SUR LES BAINS D’EAU COMMUNE
lions d’urine , les affections spasmodiques, la suppression des règles. Les pédiluves et les manuluves sont très-avantageux pour opérer une dérivation dans la céphalalgie et la difficulté de respirer.
Bain tempéré. Nous préférons l’expression de bain tempéré à celle de bain tiède, parce que l’acception de ce dernier mot est très-vague dans les différents auteurs. Le bain tempéré tient le milieu entre le bain très-froid et le bain très-chaud ; sa température est un peu au-dessous de celle du sang, qui, comme l’on sait, est de 30° therm. Réaum., 37^* 50 cent.
Effets immédiats. On éprouve un sentiment de bien-être , une chaleur douce et agréable à l’extérieur du corps. La peau semble s’y étendre et s’y ramollir ; il y a des envies d’uriner ; si le bain est à la chaleur du sang , le pouls conserve par minute le nombre de pulsations qu’il avait avant le bain ; s’il est un peu au-dessous, les pulsations deviennent moins fréquentes, la respiration se ralentit; sur la fin du bain, on a de la tendance au sommeil. En le quittant , on éprouve une légère sensation de froid , qui cesse dès qu’on a été essuyé et recouvert de vêtements. Falconer porte, d’après ses expériences, jusqu’à quarante-huit onces par heure ce qu’un adulte peut absorber de liquide dans un bain tiède. Le sentiment de bien-être qu’on y a goûté se prolonge encore le reste de la journée; on est délassé, rafraîchi, plus souple.
Propriétés médicales. Les* bains tempérés sont relâchants et calmants ; ils délassent les membres fatigués , et conviennent aux personnes qui ont le système nerveux délicat et mobile , la fibre sèche , et à celles qui sont d’un tempérament bilieux et mélancolique. On les emploie avec succès dans toutes les inflammations du ventre , dans les affections des reins , des uretères et de la vessie , dans les engorgements des viscères de l’abdomen , dans les rhumatismes , les maladies nerveuses , l’hystérie , certaines hypocondries accompagnées d’une chaleur brûlante et d’une insomnie opiniâtre.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Les demi-bains et les pédiluves tempérés ne s’emploient que dans les cas où les bains entiers pourraient être pernicieux.
Après avoir jeté un coup d’œil sur les bains d’eau commune ^ nous devons actuellement étudier les effets des bains minéraux , qui, renfermant des sels, des gaz et un calorique naturel , ont une énergie bien plus marquée.
Des Eaux thermales.
Répandues en assez grand nombre sur le globe , les eaux thermales sont situées le plus ordinairement dans le voisinage des montagnes, dans des lieux volcanisés et stériles dont elles font souvent l’unique richesse. Les vallons où elles jaillissent sont en général salubres; l’air léger et pur qu’on y respire est très-convenable aux valétudinaires ; mais les matinées et les soirées sont fraîches, humides, et les malades, pour ne pas perdre le bienfait des eaux , doivent , même en été , porter des vêtements de laine ; les variations brusques de température qu’on y observe exposent les habitants à contracter des rhumatismes dont ils se guérissent en se baignant dans les eaux thermales, comme si la nature avait placé le remède à côté du mal. On a remarqué depuis longtemps que les localités thermales étaient rarement atteintes par les maladies épidémiques; cependant le choléra, qui a épargné les établissements de Gréoulx (Basses- Alpes) , Avêne (Hérault) , Balaruc (id.), a fait beaucoup de ravages à Bourbonne-les- Bains, surtout à l’hospice militaire.
