‹ Manuel des difficultés les plus communes de la langue francaise adapté au jeune age, et suivi d'un recueil de locutions vicieuses (volume 2)Chapitre 12 sur 24 · AH · texte numérisé non relu

AH

'' EH. Intéijection d'admiration, de surprise. Eh ! qui aurait pu croire que, . .

** HE. Interjection qui sert principalement à appeler. Hé ! viens ça.

** Souvent cette interjection se confond avec EH, soit pour avertir de prendre garde à quelque chose, comme. Hé !

qu^allez-vous faire ? soit pour témoigner de la commisération. Hé f mon Dieu. . . soit pour marquer de la douleur, Hé f qu'ai'je fait ?

JAMAIS. Après jamais l'on sous-entend souvent l'article devant les substantifs communs, et alors on met ces substantifs au sïnguWer: jamais mortel 71^1 joui d'un bonheur parfait, et non psiÇ, jamais mortels n'oîitjoui, etc.

JE. Quand je, mis après un verbe' produit un son désagréable, ce qui a lieu le plus souvent pour les verbes qui n'ont qu'une syllabe au présent de l'indicatif, il faut prendre un autre tour: ainsi au lieu de dors'je ? ris-je ? choisis-je ? mangé-je '? dites, est'Ce que je dors ? est-ce que je ris ? etc.

JETER. Ce verbe et tous ceux qui sont terminés en eter à l'infinitif, comme fureter, feuilleter, souffleter, projeter, etc. ne doublent la consonne / que devant un e muet. Je jette, tu jettes, il jette, nous jetons, vous jetez, ils jettent, je jetais, tu jetais, il jetait, nous jetions, vous jetiez, ils jetaient, je jetai, tu jetas, il jeta, nous jetâmes, vous jetâtes, ils jetèrent, je jetterai, tu jetteras, nous jetterons, vous jetterez, ils jetteront, je jetterais, etc., jette, jetons, jetez, que je jette, que tu jettes, qiCil jette, que nous jetioiis, que vous jetiez, qiûils jettent, que je jetasse, etc., jetant, jeté ^ jetée.

JOINDRE signifiant ajoider demande à : joignez cette maison a la votre : dans le sens d'wwir, (Rallier, il prend indifteremment

à ou avec : joindre la prudence a ou avec la bravoure.

JOUIR se prend toujours en bonne part : ainsi ne dites pas, jouir dhme mauvaise santé: — jouir d^une mauvaise réputation:

dites, avoir une mauvaise santé: — une mauvaise réputation*

JUSQUE. Au lieu dejusgue, on peut employer jusques devant une voyelle : jusqu'à nous, ou JUSQUES à nous : c'est l'oreille qui en décide.

JJe ùe jusque s'élide seulenaent devant à, au, aux, ici : jusqu'à Paris,— jusqiC au Pérou,— 'jusquHci.

L'usage pernnet de dire également, jusqu'à aujourd'hui, et jusqu'aujourd'hui,

L finale ne se prononce pas dans baril, chenil, coutil, fournil, fusil, gril, nombril, outil, persil, soûl, sourcil, gentil

(idolâtre). Mais elle sonne dans tous les autres mots.

Cependant il faut remarquer que cette lettre, dans le mot gentil pour signifier joli, ne sonne que devant une voyelle, et qu'alors elle se mouille comme au féminin : u?i gentil enfant : prononcez u?i gentille enfant : mais au pluriel 1'/ reste muette, et on dit genti'Zanfan,

L finale précédée d'un i prend le son mouillé, dans avril, babil, cil, mil (petit grain), péril, bail, travail, fénil, etc.

Il faut en excepter^/, JW/, mil, (adjectif numéral) ainsi que les adjectifs en il, et de

plus les mots énumérés ci-dessus, où 17 ne se prononce pas.

LA. L*ad verbe là doit être accompagné d'un trait d'union, lorsqu'il est joint à des mots, dont le sens ne permet pas de le séparer : cet ^omme-LA, — ceîui-hA, — alles-LA, — quel livre est-ce-hA ? Mais on dira sans trait d'union: c'est la mon opinion, — que dites-vous LAl—sont-ce la vos livres 1 parce que dans ces phrases l'adverbe là n'est pas indispensable : on peut le supprimer, et dire : c'est mon opinion, — que dites-vous? — sont-ce vos livres ?

