‹ Manuel des eaux minérales naturellesChapitre 67 sur 104 · EAUX MINÉRALES SALINES · texte numérisé non relu

EAUX MINÉRALES SALINES

Considérations générales.

Envisagées d’une manière générale , toutes les eaux minérales sont plus ou moins salines , car toutes contiennent plus de sels que l’eau commune. Mais on donne particulièrement le nom de satines à celles des eaux minérales qui, n’étant ni sulfureuses, ni ferrugineuses, ni acidulés, ont pour principes

prédominants quelques sels. Parmi les eaux salines, il en est plusieurs qui sont purgatives : la plupart ne possèdent pas cette propriété, de telle sorte que cette classe n’offre pas de caractère bien tranché ; nous avons été obligés d’y placer toutes les eaux que les autres divisions n’ont pu admettre, tant il est vrai que la nature ne s’astreint pas à nos classificalions. Aussi nos considérations générales ne peuvent s’appliquer qu’à la majorité des eaux salines.

Propriétés physiques. La saveur des eaux minérales salines est très-variable, tantôt fraîche, tantôt amère, tantôt piquante. Il est rare qu’elles aient une odeur particulière, à moins qu’elles ne contiennent un peu d’hydrogène sulfuré. Elles sont thermales ou froides.

Propriétés chimiques. On trouve dans les eaux salines des chlorures de sodium , calcium et magnésium , du sulfate de soude, des carbonates alcalins, de la silice, des traces de fer; rarement du sulfate d’alumine, desiodures, des bromures,

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

et une matière grasse comparable à la barégine ; souvent de l’acide carbonique et quelquefois de l’acide bydro-sulfurique. Il est probable que plusieurs sources salines ( Saint-Amand ^ Barbotan, Évaux, Bagnoles (Orne) etc. ) , lesquelles exhalent une odeur hépatique , sont des sources sulfureuses dégénérées , c’est-à-dire des sources qui dans les entrailles de la terre étaient réellement sulfureuses et ont perdu dans leur trajet une grande partie de leur ingrédient sulfureux. M. Anglada n’est pas éloigné de croire que les eaux de Plombières^ qui recèlent beaucoup de matière végéto-animale , sont des eaux sulfureuses dégénérées.

Propriétés médicales. Prises en boisson , les eaux minérales salines conviennent aux sujets phlegmatiques , à fibre molle , dans tous les cas où l’ordre des sécrétions est dérangé ou perverti , sans qu’il y ait pléthore sanguine. Elles portent une douce stimulation sur la membrane muqueuse de l’estomac, déterminent une sécrétion plus abondante du suc gastrique, modifient la nature de ce liquide et en corrigent les qualités vicieuses ; en même temps elles impriment une plus grande activité à l’estomac , en relèvent peu à peu le ton et remédient à plusieurs vices de la digestion déterminés par l’atonie de cet organe. Dans les intestins , elles augmentent aussi la sécrétion des follicules muqueux et produisent un effet laxatif assez marqué. Si elles sont prises à une assez forte dose , l’influence minérale ne tarde pas à s’étendre aux autres organes du bas-ventre; la sécrétion des reins, du foie, du pancréas, commence à se faire avec plus d’activité. Les liquides sécrétés, en même temps qu’ils deviennent plus abondants, sont moins âcres , moins irritants, parce qu’ils sont moins saturés. Les reins se ressentent les premiers de l’action des eaux ; la quantité des urines se trouve considérablement augmentée , et cet effet diurétique est plus constant que l’effet laxatif. D’un autre côté , le système lymphatique témoigne son surcroît d’action par un travail de résorption

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beaucoup plus énergique. Ce changement dans les sécrétions, d’une part, et la grande activité des vaisseaux absorbants, de l’autre , déterminent un effet résolutif très-marqué , en vertu duquel les engorgements chroniques qui ont leur siège dans les viscères du bas-ventre , ou dans le système lymphatique , diminuent ou disparaissent , pourvu qu’ils soient encore susceptibles de résolution (1).