Les eaux thermales dont les bassins sont exposés au contact de l’air et de la lumière présentent presque constamment à leur surface des conferves, des trèmelles, genre de plantes cryptogamiques regardées comme des polypiers par quelques naturalistes ; cette végétation, qui se reproduit très-facilement, augmente ou diminue avec la température atmosphérique;
SUR LES EAUX THERMALES
elle est coniposée’de matières organiques^ d’après l’analyse de M. Vauqiielin. Il est probable que c’est à la décomposition de ces espèces de fucus qu’est due l’origine de cette substance^ extractive signalée dans la plupart des analyses chimiques. Cette matière végéto-animale^ que M. Longchamp appelle barégine , M. Anglada dont on trouve des traces dans
l’eau ordinaire conservée, qui est plus ou moins abondante dans les eaux minérales, principalement dans les sulfureuses, est encore peu connue malgré les travaux récents de MM. Audouin,Turpin et Séguier. En effet, la barégine des eaux sulfureuses ne ressemble pas à celle de Vichy, de Plombières, d’Audinac, au limon de Néris; nous avons examiné au microscope, avec M. Fontan, plusieurs espèces de barégine, et nous avons été surpris de leurs variétés. Quoi qu’il en soit , la barégine est une substance molle , comme glaireuse , très-variable dans sa couleur et dans sa forme , analogue aux matières d’origine animale, azotée comme elles. Il est bien probable que cette substance a une grande part dans la vertu des eaux thermales, mais l’expérience n’a pas encore prononcé! à ce sujet; pendant longtemps on lui a attribué l’onctuosité des eaux, mais cette propriété est due, selon M. Anglada, en partie au carbonate de soude.
Le phénomène le plus remarquable que les sources thermales offrent à l’observateur, c’est leur chaleur, qui reste à peu près la même depuis plusieurs siècles ; cette température, souvent élevée, est toujours inférieure à celle de l’eau bouillante. Quelques sources paraissent être en ébullition, principalement au moment des orages; mais cet effet est dû à l’azote, et surtout au gaz acide carbonique, dontle dégagement est d’autant plus considérable que la pression de l’air atmosphérique est moindre. Les sources les plus chaudes sont celles de Chaudes- Aigues, Garlsbad, d’Ax, de Bains près Arles, etc. 11 en est qui sont trop chaudes et d’autres trop froides pour servir en bains ; les plus^convenables sont celles qui pour être employées
70 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
n’ont besoin d’être ni refroidies ni échautfées artificiellement^ et qui se rapprochent le plus de la chaleur humaine : telles sont les eaux de Molitg^ de Gréoulx, etc.
On a cru pendant longtemps que la température des eaux était invariable 5 et que les variations qui se faisaient remarquer dans quelques-unes d’entre elles devaient être attribuées à l’imperfection ou au défaut de concordance des thermomètres. Mais aujourdiîui que ces instruments ont acquis un grand degré de précision, il est certain que la chaleur des eaux peut présenter une différence de quelques degrés d’une année à une autre, dans l’espace de quelques mois et même dans un temps beaucoup plus court , comme le démontrent les expériences faites par M. Chevallier (1) à Yichy et au Mont-d’Or, par M. Molin à Luxeuil, par M. Longchamp et M. Fontan aux sources des Pyrénées. Ces variations s’expliquent facilement par le mélange des eaux pluviales avec les eaux thermales. En effet , tous les médecins inspecteurs ont remarqué que pendant l’été, lorsqu’il règne une grande sécheresse , les eaux ont une action plus énergique qu’au printemps, parce qu’alors leurs
(1) Bulletin de V Académie royale de Médecine , li° 1, Dans une lettre adressée à ce corps savant , insérée dans le même bulletin , page 604 , M. Bertrand , en réponse à la note de M. Chevallier, assure que depuis trente-deux ans la température des eaux du Mont-d’Or n’a point changé. Dans une note lue à l’Académie des Sciences le 14 septembre 1835 ,^ M. Legrand déclare s’être assuré par des expériences qu’il n’y a pas eu de changement notable depuis 1754 dans la température des sources des Pyrénées-Orientales. M. Ganderax dit dans son rapport pour l’an 1836 que M. Arago , ayant examiné dans l’été de l’année 1826 la température des sources de Bagnères-de-Bîgorre , leur a trouvé le même degré de chaleur que celui qui a été signalé par Secondât en 1750 , par Darquier en 1*60, et par Marcorelle en 1766. Cependant cet inspecleur a remarqué plusieurs fois que la température des sources de la plaine de Bagnères-de-Bigorre diminue pendant l’hiver et les temps pluvieux.