LE. Le pronom le peut représenter un substantif, ou un adjectif. Quand il représente un substantif, ou un adjectif pris substantivement, il s'accorde en genre et en nombre avec ce substantif, ou avec cet adjectif pris subtantivement : étes-vous Madame de S te. Croix ?—je la suis : étesvous la malado ?—je la suis : êles-vous les ministres du roi ? nous les sommes : êtes-vous les mariés ? nous les sommes.

Lorsque le pronom le représente un adjectif, ou un substantif pris adjectivement, il est invariable, l'adjectif ne pouvant lui communiquer ni genre ni nombre : Madame, êtes-vous malade ?—je le suis : Messieurs êtes-vous mariés ? — nous le sommes. — Madame êtes-vous mère ? je le suis.

Le pronom le peut ausi tenir la place d'une proposition ou d'un verbe. Dans ce cas il est invariable parce qu'une proposition, ou

un verbe, n'a ni genre ni nombre. Si le public a eu quelque indulgence pour moiy je LE dois à votre protection ; — il faut obliger quand on -LE peut.

Après aussi^ autant^ moins^ mieux, plus, l'on fait suivre la conjonction que du pronom le : il est aussi habile que je le croyais : — elle est moins douce qu^elle ne le semblait ; — ils sont plus savans qv!on ne le disait . On pécherait contre la grammaire de dire, . . que je croyais^, .qiCelle ne semblait,,. qu^ on ne disait.

L'oreille exige qu'on dise, donnez le moi, — montrez la moi,-— prêtez la nous, et non pas, donnez moi le, — montrez moi la, — prêtez nous la.

LE DIT, LADITE, SUSDIT, SUS- DITE, sont des termes de Palais, dont l'emploi, en dehors de la pratique, est interdit aux personnes qui se piquent d'écrire et de parler avec grâce.

LE MIEN. Les pronoms possessifs, le mien, le tien, le nôtre, le vôtre, doivent toujours se rapporter à un substantif énoncé précédemment. Ainsi^ j^ai reçu la vôtre en date du... .est une phrase clans laquelle la vôtre ne se rapporte à rien : dites, j^ai reçu votre lettre en date du.. ..

LEQUEL. Au lieu de qui, que, l'on doit employer lequel, pour éviter une équivoque. Ainsi l'on ne dira pas, c^est un effet de la Providence divine qui excite Vadmira-

Ho7i : — c^est un effet de la Providence divine QUE nous admirons : car on ne sait si qtH et que se rapportent à effet ou à Providence. Il faut dire, c^est un effet de la Providence divine lequel excite notre ad- 77iira/i(?w, .LEQUEL nous admirons. Hors le cas d'équivoque on doit préférer qui^ que, à lequel, expression prosaïque et inélégante.

LETTRES MAJUSCULES. Il faot commencer par une majuscule ou grande lettre chaque alinéa, chaque phrase, chaque vers, tous les noms d'homme, de vaisseau, de fausse divinité, tels que Pierre, Jean, le Formidable (vaisseau) Jupiter : tous ceux de lieu, tels que VEurope, Londres, Que" bec ; tous ceux de peuples, tels que les jEu* ropéens, les Romains, les Canadiens : tous ceux de sectes, tels que les Epicuriens, les Protestans : tous ceux de rivières, de mon* taofnes, de vents ; le >S'/. Laurent, les Alpes, le Jford'Est : tous ceux de jour et de mois, tels que Vendredi, Août ; tous ceux de tribunaux, de compagnies, de corps, de dignités, quand ces noms sont employés avec application individuelle, tels qne VEglise du Canada, le Parlement d'Angleterre, {^Académie, VApôtre S. Paul : enfin tous ceux de science, d'art, de métier, s'ils sont pris dans un sens individuel, qui distingue la science, l'art, le métier de toute autre science, de tout notre art, de tout autre métier, La Grammaire est une

science indispensable : — la Musique est un art charmant.

Les adjectifs saint, grand, et semblables, lorsqu'ils entrent dans la composition d'un nom propre, aussi bien que les titres, Monseigneur, Monsieur, Madame, etc., doivent prendre une initiale majuscule: c'est l'usage.

Quelquefois on personnifie les êtres molaux, et alors ils suivent la règ"le des noms d'homme. Envie par ex. prend une lettre majuscule dans ce vers de la Henriade : Cigît la sombre Envie à Vœil timide et louche. Le même mot s'écrit sans grande lettre dès qu'il cesse d'être- personnifié. L* envie s'attache aux grands talens.

