‹ Manuel des eaux minérales naturelles, contenant l'exposé des précautions qu'on doit prendre avant, pendant et après l'usage des eaux minérales, la description des lieux et des sources, les analyses chimiques les plus récentes, les propriétés médicales, le mode d'administration des eaux minérales de la France, des eaux étrangères les plus célèbres, et des bains de merChapitre 70 sur 103 · SELS C · texte numérisé non relu

SELS C

gr.

gr-

En supposant la soude à l’état de carbonate neutre , on a les résultats suivants :

Carbonate de soude neutre. .

Sulfate de soude .

Carbonate de chaux et silice.

Dans un séjour prolongé qu’il fit à Néris pendant l’été de 1834, M. Robiquet, membre de l’Institut, a analysé le gaz qui se dégage des sources : il a reconnu que l’azote renfermait deux à trois centièmes d’acide carbonique ; que l’air qui se dégage de l’eau de Néris par l’ébullition contient 38 pour 100 d’oxygène, proportion qui dépasse de beaucoup nonseulement celle de l’air atmosphérique , mais encore celle de l’air que l’on rencontre ordinairement dans les eaux pluviales, où ce gaz excède rarement 32 pour cent. Voici les

causes auxquelles M. Robiquet croit pouvoir rapporter ce phénomène. « L’eau , dit-il, chassée des profondeurs du globe par suite de sa propre vapeur ou de toute autre cause , rencontre, chemin faisant, dans les routes sinueuses au travers desquelles elle se fraie un passage, des espèces de grottes ou réservoirs d’air, et une partie de cet air est entraînée par le mouvement d’impulsion ; les deux fluides marchent de concert et indépendants en quelque sorte l’un de l’autre jusqu’à ce que d’étroits sentiers se présentent et les obligent à se confondre pendant un certain temps. Il résulte de cette espèce de collision , qu’on me pardonne l’expression , que l’oxygène est retenu par l’eau, tandis que la majeure partie de l’azote conserve sa liberté. C’est ainsi en passant par cette espèce de filière , et en y subissant une grande compression, que doit se produire la combinaison azotée que nous retrouvons dans ces eaux. Il n’y a rien là, si je ne m’abuse , que puisse repousser une saine raison. »

Propriétés médicales. Les eaux de Néris jouissent d’une assez grande réputation ; leurs effets varient suivant le degré de température auquel on les administre ; en général elles accélèrent la circulation , augmentent la transpiration ou portent aux urines. C’est sans doute au limon abondant dont elles sont pourvues qu’elles doivent la vertu de calmer la douleur dans les maladies qu’elles ne guérissent point, et d’être efficaces dans les maladies nerveuses ( névralgies , gastralgies , hystérie , sciatique , catalepsie) , dans les raideurs musculaires et articulaires, les rhumatismes nerveux la goutte, les hydarthroses, la paralysie, les désordres de la menstruation, la leucorrhée, les maladies cutanées avec éréthisme, les convalescences à la suite de couches laborieuses. Les malades affectés de névroses, de rhumatismes et delà goutte forment les quatre cinquièmes de lapopulation de ces eaux. Les goutteux ne guérissent pas à Néris, mais ils améliorent ordinairement leur santé pour une année, pendant laquelle les accès de goutte manquent ou

SALINES THERMALES

sont légers. M. Falvart de Montluc, qui a bien voulu nous communiquer ces renseignements a remarqué que les eaux de Néris réussissent fort bien dans certaines phlegmasies chroniques des voies digestives , et surtout dans les affections qui ont été la suite du choléra.

Les eaux dont nous parlons n’ont aucune efficacité contre les maladies du foie , les engorgements des viscères abdominaux et les maladies de la poitrine. Elles sont nuisibles dans les congestions cérébrales et dans les palpitations dont la cause n’est pas rhumatismale.

Mode d’ administration. Les habitants de Néris , même en santé, se baignent tous les samedis , en hiver comme en été f dans les piscines, et l’on remarque que parmi eux les rhumatismes, les affections nerveuses et les maladies de la peau sont très-rares ; dans les cas d’indigestion ou de coliques nerveuses, ils en usent en guise de thé. Ces eaux sont recherchées par les bestiaux ; elles cuisent bien les légumes et servent à la préparation du pain et des aliments.

Dans les maladies , on se sert en boisson des eaux du Puits de la Croix : on en boit depuis S ou 4 verres jusqu’à 15 ou 20 le matin ou dans la journée ; depuis quelques années on en boit aux repas lorsqu’elles sont refroidies. Ces eaux se digèrent promptement , augmentent les urines et la transpiration. Malgré leur grande chaleur, elles ne causent point de douleur à l’estomac; on peut les couper avec du lait.