SUR LES EAUX THERMALES
principes sont plus condensés, le mélange des eaux pluviales n’ayant plus lieu (1). Ce fait est facile à constater pour les sources qui sont mal encaissées ; telles sont celles de Monestier, d’Évaux. La fonte des neiges (Baréges), le débordement d’un étang (Balaruc) ou d’une rivière (Gambo , Châteauneuf) , peuvent servir encore à rendre compte des variations de température qu’on observe dans la même source. Ce mélange ne fait pas seulement varier la chaleur de beaucoup de sources, il altère leur pureté , modifie leur composition chimique (2) et diminue leur action thérapeutique ; ce qui prouve que ce n’est pas sans raison que l’été a été choisi comme la saison la plus favorable pour prendre les eaux. Nous pensons avec M. Freycinet que beaucoup de sources thermales ont leur température d’été et leur température d’hiver.
Quand la chaleur des eaux est assez considérable, on l’utilise pour la préparation des aliments, pour les usages domestiques, pour le chaulfage des étuves, des maisons (Chaudes- Aigues) , des vestibules, des galeries et des vestiaires des édifices thermaux, ce qui produit une grande économie de combustible. M. d’Arcet avait engagé les fermiers de Vichy à utiliser la chaleur des eaux pour l’incubation artificielle ; cet établissement, qui n’a pas eu lieu à Vichy, a été fondé à Ghaudes-Aigues , et a prospéré.
(1) Les chaleurs excessives qui eurent lieu pendant l’été de 1832 donnèrent beaucoup d’activité à la plupart des eaux minérales , comme l’ont constaté presque tous les rapports des médecins inspecteurs pour cette année.
(2) Il est fort probable que c’est au mélange , plus ou moins considérable , des eaux étrangères avec les sources minérales , que sont dues les différences dans les analyses d’une même source , faites par des chimistes également habiles. Voyez Monestier, Balaruc, Spa, etc. On conçoit que l’analyse faite dans une saison pluvieuse doit présenter moins de pria*pipes minéralisateurs que dans les sécheresses de l’été.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Les sources thermales communiquent parfois au terrain qu’elles traversent une chaleur telle, qu’elle favorise le développement d’une espèce particulière de couleuvres {coluber thermaruniy Hipp. Gloquet). Ces êtres incommodes, mais nullement dangereux , sont très-communs à Bagnères de Luchon , à Aix en Savoie , Saint-Sauveur, Digne , Sylvanès ; ils pénètrent quelquefois dans les cabinets des bains , dont on les éloigne facilement.
Pour apprécier les propriétés thérapeutiques des eaux thermales, il faudrait, dit Bordeu, connaître parfaitement la cause, la nature et les elfets de leur chaleur, objets importants dont nous allons nous occuper.
De la Thermalité , ou conjectures sur les causes de la chaleur des
Eaux.
Lorsqu’on voit sortir du sein de la terre des eaux naturelles pourvues d’ime grande chaleur, on est porté à rechercher la cause de ce phénomène. On a émis à ce sujet des opinions plus ou moins hypothétiques. Jetons un coup d’œil sur celles qui ont eu le plus de vogue.
La calorification des eaux a été attribuée tantôt à Faction du soleil, tantôt à une fermentation opérée dans le sein de la terre , ou à la combinaison d’un acide et d’un alcali.
On a prétendu que le foyer qui échauffe les eaux est alimenté par la combustion lente d’un immense amas de charbon de terre. Cette opinion n’est pas dénuée de vraisemblance , s’il est vrai que, comme l’annonce le Journal des Mines ^ les eaux de Luxeuil, Plombières, Bourbonne-les-Bains, sont chauffées par des houillières, et que la mine de charbon de Saint-Étienne chauffe les eaux de Yichy. Mais, quelque considérables qu’on suppose ces amas de houille , il est facile de concevoir qu’à la longue ils doivent s’épuiser, et que cet épuisement doit s’annoncer par une diminution graduelle de la température des eaux.
