STNON. GAZEUSES, SPIRITUEUSES , CARBONIQUES
Considérations générales.
Les eaux minérales acidulés sont caractérisées par la prédominance du gaz acide carbonique qu’elles contiennent; elles sont très-communes dans l’Auvergne. On a remarqué que plus le terrain d’où ces eaux proviennent est chargé de calcaire et se rapproche du terrain primitif, plus aussi elles sont riches en acide carbonique. M. Berzélius croit que ces eaux tirent leur origine de montagnes à volcans éteints.
Propriétés physiques. Les eaux acidulés ont une saveur vive , piquante , qui se perd à mesure que le gaz acide carbonique se dégage ; des bulles viennent sans cesse éclater à leur surface, et leur donnent une apparence d’ébullition; ces bulles sont plus nombreuses dans les temps secs et à l’approche des orages. Exposées à l’air libre, à une douce chaleur, les eaux qui nous occupent perdent leur gaz d’où dépend leur principale vertu. Elles sont chaudes ou froides. Les premières étant peu nombreuses et jouissant de vertus spéciales que nous indiquerons à chaque source, les considérations suivantes s’appliqueront seulement aux sources gazeuses froides.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Propriétés chimiques. Les eaux acidulés forment un précipité blanc avec beau de chaux et rougissent la teinture de tournesol. Elles contiennent rarement autant d’acide carbonique que leur volume. « Je suis très-porté à croire, dit M. Anglada, qu’il est peu d’eaux acidulés naturelles qui soient saturées , ou qui contiennent tout l’acide carbonique qu’on pourrait leur faire prendre à la pression moyenne de l’atmosphère; et je ne puis envisager que comme autant d’erreurs manifestes , les assertions de certains analystes qui présentent quelques eaux minérales naturelles comme tenant deux ou trois fois leur volume d’acide carbonique. » Observons que beaucoup d’analyses d’eaux minérales se faisant à de grandes distances des sources et sur des eaux recueillies depuis un temps plus ou moins long, il doit y avoir nécessairement quelque incertitude sur la proportion d’acide carbonique libre, ce principe étant par sa nature très-fugitif. Outre ce gaz , les eaux acidulés renferment ordinairement du muriate et du sulfate de soude, du carbonate de soude, du carbonate de chaux, du carbonate de magnésie, du carbonate de fer et de la silice.
Propriétés médicales. Les eaux acidulés agissent quelquefois par les selles , mais le plus souvent par les urines , dont elles augmentent beaucoup la sécrétion. Elles portent plus à la tête que les autres classes d’eaux minérales, produisent une espèce d’ivresse passagère et de la tendance au sommeil ; quelquefois elles augmentent les incommodités des personnes
tourmentées par des flatuosités. On sait qu’employé seul,
l’acide carbonique produit sur l’économie animale un effet sédatif, anti-spasmodique ; c’est de cette manière qu’agit la potion anti-émétique de Rivière, dont l’acide carbonique fait la base. Les eaux acidulés ont une action spéciale sur l’estomac, qu’elles fortifient sans irriter, et dont elles calment l’état spasmodique. Il arrive quelquefois que les buveurs, après avoir pris à jeun quelques verres d’eau minérale acidulé , éprouvent une impression subite à l’estomac avec perte d’ap-^
pétit; la sensibilité de cet organe est comme anéantie pendant plus ou moins de temps, et le même effet est transmis par sympathie à tout l’organisme ; les malades n’éprouvent point de douleurs, mais un certain état d’abandon et de calme qui simule en quelque manière le narcotisme. Cet état n’a rien de dangereux ni d’inquiétant; il est occasionné par l’action du gaz acide carbonique sur la membrane muqueuse de l’estomac. On prévient cet effet en exposant un instant le verre au soleil afin que le gaz s’échappe, ou bien en mêlant l’eau minérale avec une tisane adoucissante.
L’action sédative qu’exercent les eaux acidulés sur le système nerveux, l’excitation lente et modérée qu’elles communiquent à nos organes, les rendent favorables aux personnes d’un tempérament sec , bilieux , nerveux , et dans les maladies ou il existe quelques traces d’irritation ou quelque disposition inflammatoire.
