‹ Manuel des eaux minérales naturellesChapitre 56 sur 104 · EAUX MINÉRALES FERRUGINEUSES ACIDULES · texte numérisé non relu

EAUX MINÉRALES FERRUGINEUSES ACIDULES

(^^SYNOM. FERREUSES, MARTIALES, CIIALYBEES ).

Goîisîdératioes générales.

Nous avons rangé clans cette classe les eaux minérales où le fer apparaît , non comme ingrédient unique , mais comme principe prédominant. Les sources martiales sont si nombreuses qu’il n’est presque pas de contrée qui n’en possède une ou plusieurs ; elles sont assez communes en Normandie , et proviennent le plus ordinairement des terrains de transition ou secondaires.^

Propriétés physicjiies. Les eaux minéralisées par le fer sont limpides, inodores, impriment au goût une sensation de stypticité et d’astriction. Exposées au contact de l’air, elles se couvrent d’une pellicule irisée, se troublent, laissent précipiter leur oxyde de fer sous forme de dépôt floconneux, roussâtre , et deviennent ensuite transparentes et insipides. On remarque un semblable dépôt dans les bassins qui les contiennent et le long des canaux qu’elles parcourent. La plupart des eaux ferrugineuses sont froides; le petit nombre de celles qui sont thermales ne possédant pas de caractères aussi tranchés que les froides , nous ne nous occuperons ici que de ces dernières.

Propriétés chiinvjucs. Les eaux ferrugineuses donnent par

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rinfusion de noix de galle un précipité qui ne tarde pas à passer au bleu noir. Traitées par le ferro-cyanate de potasse^ elles donnent lieu à un dépôt bleuâtre , d’autant plus foncé que le fer est plus oxydé. Les éléments qui les composent sont des sels à base alcaline, terreuse, de Fammoniaque (Chevallier), et surtout du fer qui se trouve quelquefois à l’état de sulfate, rarement à l’état de crénate, et le plus souvent à l’état de bi-carbonate. La présence assez constante de l’acide carbonique a engagé les auteurs à ajouter au terme d’eaux ferrugineuses celui d’ acidulés. M. Longchamp (1) prétend qu’on a tort de croire que c’est toujours l’acide carbonique qui tient le fer à l’état de dissolution dans les eaux martiales ; car , dit-il , on trouve le fer dans beaucoup d’eaux qui ne contiennent pas cet acide , et très-fréquemment , dans les eaux minérales, l’oxyde de fer se trouve combiné à la chaux, de manière que cet oxyde fait à l’égard de cette base les fonctions d’un acide qu’il appelle ferrique. Ainsi la plupart des sédiments calcaires ferrugineux que déposent les eaux qui nous occupent, seraient donc formés, selon ce chimiste, en grande partie de ferrate de chaux, au lieu d’oxyde de fer et de carbonate de chaux, comme on le croit généralement.

Quelques auteurs d’analyses ont indiqué dans les eaux martiales une assez forte quantité de fer, mais c’est une erreur; car s’il est vrai, comme l’a expérimenté M.Orfda, qu’un grain de carbonate de fer , dissous dans vingt onces d’eau, communique à ce liquide un goût d’encre désagréable, que penser des analyses où l’on voit un litre d’eau receler plusieurs grains d’un sel de fer? Les sources diffèrent entre elles soit par le plus ou moins de fer qu’elles contiennent, soit à raison de la qualité et de la quantité des substances terreuses et salines.

(J) Analyse des eaux de Vicdiy, p. 113.