SUR LA CHALEUR DES EAUX
Socqiiet (1), Martinet (2)^ Fodéré (S) y regardent le fluide électrique comme la cause calorifère des eaux thermales. D’après ce système, on considère les montagnes comme d’énormes piles voltaïques où s’opèrent, entre les deux pôles, positif et négatif, de merveilleuses décompositions et de nouvelles comÎ3inaisons. Mais, s’il en était ainsi, des entrailles des montagnes ne devraient fournir que des eaux chaudes, ce qui est contraire à l’observation. Comment d’ailleurs seraient échauffées les eaux qui sont éloignées des montagnes? Si l’on admet avec M. Anglada que les couches terrestres constituent par leur superposition un appareil électro-moteur analogue aux piles voltaïques, la thermalité s’explique très-bien par le fluide électrique.
Pendant longtemps les chimistes et les naturalistes ont fait dépendre la chaleur des eaux de la présence des volcans. « Cela paraît assez probable , dit Nicolas (4) ; nous avons des exemples de ces embrasements qui durent depuis des siècles ; d’ailleurs rien ne répugne à croire que l’eau qui circule dans l’intérieur de la terre, venant à pénétrer dans ces volcans, en reçoit une chaleur proportionnée à la proximité du foyer. » Cette opinion se fonde sur ce que les contrées où l’on a découvert le plus de volcans sont aussi les plus abondantes en sources thermales : tels sont l’Auvergne, le royaume de Naples , le Portugal. On sait , dit M. Berzélius , qu’il existe auprès de plusieurs volcans brûlants des sources chaudes , qui , étant alimentées sans aucun doute, comme toutes les autres sources, par l’eau pluviale qui est froide et pure, doivent recevoir leur chaleur des forges volcaniques près desquelles elles passent. Cette hypothèse ne rend pas compte de la calori-
(1) Essai sur le calorique.
(2) Traité des mal. chron.
(3) Journ. compl. du Dict. des sciences médic.
(4) Dissert, sur les eaux de la Lorraine.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
fication des eaux éloignées des volcans, àmoins qu’on n’attribue, avec les physiciens modernes, ces éruptions ignées au feu central de la terre. Ce dernier système, accrédité par Fallope (1), Solenander (2) , Rircher (3) , Buffon (4) , semble revivre aujourd’hui, depuis que des observations faites dans les mines , et particulièrement le forage des puits artésiens, ont appris que la chaleur augmente à mesure que l’on descend dans les profondeurs de la terre ; cet accroissement de chaleur est évalué à un degré centigrade pour trente à quarante mètres , de telle sorte qu’à une demi-lieue de profondeur, la chaleur de la terre doit égaler celle de Feau bouillante (100 degrés centigrades ). Un tel résultat suppose une température intérieure très-élevée; il ne peut provenir de Faction des rayons solaires, et s’explique naturellement par la chaleur propre de la terre. Le feu central étant adopté , l’explication de la thermalité des eaux devient trèsfacile. « Si l’on conçoit , dit M. de Laplace , que les eaux pluviales , en pénétrant dans l’intérieur d’un plateau élevé , rencontrent dans leur mouvement une cavité de trois mille mètres de profondeur, elles la rempliront d’abord; ensuite, acquérant dans cette profondeur une chaleur de cent degrés au moins, redevenues par là plus légères, elles s’élèveront et seront remplacées par les eaux supérieures, en sorte qu’il s’établira deux courants d’eau, l’un montant, l’autre descendant , perpétuellement entretenus par la chaleur intérieure de la terre. Ces eaux , en sortant de la partie inférieure du plateau, auront évidemment une chaleur bien supérieure à celle de l’air, au point de leur sortie. » La température des eaux, à l’endroit où elles sourdent, ne peut pas
(1) Tractatus de medicatis aquis , 1664.