On conçoit, d’après le mode d’action des eaux salines, qu’elles doivent être utiles dans les affections de l’estomac qui dépendent d’une sécrétion trop abondante de bile ou de mucosités , dans les engorgements des viscères abdominaux , la jaunisse, les calculs biliaires, les fièvres quartes opiniâtres, les coliques néphrétiques, le catarrhe vésical , la suppression des règles, la leucorrhée, la stérilité, et dans les maladies nerveuses qui semblent dépendre de la lenteur et de l’atonie des fonctions digestives. Mais on doit s’abstenir des eaux salines lorsqu’il existe une trop grande susceptibilité nerveuse ou une irritation des organes gastriques ; elles réussissent d’autant mieux que ces organes sont moins irrités , ou dans un état d’atonie ; elles nuisent aux personnes qui ont la poitrine délicate, aux asthmatiques et à ceux qui sont sujets aux crachements de sang.

En bains et en douches, les eaux salines thermales ont été beaucoup recommandées dans les paralysies, même dans celles qui sont la suite de l’apoplexie ; mais dans ce dernier cas on ne doit y recourir qu’aulant qu’il n’existe plus de congestion active vers la tête , et encore ne doit-on donner que des demibains à une température peu élevée. Les bains d’eaux légèrement salines sont employés avec succès dans quelques maladies de la peau , telles que les éruptions sèches accompagnées de démangeaisons, le lichen, les diverses variétés

(l) M. Kuhii , Eaux minérales de JViederhronn.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

du prurigo ^ dans certains eczémas chroniques ; c'est le moyen le plus prompt et le plus sûr, dit M. Cazenave (1) , de faire tomber ces incrustations épaisses qu’on remarque dans Vimpetigo figiirata, et mieux encore dans ces porrigo favosa répandus sur presque toute la surface extérieure du corps. Quelquefois les eaux salines augmentent la cuisson et le prurit : si cet accroissement de douleurs n’est pas trop considérable , il annonce la chute prochaine des squames et une modification des vaisseaux exhalants; sinon, il aggrave l’éruption, et, dans ce dernier cas, il faut suspendre les bains minéraux et les remplacer par des bains émollients.

De même que toutes les eaux thermales, les eaux minérales salines chaudes sont salutaires dans les contractures des muscles, les maladies des os et des articulations, et dans les affections rhumatismales chroniques. Quant à cette dernière maladie , il n’est pas inutile de signaler ici une remarque importante que plusieurs praticiens ont eu occasion de faire comme nous : c’est que les bains chauds d’eau commune ne conviennent pas pour la guérison du rhumatisme, parce que ces bains en diminuant singulièrement l’énergie de la peau, la rendent très-impressionnable au froid, à l’humidité de l’atmosphère, tandis que les bains minéraux, les salins particulièrement, stimulent le système cutané et, en augmentant sa vitalité , le rendent apte à réagir contre les influences atmosphériques.

Mode d’ administration. On boit les eaux salines à une dose plus ou moins forte , suivant l’indication qu’on veut remplir. Si l’on désire obtenir un effet laxatif, il faut en prendre le matin à jeun un litre et demi à deux litres dans l’espace d’une heure: cette dose doit varier suivant le tempérament, Tâge des malades. Ces eaux ont un effet purgatif plus prompt à la source qu’ après avoir été transportées ; elles ont l’avantage

(() Bullttin généi'ül de TJiérapeuiuiue , tome III, page 109.

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de ne point irriter les organes de la digestion , comme beaucoup de purgatifs ordinaires; elles ne provoquent point de coliques, et, loin d’aflfaiblir, elles donnent du ton aux organes digestifs , en raniment les fonctions languissantes et donnent de l’appétit. On les boit ordinairement chaudes, et on aide h leur action par l’addition d’un sel neutre, quand les personnes sont très-difficiles à purger. Lorsqu’ étant froides elles sont digérées difficilement , on les fait chauffer au bain-marie. On ne doit permettre l’usage de ces eaux, comme laxatives , que pendant peu de jours de suite, car si on les continuait trop longtemps, elles épuiseraient les malades et causeraient des diarrhées opiniâtres.

S’il est facile d’expliquer la guérison que l’on obtient par les eaux salines employées comme purgatives, il n’en est pas de même lorsqu’on les prescrit comme altérantes^ c’est-à-dire comme pouvant modifier la constitution actuelle des solides et des humeurs. Les eaux doivent être alors administrées à petite dose ; elles maintiennent la régularité des évacuations alvines sans purger, augmentent la sécrétion urinaire et produisent une certaine dépuratiou humorale , au moyen de laquelle les principes délétères sont éliminés (Kreysig). C’est ainsique leur emploi longtemps continué détermine la guérison ou le soulagement de beaucoup d’affections abdominales chroniques. La cure s’opère quelquefois sans efforts critiques appréciables ; le malade n’éprouve aucun mouvement insolite; seulement il va mieux et fait chaque jour un pas vers la guérison , sans que le médecin puisse se rendre compte de l’efficacité des eaux.

