‹ Manuel des eaux minérales naturellesChapitre 8 sur 104 · CONSIDÉRATIONS SUR LES EAUX MINÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LES EAUX MINÉRALES

nous conserverons la dénomination ^eaux minérales, consacrée par Tiisage.

Eau commune , pure, ou économique. On comprend sous ce nom l’eau de pluie, des rivières, des lacs, des fontaines. Les substances minérales qu’elle contient ne sont pas en assez grande quantité pour lui donner une saveur et une odeur bien tranchées. Considérée en masse , l’eau pure est un corps diaphane , pesant , sans odeur , sans saveur et sans couleur. Elle peut exister sous les trois états , liquide , solide et gazeux. L’état solide constitue la glace, qui est employée avec succès dans certaines maladies; sous forme liquide, l’eau pure offre à l’homme et aux animaux une boisson douce , salutaire à l’entretien de leur existence; à l’état de vapeur, l’eau provoque la transpiration , des sueurs même , et sous ce rapport , est souvent utile en médecine.

Hoffmann et quelques autres médecins ont présenté l’eau comme le remède universel convenant à toutes les maladies et dans toutes les circonstances. Nous ne doutons pas que les propriétés de l’eau ne soient très-efficaces dans beaucoup de maladies où on la néglige absolument , et où son unique usage triompherait souvent des affections qui sont rebelles aux moyens pharmaceutiques les mieux combinés ; mais nous pensons aussi que son usage a des bornes et des restrictions , que tout médecin éclairé et exempt de préjugés saura bien connaître.

Eaux minérales. Elles sont composées d’une assez grande quantité de matières étrangères qui leur donnent de la saveur et des propriétés différentes de celles de l’eau pure. Elles se chargent de ces principes en traversant des terrains remplis de minéraux, de sels et de substances pyriteuses.

Les anciens ont divisé les eaux minérales en froides, tièdes, chaudes ou thermales , selon que leur température égale ou surpasse celle de l’air environnant.

Lorsque la chimie fut riche de connaissances exactes , on

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chercha à imiter la nature clans la composition des eaux minérales, et dès lors celles-ci furent distinguées en naturelles et en factices.

Monnet range les eaux minérales en trois classes , alcalines, sulfureuses et ferrugineuses.

Fourcroy en distingue neuf classes : 1” acidulés froides; T acidulés chaudes; 3“ sulfuric|ues salines; 4^* muriatiques salines ; 5“ sulfureuses simples ; 6" sulfureuses gazeuses ; 7” ferrugineuses simples ; 8" ferrugineuses acidulés ; 9“ sulfuriques ferrugineuses.

M. Duchanoy en fait dix ordres, quïl nomme eaux gazeuses, alcalines, terreuses, ferrugineuses, chaudes, simples thermales, savonneuses, sulfureuses, bitumineuses et salines.

Quelc[ue nombreuses que soient ces divisions , elles ne peuvent comprendre exactement les variétés des eaux minérales. Il nous semble qu’il vaut mieux les classer d’après leur principe prédominant, et les diviser, à l’exemple de Bergman , en cfuatre classes ; savoir, en eaux minérales hydrosulfureuses , acidulés , ferrugineuses acidulés , et salines. Quoique cette division , admise par les chimistes modernes , soit la plus simple , nous sommes loin de la regarder comme exacte et à l’abri de tout reproche. En effet, il est plusieurs eaux minérales qui , par leurs propriétés physiques , appartiennent, par exemple, aux eaux hydro-sulfureuses, et qui, d’après les principes fournis par l’analyse chimique, sont exclues de cette classe ; de plus , il est des eaux minérales cpii sont à la fois salines et sulfureuses, ferrugineuses et acidulés. Malgré ces défauts , nous avons adopté la classification des chimistes modernes , parce qu’elle nous a paru la plus avantageuse pour la connaissance des vertus des eaux minérales. Nous n’avons pas fait une classe à part des eaux iodurèes, l’iode n’ayant pas été encore découvert dans aucune source minérale de la France.

Nous avions essayé de classer les eaux minérales d’après

leurs effets thérapeutiques ; ainsi, nous les avions divisées en eaux toniques ( la plupart des eaux sulfureuses ^ des eaux ferrugineuses, les bains de mer, les eaux salines de Balaruc, de Bourbonne, etc.); en eaux fraie hissantes (les eaux acidulés froides) ; et en adoucissantes , calmantes (les eaux de Néris , d’Ussat , de Saint-Sauveur, de Bains, d’Ems, etc.) ; mais considérant que la plupart des eaux thermales peuvent, suivant leur degré de température et leur mode d’administration, être toniques ou relâchantes, stimulantes ou tempérantes, nous avons rejeté cette classification.

De l’action thérapeutique des eaux minérales, — Degré d’utilité des

analyses chimiques.

Les témoignages de l’antiquité sur l’efficacité des eaux minérales, l’expérience des siècles qui confirme cette efficacité, la faveur unanime dont elles jouissent aujourd’hui chez tous les peuples civilisés , malgré la différence des théories médicales, démontrent suffisamment qu’elles sont, de tous les secours de la médecine , celui dont la réputation est le plus justement établie. Et pourrait-on douter de leur salutaire influence, surtout dans les maladies chroniques, lorsqu’on pense qu’elles offrent un moyen à la fois médicamenteux et hygiénique? C’est à cette heureuse association que l’on doit les succès étonnants qui ont été obtenus quelquefois aux sources minérales. La nature nous donne libéralement ce remède^ pour nous inviter à y avoir plus souvent recours dans nos maladies. Elle a épargné, autant que possible, notre délicatesse, notre goût; elle a tempéré la vertu des eaux, leur énergie, et les a proportionnées aux tempéraments divers. Nous tirons des plantes , des minéraux , beaucoup de médicaments ; mais ils ont presque tous besoin de certaines préparations pharmaceutiques ; les eaux sont un remède qui est toujours à notre disposition. Si, malgré des avantages aussi précieux, les eaux minérales ne sont pas autant estimées

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qu’elles devraient l’être ^ si même elles ont été discréditées par quelques médecins, c’est que la plupart des auteurs qui ont écrit sur ce point de la thérapeutique se sont laissé entraîner par un enthousiasme intéressé qui leur a fait voir dans leurs eaux un remède à toutes les infirmités humaines. Combien l’histoire de l’hydrologie minérale ne serait-elle pas avancée , si tous les auteurs , au lieu de ne proclamer que des faits brillants et des guérisons éclatantes, avaient signalé avec le même soin les affections que les eaux peuvent aggraver et celles qu’elles soulagent ou guérissent ! Cette probité scientifique, aussi profitable à la science qu’aux établissements d’eaux minérales, dissiperait les préventions des médecins qui, ayant des données certaines sur les effets avantageux, douteux ou nuisibles de chaque source minérale, prescriraient cette médication avec plus de confiance et de discernement.