(2) De caloris fontium medicatorum causa.
(3) Mundus subterraneus.
(4) Théorie de la terre.
SUR LA CHALEUR DES EAUX
nous servir à apprécier la chaleur qu’elles ont puisée au foyer, car elles ont pu être obligées de traverser des couches épaisses de terrains auxquels elles ont cédé une partie de leur calorique, ou se mêler dans leur trajet avec quelque courant d’eau froide qui abaisse leur température. C’est par ces deux causes que s’expliquent tout naturellement les variétés et dans la chaleur et dans la proportion des principes des sources d’une même localité, qui ont certainement une même origine.
De la minéralité des Eaux.
On croit généralement qu’en traversant les différentes couches de la terre, les eaux minérales leur empruntent les principes constituants ; car, comme dit Pline , taies sunt aquœ , quaiis terra per quam fluunt. Cependant , si l’on examine attentivement la composition de plusieurs sources minérales et la nature des terrains d’où elles sortent, on voit que souvent on ne trouve dans ces terrains presque aucun des principes minéralisateurs des eaux. M. Berthier a fait cette remarque dans son analyse (1810) des eaux de Chaudes-Aigues; M. Berzélius dit que les montagnes de Carlsbad ne renferment qu’une faible quantité de substances salines , et que rien n’est aussi inexplicable que la prodigieuse quantité de sulfate et de carbonate de soude qui provient des sources de Carlsbad dans l’espace d’une année. Il est donc évident que, dans la plupart des circonstances, nous n’avons encore, malgré les théories modernes, aucune idée juste, ni sur les causes qui introduisent dans les eaux les matières que la chimie y fait reconnaître , ni sur la nature et la profondeur des couches où les eaux s’emparent de ces matières.
Le calorique des Eaux thermales est-il identique avec celui de nos . foyers ?
Quelle que soit l’hypothèse qu’on adopte pour expliquer le
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
calorique des eaux ^ qu’il soit le résultat du fluide électrique ou du feu central de la terre , il paraît au premier abord n’ être pas identique avec celui que nous développons dans nos foyers. La plupart des médecins qui ont écrit sur les eaux thermales trouvent^ entre ces deux caloriques^ des dilférences bien tranchées. Ainsi ^ ils prétendent que les eaux thermales naturelles se refroidissent plus lentement et s’échauffent plus diflîcilement que l’eau commune portée au même degré de température ; qu’on les supporte en boisson et en bains à un degré de chàleurd3ien supérieur à celui de l’eau chauffée artificiellement ; que l’eau thermale à 60 ou 70° cent, ne cause aucune impression désagréable sur la bouche et le palais , qui seraient douloureusement affectés par un liquide chauffé à la même température; que les sources qui donnent 70 degrés de chaleur au thermomètre centigrade ^ loin de cuire les végétaux, leur donnent plus de verdure et de fraîcheur. Fodéré (1) , dans un mémoire sur les eaux minérales des Vosges, défend vivement cette opinion. « De même, dit-il, que nous avons fait voir qu’il y a gaz et gaz acide carbonique, de même aussi y a-t-il chaleur et chaleur. La chaleur animale est trèsdifférente de celle de nos foyers, et celle des eaux thermales diffère beaucoup de celle des eaux communes chauffées à la même température. Cette chaleur est plus douce et plus agréable, et pour ainsi dire plus en rapport avec notre nature. Je n’aurais certainement pas pu boire de l’eau échauffée à 38° Réaum. ; indépendamment de sa température trop élevée, une eau ordinaire ainsi chauffée a une saveur désagréable; au lieu que j’ai bu avec plaisir plusieurs verrées de celle du Crucifix [source de Plombières) , qui est à la même température, sans éprouver d’autre sensation à la bouche et dans les entrailles qu’une chaleur douce qui se répandait partout. Les bains chauflês artificiellement ne tardent pas à perdre
(1) Journ. complém. du Dict. des sciences médic., tome vi , p. 103.