L’établissement thermal n’étant point terminé , on prend les bains aux piscines ou dans les hôtels. Ceux des piscines sont toujours réglés à 43° cent, et durent depuis 6 jusqu’à 15 minutes ; dans les hôtels , les bains ordinaires ont une température de 35 à 36° cent, durent une heure et quelquefois plus longtemps.

Les douches descendantes ordinaires ont de 10 à 15 pieds d’élévation , 45° cent, de chaleur et durent un quart d’heure. Les douches chaudes ont 46 à 48° et durent 5 à 6

minutes; les douches tempérées de 35 à 42° sont courtes et souvent en arrosoir.

Les vapeurs spontanées qui chauffent les étuves n’ont que 40% c’est-à-dire 11 de moins que le réservoir qui les fournit. On espère dans les nouvelles étuves qu’on projette obtenir une plus grande chaleur.

Le limon ou matière végéto-animale est administré en frictions et en bains partiels, jamais en cataplasmes, parce que cette substance se refroidit promptement et se résout en eau.

M. de Montluc admet trois modes de traitement qu’il emploie suivant les maladies et la constitution des sujets. 1° Le traitement doux est indispensable dans les maladies nerveuses ou celles qui sont accompagnées d’une grande irritabilité; il consiste à prendre les eaux en boisson , des bains d’une heure à deux heures et même plus longtemps à 32 ou 33° cent., rarement des douches, ou bien on les administre faibles et courtes entre 33° et 42°. Ce traitement présente actuellement des difficultés à Néris par l’insuffisance de l’eau minérale refroidie et des baignoires , dont le nombre n’est plus en rapport avec celui des malades, qui s’est beaucoup accru ; on ne peut que difficilement par conséquent donner aux bains le degré de température convenable. Pour remédier à ce double inconvénient, on se propose d’établir, ce qui est urgent pour la prospérité de l’établissement, des piscines tempérées, vastes et profondes , où plusieurs malades pourront passer deux ou trois heures à causer, jouer, nager, et y trouver les distractions propres à faire du remède un amusement.

2° Les rhumatismes chroniques et les maladies qui affectent des sujets robustes exigent un traitement plus actif; on donne alors des bains de piscines, des douches prolongées et chaudes à 46°; des bains de vapeur, quelquefois des douches dans les étuves, et on applique le limon à haute température. Administrées sous ces formes actives, les eaux

SALINES THERMALES

de Néris accélèrent la circulation, déterminent des sueurs abondantes , rendent les uripes bourbeuses et produisent une excitation générale.

3° Enfin il est des maladies qui, après avoir résisté à ces deux modes de traitement, ne cèdent qu’à une perturbation plus ou moins vive ; ainsi M. de Montluc a vu des rhumatismes et des névralgies, rebelles aux moyens ordinaires, s’amender ou guérir par l’emploi de douches fraîches administrées dans les étuves, des accès de névralgies s’arrêter au moyen d’affusions froides.

La durée du traitement est ordinairement de vingt-deux jours, quelquefois de 32, chez les femmes surtout à cause de la suspension des eaux pendant l’époque menstruelle.

Pour la curation des maladies , M. de Montluc ne fait usage presque que des eaux thermales sous toutes les formes ; quelquefois cependant il associe aux bains de Néris, suivant les indications, la boisson des eaux de Vichy, de Saint-Pardoux ou du Mont-d’Or.

Depuis dix ans le produit des eaux de Néris, qui appartiennent à l’État et qui sont en régie , a doublé comme le nombre des malades : en 1835 , il a été de 10,600 francs ; mille étrangers sont venus à Néris en 1836, et ont laissé dans le pays environ 260,000 francs.

Recueil d’antiquités égyptiennes , étrusques, romaines , etc. , par le comte de Caylus; 1761, in-4. On trouve, tome IY, page 370, une courte notice sur Néris.

Description et analyse des eaux minérales de IVéris , par M. Michel (Journal de Médecine , août 1766).

Mémoire sur les eaux thermales de IVéris, par M. Philippe ( Journal de Médecine , janvier 1786 ).

Recherches et observations sur les eaux thermales de IVéris , par Boirot-Desserviers ; Paris , 1822, in-8.

yJnalyse des eaux de IVéris , par M. Berthier ( Annales des Mines , tome VI , page 311 ).

Réflexions sur les eaux thermales de IVéris , par M. Robiquet (Jour-

nal de Pharmacie, 1835 , page 583). Ce mémoire contient des vues neuves et des remarques d’un haut intérêt pour l’hydrologie.