Les eaux ne sont pas une panacée; la nature a départi à’ plusieurs sources de§ propriétés spéciales assez distinctes , qui ne se sont pas démenties depuis des siècles. Ainsi on va à Boiirbonne- les "Bains, à Eourbon-l’ Archambault, àBalaruc , pour les paralysies ; au Mont - d’Or, à Bonnes et à Cauterets, pour les affections chroniques de la poitrine; à Vichy, pour les engorgements du foie, des autres viscères abdominaux , et pour la dissolution des calculs ; à Saint-Nectaire et à Gontrexeville , pour la gravelle ; à Saint-Sauveur Néris, üssat. Bains, Bagnères-de-Bigorre, pour les maladies nerveuses; à Baréges, Bagnères-de-Luchon, Molitg, pour les affections cutanées anciennes; et à Baréges, Bourbonne, Bains près d’Arles, Ax, pour les plaies d’armes à feu. Maison a singulièrement abusé de ces spécialités thérapeutiques, comme nous le prouverons plus loin; c’est ainsi que des praticiens prescrivent à tort les eaux de Vichy dans tous les engorgements du foie , les eaux de Baréges dans toutes les maladies de la peau, sans faire attention à la période de la maladie, au tempérament du sujet et à la composition des eaux.

li)

Il est des chimistes et même des médecins qui, voulant apprécier avec une exactitude minutieuse les effets des eaux minérales , ont étudié la manière d’agir de chacun de leurs principes constituants et en ont déduit l’action générale du composé. Mais ce idest pas ainsi que ces principes agissent sur l’économie animale, lorsqu’on fait usage des eaux en boisson : ils sont alors mêlés, combinés et tels que la nature les a réunis ; de leur réaction réciproque doivent nécessairement résulter des propriétés médicales différentes de celles que chacun d’eux possède dans son état distinct et isolé.

La chimie a rendu tant de services à la médecine et aux arts, qu’on a cru pendant longtemps qu’elle jetterait un grand jour sur l’action thérapeutique des eaux minérales. Nous pensons que cet espoir est déçu jusqu’à présent. Quoique nous possédions aujourd’hui des analyses très-exactes de MM. Longchamp et Anglada sur les eaux des Pyrénées, connaissons-nous mieux que Bordeu leurs propriétés médicales? Nullement, et les ouvrages de cet illustre médecin sont encore le meilleur guide pour diriger leur administration. Ce qui aux yeux des médecins diminue l’importance des analyses chimiques, c’est la disproportion frappante qui existe entre les effets produits par les eaux minérales prises sur les lieux, et la médication que déterminerait l’usage isolé des principes découverts par les chimistes. Par exemple : tous les médecins conviennent de la propriété éminemment ferrugineuse des eaux de Forges (Seine-Inférieure). Eh bien! d’après l’analyse faite avec soin par Robert, un litre de cette eau ne contient que 5/6 de grain de carbonate de fer; d’après une si faible quantité de fer, n’est-on pas en droit de contester à ces eaux leur qualité martiale? La chimie a fait d’immenses progrès, et ceux qu’elle fait chaque jour nous prouvent qu’elle n’est pas arrivée à sa perfection ; nos analyses nous paraissent complètes , et tous les jours on découvre de nouveaux procédés pour saisir , apprécier des substances qui n’avaient pas été

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aperçues , il y a quelques années , par les plus habiles chimistes : tels sont le brome , Fiode et Fazote. M. Berzélius n’a-t-il pas découvert récemment dans les eaux de Carlsbad plusieurs principes qui avaient échappé aux recherches d’autres chimistes distingués ? M. Chevallier dit avoir trouvé en 1836, dans les eaux de Vichy, de l’acide hydrosulfurique, qui n’a été signalé ni par M. Berüiier , ni parM. Longchamp. S’il est vrai , comme l’assure Guyton-Morveau, qu’un millième de substance,, ajouté ou soustrait dans une composition, y produit des changements de propriétés notables, on doit ajouter moins de confiance à l’analyse des eaïix transportées loin de leurs sources, analyses qui sont faites quelquefois par des pharmaciens et des médecins peu accoutumés à ces sortes d’opérations ; car, malgré le perfectionnement des procédés analytiques , l’analyse des eauxminérales exige beaucoup d’habitude et d’habileté. Il est évident pour nous quel’action thérapeutique des eaux minérales naturelles n’est pas en rapport avec ce qu’on sait, de leurs principes constituants ; que ce n’est pas quelques grains de plus ou de moins de sels minéralisateurs qui déterminent l’effet salutaire des eaux ; que cet effet dépend plutôt de la manière dont ces sels sont combinés , de la chaleur naturelle des eaux, et du principe, en quelque sorte vital, qüi semble les animer, et qui jusqu’alors a été insaisissable. C’est donc avec beaucoup de justesse que Chaptal disait que les chimistes ne •peuvent qiC analyser le cadavre des eaux. La chimie nous apprend à caractériser, à classer les eaux, nous montre les analogies qu’elles ont entre elles , nous fait pressentir quelques-unes de leurs propriétés, en nous indiquant les principes minéralisateurs prédominants ; mais c’est à l’observation clinique , à l’autorité des faits multipliés, à déterminer leur action thérapeutique.

En général , dans les maladies aiguës, et surtout dans les phlegmasies un peu vives, les eaux minérales ne conviennent point : la marche rapide de ces affections réclame des moyens actifs et prompts. Il n’en est pas de même des maladies chro-

ïliqiies, dont le traitement réussit d’autant mieux que la médication est plus douce , plus graduée. Les eaux minérales employées h leur source sont, sans contredit , de tous les secours de la médecine le meilleur pour opérer cette médication. Elles agissent tantôt en modifiant nos humeurs , comme les eaux de Vichy ; tantôt en imprimant aux maladies chroniques un état légèrement aigu qui réveille des organes engourdis, augmente les sécrétions et favorise des crises salutaires. Cette excitation, lorsqu’elle est lente et modérée , soulage , guérit des maladies opiniâtres ; mais , trop forte, elle les exaspère, ranime les inflammations latentes et hâte les progrès des dégénérescences organiques. C’est donc à maintenir cette excitation dans des limites convenables , à la graduer, à la doser, pour ainsi dire, suivant la nature, le degré de la lésion morbide, le tempérament du malade, que consiste le talent du médecininspecteur (1) . Toutefois, les malades qui vont aux eaux doi-

(1) Dans ses recherches iraportantes sur Yaction thérapeutique des eaux miuérnles Léon Marchant démontre que toutes les eaux sont tes , qu’elles soient chaudes ou froides , qu’elles soient sulfureuses ou acidulés , ferrugineuses ou salines» « que l’excitation minérale réside principalement dans l’assemblage des matières terreuses , salines et gazeuses qu’elles renferment ; que cette excitation dépend aussi de leur température , lorsqu’elle dépasse celle de la chaleur humaine ; qu’elle se manifeste par l’abattement des forces , la douleur et la fièvre ; qu’elle se manifeste dans toutes les maladies par ces caractères symptomatiques, ainsi que par le rétablissement d’anciens couloirs, soit sanguins, soit humoraux , par l’activité des foyers en suppuration , par le développement des tumeurs , par l’apparition d’exanthèmes , parle passage d’un état chronique à un état aigu J que l’excitation se transforme facilement en irritation, laquelle dégénère souvent en inflammation avec tous les désordres qui l’accompagnent ; qu'alors des maladies chroniques deviennent aiguës ou font éclater des accidents formidables , de vastes inflammations et la désorganisation des tissus , qui , selon les localités organiques , est lente ou spon-r tanée. »

