voilà que le bon jeune homme n'était pas encore sorti de la maison paternelle, qu'un Ange envoyé de Dieu s'offre à lui, sous une forme humaine, pour l'accompagner et le conduire durant tout ce voyage. 0 charité immense ! ô soin plus que paternel du Créateur, qui, avant que tu fusses sortie du sein de ta mère, avant que tu eusses aucune connais sance de tes ennemis et des dangers que tu devais rencontrer, a ordonné à l'un de ces Esprits bienheureux qui contemplent sans cesse sa face divine, ainsi qu'à celui qui a gardé ta mère, de prendre soin de toi et de commencer, dans cette position délicate, exposée à tant de dangers, à te préserver, toi et ta mère, afin que tu pusses sans obstacle arriver à la grâce du Baptême, et être inscrite au nombre des enfants de Dieu. Mais, pourquoi parler des soins du Seigneur et du souvenir qu'il a eu de toi lorgque tu étais encore dans

le sein de ta mère ? De toute éternité, avant la création des Anges et de tous les autres êtres, lorsque les abîmes n'existaient point, que les fondements du Ciel et de la terre n'avaient point encore été jetés, il songeait à toi, être misérable, et il était en sollicitude pour ton salut. Et quoique, de toute éternité, il eût prévu ton ingratitude et ton indignité^ néanmoins, par un effet de sa pure bonté, sans aucun mérite de ta part, non-seulement il résolut de te fournir ce secours, mais encore de t'accorder tous les autres bienfaits que tu as reçus depuis le premier moment de ta conception, ceux que tu recevras jusqu'à la fin, et le plus grand de tous, l'éternelle béatitude.

8 — Ensuite, pour ce qui est du second état de ton existence, lorsque tu es entrée dans la lumière de cette vie, l'Ecriture sainte nous apprend comment l'Ange Raphaël, étant sorti avec Tobie de la maison de son père, promit d'être son guide fidèle pendant toute la route et de l'amener sain et sauf jusqu'au terme de leur voyage. C est ainsi que Dieu, dès l'instant de ta naissance, t'a fait accompagner d'un de ces citoyens du Ciel, afin qu'il fût pour toi un gardien, un maître qui te prendrait sous sa protection et serait ton avocat dans le Ciel auprès de sa Majesté. Car, dans cette vie.

DES SAINTS ANGES. fil

nous sommes tous semblables à des enfants, et nous avons tous besoin d'un tuteur et d'un maître qui nous conduise comme par la main et nous soutienne, de peur que nos pieds ne heurtent contre la pierre du péché ou ne nous jettent dans quelque grave danger ; et qui nous reçoive dans ses bras, pour nous faire franchir sans crainte tous les périls, et ne nous laisse apercevoir le danger qu'après que nous y avons échappé.

Secondement, de même que TAnge Raphaël conduisant le jeune Tobie, lui suggérait pendant le voyage les meilleurs conseils, et l'instruisait en particulier de la manière dont il devait embrasser l'état du mariage, c'est-à-dire avec la sainte crainte de Dieu et l'oraison fréquente, sans imiter la conduite des hommes charnels ; de même ton Ange Gardien te suggère sans cesse de bons conseils et te dirige dans toutes tes actions : c'est lui, en effet, qui t'excite et te pousse à faire un grand nombre de bonnes œuvres que tu ne ferais pas sans ce secours, et cela tantôt en t' attirant par les exemples de Jésus-Christ Notre-Seigneur et des Saints, tantôt en enflammant ta volonté par la considération de la bonté divine et de ses bienfaits infinis, tantôt enfin en éclairant ton esprit par le souvenir du Jugement dernier et dés peines de l'enfer.

En troisième lieu, l'Ecriture continue l'histoire des bienfaits que Tobie reçut de TAnge Raphaël, dans sa personne et dans ses biens temporels. Lorsqu'il fut arrivé sur les bords du Tigre, comme il voulait y laver ses pieds, un poisson énorme se jeta sur lui pour le dé- Torer, mais l'Ange le défendit et le délivra de ce danger ; il voulut même qu'il prît le âel de ce poisson pour rendre la vue à son père. De plus, non-seulement l'Ange recouvra la somme d'argent pour laquelle Tobie avait été envoyé, mais encore il le rendit héritier de tous les biens de son beau-père Raguel. Or, nos Anges Gardiens font-ils autre chose que de veiller sans cesse sur nous pour voler à notre secours dans tous nos besoins, semblables à une mère qui a toujours les yeux fixés sur son petit enfant, de peur qu'il ne tombe et qu'il ne se blesse? Examine donc de combien de dangers corporels il t'a préservée, dangers que tu aurais pu courir comme tant d'autres ; combien il a été attentif à te procurer les biens temporels, comme la santé, la force et les autres secours, afin que tu pusses mener une vie convenable à txin état, et surtout à l'état qui devait faciliter davantage ton salut.

