‹ Manuel des eaux minérales naturellesChapitre 27 sur 104 · SUR UES EAUX MINÉRALES SULFUREUSES · texte numérisé non relu

SUR UES EAUX MINÉRALES SULFUREUSES

pâles couleurs, la débilité générale, les gonorrhées invétérées , les fleurs blanches , les pollutions nocturnes , les tremblements et les paralysies dus aux préparations saturnines, les engorgemenis vasculaires des viscères du bas-ventre, les catarrhes chroniques de la vessie et la gravelle. En 1736, un médecin de Bordeaux, Dessault, a proposé l’usage des eaux ^e Baréges à l’intérieur et en injections dans la vessie comme un dissolvant de la pierre ; mais les observations cliniques n’ont pas confirmé cette prétention.

En injections , les eaux sulfureuses ont réussi dans la surdité entretenue par une humeur dartreuse ou scrofuleuse.

On retire de bons effets des étuves sulfureuses dans les ma^ ladies qui proviennent de la suppression de la transpiration ; elles dissipent les œdématiés locales et rendent aux membres leur souplesse.

L’inspiration du gaz hydrogène sulfuré a été conseillée aux phthisiques ; Galien envoyait ces malades en Sicile pour respirer auprès des volcans la vapeur hépatique qui s’en exhale. L’air qu’on respire à Ax, dit M. Pilhes (1), est un remède pour les personnes menacées ou attaquées d’asthme ou de phthisie pulmonaire ; le soufre tenu en suspension dans les eaux d’Ax et de Bagnères-de-Luchon lui semble un vrai préservatif contre la phthisie : car on ne voit jamais, ajoute-t-il , de phthisiques dans ces deux endroits. Sans adopter complètement cette opinion , nous pensons avec M. Anglada que l’acide hydro-sulfurique gazeux agit sur la poitrine avec une puissance de sidération tellement prononcée qu’il n’est pas douteux qu’il ne conserve un effet dépressif, lorsqu’il n’existe dans Pair que suivant de faibles proportions. Il serait donc essentiel de s’assurer par l’expérience ce que pourrait l’habitation, pendant une partie de la journée , d’une chambre close dans

(1) Traité des eaux d’Ax, 178T.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

laquelle on tiendrait un vase d’eau chaude que l’addition convenable d’hydro-sulfate alcalin aurait transformé en eau sulfureuse.

Les boues sulfureuses jouissent d’une vertu résolutive qui les rend propres à faire disparaître les engorgements œdémateux des membres et à donner aux parties le ressort qu’elles ont perdu.

Les eaux minérales hépatiques sont nuisibles aux individus d’un tempérament sanguin, pléthorique, aux personnes disposées aux congestions cérébrales, à l’épilepsie, aux anévrismes, dans toutes les maladies qui ont un caractère un peu aigu, et de plus dans le cancer, le scorbut et la goutte, dont les accès sont quelquefois rappelés par un bain sulfureux.

Mode d’ administration. On prend les eaux sulfureuses sous toutes les formes. En boisson , ces eaux sont tellement excitantes qu’on doit commencer par en faire usage à petite dose. Deux à trois verres suffisent pendant les premiers jours, et leur plus grande dose ne doit pas être portée au-delà d’un litre et demi. Le médecin doit avoir l’attention de bien examiner les organes de la digestion pour se guider sur la quantité d’eau que peuvent prendre les malades. Chaudes, ces eaux sont moins désagréables à boire que refroidies ; on les coupe souvent avec du lait ou une tisane adoucissante , afin de les faire supporter à quelques personnes d’une constitution délicate; mais il faut, autant que possible, que les malades s’habituent peu à peu à les boire pures , parce que leur effet est beaucoup plus certain. On peut en faire usage aux repas sans inconvénient.

Les bains sulfureux excitent le tissu cutané , favorisent la transpiration, ravivent les chairs tombées dans l’atonie, facilitent la cicatrisation des plaies , rétablissent la souplesse des tendons, des jointures, et dissipent la raideur, la contracture des muscles.

La glairine que les eaux sulfureuses contiennent en assez

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grande quantité ne permet pas de les conserver longtemps ; elle hâte leur décomposition. Aussi ces eaux transportées doivent être fréquemment renouvelées , et sous ce rapport , les dépôts d’eaux minérales exigent une surveillance particulière.

BARÉGES ( département des Hautes-Pyrénées ) (1).

Village à une lieue de Saint-Sauveur, 4 de Gauterets, 6 de Bagnères-de-Bigorre , 10 de Tarbes, 210 de Paris; son élévation au-dessus du niveau de la mer est de 652 toises; une belle route , admirablement tracée et bien entretenue , conduit de Tarbes à Baréges. L’aspect de ce lieu est si triste et si sauvage , que sans ses eaux merveilleuses personne ne voudrait y séjourner trois semaines. Baréges n’était, il y a cinq cents ans , qu’un cloaque impur où croupissaient des eaux minérales sous un amas de débris granitiques; sa renommée, toute moderne, ne date que depuis le voyage de madame de Maintenon, qui accompagnait le jeune duc du Maine. Placé presque au sommet d’une vallée étroite, ce village est abrité au nord et au midi par de très-hautes montagnes , au milieu desquelles coule un torrent impétueux connu sous le nom de Gave ou Bastan. Il consiste en une seule rue longue et spacieuse, qui, à ses extrémités, présente les maisons destinées aux étrangers, et au milieu l’établissement thermal, entouré de baraques couvertes de planches ou de toile cirée, qui élevées au mois de mai disparaissent au mois d’octobre. Pendant l’hiver, les avalanches, la neige, le froid, n’en permettent le séjour qu’à trois ou quatre pasteurs préposés à la

(1) C’est généralement à Tarbes que l’on se rend pour se diriger ensuite sur les diîîérents établissements d’eaux minérales des Hautes-Pyrénées. On trouve dans celte ville des diligences qui transportent les voyageurs s Baréges , Saint-Sauveur , Cauterets , etc.

EAüX MINÉRALES.

garde des maisons et des meubles. Baréges ne devient habitable qu’à la fin d’avril ; pendant l’été , les variations atmosphériques sont si brusques, qu’il faut bien se vêtir en tout temps. Six à sept cents étrangers , sans compter les militaires , peuvent s’y loger ; le voyageur est étonné d’y trouver des maisons propres, bien distribuées, des restaurants et des cafés bien servis, une pharmacie, une société brillante et nombreuse, en un mot, tout ce qui peut servir aux nécessités et aux agréments de la vie. Louis XV rendit Baréges commode aux militaires, en y élevant un hôpital renommé dans toute l’Europe par les guérisons qui s’opèrent chaque année sur un grand nombre de soldats et d’officiers. La saison des eaux dure depuis le 1^"’’ juin Jusqu’au 15 septembre. Il y a un médecin inspecteur.

Sources et Bains. On remarque trois sources principales désignées d’après la plus ou moins grande intensité de leur chaleur : 1" la plus abondante est nommée source chaude ; V celle qui lui est inférieure est appelée la tempérée ; 3° enfin la moins copieuse et la moins élevée en température prend le nom de source tiède. Ces trois sources alimentent dix-sept baignoires , deux douches , et deux piscines dont l’une est destinée aux militaires, l’autre aux indigents ; il y a une source consacrée à l’usage des buveurs.

Les principaux bains sont le bain de V Entrée^ le grand bain ou bain royal, le bain du Fond, le bain de Polard, le bain de la Chapelle ou de la Grotte.

Propriétés physiques. Les eaux de toutes les sources de Baréges sont claires , limpides , exhalent une odeur d’œufs pourris ; leur saveur est douce , fade , nauséabonde , oléagineuse , dit Bordeu. Leur surface est recouverte d’une pellicule qui leur donne un aspect onctueux; elles charrient des glaires qui se déposent sur les bords des bassins, enduisent les cuves et les pavés des bains , sur lesquels on trouve un dépôt sulfureux et calcaire uni à une substance végéto-animale ; il se dégage

SULFUREUSES THERMALES

des bulles de gaz au griffon (1) de chaque source. Ces bulles , que M. Longcliamp a recueillies ^ sont de l’azote parfaitement pur. La quantité d’eau que produisent les sources en vingtquatre heures est de cent soixante-dix à cent quatre-vingts mètres cubes ; elle peut alimenter au plus trois cents bains et cinquante douches. Voici la température des sources : Polard , 38%20 centigrades; la tempérée^ 33%00; le fond, 36°, 25; la douche, 44°,38; l’entrée, 42°, 00; la Chapelle, 28°,45; laBuvette, 42°, 5 ; les piscines, 35° à 36°,2. Une longue expérience a démontré que ces sources étaient sensiblement moins chaudes durant le printemps et jusqu’après le solstice d’été ; ce refroidissement est dû à l’infiltration des eaux froides queproduit la fonte des neiges.