Prises en boisson , les eaux acidulés sont excellentes pour calmer la soif ; elles conviennent dans les affections qui requièrent des boissons rafraîchissantes : ainsi on les emploie avec succès dans les fièvres bilieuses, les fièvres dites putrides, en les coupant avec du petit4ait ou de l’eau d’orge; on peut même les prescrire sans mélange , lorsque la fièvre n’est pas ardente. Elles exercent une action spéciale sur le système biliaire, et détruisent souvent avec une promptitude remarquable les désordres qui s’y manifestent : aussi sont-elles recommandées avec raison dans les maladies du foie avec éréthisme, dans l’ictère, dans les diarrhées bilieuses et dans les vomissements bilieux. Elles ne sont pas moins utiles dans les maladies chroniques, surtout dans celles de l’abdomen, telles que les gastrites, les entérites anciennes, les gastralgies , les engorgements des viscères du bas-ventre, les pâles couleurs, la suppression des évacuations périodiques , les fleurs blanches , l’état de langueur et les affections nerveuses, telles que l’hystérie, l’hypocondrie, etc.
CONSIDÉRATIONS G ÉNÉRALES
Comme les eaux gazeuses portent fortement aux urines^ ce qu’elles opèrent autant par l’abondance du véiiicule aqueux qui passe dans l’économie que par la quantité des sels et de l’acide carbonique qu’elles contiennent ^ on les a beaucoup vantées dans les maladies des voies urinaires , dans le catarrhe vésical, les coliques néphrétiques et les affections calculeuses ; mais les eaux agissent-elles alors par leur propriété diurétique , en favorisant l’expulsion des graviers, ou bien en raison de leur composition ont-elles une action chimique sur les calculs déposés dans les voies urinaires ? Sans doute la dissolution plus ou moins prompte des calculs d’acide urique et de phosphate de chaux qu’on met digérer dans un vase rnmpli d’eau de Contrexeville, de Bussang, etc., [voijez ces mots) porterait à adopter cette dernière opinion ; mais la dissolution chimique ne s’opère pas dans la vessie comme dans un matras , et l’observation clinique nous apprend que le plus grand nombre des eaux acidulés, très-bonnes pour expulser les graviers, ne peuvent pas les fondre; il n’y a que les eaux riches en bicarbonate de soude, telles que celles de Vichy, qui jouissent de cette faculté dissolvante. Pour réduire à leur juste valeur les assertions des médecins inspecteurs , c|ui presque tous préconisent leurs eaux contre la gravelle , nous ne cesserons pas de répéter que l’eau commune , bue avec abondance, suffit chez beaucoup de graveleux pour diminuer la quantité des graviers et pour favoriser leur expulsion.
Les eaux acidulés ne conviennent pas dans les maladies cutanées , à moins que ces affections ne dépendent d’une névrose de l’estomac ou d’une hépatite chronique. Les individus disposés aux congestions sanguines vers la tête ou vers la poitrine doivent en faire usage avec circonspection.
Mode d’ administration. Les habitants des lieux où jaillissent des eaux acidulés en font leur boisson habituelle, et en prennent sans inconvénient, le corps étant en sueur. Dans l’état de maladie, on boit les eaux acidulés à la dose d’un à deux
litres, et même en plus grande quantité dans la journée. Il faut les boire à la source même , pour prévenir le dégagement du gaz acide carbonique ; cependant lorsqu’elles occasionnent des maux de tête, de l’oppression ou un léger mouvement de fièvre, il est avantageux de les prendre après qu’elles ont été un peu évaporées. Il faut les boire froides, parce que la chaleur les altère en faisant dégager le gaz acide carbonique. On peut les couper avec du lait , du petit-lait ou tout autre liquide adoucissant. Mêlées au vin, elles le rendent mousseux, pétillant, agréable ; elles donnent au vin rouge une teinte violette , tirant sur le noir ; unies à l’eau sucrée , elles facilitent la digestion. On reconnaît que leur usage doit produire d’beureux effets, lorsque le malade éprouve plus d’appétit et plus de facilité dans ses digestions ; si elles causent des insomnies, la diarrhée, etc. , il convient d’en suspendre l’emploi.