Quatrièmement, comme l'Ange Raphaël, ainsi qu'il le dit lui-même, était chargé d'oflPrir

à Dieu les prières et les bonnes œuvres de Tobie, de même notre Ange Gardien remplit auprès de Dieu les fonctions de notre procureur, lui présentant nos prières, nos désirs et nos bonnes œuvres, et nous rapportant toujours en échange quelques dons de la grâce divine. Plût à Dieu qu'il nous fût permis de voir avec quel empressement les Saints Anges montent et descendent pour nous, ainsi qu'ils le faisaient sur l'échelle mystérieuse que vit le patriarche Jacob. Ils montent pour exposer nos besoins et supplier le Seigneur de nous accorder sa divine miséricorde ; ils descendent pour nous rapporter du Père céleste de saintes inspirations, de bonnes pensées, et d'autres secours du Ciel ; quelquefois même une correction paternelle, qui nous excite à nous sonder nous-mêmes, afin que nous ne soyons point condamnés avec le monde.

En cinquième lieu, de même que l'Ange Raphaël enseigna à Tobie le moyen d'exterminer le démon, de telle sorte qu'il n'eût plus aucun pouvoir sur lui, combattant lui-même pour la défense du jeune homme : ainsi notre Ange Gardein se rend semblable à un capitaine fidèle, auquel a été confiée la défense d'une citadelle, et qui veille sans cesse, de peur que les ennemis ne s'en emparent par

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ruse ou par violence. Car les Anges sont ces gardiens vigilants dont le Seigneur a dit : qu'ils sont placés sur les murs de Jérusalem pour garder son troupeau pendant la nuit, et empêcher que le loup infernal, notre ennemi, n'enlève nos âmes comme un lion qui emporte sa proie. C'est à ces Anges Gardiens que s'ajîpliquent encore ces paroles de l'Apocalypse: Veille et rassure (Apoc. II). L'ange Gardien veille pour nous contre le démon, s'opposant à ses attaques, brisant et détruisant ses forces, et réparant les coups reçus, de sorte qu'il n'ose plus se présenter avec tant de confiance et d'audace. Il nous rassure aussi, tantôt en nous écartant d'un grand nombre de vices et de péchés dans lesquels nous tomberions facilement, si nous étions privés de son secours ; tantôt en nous affermissant et nous ranimant au moment des tentations et des afflictions ; enfin, en nous obtenant du Seigneur les grâces nécessaires pour remporter la victoire.

Sixièmement, de même que l'Ange Raphaël, pour empêcher que le démon ne fît mourir Tobie, comme il l'avait fait à l'égard des premiers maris de sa femme, le saisit et l'enchaîna dans le désert : ainsi notre bon Ange nous assiste particulièrement à l'heure d« la

mort, afin de nous défendre et de nous rendre invulnérables contre les embûches et les assauts du démon, à cette heure où l'esprit malin a coutume de chercher avec plus d'ardeur que jamais à nous dévorer. Il nous assiste encore, afin de nous préserver de ces péchés auxquels nous sommes plus particulièrement exposés en ce moment, l'infidélité et le désespoir, pour que, délivrés ainsi des misères de ce monde, nous puissions passer librement à la céleste patrie. De plus, lorsque l'âme est sortie du corps, le même Ange l'accompagne, la console, l'anime à se présenter avec confiance au tribunal de Dieu, plaçant sous ses yeux les mérites précieux de Jésus- Christ, sur lesquels elle doit appuyer son espérance pendant ce jugement. Si cette âme est placée dans le Purgatoire pour expier les restes de ses péchés, il la visite souvent, la console, lui apprend les prières que les Chrétiens pieux font pour elle sur la terre et lui donne enfin la confiance qu'elle sera délivrée.

9 — Quant à ce qui regarde le troisième état de notre existence, considère ce que fit en dernier lieu l'Ange Raphaël, lorsqu'il eut donné une épouse au jeune Tobie et qu'il l'eut enrichi de toutes les possessions de son beaupère ; comment il le ramena chargé de biens