Analyse chimique. Lemonnier, Thierry, Campmartin, Fournier, ont analysé ces eaux ; mais c’est à M. Longchamp que l’on doit l’analyse la plus exacte; l’eau de la Buvette a été le sujet de ses expériences.

Eau ( 1 litre ).

litre.

Azote . 0,004

gi-.

Sulfure de sodium . 0,042100

Sulfate de soude . 0,050042

Chlorure de sodium . 0,040050

Silice . 0,067826

Chaux. . 0,002002

Magnésie . 0,000344

Soude caustique . 0,005100

Potasse caustique . traces.

Ammoniaque . Id.

Barégine . Id.

(1) On appelle ainsi l’endroit où la source sort de ta terre; quelques auteurs le nomment point d’émergence.

Voici la quantité de sulfure de sodium que M. Longchanip a trouvée dans les autres sources :

Eau ( \ litre ).

Grande douche .

Bain de l’entrée .

Bain du fond .

— Polard . .

Source tempérée. . . .

Propriétés médicales. C’est à Bordeu que les eaux de Baréges doivent en partie leur réputation aussi étendue que méritée. Elles excitent tous les systèmes , particulièrement les circulations sanguine et lymphatique^ activent les sécrétions, augmentent la transpiration, les urines, et agissent en produisant un mouvement fébrile. « Si l’on prend les bains de Baréges dans l’état de santé, dit M. Gasc (1), on n’en éprouve pas le bien-être qui d’ordinaire accompagne l’usage des bains communs. On ressent à la peau comme quelque chose de styptique,etau lieu d’une douce transpiration, on n’éprouve ordinairement que de la sécheresse ou de l’aridité. Il se manifeste une sorte d’agitation, qui trouble le sommeil comme si on avait fait abus du café. La tête devient lourde, pesante, surtout chez les personnes pléthoriques; le pouls devient plus fréquent. » Cette excitation puissante des eaux de Baréges ne permet de les prescrire avec avantage qu’aux per-

(1) Nous empruntons la plupar des remarques sur l’action thérapeutique des eaux de Baréges à Bordeu et à M.Gasc, qui, ayant été chargé, en i 829, par le ministre de la guerre, de traiter les militaires de l’hôpital de Baréges, a publié à ce sujet un ouvrage rempli d’observations. Sur 349 malades, Ï49 sont partis guéris ,117 ont été plus ou moins soulagés , 74 n’ont éprouvé aucun soulagement. Cependant ces résultats doivent être considérés comme d’autant plus avantageux que la pluie et la température froide qui ont régné pendant la saison des eaux n’a pas secondé les effets de la médication.

SULFUREUSES THERîMyVLES.

sonnes d’un tempérament lymphatique et dans les affections chroniques sans complication inflammatoire. Ces eaux sont en général d’autant plus efficaces que les maladies sont plus anciennes ; ainsi , dans le rhumatisme articulaire , si on fait prendre les bains à une époque trop voisine de l’état aigu , on risque d’en renouveler les accès , ou d’en retarder la guérison , tandis qu’à une époque plus éloignée on a beaucoup plus de chances de succès. Il en est de même des affections dartreuses : ce ne sont pas toujours les plus récentes qui cèdent le plus vite aux eaux dont nous parlons. Nous allons indiquer les maladies dans lesquelles les eaux de Baréges ont été spécialement recommandées.

Affections dartreuses. Cent onze militaires atteints de maladies dartreuses de différente nature sont venus en 1829 à Baréges. Dans les affections herpétiques simples ^ la proportion des hommes guéris sur ceux qui ont été traités a été de trente et un sur cinquante et un ; dans les dartres pustuleuses , la proportion a été de moitié, c’est-à-dire de dix sur vingt; dans les dartres furfuracées, elle a été de quatorze sur dixhuit ; dans les dartres squammeuses, de sept sur dix ; dans les dartres vives , d’un sur trois ; dans les S3^philitiques , d’un sur cinq ; dans lamentagre, d’un sur deux; le cas unique de dartre psorique a guéri. Enfin une dartre répercutée n’a obtenu qu’un faible soulagement. (M. Gasc.)

Plaies d’armes à feu^ plaies fistulezises , etc. Huit malades ont été traités en 1829 à Baréges de ce genre d’affections. Le premier était atteint d’une plaie fistideuse à l’épaule droite par suite d’un coup de feu; les eaux, dont il s’était bien trouvé à d’autres époques pour le même mal, améliorèrent son état sans lui procurer une guérison complète. Le second était porteur d’un smus fisüdeux avec carie des os de l’articulation tibio -tarsienne gauche par suite d’une entorse; il éprouva de l’amélioration, mais point de guérison. Le troisième présentait une plaie ancienne au genou gauche rouverte par accident ;

il guérit par Tusage des eaux. Le quatrième avait un coup de feu à la cuisse gauche avec complication de dartres à la face et au thorax; les eaux produisirent un grand soulagement sur Fune et l’autre affection. Le cinquième portait une plaie à la jambe droite par suite d’un coup de feu ; cette plaie prit bientôt un aspect plus favorable par l’effet des eaux de Baréges. Le sixième avait reçu un coiip de feu à la main gauche avec fracture des os du métacarpe ; cette blessure ne reçut aucun soulagement de la part des eaux. Le septième présentait une plaie fistuleuse avec carie du tarse du pied droit , que les eaux ont un peu soulagée. Le huitième enfin avait un ulcère fistuleux entretenu par une carie du tibia gauche qui fut guéri après l’emploi des eaux pendant deux saisons.

( M. Gasc. )

Carie des os. Bord eu rapporte l’histoire de plusieurs malades qui ^ étant atteints de caries du fémur, des vertèbres , des côtes, de la clavicule, de l’omoplate, de l’humérus, ont trouvé leur guérison à Baréges.

Les eaux procurent souvent l’expulsion de corps étrangers cachés dans le tissu des chairs. On a vu beaucoup de balles de plomb et de morceaux de vêtements que des militaires blessés en combattant pour leur patrie ont laissés à Baréges, et qui sont autant de monuments de leur valeur et de la vertu des eaux. Un soldat reçut au côté droit de la poitrine une balle qui atteignit seulement les muscles sans endommager la cavité de la poitrine ni les côtes. On voyait deux cicatrices, l’une antérieure, l’autre postérieure; des douleurs étant survenues au côté blessé , ce soldat vint à Baréges ; les bains et les douches rouvrirent l’une des cicatrices et en firent sortir la balle, ce qui rendit la santé au malade. ( Bordeu. )

Ulcères. Les ulcères atoniques, variqueux, se trouvent bien de l’emploi des eaux de Baréges. « Ces eaux ont de tout temps été regardées comme spécifiques pour la guérison

SULFUREUSES THERMALES

des ulcères ; j’en ai vu de toute espèce et dans toutes les parties^ invétérés ou récents^ céder à leur usage. Quand les ulcères ne sont pas entretenus par une cause intense , indestructible, la manière ordinaire d’y appliquer nos eaux est en lotions , en douches , en bains et en boisson. Un Espagnol qui avait les jambes fort enflées et couvertes de vieux ulcères dont on comptait vingt-quatre à une seule jambe, fut guéri dans soixante jours par les eaux de Baréges auxquelles il eut recours, après avoir fait inutilement usage de beaucoup d’autres remèdes. » f Id. )

Cicatrices, Les eaux de Baréges, en général fort bonnes pour favoriser la formation des cicatrices, jouissent de la merveilleuse propriété de fortifier celles qui sont encore tendres. (Id,.)