On associe ordinairement , et avec avantage , la boisson de l’eau minérale saline aux bains; mais quelquefois l’excitation simultanée de deux surfaces aussi étendues que celles de la peau et de la membrane muqueuse gastro-intestinale, fatigue, agite les malades, détermine des irritations intérieures, et même des phlegmasies : dans ce cas , il faut renoncer à la boisson ou aux bains. Il est en général prudent de ne se bai-

gner que lorsque le corps est habitué à la boisson de l’eau minérale.

La boue grasse et onctueuse que déposent plusieurs sources salines est utilisée en cataplasmes et en bains dans quelques maladies externes. Mais il ne faut pas employer inconsidérément ces topiques, parce qu’ils produisent souvent une surexcitation dangereuse dans les parties malades.

Les eaux salines dont les propriétés consistent dans des principes fixes peuvent être transportées et se conserver un certain temps, sans qu’elles s’altèrent d’une manière notable.

BALARUC (département de l’Hérault).

Bourg près de la grande route de Montpellier à Narbonne , à trois quarts de lieue de Frontignan , une lieue et demie de Cette, et 4 de Montpellier. Les eaux thermales que l’on y rencontre ont joui autrefois d’une assez grande célébrité, qui va sans doute renaître, puisqu’on a construit récemment un établissement thermal où l’on trouve des cabinets de bains fort propres , garnis de baignoires en cuivre , des douches à tous les degrés de hautem*, de chaleur et de froid, une étuve bien éclairée, des logements agréables, commodes, un beau salon, un billard et un parc d’une vaste étendue. Il existe à Balaruc un hospice pour les soldats et les indigents. La première saison des eaux s’ouvre le l*"’' mai, et la seconde le 1*"*' septembre : la coutume est de prendre les eaux pendant dix Jours. H y a un médecin inspecteur.

Source, Elle est située dans une plaine près de l’étang salé de Thau , qui communique avec la mer Méditerranée ; elle est constamment très-abondante ; son volume augmente toutes les fois que les vents du sud amènent dans l’étang une plus grande quantité d’eau marine que de coutume : ce qui semblerait prouver que c’est l’étang d’eau salée qui alimente la

SALINES THERMALES

source. Celle-ci fournit aux baignoires de l’établissement, aux bains de la cuve, aux bains de Fhôpital et au bain de vapeur.

Propriétés physiques. L’eau thermale de Balaruc est limpide, a une odeur qui tient un peu de celle de la mer ; sa saveur est salée, mêlée d’amertume; sa surface est couverte d’une grande quantité de bulles , et présente une espèce de pellicule qui ressemble assez à des gouttes d’huile , lorsque l’eau est restée quelque temps sans être agitée. La pesanteur spécifique de l’eau comparée à celle de l’eau distillée est comme 1,000 à 1,023. La température de la source est ordinairement de 47 à 50“ cent. ; elle a diminué d’une manière si remarquable le 12 septembre 1832, après dix à douze jours de vent nord-ouest, que l’eau ne marquait plus que 35“ cent., et que les bains de l’hôpital, qui n’avaient plus que 28° 7, furent désertés par les malades, qui trouvaient l’eau trop froide. La source perdit en même temps une partie de sa température et de son volume , phénomène qui doit être attribué à la diminution de l’eau dans l’étang de Thau, eau que la force et la constance des vents du nord-ouest avaient fait refluer dans la mer. La même observation a été faite en 1775 et en 1818.

La chaleur de la source de Balaruc, quelque grande .qu’elle paraisse en y mettant la main, ne peut point cuire les œufs, comme s’en est assuré Leroy de Montpellier. Mais il paraît qu’elle est aussi propre à faire éclore les œufs que la chaleur même des poules qui les couvent , et à peu près dans le même nombre de jours. On pourrait donc fonder à Balaruc , comme à Chaudes-Aigues, un établissement pour l’incubation artificielle.

Analyse chimique. Elle a été faite par plusieurs chimistes de iMontpellier ; M. Balard a constaté récemment la présence du brôme dans l’eau qui nous occupe. Voici le résultat des analyses faites par MM. Figuier, Saint-Pierre et Brongniart.

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