SUR LES E/VUX FERRUGINEUSES ACIDULES. SI 5

Propriétés médicales. Depuis que les chimistes ont constaté la présence du fer dans le sang, qui doit à cette substance sa coloration, on a accordé de grandes vertus aux préparations martiales dans les maladies qui paraissent résulter d'une diminution de la quantité proportionnelle du fer dans ce liquide animal ; mais si le fer pris isolément a une action thérapeutique très-marquée, il est certain que, combiné avec Tacide carbonique et uni à des bi-carbonates alcalins, il devient plus assimilable, se dissout mieux dans nos liquides, et est en même temps plus aisément supporté par Festomac. C’est à cette cause sans doute que l’on doit attribuer la grande efficacité des sources ferrugineuses, efficacité qui paraît souvent hors de toute proportion avec la petite quantité de fer contenue dans ces eaux. Celles-ci, en effet, lorsqu’elles sont prescrites dans les cas convenables, sont sans contredit une médication très - avantageuse ; elles augmentent l’appétit, facilitent la digestion, produisent la constipation, impriment à tout l’organisme un caractère de force et de bien-être qui se manifeste extérieurement par un teint plus clair, plus animé, et par un accroissement de gaîté et d’agilité. Les particules du fer ne bornent pas leur action à la surface gastro-intestinale ; elles peuvent être absorbées et portées dans le torrent de la circulation, ainsi que Font démontré les expériences de MM. Tiedmann et Gmelin , qui ont retrouvé dans les veines splénique, hépatique, et même dans les urines des animaux, le sous-carbonate de fer qui leur avait ‘été administré. On conçoit dès lors que, sous l’influence des eaux martiales, le pouls devient plus fort, plus fréquent, le sang plus vermeil, toutes les fonctions s’exécutent avec plus d’énergie et de régularité. Ces phénomènes sont évidents chez les jeunes filles chlorotiques, chez les individus faibles, à constitution molle , lymphatique , chez ceux dont la débilité tient véritablement à un état anémique, dont le teint est pâle, et la circulation lente.

r.OxXS IDÉRATIONS GÉNÉRALES

Les eaux martiales sont astringentes, condensent les tissus, épaississent les fluides , et par cette action augmentent la tonicité de nos organes ; c’est ce qui les rend si salutaires aux personnes qui habitent des pays froids, humides, marécageux; dans les maladies par relâchement, les flux muqueux ou sanguins par défaut de ton des vaisseaux, la faiblesse générale qui succède aux hémorragies, à l’abus des émissions sanguines; dans certaines affections qui se rapprochent du scorbut, et qui sont caractérisées par des saignements de gencives, le gonflement des veines dans la bouche, des ecchymoses sous-cutanées ; dans les longues convalescences; dans certains écoulements, tels que les fleurs blanches, les blennorrhées , les pertes de semence trop continues à la suite de la masturbation et de l’excès des plaisirs vénériens ; dans les catarrhes chroniques de la vessie ; les diarrhées anciennes ; les affections scrofuleuses ; la cachexie mercurielle ; les hydropisies passives occasionnées par l’usage excessif des boissons aqueuses, ou l’habitation dans des lieux bas et humides ; dans les engorgements abdominaux indolents, sans fièvre ; dans les fièvres intermittentes d’automne ; dans la suppression des règles ou leur flux trop abondant, pourvu que ces maladies soient dues à une débilité générale, ou à un défaut de ressort de la matrice ; dans la stérilité , la disposition aux avortements , Fimpuissance virile , l’imperfection du liquide séminal lorsque ces infirmités dépendent d’une faiblesse de constitution. Les eaux ferrugineuses sont également utiles pour faciliter la digestion ; mais elles ne réussissent qu’ autant qu’il n’y a point d’irritation à l’estomac , que la digestion se fait difficilement par atonie du canal alimentaire, que la langue est pâle , qu’il n’y a point de fièvre, ni de sécheresse trop grande à la peau. Elles ne réussissent dans les maladies nerveuses qu’ autant que les organes digestifs ne sont pas irrités, et que la grande susceptibilité pour toutes les impressions a déjà été diminuée par une médication adoucissante. ]y acide carbonique et les différents sels qu’elles contiennent

srîl LES E4UX FERRUGINEUSES ACIDULES.

donnant à ces eaux une action diurétique très-marquée, on les a recommandées dans les coliques néphrétiques, la gravelle; elles favorisent en effet rexpulsion des graviers, mais ne les dissolvent pas , parce que la plupart d’entre elles ne contiennent pas assez de bi-carbonate de soude pour saturer l’acide urique.