Exostoses^ douleurs ostéocopes. Ces maladies se sont présentées chez cinq malades en 1829 à l’hôpital de Baréges. Le premier malade était un ofîicier du 53*^ régiment, âgé cTe cinquante ans , atteint de douleurs qui occupaient les os des extrémités inférieures , et qui se trouva soulagé au bout de deux mois de traitement, par les eaux, prises en bain et en boisson. Le deuxième malade éprouvait des douleurs ostéocopes vagues , provenant de syphilis ; au bout de six semaines de l’emploi des eaux minérales, il se trouva considérablement soulagé. Enfin les autres sujets atteints de périostose à divers degrés furent plus ou moins soulagés par les eaux de Baréges; mais aucun ne fut complètement guéri. (M. Gasc.) Un homme du commun, qui avait vécu sagement, dit Bordeu,fut vers l’âge de trente ans atteint de douleurs cruelles dans les bras et dans les jambes. Il s’éleva sur cellesci une tumeur qui s’enflamma et suppura par l’usage des eaux de Baréges; il en sortit une esquille d’os, et le malade fut guéri dans l’espace de soixante jours.

Engorgements articulaires. Sur douze malades traités de cette affection à l’hôpital de Baréges , trois seulement ont été guéris.

trois soulagés; les six autres ii’ont obtenu aucune amélioration. (M. Gasc.)

Jnkylose. Sur neuf malades atteints d’ankyloses, dont six fausses et trois vraies, cinq ont éprouvé une grande amélioration ; le sixième et les trois malades attaqués d’ ankylosé vraie n’ont obtenu aucun avantage des eaux. (Id.)

Rétraction des muscles et des tendons. Trois cas se sont présentés en 1829 à l’hôpital de Baréges; le premier, chez un tambour âgé de vingt-sept ans, dont les doigts de la main gauche étaient retirés , avec un amaigrissement du bras du même côté, par suite d’un rhumatisme. Les eaux de Baréges, prises en bain, en boisson et en douches pendant cinquante jours , ont calmé les douleurs ; la rétraction tendineuse a disparu, mais l’atrophie est restée la même. Le second cas a été observé chez un grenadier qui, à la suite d’une saignée du bras , fut atteint d’une phlébite et ensuite d’une rétraction des muscles fléchisseurs de la main de ce côté , telle que le poing était fermé et que les ongles étaient comme implantés dans la paume de la main. Les eaux ont produit une amélioration sensible , mais pas de guérison complète. Enfin le troisième cas est celui d’un fusilier qui , par suite d’un rhumatisme musculaire , fut pris de rétraction des doigts de la main gauche ; les eaux de Baréges , dont il fit usage pendant deux mois, ne produisirent chez lui aucun bon etfet. (Id.)

Rhumatisme. Les eaux de Baréges , comme toutes les eaux minérales chaudes, Jouissent plus ou moins de la faculté de guérir ou de soulager les atfections rhumatismales chroniques. Celles de ces maladies qui ont leur siège dans les muscles guérissent plus facilement avec ces eaux que les rhumatismes qui attaquent le système fibreux des articulations ; sur quatre-vingtdix-huit malades de la première espèce que nous eûmes â traiter, plus de la moitié (cinquante-six) parurent guéris complètement ; une trentaine furent soulagés, et le reste n’éprouva aucune amélioration. Sur vingt-deux sujets atteints de

SULFUREUSES THERMALES

rhumatisme articulaire , diM contraire , huit seulement guérirent , neuf furent peu ou point soulagés , et quelques-uns devinrent plus malades. Enfin les mêmes résultats furent obtenus à peu près dans \e rhumatisme fibreux musculaire , c’est-à-dire que sur onze individus atteints de cette atîection, quatre seulement furent guéris , et les autres soulagés. Il est des douleurs musculaires qui semblent appartenir au rhumatisme , et qui surviennent à la suite de blessures, de coups, de chutes, etc. , et que l’on peut désigner sous le nom de rhumatisme traumaticiue. Onze malades se sont présentés à l’hôpital avec ce genre d’alfection ; cinq ont été guéris et six soulagés. (Id. )

Goutte 3 rhumatisme articidaire. Les eaux de Baréges renouvellent quelquefois les accès dé* goutte ; dans le rhumatisme articulaire, qui a tant d’analogie avec la goutte, il ne faut recourir aux eaux de Baréges qu’avec la plus grande précaution, et à une époque la plus éloignée possible de l’état aigu. Un gendarme qui avait eu plusieurs attaques de rhumatisme goutteux fut pris, après le quinzième bain d’eau de Baréges, de douleurs atroces dans les articulations, douleurs qui ne cédèrent à la longue qu’aux adoucissants, au repos et à la chaleur du lit. « J’ai été menacé moi-même, dit M. Gasc, d’une attaque nouvelle d’un rhumatisme articulaire auquel j’avais été en proie auparavant, pour avoir voulu essayer les eaux de Baréges, dans la vue de bien apprécier leur action. Après le cinquième ou le sixième bain , il me survint au pouce de la main gauche une douleur très-vive qui cessa en abandonnant promptement l’usage des eaux. »

Lumbago. Sur six individus atteints de lumbago, trois ont été guéris par les eaux de Baréges et trois soulagés. (M. Gasc.)

Sciaticjue. Sur douze malades atteints de sciatique , névralgie fémoro-poplitée , cinq sont partis dans un état apparent de guérison , sept ont été plus ou moins soulagés. ( Id. )

Scrofules. Il n’est personne, dit Bordeu, qui révoque en doute que les eaux de Baréges peuvent être salutaires aux

EAUX MliMtllALES

écroueileux; l’événement confirme cette idée à bien des égards; mais l’expérience nous ayant appris qu’il y a des écrouelles qui résistent à ces eaux, et que celles qu’elles guérissent sont sujettes à des récidives, nous avons cru qu’il fallait leur Joindre un autre remède, les frictions mercurielles. Bordeu ne témoigne pas beaucoup de confiance dans l’action de l’eau thermale seule. « Je ne sais, dit-il, par quelle fatalité je n’ai vu que rarement des tumeurs et des glandes que nos eaux aient parfaitement et complètement fondues et résoutes. C’est là ce qu’une observation exacte m’a pu faire découvrir. Sur douze tumeurs vraies ou bien formées , il n’v en a pas seulement deux qu’on puisse se flatter de résoudre parfaitement avec nos eaux. » M. Gasc partage cette opinion ; sur treize scrofuleux , il en a vu guérir un seul qui présentait un engorgement des glandes du cou et une ophthalmie chronique.

Catarrhe pulmonaire. Les eaux de Baréges sont plutôt nuisibles qu’utiles dans cette maladie ; les eaux de Gauterets sont alors bien préférables.

Catairhe auriculaire. Dans l’otorrhée, l’otite chronique, les eaux de Baréges sont d’un faible secours , si elles ne sont pas contraires. M. le marquis de V atteint d’une surdité ancienne avec écoulement purulent des oreilles , me fut adressé à Baréges par M. Marjolim Les eaux minérales , qu’il prit en bains et en injections, déterminèrent dès les premiers jours des accidens fort graves; il survint une otite aigue très-intense qu’il fallut combattre par les saignées. ( M. Gasc. )

Paralysies partielles. Celles qui sont la suite de coups, de chutes ou de quelque maladie longue, sont guéries par les eaux de Baréges. Sur trois cas de névralgie rachidienne avec paralysie des extrémités inférieures, M. Gasc a vu deux guérisons. Bordeu rapporte deux observations semblables; l’une d’elles concerne un jeune homme, dont les deux jambes étaient restées paralysées après une chute, au point qu’il était

SULFUREUSES THERM A LES.

obligé de marcher sur ses genoux; l’autre appartient à un homme qui avait une paralysie du bras causée par un coup à la tête. Tous deux guérirent par les eaux de Baréges.

Ces eaux peuvent être encore utiles dans les gastralgies , l’ophthalmie, l’hépatite et la splénite chroniques, comme le démontrent plusieurs faits cités par Bordeu. Elles sont nuisibles aux personnes atteintes de paralysie cérébrale , d’épilepsie, à ceux cpii sont pléthoriques, sujets à des palpitations , ou qui ont une hypertrophie du cœur. Les jeunes gens , les enfants qui ne sont pas malades et dont la constitution est nerveuse, irritable, doivent s’abstenir des eaux de Baréges ; une jeune fille de quatre ans, qui avait toujours joui d’une bonne santé, dit M. Gasc, fut prise tout à coup de convulsions violentes dont elle faillit être la victime , après avoir pris deux ou trois bains qu’on lui avait conseillés par propreté.