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vent être avertis que leur maladie ne guérit le plus souvent qiÉen passant de l’état chronique à l’état aigu , et que ce changement est signalé par une augmentation, un retour des douleurs ou des éruptions dont ils viennent chercher la guérison ; il est fort important qu’ils soient instruits de cette action des eaux, afin qu’ils ne se laissent pas décourager, et qu’ils ne perdent pas le bénéfice d’une cure commencée en apparence sous de fâcheux auspices. Les eaux minérales portent leur action principale sur deux vastes surfaces : V en boisson , sur la membrane muqueuse gastro-intestinale et sur les ramifications nerveuses du grand sympathique; T en bains, douches, étuves, sur tout l’appareil tégumentaire ; elles excitent ces deux membranes , qui à leur tour réagissent sur les autres organes liés avec elles par de nombreuses sympathies, activent leurs fonctions et modifient leur vitalité. Ainsi, quand les eaux sont prises en boisson , l’estomac en reçoit la première impression , à laquelle le tube intestinal participe ; de là l’activité qu’elles impriment à ces parties. Si l’impression est plus forte, le vomissement ou la diarrhée se déclare, quand cette impression ne réagit pas sur un autre organe ; mais si la peau ou les reins sont influencés secondairement, la transpiration s’établit ou les urines coulent avec abondance ; c’est ce qui fait dire que les eaux sont tantôt purgatives, tantôt siidorifigues, tantôt diurétiques. Employées en bains, les eaux agissent de la même manière sur la peau que sur l’estomac; il est évident qu’il s’établit une légère phlogose sur l’organe cutané , dont les fonctions s’exercent avec une activité si remarquable, que la transpiration devient beaucoup plus abondante que dans l’état ordinaire. Considérées d’une manière générale , les eaux minérales raniment la circulation languissante , impriment une nouvelle direction à l’énergie vitale , rétablissent l’action perspiratoire de la peau, rappellent à leur type physiologique les sécrétions viciées ou supprimées , provoqueut des exantfièmcs, des furoncles et des évacuations

sRliitaires par les urines, les selles ou la transpiration; elles produisent dans l’économie une transmutation intime, un cliangement profond; elles retrempent en quelque sorte le corps malade.

Que de malades abandonnés de tous les médecins ont trouvé la santé à des sources minérales ! Que d’individus épuisés par de violentes maladies ont recouvré , par un voyage aux eaux, le ton, la mobilité, l’énergie qu’on aurait peutêtre tenté de leur rendre d’une autre manière avec des succès moins assurés ! C’est principalement dans ces états de langueur, d’épuisement, de douleurs lentes ou aiguës qui effleurent tous les organes sans constituer une maladie distincte; c’est dans ces cas morbides obscurs, fruits d’une civilisation raffinée et s’aggravant par les remèdes, que les eaux minérales sont avantageuses en provoquant dans l’organisme une réaction favorable. Mais il faut l’avouer, combien cette action médicamenteuse des eaux n’est-elle pas secondée par le voyage, l’éloignement des lieux témoins des maux qu’on a soufferts, l’abandon momentané de toutes les affaires et de tout ce qui peut mettre en jeu une sensibilité trop active , l’espoir d’une guérison prochaine , un air pur, un régime sain, la régularité dans l’emploi méthodique du temps, des eaux, dans les heures du repas, du lever, du coucher, souvent même dans les plaisirs, les divertissements! La vie active que les malades mènent aux eaux intervertit bientôt l’ordre de leurs idées, et les arrache aux affections tristes qui les minent sourdement. « Ils se trouvent tout à coup , dit le docteur Bertrand, lancés dans un monde nouveau, au milieu d’une foule mouvante, inoccupée, exempte de soins, affranchie d’affaires, libre de devoirs, où chacun ne songe qu’à son rétablissement, et travaille, sans s’en douter, au rétablissement des autres. Op se voit, on s’encourage mutuellement en s’entretenant de ses maux ; il est si doux d’en parler à qui nous écoute ! et quel autre nous écouterait avec l’intérêt

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de celui qui souffre lui-même ? Que les heures qui s’écoulent dans de pareils entretiens se passent doucement! que de douleurs ils calment! que de tristes pensées ils détournent ! que de moments d’inquiétude et de découragement ils préviennent ! »

Personne ne conteste aux eaux minérales leur efficacité comme moyen hygiénique ; il n’en est pas de même comme moyen médicamenteux. Quelques médecins nient l’action médicamenteuse des eaux^ et proclament^ avec une sorte d’affectation , que les bons effets qu’elles produisent sont dus uniquement au voyage^ à la distraction ^ au changement d’air, d’habitudes. Sans doute ces causes sont bien puissantes pour la guérison des maladies nerveuses; mais les voyages, les distractions, les charmes d’un beau site sont-ils suffisants pour guérir des rhumatismes chroniques, des paralysies, des engorgements de viscères, des exanthèmes cutanés, des ankylosés fausses, des plaies fistuleuses , suites de coups de feu ? Les eaux minérales contiennent du soufre , de l’acide carbonique, du fer et des sels neutres, dont on fait un fréquent usage en médecine; pourquoi, puisés dans le laboratoire de la nature , n’auraient-ils pas la même vertu que pris dans celui du pharmacien ?La plupart des eaux minérales sont si peu innocentes, qu’on n’en boit pas impunément quand elles sont contre-indiquées, et tous les ans on voit dans les établissements d’eaux minérales des malades victimes de leur imprudence. Loin d’être inertes, les eaux sont parfois si actives, qu’on est obligé, pour modérer leur énergie, de les mêler avec du lait ou tout autre liquide adoucissant. Si l’efficacité des eaux était due au déplacement, à la distraction, elles devraient être sans action lorsqu’on les boit exportées, et cependant, quoique le transport leur enlève une partie de leurs vertus, les praticiens les emploient tous les jours avec succès. Enfin , veut-on une preuve incontestable de l’action puissante que les eaux exercent par elles-mêmes, qu’on exa-

mine leurs effets sur les animaux : chaque année , il arrive à Cauterets , Bonnes ^ Ludion , des chevaux attaqués d’un commencement de pousse ; toutes les fois que cette maladie n’est pas le produit d’une lésion organique, ces chevaux, après avoir bu trois semaines ou un mois l’eau sulfureuse, sont reconduits parfaitement guéris.

11 en est des eaux minérales comme de tout autre médicament ; leur efficacité dépend de plusieurs circonstances accessoires. Elle peut être singulièrement modifiée par les influences atmosphériques. Ainsi, tous les médecins inspecteurs ont remarqué que la température de l’air a une grande influence sur le succès du traitement ; que l’action thérapeutique des eaux diminue par les temps froids et humides , et qu’elle s’accroît dans les temps chauds et secs. Ne sait-on pas aussi que la température élevée de l’atmosphère , en rétablissant la transpiration , contribue à la guérison des catarrhes pulmonaires chroniques, des fleurs blanches, des engorgements lymphatiques et des rhumatismes, tandis qu’elle exerce une influence fâcheuse sur les irritations gastro-intestinales, qui sont exaspérées par la chaleur des eaux thermales jointe à celle de l’air ambiant? Il en est de même à l’approche des orages; lorsque l’air est chargé de fluide électrique, les malades éprouvent un malaise insupportable , leurs douleurs augmentent ou se renouvellent ; alors les eaux, devenues elles-mêmes plus excitantes, doivent être interrompues et remplacées par des boissons rafraîchissantes et des bains d’eau commune. On voit donc que, pour bien apprécier l’action des eaux, il faut tenir compte de leur composition, du régime , de l’exercice , du climat et des influences atmosphériques.