Puisque les eaux martiales conviemient dans les maladies asthéniques , il est par conséquent facile de prévoir qu’elles sont nuisibles dans les affections un peu aiguës, et qu’on doit les interdire aux individus pléthoriques, à ceux qui ont une constitution nerveuse, irritable. On doit se garder de les prescrire dans les cas où la faiblesse n’est qu’apparente, lorsqu’il y a oppression des forces par la souffrance d’un organe. Il faut administrer avec beaucoup de ménagement les eaux dont nous parlons aux personnes dont la poitrine est délicate, car elles produisent facilement le crachement de sang. Elles sont encore contraires aux femmes enceintes, surtout à celles qui sont pléthoriques, qui éprouvent des douleurs vers Futérus, parce que dans cette circonstance l’excitation du liquide minéral pourrait provoquer l’avortemenl. Enfin, elles sont contre-indiquées dans les maladies de poitrine, la disposition à la phthisie pulmonaire, dans les maladies organiques du cœur ou des gros vaisseaux, et dans les désorganisations commençantes de l’estomac et du canal intestinal.

Mode d’ administration. On boit les eaux ferrugineuses à la dose de deux ou trois verres le matin à jeun, et on augmente graduellement la dose. Quelquefois elles causent des étourdissements, portent au sommeil à cause du gaz acide carlronique. Lorsqu’elles déterminent de l’anxiété, des douleurs à l’épigastre , des nausées , des lassitudes générales , il faut les couper avec du lait ou une tisane adoucissante; cette précaution est nécessaire pour les personnes dont l’estomac est trèssusceptible. Il est bien remarquable que les habitants voisins des sources martiales en font souvent leur boisson habituelle

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sans inconvénient, tandis que, dans l’état de maladie, ils en éprouvent des effets manifestes et même des accidents, s’ils en abusent. Ce phénomène n’a rien de surprenant pour le médecin , qui sait que dans l’état de santé ces eaux fortifient toute l’économie d’une manière insensible, tandis que dans l’état pathologique elles impriment à l’organe malade un surcroît d’excitation qui a besoin d’être maintenue dans des limites convenables pour ne pas devenir dangereuse. Il n’est pas rare en effet de voir des malades qui, sous l’influence d’une eau ferrugineuse, recouvrent pendant quelque temps l’appétit, les forces et la gaîté , et qui après la cure voient leurs anciennes souffrances reparaître avec une nouvelle intensité.

Il y a des sources ferrugineuses acidulés qui dégagent une si grande quantité d’acide carbonique que plusieurs médecins allemands ont cherché à utiliser ce gaz en bains ; à Ischel en Autriche , à Marienbad , à Eger en Bohême , on a établi des bains gazeux. Les docteurs Heidler et Scbeu , médecins distingués de Marienbad, ont étudié l’action propre à ces bains; selon eux, les bains de gaz excitent d’abord une sensation de chaleur à la superficie du corps, principalement aux organes génitaux, ensuite une transpiration plus abondante, et quelquefois en même temps une légère formication; le pouls devient souvent plus lent et plus petit. Ces bains doivent être considérés comme des agents stimulants et peuvent être essayés dans les paralysies locales, les spasmes, pour rétablir les flux menstruel et hémorroïdal, pourvu que la suppression soit due à une débilité réelle. Mais il faut s’en abstenir s’il existe une disposition pléthorique ou inflammatoire.

Ce n’est qu’à la source qu’on peut prendre les eaux ferrugineuses dans leur pureté; transportées au loin, gardées longtemps, elles déposent entièrement leur fer et n’agissent plus qu’à raison des substances salines dont toutes sont plus ou moins chargées : on préviendrait peut-être cette

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