Mode d' administration. On croyait autrefois qu’on ne pouvait ])as boire les eaux de Baréges ; maintenant on les boit dans plusieurs maladies à la dose de trois ou quatre verres par jour. Ces eaux, douceâtres au goût, paraissent d’abord révoltantes à cause de leur odeur, mais bientôt on s’y accoutume ; elles passent facilement. Bues en trop grande quantité, elles irritent la membrane muqueuse gastro - intestinale , ôtent l’appétit et provoquent la diarrhée ; pour tempérer leur action, on les mêle au lait, au petit-lait ou à toute autre boisson adoucissante : pour remplir certaines indications , on les unit quelquefois au sirop antiscorbutique, au vin amer, etc.

Les bains et les douches , qu’on associe presque toujours à la boisson, déplacent les douleurs avant de les guérir, agrandissent les plaies avant de les cicatriser , excitent quelquefois un léger mouvement de fièvre ; cette excitation peut se prolonger pendant plusieurs mois : les malades doivent passer successivement des bains les plus tempérés aux plus chauds, et de la plus faible douche à la plus forte. Avec ces précau-

lions, et surtout en proportionnant le degré d’activité des eaux à la susceptibilité nerveuse du malade et aux indications de la maladie , on évite des accidents fâcheux. Bordeu père avait bien remarqué cette grande énergie des eaux , puisqu’il envoyait ses malades boire les eaux de plusieurs sources des Pyrénées avant de leur permettre de prendre celles de Baréges.

On a recommandé ces eaux en injections dans les fleurs blanches , les engorgements du col de l’utérus ; en lavement , dans quelques diarrhées chroniques , et les ulcères non vénériens du rectum.

Les eaux de Baréges doivent être bues à la source ; le transport enlève leur chaleur naturelle , et altère leurs propriétés sans les leur faire perdre entièrement, pourvu qu’elles soient à l’abri de l’air et de la lumière.

Les sources appartiennent à la commune ; le prix de la ferme est de 14,500 fr. On peut évaluer à 116,000 fr. le revenu des bains et de la piscine.

Lettres contenant des essais sur les eaux minérales du Béarm, par Théophile Bordeu j 1740, in-12. La 23® lettre et la suivante concernent les eaux de Baréges.

Parallèle des Eaux-Bonnes , des Eaux- Chaudes , des eaux de C autel ets et de celles de Baréges , par M. Labaig ; 1750 , in-8.

Aquitanlœ minérales aquœ ; Parisiis , 1764, in-4 : thèse soutenue par Théophile Bordeu. On trouve dans les deux , trois , quatre premiers chapitres un grand nombre d’observations pratiques sur les eaux de Baréges.

Becherches sur les maladies chroniques , par Théophile Bordeu ; nouvelle édition publiée par M. Roussel , an IX.

Mémoire sur les eaux minérales et les monuments des Pyrénées , par M. Lomet , ingénieur ; Paris , an III , ln-8.

Analyse et propriétés médicales des eaux des Pyrénées , par Pou- Hiier ; Paris, 1813 , in-8.

Nouvelles observations sur les propriétés médicales des eaux de Baréges , par J.-G. Gasc ; Paris, 1832 , 250 pages.

Recherches sur l’action thérapeutique des eaux minérales , par M. Léon Marchant; Paris, 1832 , in-8. On trouvepagc IGO un article sur Baréges. Cet ouvrage , plein de vues ingénicuscs\ quelquefois subtiles,

SULFUREUSES THERMALES

est une application de la doctrine de M. Broussais à l’étude des eaux minérales.

Annuaire des eaux minérales de France ^ par M. LongChanip ; 1830, 1831 , 1832 , 1 Yol. in-18. Cet annuaire, rédigé avec soin , contient beaucoup de renseignements utiles.

SAINT-SAUVEUR (département des Hautes-Pyrénées ).

Village élevé de 770 mètres au-dessus du niveau de la mer;, à une lieue de Baréges, et à un quart de lieue de LuZ;, petite ville très-ancienne qui communique avec Saint- Sauveur parmi pont jeté sur le Gave. Il est situé dans la vallée de Lavedan et dans une position très-pittoresque sur le bord du Gave de Gavarnie , qui coule au bas de la terrasse des bains , mais à 250 pieds environ au-dessous. Le site est agréable, l’air salubre : l’établissement thermal est un des plus jolis des Pyrénées; il est entouré d’une immense quantité de tilleuls; dix-huit belles maisons bien meublées peuvent recevoir environ trois cents étrangers. Les eaux thermales de Saint-Sauveur n’étaient pas anciennement connues. On raconte qu’un évêque de Tarbes, exilé à Luz, construisit au voisinage des sources une petite chapelle portant pour inscription : Vos haiirietis acjuas de fojtübiis Salvatoris , et c’est, dit-on, à cette inscription que ce lieu doit son nom. On prend les eaux depuis le mois de mai jusqu’au mois d’octobre. Médecin inspecteur, M. Fabas.

Source. Elle est unique ; elle produit en vingt-quatre heures cent quarante-quatre mètres cubes d’eau. Divisée en plusieurs embranchements qui ont reçu des noms particuliers , ta ChcV taigneraie, Bezegiia, ta Terrasse j, ta Chapette , cette source entretient la douche , la buvette et seize baignoires en marbre poli.

Propriétés physiques. L’eau de Saint-Sauveur est claire, limpide , excessivement grasse , onctueuse au goût et au toucher; elle a l’odeur et la saveur de l’eau de Baréges. En la puisant

le plus près possible de la source ^ et eu Texposant à l’air, ou voit s’opérer un dégagement considérable de gaz. Sa température prise au robinet de la douche, qui est plus près de la source que les autres, est, d’après M. Longcliamp, de 34‘’,50 cent. Voici la température des bains : ceux de la Chapelle , au nombre de trois, 30’; ceux de la Terrasse, pareillement au nombre de trois, 32%5 ; les trois de Bezegua, 33%7 ; ceux de la Châtaigneraie, 35'; deux du milieu ont aussi 35“ cent.

Analyse chimùfue. M. Anglada regarde l’eau de Saint-Sauveur comme moins sulfureuse que celle de Baréges ; il y admet , comme dans cette dernière, du sous-carbonate alcalin , mais en moindre quantité. D’après l’analyse de M. Longchamp , il résulte que l’eau de Saint-Sauveur contient ;

Eau ( 1 litre ).

Ht,

Azote . 0,004

Sulfure de sodium . 0,025360

Sulfate de soude . 0,038680

Chlorure de sodium . 0,073598

Silice . 0,050710

Chaux . 0,001847

Magnésie . 0,000242

Soude caustique . 0,005201

Potasse caustique . \

Barégine. . [ traces

Ammoniaque . /

Propriétés médicales. Les eaux de Saint-Sauveur, étant faiblement sulfureuses et thermales, peuvent être considérées comme auxiliaires et comme préparatoires de celles de Baréges; plus douces que ces dernières, elles conviennent mieux aux femmes, aux enfants, aux malades d’une constitution faible et délicate, et à ceux qui ont un tempérament sec et

SULFUREUSES THERMALES

irritable. Aussi sont-elles particulièrement fréquentées par les femmes nerveuses, fatiguées par le séjour des grandes villes.

On les recommande spécialement, dans les affections spasmodiques, hypocondriaques, dans les toux commençantes, les légers engorgements des viscères du bas-ventre, les céphalalgies, les migraines, et pour réparer les désordres delà menstruation. Les fleurs blanches , qui sont une des maladies les plus fréquentes qu’on observe à Saint-Sauveur, résistent fort rarement, dit M. Fabas, à l’emploi des douches et à l’injection des eaux.