Les effets consécutifs ou tardifs des eaux ne sont pas moins dignes d’attention : si l’action salutaire du liquide minéral se fait ordinairement sentir pendant qu’on en fait usage , il arrive fréquemment qu’elle ne se manifeste que quelque temps après ;

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de pareils résultats se voient tous les ans. Il est essentiel que les malades en soient avertis; quelques-uns même se plaignent d’une exaspération de symptômes qui les désole et les porte à croire que les eaux leur sont nuisibles. Cette exacerbation, le plus souvent passagère, peut se prolonger jusqu’après le départ des malades , qui , rentrés dans leurs foyers, éprouvent un amendement d’autant plus marqué, que la crise a été plus forte. On explique facilement cet effet consécutif par l’excitation minérale qui, pénétrant tous les tissus, retentit plus ou moins longtemps dans les organes souffrants. Cette excitation a besoin de se calmer pour que le bienfait des eaux se manifeste. Pour cela , il est essentiel que les malades, en quittant les eaux, continuent pendant un mois ou deux le régime prescrit pendant qu’ils en faisaient usage, et qu’ils s’abstiennent de tout remède actif. Aussi, pour savoir ce que peuvent les eaux, il vaut souvent mieux interroger les malades qui les ont prises que ceux qui les prennent. La connaissance des effets consécutifs des eaux est indispensable pour compléter les observations recueillies par les médecins inspecteurs; mais il est difficile de les obtenir, à cause de la négligence que mettent la plupart des malades à les communiquer.

Réflexions sur les maladies qu'on observe le plus fréquemment dans les

établissements d’eaux minérales.

Nous venons de voir que les eaux minérales agissent par leurs principes constituants et comme moyen d’hygiène , et que leur puissance thérapeutique est incontestable dans les maladies chroniques. Les établissements d’eaux minérales sont, sans contredit, une bonne école clinique pour étudier ce genre d’affections ; c’est là que l’on peut bien apprécier les causes de ces maladies , leurs symptômes et leurs variétés infinies ; c’est là que l’on reconnaît avec Bordeu que leur

guérison a lieu en passant de l’état chronique à l’état aigu, et que leur solution , comme celle des maladies aiguës , s’opère ordinairement par des efforts critiques qui se manifestent par les selles, les urines, les sueurs et l’apparition de furoncles ou d’abcès sous-cutanés. C’est là que l’on peut se convaincre que beaucoup de maladies chroniques sont entretenues par la métastase d’un exanthème ou d’un principe rhumatismal, goutteux, sur les organes internes (1). C’est là que l’on voit cette foule de malades qui, après avoir épuisé toutes les ressources de la pharmacie’, viennent demander aux sources minérales le soulagement ou la guérison de leurs souffrances. Si le plus grand nombre des maladies chroniques peuplent indistinctement presque tous les établissements d’eaux minérales, c’est une preuve que nous ne connaissons pas bien les effets de chaque source, car la différence de composition des eaux doit nécessairement les rendre aptes à la guérison de maladies ou de périodes de maladies différentes. De nombreuses observations cliniques, rédigées sans opinion préconçue , peuvent seules jeter quelque lumière sur ce point important de la thérapeutique. En attendant, pour se guider dans la prescription d’une eau minérale , le médecin ne doit jamais oublier que l’activité de la source doit être proportionnée à l’état des organes souffrants , à la cause de la maladie , et surtout au tempérament du malade. C’est à la négligence de ce précepte que doivent être attribuées les erreurs commises par la plupart des praticiens en conseillant l’usage d’une eau minérale. En indiquant les maladies qui sont le plus fréquemment observées dans les établissements ther-

(1) Les médecins allemands qui ont écrit sur les eaux minérales ont , sans contredit , exagéré l’influence de ces causes comme productrices des maladies chroniques ; mais il faut avouer aussi que les médecins français n’accordent pas assez d’importance à cette cause de maladies.

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maiix^ tâchoDs de préciser quelques cas dans lesquels telle eau minérale doit être préférée à telle autre.

Maladies des voies digestives. Si l’on considère que les maladies chroniques, comme les aiguës, ont, selon Bordeu et M. Broussais, leur source principale dans les viscères du bas-ventre, on n’est plus étonné de voir affluer aux eaux minérales un grand nombre de malades atteints de lésions des voies digestives , connues sous les noms de gastrite , entérite chronique, gastralgie, dyspepsie, boulimie, pyrosis, coliques , diarrhée ou constipation , maladies qui sont déterminées par différentes causes. Si ces affections sont dues à une dégénérescence squirreuse ou cancéreuse , tout traitement minéral est nuisible ; si elles succèdent à une phlegmasie, ou sont le résultat d’un état nerveux, le changement d’air, une nourriture légère , et surtout l’usage des eaux acidulés (Fougues, Ghâteldon, Bussang, Contrexeville , Seltz, etc. ) , ont l’avantage de modifier la vitalité de la membrane muqueuse de l’estomac, sans l’irriter; si on emploie des eaux minérales plus stimulantes , il faut commencer parles administrer à petite dose, lesmêler avec du lait ou une infusion adoucissante, et diminuer ensuite graduellement la quantité du mélange. Quand la difficulté de la digestion peut être attribuée à un état bilieux ou muqueux des voies gastrointestinales , caractérisé par la bouche pâteuse , amère, la langue sale, couverte d’un enduit muqueux, jaunâtre, on doit avoir recours aux eaux salines (Niederbronn, Bagnèresde-Bigorre, Balaruc, Caiisbad, Pullna, etc. ). Dans tous les cas, il faut insister sur les bains minéraux, qui , en produisant une excitation à la peau, opèrent une révulsion et appellent le sang du centre à la circonférence. Cette dérivation est d’autant plus utile que beaucoup de ces maladies sont dues â la suppression de la transpiration, ou à la rétrocession d’un principe rhumatismal, goutteux, dartreux, psorique , sur les organes digestifs. Cette dernière complication nécessite les

bains un peu chauds et les étuves. En général ^ les individus lymphatiques ou sanguins qui sont atteints d’irritations gastriques se trouvent bien des bains de mer.