et de ricliesses dans la maison paternelle, où il fut reçu avec d" autant plus de joie qu'on y avait éprouvé plus de chagrin d'un retard qui avait fait croire à sa mort. Contemple ici l'office de ton fidèle gardien, qui, après que ton âme a terminé son long et dangereux pèlerinage et qu'elle a été purifiée de toute souillure, la prenant comme une épouse unie au céleste Epoux, comblée de dons et de grâces divines, et remplie de joie et de bonheur, la conduira au Ciel, dans cette Jérusalem d'en haut, notre Mère, et là, au millieu de la joie et de l'allégresse de tous les Anges et de tous les Saints du Paradis, qui l'attendaient depuis longtemps, il la présentera au Père céleste, afin quelle reçoive de ses mains divines la couronne de gloire et de félicité qui lui a été préparée de toute éternité, et pour laquelle, pau^Tes infortunés, nous gémissons et nous soupirons dans cette vallée de larmes. 0 mille fois heureuse l'âme qui, après avoir été fidèle à son Créateur et docile aux conseils de son Ange Gardien, après une vie saintement écoulée, sera introduite par ce même Ange dans cette heureuse patrie, dans ces tabernacles éternels destinés aux Elus. Là seront célébrées les véritables noces de l'iVgneau avec son épouse chérie ; là se trouveront une joie pleine, une paix parfaite et un repos sans fin.

Mais toi, ô mon âme, qui pendant tout le cours de ta vie n'as fait autre chose qu'offenser ton Créateur et qu'attrister ton bon Ange Gardien, quelle consolation pourra-t-il trouver à te conduire en présence de ton Père ? Et toi, de quel front oseras-tu comparaître devant lui ? Hélas ! mon Dieu, faut-il donc que je désespère ? Non, certes, car puisque votre miséricorde est infinie, puisque, dans la personne de ce bon Père de l'Evangile, vous avez reçu avec tant d'amour le fils repentant, j'espère, avec une entière confiance, que si je reviens à vous, ô mon Père ! par le repentir et la pénitence, je ne serai point rejeté, mais au contraire accueilli dans vos bras miséricordieux, sinon comme un enfant fidèle, du moins comme un fils repentant.

Mais, dès ce moment, comment pourronsnous reconnaître tant de bienfaits que nous avons reçus de notre Dieu ? Car, tout ce que nous devons aux Anges, dont les soins nous ont procuré ces bienfaits, nous le devons tout entier au Créateur, qui leur a ordonné de nous garder dans toutes nos démarches; quoique nous devions aussi de très-grandes actions de grâces à nos Anges Gardiens, pour la charité immense et la fidélité avec laquelle ils ont rempli leur ministère. Et d'abord, c'est à ton bon Ange, qui t'assiste sans cesse, que tu dois

l'honneur, le culte et le respect, ayant soin de ne rien faire devant lui que tu ne voulusses faire devant quelqu'un qui serait ton supérieur. Malheur à toi, si ce saint x\nge, offensé de tes péchés et de tes négligences, te regarde comme indigne de sa présence et de ses visites !

Il y a aussi plusieurs vertus agréables aux saints Anges, qu'ils désirent voir dans nos âmes, et que nous devons tâcher d'acquérir par toutes sortes de moyens. Ce sont la sobriété, la chasteté, la pauvreté volontaire, les gémissements fréquents (1), mêlés de larmes pieuses et d'oraisons ferventes, et par- dessus tout cela l'union, la paix et la charité fraternelle ; telles

(1) Accompagnez la crainte salutaire que vous devez avoir de déplaire à Dieu d'uu soupir intérieur vers lui, à raison du danger continuel où vous êtes de tomber, afin qu'il plaise à sa bonté divine de vous préserver d'un si grand malheur. C'est là ce saint gémissement recommandé par tant de Saints, qui entraîne après lui l'attention sur soi-même, l'application à bien faire toutes ses actions, la méditation des vérités divines, le mépris des choses temporelles, l'oraison du cœur, le parfait éloignement de tout ce qui n'est pas Dieu ; en un mot, c'est la source de la véritable humilité ou pauvreté d'esprit ; ainsi faites-en un fréquent usage, et qu'il soit pour vous, autant qu'il se peut, une sorte do prière continuelle. (Le livre d'or, ou l'humilité en pratique, No. 57.)

sont surtout les vertus que reclament de nous les Anges de paix. *

0 mon âme, magnifique image du Créateur, plût à Dieu que tu reconnusses quelle est ta dignité et combien tu es aimée du Seig-neur et estimée des Anges. Nul doute que pour ne plus faire injure à Celui qui t'a tant honorée, et pour ne pas affliger ton fidèle Gardien, tu ne te souilleras plus aussi facilement de la lie et des ordures du péché ; car, s'il y a une si grande joie au Ciel parmi les Anges, quand un pécheur se convertit, songe quelle doit être la tristesse de ton Ange Gardien lorsqu'il te voit dépouillée, par un seul péché, de la grâce divine ! S'il avait une vie à sacrifier, à l'exemple du Sauveur, il la donnerait volontiers pour ton salut ! Hâte-toi donc de te parer de ces vertus qui réjouissent les Anges et glorifient le Créateur, afin que, de ces précieux germes de mérite, pareils aux vertus angéliques, tu puisse recuillir un fruit délicieux, semblable au bonheur des Anges eux-mêmes.

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