Mode et adininistratio7i. Il existe un préjugé qui fait dire à beaucoup de médecins qu’on ne doit pas boire les eaux de Saint-Sauveur, parce que leur onctuosité les rend très-difficiles à digérer; mais une expérience de dix-huit ans a prouvé à M. Fabas qu’elles jouissent en boisson d’une assez grande efficacité dans les catarrhes vésicaux, les bronchites chroniques, les asthmes secs et humides, les atfections graveleuses, les gastralgies , les entéralgies. Dans ces cas,M. Fabas fait commencer la boisson à la quantité d’un demi-verre, seule ou coupée avec un tiers de lait frais, d’eau d’orge, d’eau dachiendent avec du sirop de gomme ; il augmente progressivement la dose de l’eau minérale, et diminue proportionnellement celle du mélange. On associe souvent aux bains , qu’on mitige avec de l’eau sulfureuse refroidie, l’eau de Bonnes, qu’on apporte trois ou quatre fois par semaine, et l’eau ferrugineuse de Yiscos , dont M. Fabas se loue beaucoup. Saint-Sauveur v possède deux douches, l’une descendante , l’autre ascendante.

La source appartient à la commune; elle est affermée 6,900 f., outre 900 francs environ de frais qui restent à la charge du fermier; les étrangers laissent dans le pays, chaque année, environ 200,000 francs.

Ohservalions faites sur les eaux minérales de Saint-Sauaeur, par M. Campmartin (Nature considérée , 1772 , tome 1 , page 203).

Parallèle des eaux minérales d’ Allemagne , etc. , par M. Raulin ;

Paris , 1777. Un chapitre de la septième section traite des eaux de Saint- Sauveur.

Précis tVohsen'ations sur les eaux lherntales de Saint- S auteur y par Fabas ; Tarbes , an VI , in-8. On trouve dans cet ouvrage plusieurs observations pratiques.

Analyse des eaux des Pyrénées , par M. Poumier ; 1813 , in-8. On trouve page 7 l’analyse des eaux de Saint-Sauveur.

Recherches sur V action thérapeutique des eaux minérales , par M. Léon Marchant J Paris, 1832. On trouve page 168 un article sur Saint-Sauveur.

CAUTERETS ( département des Ïlautes-Pyrénées ).

Bourg charmant, à 7 lieues de Baréges, 200 de Paris , situé à 992 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans la jolie vallée de Lavedan , qui se dirige du nord au midi. Les hautes montagnes granitiques qui l’entourent au couchant et au levant ne permettaient que difficilement d’y aborder; l’immortel intendant Detigny a fait établir dans le siècle dernier une belle route qui rend désormais impossible le retour des accidents dont fut témoin et presque victime Marguerite, reine de Navarre. Gauterets, naguère désert et pauvre, est aujourd’hui un des plus jolis villages de France, composé d’une centaine de maisons en marbre, propres, élégantes et bien distribuées, où l’on se procure aisément tout ce qui est nécessaire aux besoins et aux agréments de la vie; la beauté de l’établissement thermal, la douceur du climat , la variété des sites , le grand nombre de sources dont la différence de température et de composition permet de remplir diverses indications thérapeutiques, la jolie promenade du parc, le voisinage du Monné, de la cascade du Cerisé , du fameux pont d’Espagne , du lac de Gaube , attirent chaque année à Gauterets un grand nombre de malades et de voyageurs appartenant à la classe aisée de la société, depuis le mois de juin jusqu’au 1^"’’ octobre, mais surtout en juillet et août. Médecin inspecteur, M. Biiron.

SULFUREUSES THERMALES

Soîirces, Il y en a onze ^ dont cinq à l’orient de la commune, savoir : les Espagnols ou la Reine, Pause et César, Bruzaud et Rieumiset ; six au midi , savoir : la Raillère , le Petit Saint- Sauveur, le Pré, Maouliourat, celle dite des OEufs et les Bains du Bois.

César, Établissement ancien , contenant trois baignoires , une douche peu usitée à cause de sa mauvaise organisation , une buvette oü l’on puise toute l’eau minérale qu’on exporte de Gauterets.

Pause. Établissement Irès-fréquenté , contenant onze cabinets à bains , dont deux à deux baignoires , une buvette , une douche. Large péristyle dans lequel s’ouvrent les cabinets.

Espagnols. Établissement provisoire , contenant quatre cabinets de bains , une douche très-puissante par son élévation et sa température , une buvette très-fréquentée.

Bruzaud. Cet établissement comprend douze cabinets à bains , dont deux à deux baignoires , tous très-propres ; une douche bien graduée, une buvette peu fréquentée; même ordre de construction que Pause.

Rieumiset. Construction simple et élégante; dix cabinets de bains fort propres, une buvette peu usitée, point de douche.

Raillère. Monument thermal moderne , contenant vingt-trois cabinets à bains , une buvette dont la réputation est européenne , une douche descendante et une ascendante ; large péristyle en arcades de marbre , vaste terrasse à l’entrée.

Petit Saint-Sauveur. Établissement simple, propre; douze cabinets à bains ; point de buvette ni de douche.

Le Pré. Établissement ancien; source fort abondante, alimentant seize cabinets à bains et une douche très-énergique ; point usitée en boisson.

Maouliourat. Ges eaux ne sont employées qu’en boisson, point d’établissement.

Les OEufs. Source non encore utilisée.

EAUX MINîtRALES

Bois, Construction moderne, commode, élégante, bien appropriée à Fusage qu’on doit faire des eaux; cet établissement contient deux piscines en marbre , ayant chacune une belle douche , quatre cabinets à bains avec une douche dans chaque ; un large pérystile en arcades de marbre ; un premier étage où se trouvent des lits pour les malades qui les désirent. Les eaux du Bois ne sont point employées en boisson.

L’établissement thermal de Cauterets comprend cent onze baignoires , deux piscines et quatorze douches plus ou moins bien organisées, mais toutes susceptibles de perfectionnements ; toutes les sources de Cauterets fournissent trois cents mètres cubes d’eau par vingt-quatre heures.

Propriétés physicpies. Elles diffèrent un peu dans chaque source; l’eau de ta Raillère est abondante, limpide, trèsonctueuse au toucher , d’une odeur forte et éminemment sulfureuse, d’une saveur désagréable; elle entraîne beaucoup de filaments glaireux et blanchâtres , qui, desséchés et calcinés, donnent lieu â une odeur de soufre et de substances animales : température, d’après M. Buron, o8%5 cent. L’eau de César est toujours claire, rude au toucher, répand une odeur d’œufs pourris , et dépose un limon blanchâtre ; température , 48%5. L’eau des Espagîiols est bien limpide , douce au toucher, et contient beaucoup de limon glaireux et blanc ; elle a une odeur sulfureuse piquante ; sa saveur est plus désagréable que celle des autres sources : température, 48*',5. L’eau des bains de Bruzaud est limpide et sans odeur ; quoique douce et onctueuse au toucher , elle semble causer à la peau une espèce de resserrement qui a quelque rapport avec celui que produisent les styptiques ; le limon qu’elle charrie est abondant, grumelé et de couleur brunâtre; température , 40“. L’eau de Pause est très-limpide, douce au tact; sa saveur est désagréable; elle charrie un limon blanc et glaireux : température, 45”. L’eau du Pré est limpide, rude au toucher, et dépose des flocons glaireux ; elle a une odeur sulfureuse forte , une saveur âpre :

température 47%5. L’eau du Bois est toujours limpide, extrêmement douce au toucher , laissant des flocons blancs et gras; sa saveur est comme amère, son odeur sulfureuse est très-forte : température, 43%8. L’eau du Petit Saint- Sauveur est glaireuse, onctueuse au toucher , charriant des matières blanchâtres ; son goût est douceâtre, et comme sucré : température, 32%5. L’eau de Maoulwurat est limpide, peu mucilagineuse au toucher, peu chargée de flocons blancs; elle est âpre au goût, son odeur est sulfureuse : température, 50°. L’eau de Rieumùet est claire , onctueuse , sans odeur ; sa saveur est douceâtre ; elle dépose un limon verdâtre : température, 30°,

Analijse chimique. Analysée par M. Longchamp, l’eau de la Raillère a fourni :

Eau { 1 litre ).

Azote .

litre.

Sulfure de sodium .

gr.

Sulfate de soude .

Chlorure de sodium .

Chaux .

Magnésie . .

Soude caustique .

Barégine . '

Potasse caustique. ..... *

[ traces.

Ammoniaque .