Les animaux ont un goût singulier pour les eaux gazeuses , surtout pour celles qui sont froides ; s’ils en boivent une grande quantité , ils maigrissent. On a constaté très-souvent ce phénomène dans les départements du Puy-de-Dôme et de l’Ailier , où les eaux acidulés se rencontrent en grand nombre. Dès que les animaux en ont goûté une fois , dit M. de Brieude , l’instinct les y ramène de très-loin, surtout si la source se trouve renfermée dans un édifice dont les murs sont imprégnés de sel ; la saveur aigrelette des eaux , qui fait sur eux la même impression que le sel ou les incrustations salines des murs qu’ils lèchent, et dont ils sont très-friands, les détermine à diriger leur course vers ces sources. Les vaches qui boivent ces eaux sont sujettes à perdre leur lait : quelques médecins ( voyez Sail-sous-Cousan ) ont utilisé cette remarque, et ont prescrit avec succès les eaux acidulés dans les épanchements laiteux.
Les eaux acidulés exigent les plus grandes précautions pour leur transport et leur conservation. On doit les mettre en bouteilles de bon matin, les boucher avec le plus grand soin, et autant que possible les voiturer de nuit pendant les grandes
chaleur; malgré toutes ces précautions, ces eaux perdent plus ou moins de leurs qualités , à proportion de la distance du lieu d’où on les tire et du temps qu’elles sont gardées. En général, on doit faire peu de cas de l’eau acidulé , lorsqu’en débouchant la bouteille, on n’entend pas le sifflement que produit toujours l’acide carbonique , qui tend à se dégager. Lorsqu’on a ouvert une bouteille , il faut se hâter de la clore pour ne pas dissiper le gaz qu’elle recèle. On obvie à cet inconvénient, au moyen d’un petit instrument conique que l’on enfonce à travers le bouchon encore ficelé , et qu’un robinet peut ouvrir ou fermer à volonté.
VICHY ( département de l’Ailier ).
Petite ville très-ancienne sur la rive droite de l’Ailier, à 15 lieues de Moulins, 8 de Gannat et 87 de Paris. Le vallon qui la renferme , large , vaste , évasé , est bordé de coteaux et de collines qui s’élèvent en amphithéâtre et qui, couverts de vignobles, d’arbres fruitiers et de champs cultivés, présentent à la vue le tableau le plus riant et le plus varié. Toutes les routes par lesquelles on y aborde sont bonnes et bien entretenues; il part tous les jours de Moulins, de Roanne, de Clermont et de Gannat des diligences qui se rendent à Vichy, ce qui établit les communications les plus faciles et les plus actives avec Paris, Lyon et le midi. — A Vichy, le climat est doux, tempéré, et l’air très-pur; la ville est composée de maisons mal bâties et de rues étroites , mais le quartier des eaux, qui est séparé de la ville par une vaste promenade plantée d’arbres, offre beaucoup d’hôtels tenus avec une grande propreté, des maîtres remplis de soins, d’attention , de prévenances, et des tables d’hôte proprement et parfaitement servies. Outre les salons de chaque hôtel, il y en a un très-vaste et magnifique dans l’établissement thermal.
ACIDULES THERMALES.
OÙ Ton trouve les journaux^ qui le soir sert de lieu de réunion pour les étrangers et dans lequel on donne deux bals par semaine ; des promenades soigneusement entretenues sur les bords toujours verts et ombragés du Sichon , ou sur la route de Cusset, ou dans toute autre direction, permettent Texercice à pied, à cheval ou en voiture (M. Longcliamp). On va visiter, comme buts de promenade, la Papeterie, le Saut de la Chèvre, les Grivats, l’Ardoisière, la grotte des Fées , la côte de Saint- Amand , le château de Charmeil , et surtout celui de Randan , qui appartient à S. A. R. madame Adélaïde. • — Le grand établissement thermal, commencé en 1784, grâce à la munificence de mesdames Adélaïde et Victoire, tantes de Louis XVI, et terminé en 1829, offre aujourd’hui les ressources de tous les genres aux personnes qui viennent y rétablir leur santé ; il renferme soixante-douze cabinets de bains et quatre douches. L’établissement de l’hôpital contient douze cabinets et trois douches. C’est à feu M. Lucas, ancien médecin inspecteur, que Vichy doit en grande partie sa splendeur et sa prospérité. — La saison commence le 15 mai et finit le 15 septembre. — Les pauvres sont reçus dans un hôpital bien situé et assez étendu. — Médecins inspecteurs, MM. Prunelle et Charles Petit. Ce dernier a publié plusieurs mémoires fort intéressants sur l’action thérapeutique des eaux de Vichy ; nous en profiterons dans le cours de cet article.