SUR LA CHALEUR DES EAUX
leur chaleur, et Ton a observé, depuis sept siècles que l’on fréquente les eaux de Plombières, que leur température est égale en hiver comme en été, du moins à l’exploration du thermomètre. » La plupart des chimistes et des physiciens modernes déclarent que ces assertions établies par tradition sont de vieux préjugés, et qu’elles sont évidemment contraires à ce que la physique et la chimie nous enseignent sur le calorique. Persuadé que l’on ne peut combattre des résultats de l’expérimentation que par d’autres résultats de l’expérience, M. Longchamp (1) s’est assuré par des épreuves faites sur l’eau de Bourbonne , qu’à densité égale , sous les mêmes conditions de pression et de température atmosphérique, et dans des vases dont la nature, )a forme et la capacité étaient semblables , l’eau ordinaire et l’eau thermale , la première élevée artificiellement à la même température que la seconde , perdent dans des temps égaux des quantités de calorique absolument égales. Cette expérience , faite depuis longtemps (1778) par le chimiste Nicolas (2), a été répétée et confirmée parM. Anglada (3) àEscaldas;M. Bertrand (4), au Mont-d’Or; MM. Gendrin et Jacquot (5), à Plombières; et M. Chevallier (6) , à Chaudes-Aigues.
C’est à tort qu’on a avancé que l’eau thermale n’entre pas plus vite en ébullition que l’eau commune; en effet, si l’on soumet ces deux sortes d’eau à l’action de la chaleur, la première conserve ses avances et entre toujours en ébullition avant la seconde.
Les eaux thermales contenues dans des vases et exposées
(1) Annales de chimie et de physique , an. 1823.
(2) Dissert. chim. sur les eaux minérales de la Lorraine.
(3) Mém. pour servir , etc. t. i , page 75.
(4) Recherches sur les eaux du Mont-d’Or , 2® édition.
(5) Journal général de médecine, cahier d’oct. 1827 , page 87.
(6) Essai sur Chaudes-Aigues , etc.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
au froid lorsque le thermomètre est au-dessous de glace, se gèlent à peu près dans le même intervalle de temps que l’eau commune.
On s’étonne qu’on puisse boire l’eau thermale à 60" cent, sans inconvénient ; mais dans l’usage de la vie , des personnes ont l’habitude de prendre, à ce degré de température, du bouillon ou du café. Enfin, on s’est assuré que les fleurs déjà fanées reprennent leur éclat dans l’eau commune chauffée à la même température que l’eau thermale (1).
Quoique, d’après les physiciens, les phénomènes du calorique soient invariables, nous ne pouvons admettre que la chaleur animale et celle des eaux thermales soient identiques dans leurs effets avec celle que nous développons par les combustibles. Notre opinion est que le calorique des eaux se trouve dans un état de combinaison tout particulier qui imprime certainement à nos organes une action spéciale, laquelle n’existe pas moins, quoiqu’elle échappe aux explications des savants. Quels que soient leurs talents et la précision de leurs instruments, il y a dans les eaux comme dans l’air un je ne sais quoi qui se dérobe aux recherches des chimistes. On sait en effet que, d’après leurs travaux, l’air si malfaisant des marais et des hôpitaux ne diffère pas de l’air pur que nous respirons.
De l’action thérapeutique des Eaux thermales.
Après avoir cherché à déterminer la cause et la nature du calorique des eaux thermales, tâchons d’apprécier leurs effets thérapeutiques sur l’économie animale.
