AVANTAGES DE CETTE DÉVOTION
1°. Elle dissipe les ténèbres de notre entendement, et l'éclairé des lumières les plus pures, qui nous font juger des choses, non selon les apparences, mais comme en a jugé la Sagesse même, et selon les exemples que l' Homme- Dieu a donnés pendant sa vie et à sa mort, où il nous fait voir que toute notre grandeur et notre félicita consistent à estimer, à aimer et à rechercher ce que le monde fuit, méprise et abhorre.
2^. Elle convertit et échauffe nos cœurs, qui, quelqu'endurcis et froids qu'ils puissent être, ne sauraient s'empêcher de se briser, de s'attendrir, de s'embraser, en considérant tantôt l'excès d'amour du Père céleste qui, pour racheter de vils esclaves, réduit dans l'état le plus déplorable son Fils bien-aimé : tantôt l'excès d'amour du Fils qui s'offre à son Père pour être la victime du monde, et s'abandonne, en cette qualité, à toute la rigueur de la justice. De là ces saints transports de l'Eglise, qui, après avoir médité la mort de
son divin Epoux, ne peut trouver des termes assez énergiques pour témoigner les sentiments de sa compassion et de sa reconnaissance : 0 bonté ineffable du Fils de Dieu à l'égard des pécheurs ! s'écrie saint Bernard, à la vue de Jésus-Christ souffrant.
3"^. Un autre avantage de cette dévotion, est de nous aider dans la contemplation du mystère de la Passion, qu'elle rend facile à toutes sortes de personnes. L'idée qu'elle donne du trajet que fit Notre-Seigneur de chez Pilate au Calvaire, les lectures touchantes et les prières que l'on fait à chaque station, la marche que Ion y observe, la présence des croix, tout cela frappe l'âme, la remplit de saintes pensées, de pieux sentiments, et rend ainsi la méditation bien autrement onctueuse.
4^. Le chemin de la Croix est le moyen le plus efficace pour remporter la victoire sur nos passions, et la route la plus sûre pour arriver bientôt au sommet de la perfection.
L'horreur du péché, qui a causé à Jésus- Christ tant de douleurs ; la crainte de le commettre, pour ne pas les renouveler autant qu'il est en nous ; l'esprit de mortification, afin de lui devenir semblables ; l'amour de l'humilité et de l'abjection, le pardon des injures, le mépris du monde, la patience dans nos maux, le renoncement à tout : voila ce que
nous pouvons toujours trouver dans le cliemin de la Croix. Et comme, selon les Pères, Jésus- Christ a attaché une grâce particulière à la méditation de ses souffrances, ces heureux effets en résultent infailliblement à l'égard de ceux qui n'y mettent point d'obstacle. Jésus- Chi-ist est le serpent d'airain, qui guérit toujours ceux qui jettent sur lui des regards animés par la foi et la confiance. Si vous voulez, dit saint Bonaventure, attirer sur vous grâces sur grâces, et croître de vertu en vertu, livrez-vous tous les jours à ce saint exercice. La méditation de la Passion nous fait triompher des séductions du monde, des artifices du démon, et des tentations de la chair. Elle nous fait mourir entièrement à notre propre volonté, et nous élevant, pour ainsi dire, au-dessus de nous-mêmes, elle nous orne tellement de toutes les vertus surnaturelles, que nous devenons semblables, non seulement aux Anges, mais à Dieu môme.
ô'^ A la suite de tous ces avantages, vient celui des indulgences. La Congrégation du S- concile de Trente, chargée par Lmocent XII d'examiner ces indulgences, déclara, le 16 juillet 1694, " que le chemin de la Croix renferme " toutes les indulgences qui, depuis Urbain II " en 1095, ont été accordées par le Saint " Siège à la visite des monuments religieux
*' de la Terre-Sainte, et que ces indulgences *' sont toutes applicables aux âmes du Purga- " toire."
Or, comme il est constant que plus de quatorze indulgences plénières sont attachées aux divers monuments de la Terre-Sainte, il est certain qu'à chacune des stations du chemin de la Croix, il y en a au moins une plénière, outre plusieurs autres qui ne sont que partielles.
Cette certitude doit sufi&re à notre piété, et il a été fort sagement défendu par la S. Congrégation des indulgences d'en chercher et d'en préciser le nombre par une vaine cui'iosité. Peu importe, à celui qui est assez heureux que de gagner une indulgence plénière, de savoir le nombre certain que renferme ce pieux exercice.
Le moyen le plus sûr de le rendre utile aux âmes du Purgatoire, sans nous oublier nousmêmes, c'est, lorsqu'on en fait l'oifrande, de dire : " Mon divin Jésus, daignez m'ap- " pliquer une indulgence plénière du che- " min de la Croix que je vous offre, et faites " part des autres à mes parents, à mes amis, " et aux âmes les plus abandonnées du Purga- " toire, selon qu'il vous sera le plus agréable." Le chemin de la Croix renferme un trésor si abondant d'indulgences, que cette offrande,
toute grande qu'elle est, peut réellement avoir son effet.
Ces indulgences ne peuvent être appliquées aux fidèles vivants. L'Eglise veut que sur la terre chacun s'occupe de son salut, et achète sa rédemption par ses propres œuvres. C'est toutefois une circonstance favorable que l'exercice du chemin de la Croix, pour recommander au bon et miséricordieux Jésus les besoins de nos frères vivants. Nul doute qu'une force et un attrait puissants ne soient renfermés dans cette sainte pratique ; et que demander la conversion d'un pécheur, la consolation d'un affligé, est une prière très agréable à ce divin maître.
Pour gagner les indulgences du chemin de la Croix, il faut considérer la Passion de Jésus-Christ, Qi passer d'une station à Vautre autant que le permet la foule des personnes présentes ou la petitesse du lieu. Mais la récitation, à chacune des stations, de Nous vous adorons, ô Jésus, et de Notre Père, etc., n'est pas d'obligation. Ce n'est qu'un louable usage introduit par les âmes pieuses.
Tout fidèle légitimement empêché (1) de se
(1) Un voyage, une distance considérable de l'église, des occupations graves et multipliées, etc., autorisent à faire le chemin de la Croix avec un crucifix.
rendre à l'église pour faire le chemin de la Croix, peut gagner les mêmes indulgences, en récitant quatorze Pater et Ave^ et à la fin cinq Pater, Ave et Gloria Patri, en mémoire de la Passion de Jésus-Christ, et un autre Pater, Ave et Gloria Patri à l'intention du Souverain Pontife, et en tenant à la main, pendant ce temps, un crucifix indulgencié à cet effet. Ce crucifix peut être de quelque matière que ce soit, pourvu que cette matière ne soit pas fragile. (Décret de la S. Congrégation des Indulgences, 16 septembre 1859).
Avant ou après le chemin de la Croix on peut lire le Xlle. chaptre du Ile. livre de l'Imitation de Jésus-Christ.
Retenons bien cette maxime :
Le chemin de la Croix est le chemin des prédestinés : heureux, celui qui h suit avec constance !
Manière de faire le Chemin de la Croix (1).
Avant la prière préparatoire, il faut diriger son intention p>our soi-niênie, pour les âiiies du Purgatoire, et pour telle ou telles personnes en particulier.