Sources,, Il y en a sept. l^La Grande Grille, ainsi nommée parce qu’elle est entourée d’une grille de fer. 2" le Puits Chomel ou Petit Puits caiTe est à côté de la source précédente ; il renferme un petit filet d’eau qui n’est employé qu’en boisson. S ° Le Grand Puits carré ou Grand Bassin des Bains sert uniquement à fournir l’eau nécessaire aux bains; ces trois sources sont renfermées dans le bâtiment thermal , sous la galerie nord où se promènent les buveurs. 4" Le Petit Boulet , actuellement fontaine des Acacias, est à cent pas de la Grande Grille, sur la route de Cusset. 5° Près du Petit Boulet , se trouve la source
EAUX MNÉRALES
Lucas. Ces deux dernières sources ont un usage très-limité ; on ne s’en sert qu’en boisson. 6° Le Gros Boulet ou fontaine de l’Hôpital est voisin de cet édifice^ situé au centre de la place Rosalie ; cette source est renfermée dans un vaste bassin de forme ronde dont le bord libre est garni d’une grille en fer maillé ; elle sert à la boisson et en outre alimente les bains particuliers de l’hospice : elle est une des plus fréquentées. 7“ La fontaine des Célestins ou du Rocher est à l’extrémité de la ville près de l’Ailier ; elle est extrêmement recherchée. En déblayant les alentours de cette source , on en a découvert une autre qui a les mêmes propriétés ; toutes deux sont renfermées sous un pavillon élégant et sont séparées par un salon d’attente qui sert en même temps de refuge en cas de pluie ; leur éloignement des hôtels force les buveurs à faire un exercice qui leur est toujours favorable. Enfin la source Sornin, qui existait autrefois dans une maison de ce nom, a été retrouvée en 1836, devant l’hôtel Guillermin; elle est froide et peut être utilisée dans les mêmes maladies que celle des Gélestins, laquelle déjà suffit à peine aux buveurs.
Propriétés physiques. Les sources de la Grande Grille , du Grand et du Petit Puits carré, de l’Hôpital, présentent de grosses bulles d’acide carbonique qui viennent crever à leur surface et simulent une véritable ébullition. Cet acide est pur, dit M. Longchamp, et parfaitement exempt de tout autre gaz et spécialement d’oxigène. La source Lucas et celle des Acacias ont une odeur un peu sulfureuse. Toutes ces eaux sont claires , ont une saveur lixivielle très-légère ; l’eau des Célestins a un goût piquant, un peu aigrelet. La source de l’Hôpital, la seule qui soit exposée à l’air libre, laisse surnager une matière végéto-animale qui se manifeste sous la forme de conferve. On a vu les bestiaux traverser la rivière d’ Allier sans boire de son eau, pour venir se désaltérer au ruisseau provenant de l’écoulement de cette fontaine; depuis quelque temps, cette particularité ne s’observe plus.
ACIDULES THERMALES.
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La source du Grand Bain produit 180 mètres cubes d’eau en 24 heures; celle de l’Hôpital, 51 mètres cubes ; le produit total des sources de Vichy est de 260 mètres cubes. Voici la température des sources d’après M. Longchamp : Grande Grille J, 39°, 18 puits Cliomel^ 39”,26 ; Grand Bassin des
Bains^ 44%88; les Acacias , 27‘',25; Lucas ^ 29'',85 ; V Hôpital ^ 3 5'’,25; les Cèlestins, 19°, 75.
Analyse chimicjne. Elle a été faite autrefois par Raulin, Desbret , Geoffroy, M. Mossier, et récemment par M. Longchamp et par MM. Berthier et Puvis. L’importance des eaux de Vichy nous engage à présenter ici les résultats obtenus par chacun de ces derniers chimistes.
MM. Berthier et Puvis ayant soumis à l’analyse chimique les sept sources de Vichy , ont obtenu des résultats qui se rapprochent tellement les uns des autres, qu’ils pensent que la composition des différentes sources est identique. Voici cette composition :
Eau ( 1 litre).