Voici les quantités de sulfure de sodium que contiennent les autres sources de Cauterets ( d’après M. Longchamp) :

Source des Espagnols. . . .

— de Bruzaud .

— de César .

— de Pause .

du Pré .

— du Bois .

— Maouhourat .

D’après M. Orfila , les eaux de Bruzaud et celles de Rleumiset ne contiennent pas de sulfure de sodium. Elles sont riches en sulfate de soude; aussi ce chimiste regarde ces deux sources comme des eaux sulfureuses dégénérées.

Propriétés médicales. Quoique les eaux de Cauterets ne soient pas aussi renommées que celles de Baréges^ elles sont cependant très-fréquentées : elles sont en général fort excitantes et réclament beaucoup de précautions dans leur emploi. Chez l’homme sain, dit M. Buron {rapport 1834), les bains du Petit Saint-Sauveur, de Rieumiset, exercent une légère action tonique qui s’adapte bien à l’état de santé ; la boisson modérée de la Raillère et de Maouhourat développe l’appétit, active les fonctions digestives , augmente la sécrétion des urines; les bains de Pause, de César, des Espagnols, du Bois, du Pré , de la Raillère et même de Bruzaud , déterminent le plus souvent une irritation trop vive qui s’annonce par des lassitudes générales , la perte d’appétit et du sommeil ; chez L’homme malade, ils produisent au contraire d’heureux résultats dans la plupart des affections chroniques , soit en provoquant l’expectoration par la boisson, soit d’abondantes sueurs, en combinant<îelle-ci avec les bains. M. Orfda (1), qui pour sa santé a visité plusieurs fois Cauterets , ayant indiqué d’une manière précise les propriétés médicales de chaque source, nous lui empruntons les détails suivants. Les eaux de la Raillère sont administrées dans les catarrhes bronchiques, dans la première période de la phthisie tuberculeuse, dans certaines hémoptysies, dans les névroses pulmonaires et dans les gastralgies. Cet établissement est le plus fréquenté , et celui qui rend le plus de services aux malades.

Les eaux de Pause, employées en boisson, bains et douches, sont particulièrement utiles dans les affections rhumatismales chroniques, dans les maladies cutanées, notamment dans les

(1) Diction, de Médec. ,2 édition. Béchet, L vu , p. 39,

SULFUREUSES THERMALES

dartres , dans les catarrhes anciens, dans l’asthme dit humide , dans certains cas de syphilis dégénérée , et dans plusieurs affections lymphatiques.

Les eaux de César et des Espagnols remplissent à peu près

les mêmes indications que les précédentes ; toutefois elles sont

plus énergiques, et ne doivent être employées que chez des individus peu irritables : on s’en sert aussi avec succès dans certaines paralysies , dans des douleurs ostéocopes , et dans quelques affections lymphatiques invétérées. Ces eaux , sans contredit les plus actives deCauterets parleur température et par la proportion de leurs principes sulfureux , ne sont pas malheureusement utilisées, parce que les établissements sont petits , incommodes , mal tenus , et situes à pic à une trop grande hauteur. Il est indispensable de descendre les eaux de ces deux sources, de les réunir et de construire au bas de la montagne, et dans le village même de Cauterets, un vaste établissement , où les malades se rendraient sans peine, et ne seraient pas exposés aux dangers d’un air trop vif.

Les eaux du Bois sont particulièrement en usage dans les rhumatismes goutteux, et dans plusieurs affections cutanées ; on les prend en bains et en douches.

Les eaux du Pré jouissent des mêmes propriétés que celles du Bois.

Les eaux du Petit Saint-Sauveur sont administrées avec succès dans diverses affections nerveuses et hémorroïdales, dans certaines irritations de l’utérus , dans les engorgements du col de la matrice accompagnés de sensibilité : ordinairement , dans ces dernières affections , on ne fait usage de ces eaux que jusqu’à ce que les symptômes d’irritation aient disparu; alors on envoie les malades à la Raillère pour hâter la résolution et compléter le traitement.

Les eaux de Maouhourat sont surtout avantageuses dans les maladies chroniques des voies digestives sans irritation marquée ; la gastralgie , la dyspepsie , ne résistent pas longtemps

à l’usage de ces eaux^ que l’on ne prend qu’en boisson. LarépiF talion des eaux de cette source est tellement justifiée par de nombreux succès , que l’on conçoit l’empressement des malades à s’y transporter^ quoiqu’il soit pénible de l’aborder, en raison de la hauteur à laquelle elle est placée.

On emploie l’eau de Bruzaud surtout pour dissiper des engorgements abdominaux et comme tonique ; on la prend en bains, en douches et en boisson. Sous cette dernière forme , elle provoque souvent des déjections alvines.

On se sert des eaux de Rieumiset pour calmer l’irritation produite par les autres sources et pour combattre certaines affections nerveuses.

Mode d' administration. On boit les eaux de la Raillère depuis deux jusqu’à quatre verres par jour, pures ou coupées avec dulait, de l’eau de chiendent, de l’eau de gomme, etc., et on en fait un fréquent usage sous forme de bains et de demibains. En général, ceux-ci doivent être préférés dans les maladies de poitrine aux bains entiers, qui augmentent souvent l’oppression et la toux, inconvénients que non-seulement les demi-bains ne présentent pas, mais auxquels ils remédient presque toujours. Gauterets offre des bains à tous les degrés de chaleur; il convient de passer graduellement des bains tempérés aux bains chauds. On trouve également des douches de différentes espèces.

En lotions, les eaux de Rieumiset sont employées dans les ophthalmies chroniques, et on se sert en injections des eaux de la Raillère contre les fleurs blanches et les engorgements de la matrice.

Action des eaux de Cauterets sur les animaux. Les étalons du dépôt de Tarbes qui sont atteints d’un commencement de pousse , boivent avec beaucoup de succès l’eau de la Raillère ; il ne faut guère plus de trois semaines pour que tous les accidents disparaissent complètement.

Transport des eaux. On transporte dans les départements

SULFUREUSES THERMALES. 1S3

Feau de César, qui se conserve longtemps intacte; celle de la Raillère , au contraire, perd beaucoup de ses vertus.

Produit des eaux. Les sources appartiennent à la commune ; le produit de la ferme a été en 1834 de 18,800 francs; les étrangers ont laissé à Gauterets environ 400,000 francs.

La recherche des eaux minérales de CautereLs , par Jean-François Borie ; 1714 , in-B.

Lettres contenant des essais sur les eaux du Béarn, etc., par Théophile Bordeu j 1746 , in-12. La yingt-deuxième lettre concerne les eaux de Gauterets.

Aquitaniœ minérales aqiiœ ; Parisiis , 1754, in-4°. Thèse soutenue par Théophile Bordeu. Les deuxième , troisième et quatrième chapitres contiennent plusieurs observations pratiques sur les eaux de Gauterets.

xlnalyse et propriétés médicales des eaux des Pyrénées , par POUmier ; 1813, in-8. On trouve, page 77, l’analyse des eaux de Gauterets.

Opuscule sur Cauterets et ses eaux minérales , par Gyprien Garaus ; Audi, 1817, in-8. Le même auteur a publié le premier cahier d’un journal pratique , ou recueil des cures les plus piquantes ohtenues a Cauterets , 1818.

Labaig , Thierry, de Secondât , Montant , Gampmartin , Laplagne , ont encore écrit sur les eaux de Gauterets.

BONNES ou AîGüES-BONNES (département des Basses-Pyrénées ).

Village situé dans la vallée d’Ossau,à un quart de lieue de la commune d’Aas, une de Laruns, et 7 de Pau; il doit son origine et son nom aux eaux thermales justement célèbres qu’il possède , et qui sont connues depuis longtemps ; elles acquirent une grande célébrité par les bons effets qu’elles produisirent sur les soldats béarnais blessés à la bataille de Pavie, et qui y avaient été conduits par Jean d’Albret, grand-père de Henri ÎV. On leur donna à cette époque le nom d’Arquebiisades.

On arrive à Bonnes par une belle route que l’on doit à M. de Castellane, ancien préfet du département; il s’y rend

chaque année cinq à six cents malades qui trouvent toutes les commodités désirables dans plusieurs hôtels meublés avec goût. A Bonnes , l’air est pur et frais ; aussi faut-il avoir le soin de porter des habits d’hiver. — La saison des eaux dure depuis la fin de mai jusqu’à la mi-septembre. — Médecin inspecteur, M. Daralde.