Engorgcmeiîts des viscères abdominaux. Lorsque les lésions gastriques , dont nous venons de parler, sont négligées ou aggravées par un mauvais traitement, il survient ce qu’on appelle vulgairement des obstructions ^ des engorgements des viscères du bas-ventre, maladies qui se développent souvent aussi sous l’influence de miasmes marécageux et de fièvres intermittentes opiniâtres. Les eaux minérales peuvent résoudre ces engorgements , lorsqu’ils sont récents , passifs, et qu’ils sont occasionnés par une congestion sanguine veineuse ou une simple hypertrophie du foie ou de la rate , sans autre altération de tissu ; car elles sont impuissantes si le viscère est affecté d’une dégénérescence tuberculeuse , cancéreuse ou fibreuse. Mais est-il des signes caractéristiques à l’aide desquels on puisse distinguer les tumeurs intérieures susceptibles de résolution, d’avec celles dont la nature ne permet pas d’attendre une terminaison aussi heureuse ? Les auteurs se taisent sur ce point, et les praticiens les plus éclairés se trompent dans le diagnostic et le pronostic de ces tumeurs. On voit en effet souvent un engorgement considérable et dur au tact disparaître par l’usage des eaux, tandis que d’autres fois un engorgement peu volumineux, susceptible en apparence de résolution, passe à l’état squirreux, et dégénère en fonte cancéreuse par la boisson des eaux minérales. Les eaux de Vichy sont à juste titre les plus renommées pour la guérison des engorgements abdominaux, mais on en abuse; elles ne réussissent qu’autant que les malades sont d’une constitution peu irritable, et qu’il n’existe plus aucune trace d’inflammation. Chez les individus nerveux , chez ceux dont l’irritation des viscères n’est pas complètement détruite, les eaux acidulés froides (Fougues, Ghâteldon, Gontrexeville , etc. ) sont préférables ; s’il y a un état muqueux ou bilieux, les eaux laxa-

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tives de Niederbronn, Bagiières-de-Bigorre , Balaruc , les eao purgatives de Fuiliia, Sedlitz, en modifiant les sécrétions du foie , du pancréas , des reins ^ et en expulsant les matières bilieuses et muqueuses du tube alimentaire ç, déterminent un effet résolutif très-marqué , en vertu duquel les engorgements chroniques de f abdomen diminuent ou disparaissent. Si ces engorgements sont déterminés par la rétrocession d’un principe rhumatismal ou d’une maladie cutanée, les bains de vapeurs sont alors fort utiles. Lorsque l’engorgement viscéral est de nature scrofuleuse, il faut avoir recours aux eaux ferrugineuses ou sulfureuses.

Maladies des voies urinaires. On a vanté beaucoup d’eaux minérales dans les maladies des voies urinaires, telles que le catarrhe vésical, les coliques néphrétiques, la gravelle et même les calculs. Toutes les eaux un peu excitantes sont utiles dans le catarrhe de la vessie , lorsqu’il n’est pas dû à une phlegmasie, à la présence d’un calcul, ou à une lésion organique de cet organe. Mais dans les affections lithiques,les eaux minérales agissent-elles comme un véritable dissolvant, ou bien comme moyen propre à augmenter la sécrétion de l’urine , qui, plus abondante , peut entraîner avec elle des graviers et de petits calculs ? Les substances minérales paraissent si parfaitement dissoutes, si intimement unies au principe aqueux, qu’on ne peut se refuser à croire que les eaux sont portées dans tout le système vasculaire ; qu’elles charrient, en se mêlant avec le sang, les sels dont elles sont imprégnées, et qu’elles ont une action spéciale sur les reins, la vessie et les pierres qu’ils contiennent. L’eau naturelle de Vichy, dont quelques verres suffisent pour donner aux urines un caractère alcalin, est une preuve convaincante delà pénétration de nos organes par les principes minéralisateurs des eaux. Mais pour que les eaux minérales puissent dissoudre les graviers et les pierres, il faut qu’elles renferment une assez grande quantité de bicarbonate de soude, substance qui a

sm LES EAUX MINÉRALES.

été reconnue par Mascagni^ Marcet, Magendie, etc. , comme un excellent dissolvant des calculs. « Quoique plusieurs sources minérales, dit M. Magendie (1) , contiennent des carbonates terreux ou alcalins , et qu’elles puissent être utilement employées pour combattre la gravelle , il est difficile qu’elles puissent saturer entièrement l’acide urique, à raison de la petite quantité de carbonate qu’elles contiennent. Aussi leur action la plus évidente est-elle d’exciter la sécrétion de l’iirine. » Cette réflexion ne s’applique pas aux eaux de Vicby, qui renferment une forte proportion de bicarbonate de soude. Les eaux de Gontrexeville , de Bussang, etc. , tant vantées dans les affections litliiques, ne dissolvent pas, mais expulsent les graviers en augmentant la faculté contractile de la vessie; elles deviennent même nuisibles , accroissent les douleurs des malades , provoquent quelquefois des hématuries , lorsque le calcul est trop considérable pour traverser le col vésical , parce qu’en enlevant les couches superficielles de la pierre , elles mettent à nu des aspérités qui doublent les soutfrances des calculeux; sous l’influence des eaux de Vichy, au contraire, d’après M. Charles Petit, les malades ressentent un soulagement si prompt au bout de quelques jours, qu’ils croient que leur pierre est déjà dissoute. Cette suspension des douleurs paraît due à ce qu’il se forme à la surface du calcul, aussitôt qu’on emploie cette eau minérale, une sorte d’urate alcalin, sel soyeux dont le contact est onctueux et glissant. Les eaux de Vichy fondent les graviers, au lieu de les expulser au dehors, et les graveleux qui ont été à Contrexeville sont tout étonnés, lorsqu’ils vont à Vichy , de ne pas rendre de gravelle. Il serait fort intéressant d’analyser les urines de ces malades, pour voir si elles contiennent les éléments des graviers; c’est un sujet d’étude qui mérite de fixer

(1) Recherches physiologiques et medicales sur les causes, les signes et le traitement de la gravelie.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

l’attention des médecins de Vichy. Les eaux acidulés et beau» coup d’autres eaux minérales , par l’action spéciale qu’elles exercent sur la sécrétion urinaire, peuvent empêcher le développement du gravier dans les reins et en favoriser l’expulsion; mais pour cela il faut que le malade change son régime et ses habitudes , qu’il se donne plus de mouvement, et surtout qu’il se nourrisse de substances moins succulentes, moins azotées. On sait en effet que plus un individu prend d’aliments azotés, plus il se forme chez lui d’acide urique, qui, étant en excès dans la masse sanguine, va se déposer sous forme de petites concrétions ou de gravier dans les reins.

Maladies des organes génitaux. Il est peu d’eaux minérales qui n’aient été préconisées contre la stérilité. Des auteurs dignes de foi citent des exemples qui prouvent que plusieurs femmes, privées jusqu’alors des douceurs de la maternité, ont vu, par l’usage des eaux, réaliser leurs vœux en devenant fécondes. Les eaux minérales n’agissent pas alors par une propriété spécifique , mais en détruisant la cause de la stérilité. Ainsi , lorsque celle-ci peut être attribuée à une constitution faible , à des fleurs blanches trop abondantes , à un défaut d’excitabilité de la matrice, les eaux sulfureuses, ferrugineuses, les bains de mer, en fortifiant la santé, peuvent rendre les femmes aptes à devenir fécondes ; si , au contraire , la stérilité est due à un état nerveux , à un excès de sensibilité générale ou locale, les eaux de Néris, d’Ussat, de Saint-Sauveur, Bains, Bourbon -Lancy, Luxeuil, etc., sont alors préférables. Nous ne parlerons pas de la stérilité produite par l’oblitération des trompes de Fallope, ou par toute autre lésion organique, parce que dans ces cas tous les secours de l’art sont inutiles.