Lorsque les noms de peuples et de sectes n'embrassent pas la totalité, la majuscule cesse d'avoir lieu, un français, des anglais, un calviniste.

Remarque, — Ces règles sur l'emploi des lettres majuscules sont à peu près les plus généralement suivies. Néanmoins il faut dire qu'il existe à cet égard bien des contradictions entre les auteurs.

LEUR joint au verbe ne prend jamais la lettre 5 ; donnez leur à manger ;— je leur ai dit : joint à un nom il prend une 5 au pluriel.

LIRE, On doit dire, lire dans un journal ^ — DANS un registre; et non pas, 7/re sur lin journal ^ — sur un registre*

LIS. Us de ce mot se prononce toujours, -excepté dans jieur de lis.

es

LOUIS. Plusieurs personnes confondent louïs, pièce de monnaie, avec livre, monnaie de compte. C'est une erreur grave, parce que le îouïs est une ancienne monnaie d'or de France, dont la valeur, fixée par nos lois, est d'un peu plus de quatre piastres et demie d'Espagne ; tandis que notre livie du cours d'Halifax vaut seulement quatre piastres.

Le mot dollar, monnaie des Etats-Unis, est reçu, de même que le mot pound pour la livre sterling. Ce dernier cependant sonne mal à l'oiieille.

L'UN et L'AUTRE, employé comme sujet, veut le verbe au pluriel : Vun et taittre VIENDRONT. Le Substantif placé après Vun et Vautre se met au singulier ; Vun et Vautre CHEVAL. Quand Vun est précédé d'une préposition, cette préposition doit être répétée devant Vautre : je parle pour Vun et POUR Vautre.

Ni Vun ni Vautre^ veut également le verbe au pluriel, excepté quand un des sujets précédés de ni peut seul faire l'action marquée par le verbe ; ni Vun ni Vautre n'oBTiENDRA le prix : — ni Monsieur A, ni Monsieur B ne SERA nommé président»

Vun et Vautre, les uns et les autres marquent simplement la pluralité. Uun Vautre, les uns les ow^res- expriment la réciprocité : Racine et Boileau étaient poètes Vun ET Vautre ; ils s^estimaient Vun Vautre. F 2.

MAJESTE' veut au féminin l'adjectif et le participe qui suit : Votre Majesté est victorieuse. Lorsqu'il est suivi d'un substantif pris adjectivennent, les avis sont partagés ; les uns disent ; Votre Majesté est maîtresse de ses états^ les autres, Votre Majesté est MAITRE de ses états. Cette dernière construction est généralement plus usitée.

MALGRE' QUE employé dans le sens de quoique, a vieilli, et n'est plus français. Ainsi ne dites pas, il sort malgré' qu'on le lui défende : dites, quoiqu'on le lui défende.

MANŒUVRE et MANOUVRIER.

Ces mots différent dans leur signification. Manœuvre est un ouvrier subalterne, qui sert ceux qui font l'ouvrage. Manouvrier^ ouvrier qui travaille de ses mains et à la journée.

MANQUER prend à et de devant l'înfinitif : à, quand il signifie ne pas faire ce qu'on doit : on mésestime celui qui manque a remplir ses devoirs : et de lorsqu'il signifie omettre, oublier, faillir : ne manquez pas DE venir, — il a manqué de tomber.

MASSACRANT. Ce mot ne se trouve dans aucun dictionnaire. On doit donc éviter de dire, cet homme est aujourd'hui d^une humeur massacrante, etc.

MATINAL est celui qui s'est levé matin, sans en avoir l'habitude ; matineux celui qui a l'habitude de se lever matin : vous êtes bien matinal aujourd'hui :— Je ne suis pas matineux.

MEILLETIR. Le comparatif meilleur suivi (Je que veut ne devant le verbe suivant : ces fruits sont meilleurs que je ne le croyais : à moins que le premier verbe ne soit nég-atif, ou employé interrogativement : ces fruits ne sont pas meilleurs que je le croyais.

MELER avec, c'est brouiller ensemble plusieurs choses ; mêler Veau avec le vin, — mêler de Vor avec de f argent. Mêler à, c'est joindre, unir : mêler la douceur a la sévérité' : — mêler Vagréahle a rutile,

MEME est adjectif ou adverbe.

Même est adjectif,

lo. quand il précède le substantif: vous retombez dans les mêmes allarmes,

2o. quand il est placé après un pronom, ou un seul substantif: les Dieux eux-mêmes devinrent furieux, — ces murs mêmes peuvent avoir des yeux.