Sources. L’établissement actuel renferme trois sources désignées sous les noms de source Vieille , source à' En Bas, source Nouvelle; séparées l’une de l’autre par quelques toises de distance, ces trois fontaines sourdent à des hauteurs différentes de la montagne du Trésor, à travers des roches calcaires. La source Vieille alimente la buvette et trois baignoires, la source d’En Bas fournit de l’eau à quatre baignoires, et la source Nouvelle est consacrée exclusivement à la chaudière dans laquelle on fait chauffer l’eau pour les bains des malades.

A quelque distance de l’établissement thermal, on trouve deux autres sources sulfureuses, appelées, l’une source Froide, située près du ruisseau de la Sonde ; l’autre , source ùiOrtech: cette dernière est abandonnée.

Propriétés physiques. A la sortie des sources, l’eau est limpide, charriant pourtant quelques flocons blanchâtres qui se déposent par le repos. Elle pétille dans le verre et forme de petites bulles qui éclatent à sa surface ; elle est onctueuse au toucher, exhale une odeur d’œufs couvis ; sa saveur est douceâtre , un peu amère. La température de la source d’En Bas est de 31", 60 cent. ; celle de la Vieille, de 33°,20 c. On ne sait pas quel est le produit des sources.

Analyse chimique. Bayen, Venel, Monnet, Pagès, Montant, Poumier , ont analysé l’eau de Bonnes ; mais leurs travaux sont trop imparfaits pour les rapporter ici. D’après M. Longchamp , l’eau de Bonnes contient de l’azote, du sulfure de sodium , de la soude caustique, du sulfate de chaux et de la silice. Mais il est probable qu’jelle contient en outre du

SULFUREUSES THERMALES. 135

gaz acide carbonique libre et du gaz hydrogène sulfuré. M. O. Henry a obtenu les résultats suivants de l’eau transportée à Paris :

Eau (1 litre).

Azote . .

litre.

traces.

Acide carbonique .

Acide hydro-sulfurique. . .

Chlorure de sodium .

gr.

— de magnésium .

— de potassium .

traces

Sulfate de chaux .

— de magnésie .

Carbonate de chaux .

Soufre .

traces

Silice et oxyde de fer .

Matière organique contenant du soufre. . .

Voici la quantité de sulfure de sodium que M. Longchamp a trouvée dans les sources de Bonnes :

Eau ( 1 litre).

gi-.

La Buvette. . 0,0251

La Douche . 0,0251

Propriétés médicales. Les eaux de Bonnes sont les moins excitantes des Pyrénées, et sous ce rapport elles réussissent aux enfants, aux personnes faibles, délicates et irritables. Leur premier effet est d’accélérer le pouls ; si l’excitation est légère, elle augmente la force du malade , le rend plus gai , plus léger , plus dispos ; si elle est plus forte , elle produit de la céphalalgie et de l’assoupissement , mais moins que les autres sources sulfureuses des Pyrénées. L’effet secondaire des eaux

de Bonnes est d’accroître les sécrétions naturelles et anormales^ et en particulier, celles des reins et de la peau. Ces eaux ne sont purgatives qu’à haute dose. « C’est à nous , dit Bor- « deu (1), que sont dus l’usage intérieur des eaux de Bonnes, « leur application aux maladies de la poitrine et l’heureuse « célébrité qu’elles ont acquise : elles ont guéri quelques pul- « moniques et elles en ont soulagé un grand nombre. Incon- « nues jusqu’ici à la France , leur fortune vient de s’étendre « depuis la capitale Jusqu’aux provinces les plus reculées et jus- « que chez l’étranger. » Le temps a justifié les éloges de Bordeu , et aujourd’hui on se rend à Bonnes presque uniquement pour les maladies chroniques de la poitrine , telles que le catarrhe pulmonaire, l’asthme humide, la pneumonie, la pleurésie , la phthisie laryngée et la phthisie pulmonaire. Quant à cette dernière maladie , c’est dans son premier degré seulement que les eaux de Bonnes sont réellement utiles ; elles soulagent, améliorent l’état des malades dans le deuxième degré, et dans le troisième elles accélèrent la mort : c’est ce que Bordeu avait déjà constaté. « J’ai vu, dit cet illustre nié- « decin, six sujets attaqués d’ulcères aux poumons que les « eaux de Bonnes ne purent garantir de la mort ; chez les uns, « elles augmentèrent les crachats et les diminuèrent dans les « autres. Certains éprouvèrent, les premiers jours du traitement, « un soulagement funeste, un mieux suivi d’accidents plus gra- « ves. » Dans son rapport pour l’an 1835, M. Daralde cite dix-sept observations qui démontrent que dans la phthisie pulmonaire parvenue au troisième degré , les eaux de Bonnes ne tardent pas au bout de quelques jours à aggraver les symptômes, et les malades succombent. Dans trente-trois observations de phthisie au premier et au deuxième degré , on voit l’état des malades s’améliorer et la toux disparaître cntière-

(I) Recherches sur les maladies chroniques.

SULFUREUSES THERMALES

ment. Sur dix-sept cas de laryngite chronique avec ou sans aphonie ^ l’inspecteur de Bonnes compte quatre guérisons parfaites; les autres malades ont éprouvé un soulagement marqué. Sur dix-sept malades atteints de catarrhes pulmonaires chroniques ^ quatre ont guéri , les autres ont été soulagés et ont repris de Fembonpoint.

Les eaux de Bonnes sont avantageuses aux jeunes fdles chlorotiques et aux enfants prédisposés aux scrofules. On les a recommandées dans les maladies cutanées, les blessures qui sontlasuite de coups de feu, les ulcères anciens, lesplaiesfistuleuses; mais dans ces cas, les eaux de Baréges sont préférables.

La source Froide employée exclusivement et avec succès contré les affections atoniques du tube digestif, la chlorose et l’aménorrhée.

Mode d' administration. On boit les eaux de la Vieille depuis \

une jusqu’à trois ou quatre livres, soit le matin à jeun, soit avant, pendant et après le repas. Les sueurs que les malades éprouvent le matin et les mucosités qu’ils expectorent ne doivent pas les empêcher de prendre les eaux, qui sont béchicjues , suivant l’expression de Bordeu ; elles excitent une petite fièvre très-propre à mûrir promptement les affections catarrhales et à favoriser l’expectoration. Elles sont bien préférables à l’usage des calmants , des opiacés , à celui des adoucissants , des sirops pectoraux et du laitage. On emploie peu l’eau de Bonnes sous forme de bains, parce que, peu abondante, elle ne peut alimenter qu’un petit nombre de baignoires et qu’on est obligé de la faire chauffer.

Les eaux de Bonnes réussissent aux chevaux atteints de la pousse.

Ces eaux, se décomposant par une douce chaleur et le contact de l’air, perdent une partie de leurs vertus par le transport.

Les sources appartiennent à la commune.

Le produit de la ferme est de 8,100 fr. ; le nombre des malades et des personnes qui les accompagnaient a été, en 1835 ,

de neuf cents , qui ont laissé dans le pays à peu près 300,000 francs.

Parallèle des eaux de Bonnes, des Eaux Chaudes, etc. Par M. Labaig ; 1750, in-8. L’auteur dit que les eaux de Bonnes sont plus balsamiques que les Eaux Chaudes et que celles de Cauterets.

Aquitaniœ minérales aquœ ; Parisiis , 1754, in-4". Thèse soutenue à Paris par Théophile Bordeu. 11 y est question des eaux de Bonnes.

Analyse et propriétés des eaux des Pyrénées , par Poumier ; 1813 , in-8. L’auteur traite des eaux de Bonnes page 12.

EAUX-GHAUDES ( département des Basses-Pyrénées).