Beaucoup d’eaux thermales contiennent une si faible quan-
(1) Madame de Sévigné ne partageait pas cette opinion. « Je mis hier moi-même , dit-elle , une rose dans la fontaine bouillante de Vichy ; elle y fut longtemps saucée et ressaucée ; je l’en tirai comme de dessus la tige : j’en mis une autre dans une poêlonnée d’eau chaude ; elle y fut bouillie en un instant. »
SUR LA CHALEUR DES EAUX
üté de principes minéralisateurs , que Pline, Hoffmann, Leroy, etc. , les ont regardées comme non minérales, et prétendent qu’elles n’ont pas d’autres effets que ceux des bains communs chauffés au même degré ; que si elles en produisent d’autres, ils sont dus au déplacement du malade, au changement de climat , à la distraction. Mais , de bonne foi , peut-on attribuer à ces causes la guérison ou le soulagement de ce rhumatisant perclus entièrement de ses membres, dont le corps douloureux lui a permis à peine de se faire transporter, qui a épuisé les secours les plus éclairés de la médecine , qui a fait inutilement usage des bains chauds , des bains minéraux factices? Comment se fait-il qu’ après quelques immersions dans les eaux de Bourbon-Lancy, Bourbon-1’ Archambault, Néris , Bagnères-de-Bigorre, etc. , ce malade a recouvré l’usage de ses membres et cette faculté locomotrice qu’il croyait avoir perdue pour toujours? Est-ce le changement de climat qui a pu dissiper en si peu de temps le gonflement des articulations, calmer les douleurs atroces et rappeler le sommeil? Sans doute, la chimie ne peut pas encore nous rendre compte de cette action spéciale des eaux thermales ; mais l’observation clinique nous apprend que leur chaleur, étant plus douce, rend l’immersion plus agréable ; que le bain, loin d’affaiblir le malade, le fortifie. Ces effets sont dus sans doute à la combinaison des éléments constituants des eaux, à leur calorique particulier, au fluide électrique peut-être, et enfin à des principes fugaces qui échappent à l’analyse.
Les Romains et même nos ancêtres n’employaient les eaux thermales qu’en bains; ce n’est que depuis deux siècles environ qu’on en fait usage à l’intérieur. Il est bien digne de remarque que, malgré leur température élevée, elles sont bues sans répugnance par les malades et se digèrent facilement, pourvu qu’on ait soin de proportionner la dose à la susceptibilité de l’estomac. Il en est plusieurs qui refroidies servent de boisson aux repas : cette pratique est bonne , parce que l’eau ther-
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male refroidie est moins crue que F eau froide ordinaire et qu’elle convient mieux dans certains vices de la digestion. Quant au mode d’action des eaux thermales sur nos organes intérieurs, il est encore loin d’être bien déterminé; on sait seulement qu’elles sont un excitant qui agit sur les viscères avec plus ou moins de force, suivant leur température, leur composition; qu’elles pénètrent dans le torrent circulatoire et qu’elles modifient nos humeurs. M. Renard (Athanase) (1 ) considère deux agents dans l’eau thermale: 1° les minéraux, qui agissent d’abord localement comme stimulant la membrane muqueuse gastro-intestinale; 2° le calorique, qui pénètre doucement les tissus, s’étend vers les parties voisines et se comporte comme tonique diffusible.
En bains, le mode d’action des eaux thermales est plus manifeste et plus facilement appréciable : sous cette forme , elles détergent la peau , rétablissent la transpiration et opèrent une révulsion au dehors. L’appareil cutané devient rouge, injecté, tuméfié, acquiert une chaleur, une moiteur agréable ; il est le siège d’une congestion sanguine modérée , mais à vaste surface, souvent favorable et toujours exempte de dangers. Il est facile de pressentir tout ce que cette légère stimulation de la peau et la nouvelle direction imprimée aux fluides, qui en résulte, doivent avoir d’influence pour rappeler au dehors les différentes affections cutanées qui sont portées à l’intérieur, rétablir les évacuations habituelles déviées, diminuées ou supprimées, déceler les maladies vénériennes masquées ou mal guéries ; de là l’efficacité des bains minéraux dans les maladies internes qui dépendent de la métastase des dartres , de la gale ,‘ des rhumatismes ou du virus vénérien , de la diminution ou suppression de la transpiration, des menstrues ou des hémorroïdes. Les eaux thermales ne sont
(1) Bourbonne et ses eaux thermales.