On peut prévenir par l’usage des eaux cjue nous venons d’indiquer les avortements habituels auxquels sont sujettes quelques femmes d’une complexion délicate, nerveuse^, [dont l’utérus est le siège d’une contractilité anormale. Mais trèssouvent c’est à une pléthore générale ou à un état de turges-

ceiice de la matrice que les avortements sont dus; ici les émissions sanguines, le repos de tout le corps et de l’appareil génital, les boissons rafraîchissantes, sont les moyens auxquels il faut recourir.

Le relâchement des ligaments de la matrice, les fleurs blanches qui dépendent d’une vie sédentaire et qui occasionnent des tiraillements à l’estomac, des gastralgies, etc., sont combattus efficacement par toutes les eaux minérales excitantes et les bains de mer. Il est inutile de remarquer que si la leucorrhée est entretenue par un ulcère, une affection cancéreuse ou un polype de la matrice , tout traitement minéral est déplacé.

Toutes les eaux minérales , principalement les eaux sulfureuses , ferrugineuses , les bains de mer, à raison de leurs propriétés actives, provoquent facilement les règles et les font ordinairement avancer de plusieurs jours. Aussi sont-elles fort salutaires dans la chlorose, dans l’aménorrhée accompagnée de langueur, de pâleur, de bouffissure des chairs, de spasmes, etc. , dans les hémorragies utérines dues à une faiblesse de la matrice , ce qui est commun dans les villes ; mais si la suppression des règles ou leur écoulement trop abondant était dû à une pléthore locale ou à un excès de sensibilité de l’organe utérin , il faudrait avoir recours aux eaux douces de Néris, Luxeuil, Bains, Ems, etc.

Aujourd’hui que les inflammations chroniques de la matrice sont, non pas plus fréquentes qu’ autrefois , mais mieux étudiées, beaucoup d’eaux minérales sont recommandées contre ces affections; mais le traitement minéral ne réussit qu’ autant que l’irritation n’est plus à l’état aigu, qu’il n’y a point d’ulcération, de dégénérescence à l’utérus. Afin de ne pas exciter trop fortement ce viscère , il faut se servir pour les douches vaginales d’ajutages disposés en arrosoir très-fin; le clysopompe,dont l’impulsion est plus douce, est souvent préférable aux douches ascendantes.

CONSIDÉRATIONS G ÉNÉR AIES

Les infirmités nombreuses occasionnées par la masturbation et l’abus des plaisirs vénériens, les pertes séminales involontaires, les gonorrhées chroniques, etc. , sont dissipées ou diminuées par les eaux actives du Mont-d’Or, de Baréges, de Bagnères-de-Luchon , de Bourbonne, et parles bains de mer.

Maladies chroniques de la poitrine. Les eaux minérales sont loin d’être aussi avantageuses dans les maladies de la poitrine que dans celles de l’abdomen. Néanmoins , on emploie avec quelques succès dans les catarrhes pulmonaires, l’asthme essentiel, la phthisie commençante, les eaux du Mont-d’Or, d’Ems, les eaux sulfureuses de Bonnes, de Cauterets, lorsque les malades n’ont pas de fièvre hectique , qu’ils sont d’une constitution lymphatique , et surtout lorsque la maladie dépend de la rétrocession d’un principe morbide. Quand il y a complication de scrofule, les eaux sulfureuses sont préférables à celles du Mont-d’Or. Si le malade est d’un tempérament nerveux, il se trouvera mieux des eaux d’Ems.

Maladies de la peau. Malgré les travaux récents des pathologistes , tout le monde sait que les maladies chroniques de la peau sont très-difficiles à guérir : aussi les malades qui sont atteints de ce genre d’affectiops abondent-ils aux sources minérales. Les eaux sulfureuses sont certainement fort utiles dans ces maladies ; mais on en a abusé. Elles ne conviennent que lorsque les exanthèmes sont anciens , sans inflammation, et qu’ils attaquent des individus lymphatiques. Mais quand ils affectent des personnes irritables , et qu’ils sont accompagnés d’une inflammation plus ou moins vive à la peau, les bains d’eaux légèrement salines d’A^vênes, Néris, Plombières, Bagnoles (Orne), Luxeuil, Louësche, Saint-Gervais , etc. , sont bien plus salutaires, et ils le sont d’autant plus qu’on prolonge plus longtemps leur durée , que la peau est en quelque sorte macérée dans l’eau thermale. Il ne faut pas oublier dans le traitement des maladies cutanées qu’il est quelquefois dangereux de les guérir ; qu’une fois dissipées , elles sont sujettes à des récidives , et que le régime

doit être réglé d’après le genre de vie qu’aura mené le malade. En effet , les dartres ne naissent pas toujours sous l’influence d’une nourriture trop stimulante et d’excès de tout genre ; elles se développent aussi sous l’empire de circonstances malheureuses, de chagrins domestiques et de privations; le régime devra donc être modifié selon les causes déterminantes de la maladie.

Scrofules, rachitis. Les eaux minérales, spécialement les eaux sulfureuses, ferrugineuses, celles qui sont fortement salines, les bains de mer, sont depuis longtemps regardés comme un des principaux moyens pour combattre les scrofules, soit que cette maladie soit déjà développée, ou qu’il n’y ait encore qu’une prédisposition. On sait en effet que , dans le traitement de cette maladie , le but de toutes les médications doit être de faire prédominer le système sanguin sur le système lymphatique ; les eaux minérales , en raison de leur propriété tonique , excitante , remplissent parfaitement cette indication. Les bains sont ici la partie essentielle du traitement ; souvent même chez les enfants, on ne peut mettre en usage que ce seul moyen; le mouvement à l’air libre, au soleil, dans les champs, dans les montagnes , une nourriture succulente , de facile digestion , secondent alors puissamment Faction des eaux. Ges remarques s’appliquent aux ulcères, aux ophthalmies chroniques et aux tumeurs articulaires qui sont de nature scrofuleuse ; cependant il ne faut pas oublier qu’il est dans ces maladies une période inflammatoire qui doit faire préférer des eaux peu actives à celles qui sont trop énergiques ; qu’il en est des maladies du système lymphatique comme de celles de la peau, qu’elles sont opiniâtres, difficiles à guérir, reparaissent quelquefois d’une saison à l’autre et nécessitent souvent plusieurs voyages aux eaux.

Si le vice strumeux affecte de préférence le système lymphatique , le rachitis porte son action sur le système osseux , en altère la structure , le ramollit et détermine un grand nombre de déformations , soit de la colonne vertébrale , soit des membres.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

SG

Lorsque le mal n’est encore qu’à son débuts les bains minéraux, convenablement dirigés, sont sans contredit une des meilleures médications qu’on puisse lui opposer ; ils exercent un effet tonique sur tout le corps, fortifient les membres et donnent à la charpente osseuse un développement et une dureté suffisants pour qu’elle puisse conserver ses formes naturelles , ou résister à toute difformité ultérieure ; les bains de mer , les sources sulfureuses , ferrugineuses , sont alors très-convenables. Il faut s’abstenir dans ce cas des eaux douces d’Ussat, de Néris, de Bains, etc. , et surtout des eaux de Bourbonne, qui jouissent de la singulière propriété de ramollir le tissu osseux. [Voyez Bourbonne.)