Placées dans les vallées d’Ossau , elles sont à 2 lieues de Bonnes, une de la commune de Laruns, sur la rive droite du Gave. L’établissement thermal désigné sous le nom iiiEaiix Chaudes (bien qu’elles soient les plus tempérées des Pyrénées) est situé dans une gorge assez profonde, dirigée du nord au midi ; le Gave d’un côté , une montagne très-élevée de l’autre, semblent resserrer les maisons bâties dans ce triste lieu : on n’y voit point de prairie , point d’autre verdure que celle du buis. Il est essentiel de réparer l’établissement thermal pour rendre à ces eaux leur antique célébrité ; c’étaient, dit Bordeu, les eaux les plus brillantes à la cour de Navarre ; on les nommait alors empregnadères ou engrosseuses , parce qu’elles passaient pour avoir la vertu de favoriser la fécondité. Malgré l’aspect sauvage du site, les Eaux Chaudes n’en sont pas moins fréquentées par les habitants du département à cause des nombreuses guérisons qui s’y opèrent chaque année. On les prend depuis le 1"'' juillet jusqu’au 1®’’ novembre. Médecin inspecteur , M. Samonzet.

Sources. Il yen a six qui diffèrent par leur volume, leur chaleur etleursprincipes constituants, l'’ Le Clôt ;i\ alimente six baignoires , deux douches etune buvette. V JJ Esguirette ; c’estlasource la plus minéralisée de l’établissement et la plus recherchée par les malades ; elle fournit à sept baignoires et aune buvette ; elle

SULFUREUSES THERMALES

n’a point de douches. 3° Le Rey ou la source du Roi; elle alimente sept baignoires et cinq douches; on prétend que sa température s’est affaiblie depuis plusieurs années. 4^^ La nouvelle fontaine, désignée sous le nom de fontaine Baudot, ne sert qu’à la boisson ; elle a besoin d’embellissement. 5° Laressecq offre deux jets séparés; le plus gros des robinets est recherché pour la boisson, et le second est employé contre les ophthalmies rebelles. MainvieUe froide ; M. Samonzet conseille de la fermer , parce qu’elle fait souvent beaucoup de mal aux personnes dont l’estomac est irritable, et cependant c’est la source qui contient le moins de sulfure de sodium.

iVinsi, à l’établissement des Eaux Chaudes, il y a six sources, dont trois seulement sont employées en bains , et trois uniquement à l’intérieur.

Propriétés physiques. L’eau de toutes les sources est parfaitement limpide et incolore; elle répand une odeur d’œufs couvis ; sa saveur est fade , désagréable. Voici la température des sources indiquées par M. Longchamp : Le Clôt, 35%25 cent. ; l’Esquirette, S4%00 ; le Rey , 33%60 ; Baudot, 27%25 ; Laressecq, 25°,10; Mainvielle , ll‘’,10.

Toutes ces sources déposent une matière glaireuse. Les sources du Clôt, de l’Esquirette et do Rey produisent ensemble , d’après MM. Samonzet et Pailhasson , cent neuf mètres cubes d’eau par vingt-quatre heures.

Analyse chimique. Elle a été faite récemment par M. Longchamp et par M. Pailhasson, qui n’ont pas encore fait connaître la quantité de chaque substance constituante. M. Longchamp, dansson Annuaire, dit que les Eaux Chaudes contiennent du sulfure de sodium , quelques traces d’alcali libre , du sulfate de chaux et de la silice. Les plus sulfureuses des sources , qui sont l’Esquirette et Laressecq, ne contiennent guère que le tiers du sulfure de sodium qui se trouve dans les eaux de Bonnes, et celles-ci n’en contiennent pas les deux cinquièmes de la grande douche de Baréges.

Voici au reste la quantité de sulfure de sodium que M. Longchamp a trouvé dans les différentes sources :

Eau (J litre).

gr.

L’Esquirelte . 0,0090

Laressecq . 0,0090

Baudot. . . 0,0086

Le Clôt . 0,0063

Le Rey . 0,0063

Mainvielle . 0,0007

Propriétés itiédicales. « L’établissement des Eaux Chaudes , dit M. Samonzet [rapport 1834), a été vanté avec d’autant plus de raison par le célèbre Bordeu, qu’il n’est personne dans notre département qui ne veuille se transporter sur les lieux aux approches d’une maladie quelle qu’elle soit. Ces eaux guérissent souvent sans qu’on observe la plus légère crise; s’il en advient, les plus fréquentes sont la diarrhée, l’augmentation des urines, les sueurs, et enfin une éruption à la peau très-incommode , ayant la forme de la scarlatine. » Elles sont efficaces contre les dartres, les gales dégénérées , les fièvres quartes rebelles, la chlorose, la suppression des flux menstruel et hémorroïdal, la sciatique et les douleurs articulaires. On voit souvent des malades accablés de rhumatismes, arrivés sur des brancards ou soutenus par des béquilles, s’en retourner à pied. La source Baudot est reconnue excellente, et peut être comparée aux eaux de Bonnes dans les catarrhes pulmonaires chroniques et la phthisie commençante. Les Eaux Chaudes sont nuisibles aux personnes nerveuses et dans les maladies où l’irritation prédomine.

Mode d’ administration. On boit les Eaux Chaudes à la dose de cinq à six verres, le matin à jeun ; Bordeu engageait les malades à boire dans le commencement du traitement les eaux de l’Esquirette , et à faire de celles de Laressecq la boisson ordinaire.

SULFUREUSES THERMALES. 141

On emploie les bains et les douches avec succès dans les engorgements articulaires.

Le transport dénature beaucoup les Eaux Chaudes.

Toutes les sources appartiennent à la commune et sont affermées 6,500 fr., outre 700 fr. de frais qui restent à la charge du fermier; 1640 malades sont venus en 1834 aux Eaux Chaudes ; on évalue à 72,800 fr. l’argent laissé dans le pays.

Lettres contenant des essais sur les eaux minérales du Béa’ n , par Théophile Bordeu j 1746. La douzième lettre et les trois suivantes concernent les Eaux Chaudes.

Analyse et propriétés médicales des eaux des par Poumier j

1813, in-8. On trouve page 30 l’analyse des Eaux Chaudes.

Recherches sur l’action thérapeutique des eaux, par Léon Marchant; Paris, 1832. On trouve page 192 un article sur les Eaux Chaudes.

LUCHON ou BAGNÈRES-DE-LUCHON ( département de la Haute-

Garonne ).

Petite ville à 2 lieues de la frontière d’Espagne , 3 de Saint -Béat, 8 de Saint -Gaudens, située dans une riante et fertile vallée, à 313 toises au-dessus du niveau de la mer. Les communications sont très-faciles : le courrier et deux diligences de Toulouse y arrivent trois fois par semaine. Les eaux thermales de Bagnères ont été célèbres dans l’antiquité , et plusieurs inscriptions latines attestent qu’elles ont été connues des Romains; aujourd’hui elles sont de plus en plus fréquentées. L’édifice thermal est vaste, élégant, commode, pourvu de baignoires en marbre, de douches et d’étuves; mais il ne suffit plus aux malades, et l’on s’occupe de son agrandissement. A Ludion, le climat est doux, l’hiver n’est jamais rigoureux ; les étrangers se logent dans la ville ou dans les hôtels de la grande promenade. On y trouve des tables d’hôte , des restaurants, un beau café, un cabinet de lecture et un Vauxhall où se donnent deux bals par semaine. Les promenades sont nombreuses ; il en est une surtout, appelée la Grande J liée ^

qui offre de magnifiques plantations ; on ne manque pas d’aller visiter le beau lac de Sculejo, qui est situé à trois lieues de Luchon^ et le village de Saint-Aventin, qui est dans une position fort singulière. La saison des eaux dure depuis la fin de mai jusqu’au mois d’octobre; mais la plus grande affluence des étrangers est depuis le mois de juillet jusqu’à la mi-septembre. Médecin-inspecteur, M. Barrié.

Sources, Il sort d’une montagne voisine un grand nombre de sources ; pendant longtemps on en a distingué huit ; mais des fouilles faites en 1835 ont fait découvrir le griffon de trois nouvelles fontaines qui diffèrent par leur volume , leur température et la quantité de principes sulfureux qu’elles contiennent. Le peu de distance qu’a chaque source à parcourir pour entrer dans le réservoir lui conserve sa température naturelle et toute son action thérapeutique ; on a eu la précaution de mettre ces sources à l’abri du contact de l’air atmosphérique, qui est si prompt à les décomposer.

Voici la désignation des sources de Luchon et leur température, d’après M. Fontan, en octobre 1836 , l’air ambiant étant à 17° cent.

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