Même est adverbe,

lo. quand il est placé après deux ou plusieurs substantifs : les animaux, les plantes MEME, étaient au nombre des Divinités.

2o. quand il qualifie un verbe ; exempts de maux réels les hommes s'en forment même de chimériques.

ML Particule indéclinable, abréviation de demi, signifie la moitié, le milieu : la Mi-aoûty — la Mi-caréme.

A mi est une locution adverbiale qui signifie, à la moitié de y à mi-côte. — à mijambes.

MIEUX. La syntaxe de l'adverbe mieux donne lieu à plusieurs observations.

lo. suivi de deux infinitifs, mieux veut de avant le second infinitif; il vaut mieux se taire que de parler mal,

2o. mieux veut ne devant le verbe qui suit la conjonction que ; il écrit mieux que je ne le croyais; à moins que le verbe devant mieux ne soit négatif: il n'écrit pas mieux que je le croyais.

3o. Le mieuXy la mieux, les mieux veulent le verbe suivant au subjonctif: le livre le mieux écrit que nous ayons lu.

MIL s'écrit de trois manières.

lo. mil, dans les supputations d'années : Pan mil huit cent quarante et un»

2o. mille pour exprimer dix cents : nos troupes firent cinq mille prisonniers.

Dans ces deux cas il rejette la marque du pluriel.

3o. mille avec une s du pluriel, pour représenter une mesure de chemin : alors il est substantif commun.

MOINDRE veut ne devant le verbe qui suit la conjonction que : cette somme est moindre que vous ne le dites : à moins que le verbe placé devant moindre, ne soit négatif, ou interrogatif : cette somme n^ est pas moindre que vous le dites.

Le moindre, la moindre, les moindres veulent le verbe suivant au subjonctif : la moindre faute que vous puissiez commettre.

Tout ce qui est dit ici pour l'adjectif moindre doit s'appliquer à l'adverbe moins,

MOINS* .5 moins ^ue de, et, à moins de se disent également devant l'infinitif.

MON. Les adjectifs possessifs mon, ma, mes, ton, ta, tes, son, sa, ses, îiotre, nos, votre, vos, leur, leurs se répètent,

lo.. devant chaque substantif: mon père et MA mère : — mes frères et mes sœurs ; et non pas, 7nes pères et mère : — mes frères et sœurs.

2o. devant deux adjectifs unis par et, lorsqu'ils ne qualifient pas le même substantif: mon grand et mon petit appartement ; — nos vieux et nos jeunes soldats.

Mais on dirait sans répéter l'adjectif possessif ; mon grand et bel appartement : — nos vieux et braves soldats : attendu que le même appartement est grand et beau, et que les mêmes soldats sont vieux et braves, les deux adjectifs modifiant le même substantif.

MOUCHER n'est jamais neutre : ainsi il ne faut pas dire, je mouche beaucoup, mais je ME mouche beaucoup.

MOUDRE. Je mouds, tu mouds, il moud, nous moulons, vous moulez, ils moulent, je moulais, je moidus, je moudrai, je moudrais, mous, moulons, moulez, que je moule, que tu moides, que je moulusse, motda7ity moulu, moidue.

MOUVOIR. Je meus, tu meus, il meut, nous mouvons j vous mouvez^ ils meuvent, je mouvais, je mus, je mouvrai, je mouvrais, meus, mouvons, mouvez, que je meuve, que tu meuves, quHl meuve, que nous mouvions, que vous mouviez, quHls meuvent, que je musse, mouvant, mû, mue,

Conjug-uez de même émouvoir, s'émouvoir.

MUR et MURAILLE. On dit,— /t>5 MURS (fun jatdin, — les murailles d'une ville. Le propre du mur est de séparer, de partager, de fermer : Pidée particulière de la muraille est celle de défendre, de fortifier.

N. Quand un mot est terminé par un son nasal, c.-à-d., par an, in, on, l'on ne fait la liaison de Vn finale avec la voyelle qui commence le mot suivant, que quand le sens n'admet aucune pause entre ces deux mots, comme dans, mon ami, — certain auteur, — on ignore. Mais on prononce sans lier la consonne ^ à la voyelle qui suit, mo?i cousiîi est venu, — vin bon à boire, — je demande pardon à Dieu, parce que l"on peut faire une légère pause après les mots, cousin, bon, pardon.