EMS ( duché de Nassau ).

Village situé sur la rive droite de la Lahn, à 2 lieues de Coblentz. Les sources thermales qu’on y voit sont connues depuis l’an 1355; leur célébrité y attire tous les ans une société nombreuse, depuis le mois de juin jusqu’au mois de septembre. Elles offrent tous les agréments et les commodités que l’on peut désirer dans un établissement thermal.

Sources. On en distingue trois : l’une est froide, on l’appelle Kranchen ; les deux autres sont thermales : l’une d’elles est connue sous le nom de Kesselbrunnen , l’autre appartient à la famille Thilenius et sert à alimenter leur hôtel des bains.

Propriétés physiques. Les eaux des différentes sources ne diffèrent guère que par leur température , qui varie de 23° à 55° cent. Elles sont très-limpides, d’une odeur légèrement alcaline , et d’une saveur un peu acidulée saline.

Analyse chimique. Elle a été faite en 1825 par Trommsdorff :

Eau (1 litre).

lit.

Acide carbonique . 0,578

gr-

Bi-carbonate de soude . 2,06

Sulfate de soude . 0,05

Chlorure de sodium . 0,15

Carbonate, de chaux . 0,07

— de magnésie. . . . 0,07

Silice . 0,02

Chlorure de calcium et matière

extractive . traces.

M. Caventou a fait en 1835 une analyse qualitative des trois sources d’Ems, et il y a trouvé du fer, excepté dans celle de Kesselbrunnen.

Propriétés médicales. Les eaux d’Ems exercent une action douce, lentement graduée, sans provoquer de mouvement critique apparent. On les prescrit souvent comme préparatoires à l’usage des eaux ferrugineuses d’Eger. Elles sont en général Lien supportées par l’estomac, excitent la secrétion urinaire ou la transpiration cutanée , et ne sont pas laxatives. Elles sont si douces , si calmantes, qu’elles sont recherchées par les femmes , par les hommes d’une constitution faible et délicate , et qu’elles sont très-salutaires dans les spasmes hystériques, la chorée et toutes les maladies nerveuses, dans la goutte, la chlorose, les affections hémorroïdales, les engorgements scrofuleux, les gonflements articulaires. Mais c’est surtout dans les maladies chroniques du poumon avec éréthisme, l’hémoptysie, la phthisie imminente ou commençante, que les eaux d’Ems ont acquis une grande réputation ; elles sont également fréquentées pour la stérilité : c’est même à cette propriété que l’une des sources doit son nom de Bubenquelle , c’est-à-dire source aux Garçons ; on y administre une douche d’eau thermale naturelle dont l’action sur les organes génitaux de la femme provoque une sorte d’excitation voluptueuse qui peut être nuisible : aussi est-il essentiel de surveiller avec soin l’administration de ces douches.

Mode d’ administration. On boit les eaux d’Ems à la dose de quatre à six onces àlafois, qu’on répète à quinze ou vingt minutes d’intervalle ; on peut en prendre quatre, six, dix verres et même davantage, suivant les circonstances. Dans les maladies chroniques de la poitrine, on peut couper les eaux avec le tiers ou le quart de lait.

Les bains forment presque généralement à Ems le principal moyen de la cure; ils ont une action si douce, pourvu qu’ils soient pris à la température de 30 à 35° cent., qu’ils

réussissent aux personnes les plus faibles ou d’une grande susceptibilité nerveuse.

De v usage des eaux minérales de Carlsbad , Ems , etc., par Fred. Louis Kreysig; Paris , 1829 (traduction française ).

Aperçu sur les bains et eaux minérales du mont Tonnerre , par le docteur Heyfelder ; Stuttgard , 1834, broch.in-8.

Note sur quelques eaux minérales des bords du Rhin , par M. CaventOU ( Bulletin général de Thérapeutique , tome IX , page 289).

SCHLANGENRAD ( duché de Nassau ).

Bourg situé dans la délicieuse vallée du Rhin , non loin de Mayence, entre Wisbade et Schwalbach. On y trouve des sources thermales dont la température est de 30° 50 cent. Elles contiennent, dit-on, du carbonate de soude, du talc, de l’hydrochlorate de soude , de l’acide carbonique. Elles sont onctueuses. On les emploie plus souvent en bains qu’en boisson; en bains, elles calment l’excitation nerveuse et sanguine , donnent de la souplesse à la peau, et sont plus douces que celles d’Ems. On les recommande dans les affections nerveuses, l’hystérie , l’hypocondrie , la dysménorrhée par éréthisme, les maladies cutanées compliquées d’inflammation. On est obligé d’échauffer l’eau thermale pour les bains que l’on prend d’abord à 32° 5 ou 36° cent., pendant dix minutes; plus tard, on peut en prolonger la durée et réduire la température du bain à 30°.