Affections rhumatismcdes , sciatiques, etc. On sait que toutes les eaux thermales sont recommandées dans les rhumatismes chroniques; ce genre d’affection est si commun que, d’après les rapports des médecins-inspecteurs , il forme plus du tiers des maladies qu’on observe dans les établissements thermaux. Cette fréquence n’a pas lieu d’étonner, lorsqu’on réfléchit que les rhumatismes sont presque habituels chez les habitants de la campagne , à cause de l’humidité de leurs logements et des intempéries des saisons auxquelles ils sont exposés. Il faut ajouter à cela que les sources thermales , comme au reste toutes les autres médications, soulagent, pallient le rhumatisme pendant un temps plus ou moins long, mais ne le guérissent presque jamais radicalement, et que les malades , se trouvant chez eux soumis aux mêmes conditions atmosphériques, sont sujets à de fréquentes récidives. Aussi voit-on beaucoup de rhumatisants revenir chaque année aux sources thermales, où ils obtiennent un soulagement à leurs douleurs. Il est important que ces malades sachent que, sous l’influence des eaux, leurs souffrances augmentent les premiers jours, et que cet accroissement de douleurs est presque toujours le prélude de leur cessation. On ne doit pas croire que toutes les eaux thermales conviennent également dans toutes

SUR LES EALX M IX LRA LES.

les espèces de rhumatismes. Ceux qui sont anciens , qui sont le résultat du séjour au bivouac , ceux dont sont atteintes les personnes robustes , peu impressionnables , guérissent assez promptement sous l’influence des eaux du Mont-d’Or, de Baréges^ de Bourbonne-les-Bains, de Bourbon-l’ Archambault, de Bourbon-Lancy , de Balaruc , etc. ; mais ceux qui sont compliqués d’un état nerveux exigent une médication moins énergique , et se trouvent beaucoup mieux des eaux de Néris , Luxeuil, Bains, Plombières, etc. Les bains de mer, qui agissent en excitant vivement la peau , et en soutirant l’excès de chaleur dont le sang peut être pourvu , sont utiles aux rhumatisants doués d’un tempérament sanguin. Les rhumatismes goutteux chroniques, qui sont aggravés par les eaux sulfureuses, sont assez promptement guéris par les eaux du Montd’Or.

Nous ne pouvons trop appeler l’attention des médecins sur les rhumatismes intérieurs^ c’est-à-dire sur ceux qui sont répercutés sur des organes internes. Les métastases rhumatismales sont très-fréquentes et déterminent diversesmaladies. Ainsi elles produisent, sur la tête, des névralgies ; sur les yeux, des ophthalmies ; sur les oreilles , la surdité ; sur les fosses nasales , des coryzas opiniâtres ; sur les gencives, l’ébranlement et la chute des dents ; sur le larynx, l’aphonie ; sur les bronches, le catarrhe pulmonaire ; sur les poumons , les pneumonies latentes , l’asthme , la phthisie; sur le cœur, des palpitations ; sur l’estomac , les intestins , des gastralgies , des coliques ; sur le foie , l’hépatite avec ictère; sur la vessie, la cystite; sur l’utérus, le gonflement du col utérin , gonflement qui en impose pour un commencement de squirre , etc. Aujourd’hui qu’on ne cheix^he que les organes souffrants, on s’occupe peu de l’étiologie des maladies , et cependant dans le traitement des affections chroniques , on ne saurait trop tenir compte de leurs * causes. Les eaux thermales , prises en bains, douches, étuves , en favorisant les réactions de l’intérieur à la périphérie , sont

CONSIDÉRATIONS G ÉNÉRALES

très-utiles pour rappeler au dehors le principe morbide fixé sur les viscères. Ce que nous venons de dire au sujet du rhumatisme peut s’appliquer également aux maladies cutanées^ à la goutte.

Goutte. La nature de cette maladie, quoique très-commune , est encore peu connue ; on sait seulement que la diathèse goutteuse est souvent héréditaire, qu’elle se développe par les excès vénériens, par l’abus des spiritueux et par une nourriture succulente, plus copieuse que ne l’exigent les besoins du corps. La coïncidence fréquente de cette maladie avec la gravelle a fait penser qu’il existait dans les humeurs des goutteux de l’acide urique et certains phosphates qui se déposent dans les articulations sous forme de nodus. Toutes les eaux minérales sont nuisibles pendant les accès goutteux; mais, dans Fintervalle des accès, l’usage de quelques eaux peut être avantageux pour les prévenir ou en diminuer la violence. Ainsi les eaux de Néris améliorent l’état des goutteux pendant un an ou deux. Les eaux de Yichy semblent douées du privilège de guérir la goutte ou au moins d’en éloi- ' gner beaucoup les accès , comme le démontrent les observations cliniques de M. Petit. {Voyez Vichy.) On doit s’abstenir des bains sulfureux, qui, presque constamment, rappellent les accès de goutte.

Paralysies. Lorsque les paralysies ont pour cause une métastase rhumatismale ou herpétique, lorsqu’elles sont produites par des émanations métalliques, on peut espérer, par l’emploi des eaux thermales , sinon une guérison complète , au moins un soulagement marqué. C’est dans ces cas que les eaux dont la température est élevée réussissent ; les eaux sulfureuses paraissent avoir une action spéciale sur les paralysies saturnines. Mais quand la paralysie est le résultat d’une affection encéphalique , le traitement minéral exige beaucoup de prudence dans son administration. C’est ici que l’excitation provoquée par les eaux peut devenir très-dangereuse , si on

lui laisse dépasser les bornes dans lesquelles elle doit être contenue pour produire les effets favorables au malade. On doit interdire les bains d’eaux thermales toutes les fois qu’il existe des symptômes de congestion active vers le cerveau. Quelques eaux, telles que celle de Bourbonne-les-Bains , Balaruc, Bourbon-1’ Archambault, Bourbon-Lancy, la Bourboule , sont très-renommées contre les différentes espèces de paralysie; c’est probablement à leur grande chaleur qu’elles doivent cette réputation. Cette température élevée , fort utile dans les paralysies rhumatiques, est souvent nuisible dans les paralysies cérébrales; à Bourbon-!’ Archambault,, à Bourbonne-les- Bains, on ne donne dans ce dernier cas que des bains généraux tempérés et souvent des demi -bains: ce traitement à la vérité diminue lentement la paralysie , mais il prévient les congestions sanguines vers la tête , accident qui a lieu fréquemment à Balaruc, où les paralytiques sont plongés tous les jours pendant une huitaine dans un bain chaud.