NE. La négation ne précédée d'un que et suivie d'un verbe offre quelques difliicultés.

Dans les comparatifs d'inégalité caractérisés par plus, moins, meilleur, mieux, ou autres termes équivalens, si le premier membre de la comparaison est négatif, le second qui vient après que doit être afiir-

matif, et la négation ne ne peut y paraître : il rCest pas plus swje qu'il était ; — il ne pense pas autrement qu'il parle; — il rCécrit pas mieux qu'il parle.

Dans les mêmes comparatifs d'inégalité, si le premier membre de la comparaison est afïirmatif, le second doit prendre ne : il est plus sage qu\l ne Vêtait, — il pense autrement q\{Hl ne parUy — il écrit mieux qu'il ne parle.

Les locutions conjonctives à moins que^ de peur que, de crainte que, et le verbe empêcher, veulent toujours après eux la négation ne ; à moins que vous ne lui parliez, — de peur que l'on ne vous trompe, — les fautes d'Homère n'ont pas empêché qu'il ne fût sublime.

Nier^ douter j désespérer, disconvenir sont suivis de ne seulement quand ils sont accompagnés d'une négation : je ne doute pas que cela ne soit, etc.

Mais on dirait sans la négation, je nie,-— je doute que cela soit, parce que les verbes nier, douter sont employés ici affirmativement.

Les locutions conjonctives avant que, sans que, et le verbe défendre, ne sont jamais suivis de ne : avant qu'il fasse froid, — je dé' fends qu'on lui fasse mal.

Quand deux phrases négatives sont jointes par ni, ou quand ni est répété, l'emploi de la négation ne est nécessaire : il ne les craignait ni ne les aimaity-^-ni Pierre ni Paul ne viendront»

NEGATION. La négation se cornpose de ne, ne pas^ ne point, — je n^ose^ — je n^ose pasy—je n^ose point ; ne est la plus faible des négations; ne point est la plus forte ; et ne pas tient le milieu.

Pas ne peut jamais être employé avec rien. Ne dites pas avec Racine ; On ne veut PAS RiEN/aiVe ici qui vons déplaise.

NEOLOGIE. L'emploi de nouveaux termes dans une langue est une conséquence qui découle de la nature même des langues, qui ne peuvent rester stationnaires. Horace l'a dit il y a près de deux mille ans.

Mais avons-nous au Canada mission ou titre pour la création de nouveaux mots ? Oui, sans nul doute. Mais en même temps, il est clair qu'il n'existe chez nous aucun tribunal qui puisse connaître de nos produits de ce genre : il est évident que l'Océan Atlantique nous sépare des seuls juges compétens de la langue française, au^puels il appartient de prononcer en dernier ressort*

Tous les lexicographes conviennent de la nécessité d'incorporer à la langue les termes de relation qui expriment les choses et les objets qui n'existent que dans les pays lointains, nouvellement découverts, ou avec lesquels l'on a eu peu de communications. D'oùjl résulte pour le Canada le droit de créer des termes pour les objets et les choses qui lui appartiennent exclusivement.

D'un autre côté, notre position sous le gouvernement britannique a nécessité l'a»

doption de quelques constructions, de quelques termes même anglais.

Il résulte de cette double circonstance, qu'un sage emploi de nouveaux termes et de mots anglais, là où la langue française n'en fournit pas d'équivaiens, est permis, commandé même.

Mais que l'élève ne perde pas de vue que, hors les cas extrêmes, l'emploi de mots et de constructions anglaises est un véritable fléau pour la langue. Déjà cet abus a envahi la portion instruite de notre société, et y fait des progrès allarmans ; et pour comble de malheur l'on porte quelquefois cette licence dans des écrits, que d'ailleurs le génie ne désavouerait pas.

Quant à l'emploi de mots purement anglais, Jà où il y a des termes en français qui leur correspondent, c'est une manie insupportable, c'est le comble du ridicule ; et cependant combien de personnes, même d'éducation, qui tombent dans ce défaut ! Telle Dame ne peut manger de soupe qu'au bar- LEY ! Tel Monsieur vous prie de lui passer un TU3IBLER pour boire du brandy et de Veau ! Celui-ci vous demande, sans perdre son sérieux, si cc5 patates (pommes de terre) sont cuites au steam : celui-là si vous avez paye' une visite à Monsieur un tel, etc.

Qui ne voit la barbarie de ces expressions ; l'impertinence de ce langage ?

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