Aperçu sur les bains et eaux minérales du mont Tonnerre , par le docteur Heyfelder; Stuttgard, 1834, broch. in-S.

BAGNE RE S-BE-BIGORRE ou BAG NÈ RE S-ADO ER (département des Hautes-Pyrénées).

Jolie petite ville de la vallée de Gampan, sur l’Adour, située à 567 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 23 lieues de Toulouse, 5 de Baréges, 4 de Tarbes, 212 de Paris. Des

SAUNES THERMALES.

routes bien entretenues permettent des communications faciles avec Tarbes, Montrejean, Lourdes et Baréges. La ville, dont la population est de huit mille âmes, peut recevoir plus de quatre mille étrangers; sa position au pied des Pyrénées, dans une riante plaine que fertilise l’Adour, la propreté des maisons et des rues sans cesse balayées par des courants d’une eau vive, l’abondance des vivres de toute espèce, la douceur du climat, la beauté des environs, le grand nombre de sources variées dans leur température et leurs vertus , en font un lieu que la nature semble avoir comblé de tous ses bienfaits. Les nombreux étrangers qui s’y rendent avant d’en» trer dans les Pyrénées, ou qui viennent s’y distraire après avoir quitté les autres thermes, trouvent à Bagnères les agréments les plus variés, des logements commodes, meublés avec élégance, un cabinet de lecture, une salle de spectacle et de fort beaux salons dans lesquels ont lieu des baié très-brillants. La saison des eaux dure depuis le commencement de juin jusqu’au 15 octobre. Les établissements de bains sont nombreux. — Il existe une église. — Les indigents sont reçus dans un hôpital. Médecin inspecteur, M. Ganderax, qui a publié sur ces eaux un ouvrage intéressant auquel nous avons emprunté la plupart des détails qui suivent.

Etablissements cle bains et sources. Bagnères repose , pour ainsi dire, sur une rivière d’eau thermale, et olfre toutes les facilités pour fonder de vastes piscines. Il suffit en effet pour avoir de l’eau thermale de percer verticalement le sol de la plaine ; on arrive promptement au centre souterrain de l’eau, et au moyen d’un tube ou canon de pompe qu’on place dans le trou, ce liquide minéral jaillit à la surface.

Les sources de la Reine, du Dauphin, de la Fontaine Nouvelle, de Roc de Lannes , de Foulon , de Saint-Rock et des Yeux ont été réunies dans un magnifique établissement ( Thermes de Marie -Thérèse) que la ville a fait élever, et qui est remarquable par la profusion avec laquelle on a employé

les plus beaux marbres des Pyrénées. Cet édifice majestueux , entouré de jardins , renferme vingt-neuf baignoires en marbre, quatre appareils à douche , une étuve, deux buvettes.

Il y a de plus à Bagnères plusieurs établissements particuliers assez bien entretenus; voici leurs noms, le nombre des sources et des bains :

Salut. . .

10 bains, 1 buvette.

5 sources (i).

Grand Pré. ... ...

4 bains, I buvette.

2 sources.

Carrère-Lannes. . . .

4 bains, I buvette.

2 sources.

Thermes de Santé. .

5 bains.

1 source.

Versailles .

4 bains.

2 sources.

Petit Prieur .

2 bains.

2 sources (apparf. à l’Hôpital).

Belle-Vue .

10 bains, 3 douches.

1 source.

Petit Baréges .

2 bains.

2 sources.

Cazaux. . .

6 bains, 2 douches.

2 sources.

Théas .

3 bains, 2 douches.

1 source.

Mora. . .......

2 bains.

2 sources.

Lasserre .

4 bains, 2 bavettes.

3 sources.

La Gutière .

10 bains, 2 douches.

2 sources.

Pinac .

6 bains, 2 buvettes.

6 sources (2).

La fontaine de Salies , qui appartient à la ville et qui est la plus abondante de Bagnères, n’est utilisée dans aucun établissement. Il existe encore deux sources ferrugineuses , dont l’une est une propriété de la ville et se nomme fontaine d’Angoulême; l’autre appartient aux dames Carrère.

La source sulfureuse de Labasscre est sur la rive gauche du Loussonnet, à 2 lieues de Bagnères; non loin de là, on

Page 1