Maladies nerveuses. Si nous parlons en dernier lieu des affections nerveuses, c’est qu’elles compliquent souvent presque toutes les maladies que nous venons d’indiquer. On est peutêtre étonné de la multiplicité d’eaux minérales qui ont été conseillées comme moyen curatif des névroses, telles que l’hypocondrie , l’hystérie , la catalepsie , la migraine , la chorée , les tremblements nerveux, les névroses gastro-intestinales; mais si. l’on considère que ces affections se développent le plus ordinairement à la suite d’impressions morales, on conçoit que les eaux niinérales sont souvent la seule médication efficace , et qu’elles réunissent toutes les conditions favorables pour le rétablissement des malades, savoir : le changement d’air, d’habitude, de la manière de vivre, l’éloignement des affaires, de toutes les causes de chagrins, et enfin les charmes d’une société nouvelle. Les eaux minérales douces et tempérées, telles que celles de Saint- Sauveur, d’Ussat, d’Ems, de Bains,

CONSIDIÎRAÏIONS G ÉNÉR ALES

de Néris (1)^ Plombières, Luxeuil, doivent être préférées; il faut les prendre plutôt à F extérieur qu’en boisson, et les bains doivent être tièdes, un peu frais et prolongés. Les névropathiques, d’une constitution lymphatique, qui peuvent réagir contre l’impression du froid , ceux qui étant d’un tempérament sanguin ont besoin de perdre un excès de chaleur, se trouvent bien des bains de mer de courte durée ; mais , lorsque les maladies nerveuses ont duré pendant quelque temps, elles sont presque toujours accompagnées, surtout l’hypocondrie , d’embarras des viscères du bas-ventre comme le prouvent les flatuosités , la dyspepsie, dont se plaignent les malades : c’est alors qu’il faut avoir recours aux eaux légèrement salines de Plombières, de Bagnères-de-Bigorre , etc. Si les accidents nerveux sont le produit de causes métastatiques, telles que suppression ou irrégularité du flux menstruel ou hémorroïdal, répercussion d’une sueur habituelle ou d’une éruption dartreuse ou psorique , il faut recourir aux bains chauds , aux douches , aux étuves.

Maladies chirurgicales. Il nous reste à parler des raideurs d’articulations, des contractures des membres : toutes les eaux thermales jouissent alors à peu près de la même eflicacité; cependant il ne faut pas oublier qu’il ne faut envoyer aux eaux thermales les malades convalescents de fracture que six à huit mois après l’accident, lorsque le cal est parfaitement consolidé, parce que plusieurs de ces eaux, et particulièrement celles de Bourbonne, possèdent la propriété de ramollir le tissu osseux ; ne pourrait-on pas faire une application de cette remarque à la thérapeutique des fractures vi-

(1) Saint-Sauveur , Ussat , Bains , Néris , Ems , possèdent si bien cette propriété calmante, que la grande majorité des personnes qui se rendent à ces localités thermales est composée de femmes dont la plupart des maladies , comme l’on sait, se développent sous l’influence du système nerveux.

deusement consolidées? quant aux blessures par armes à feu, aux ulcères fistuleux, aux caries, ces maladies sont plus sûrement guéries parles eaux de Baréges, d’Aix, de Digne, Bagnères-de-Luclion, Bains près d’Arles, Bourbonne-les-Bains, que par les autres sources thermales.

Les considérations précédentes prouvent qu’il en est des eaux minérales comme de tout autre médicament , c’est-à-dire qu’il faut les approprier à la nature, à la cause de la maladie, à l’état des organes souffrants et surtout au tempérament du malade; elles expliquent pourquoi les médecins préposés à l’administration des eaux minérales les plus différentes par leur composition, n’en préconisent pas moins chacun la sienne dans les mêmes maladies , sans qu’on ait le droit de leur imputer des buts intéressés ; c’est au médecin qui envoie un malade aux eaux, à bien étudier l’espèce, la période de l’affection et à juger le degré d’excitation convenable pour opérer la guérison ou le soulagement. Mais il faut avouer que les médecins négligent trop l’étude des eaux minérales pour donner à ce sujet un conseil bien motivé.

Dangers des Eaux minérales.

En recommandant les eaux minérales dans les maladies chroniques, nous sommes 1 oin de dire qu’on en puisse user indifféremment. Ce n’est pas un remède innocent, comme le pensent quelques médecins qui n’ont jamais visité de sources minérales. Ce dicton populaire, « si les eaux ne font pas de bien, elles ne font du moins pas de mal, » a causé plus d’un accident fâcheux. On devrait dire avec plus de raison que la plupart d’entre elles font beaucoup de bien ou beaucoup de mcd. En effet, on a vu souvent des individus qui n’étaient point malades , boire des eaux par curiosité et être frappés d’inflammation gastro -intestinale. 11 en est de celte médication comme de toutes celles qui ont quelque énergie ; elle a besoin d’être employée avec prudence et discernement : mal appliquée, elle peut occasionner des

CONSIDÉIIATIONS GÉNÉUALKS

désordres funestes. Bien des malades abusent de ce remède en le prenant avec précipitation et excès, soit en en buvant trop, soit en se baignant trop longtemps et dans une eau trop chaude, soit, en un mot, en outrant tous les exercices ; ils doivent se laisser guider par le médecin habitué à en diriger l’usage.

Les eaux minérales, étant toutes plus ou moins excitantes, ne conviennent pas dans les maladies aiguës , ni dans celles qui sont accompagnées d’une irritation un peu vive ou d’un excès d’irritabilité; elles sont nuisibles aux personnes d’un tempérament sanguin et pléthorique, à celles qui sont disposées aux congestions cérébrales et à l’hémoptysie. Il faut les interdire dans les maladies de l’encéphale, dans l’épilepsie, les anévrismes du cœur ou des gros vaisseaux, les suppurations internes, les épanchements sanguins ou séreux dans les cavités, et dans toutes les dégénérescences squirreuses ou cancéreuses. Dans tous ces cas, les eaux, en activant la circulation , allument la fièvre et accélèrent la mort des malades. Ce précepte est trop souvent oublié par beaucoup de médecins , qui , ne considérant dans les eaux que leur effet hygiénique , y envoient indistinctement tous leurs malades incurables : ces malheureux périssent ainsi beaucoup plus vite.

Remarques sur V association des médicaments aux Eaux minérales.

Quelle que soit l’efficacité des eaux minérales, leur usage réclame , dans plusieurs cas, celui de quelques remèdes propres à seconder leur action. Hoffmann donne les plus grands éloges à la combinaison du lait avec les eaux minérales. Dans le traitement des scrofules , Théophile Bordeu a obtenu des avantages signalés de l’union des frictions mercurielles aux eaux de Baréges. Pour la curation des dartres, on ajoute avec succès aux eaux, les sucs d’herbes dépuratives, les laxatifs et quelques pilules de Belloste. Les substances dites fondantes, les purgatifs salins, associés aux eaux, peuvent être utiles dans les engorgements dés viscères.

C’est au médecin-inspecteur à connaître ^ à distinguer les cas où la nature n’a besoin que des eaux^ de ceux où la combinaison d’autres médicaments devient indispensable ; il faut consulter l’idiosyncrasie du sujet, l’état des organes malades, et se rappeler que, dans le traitement des affections chroniques, on ne doit pas surcharger la nature de remèdes qui, loin de l’aider , ne tendent qu’à l’opprimer dans beaucoup de circonstances. Les malades qui viennent aux sources minérales ont le plus souvent épuisé toutes les ressources de la pharmacie ; leur estomac est fatigué de drogues dégoûtantes dont on l’a accablé, et leur suspension n’est peut-être pas un des moindres avantages que les malades retirent de leurs visites aux fontaines minérales.

Autant que possible , il faut s’abstenir de médicaments et laisser aux eaux, à l’air pur, au régime, toute leur action sur les malades. Les médecins qui savent utiliser les eaux sous toutes les formes leur associent rarement des agents pharmaceutiques. Ils ont plutôt recours à des saignées par les sangsues ou par la lancette , aux ventouses et aux cornets. Ce dernier moyen, employé dans quelques établissements d’eaux minérales, et surtout à Bourbon-Lancy , consiste en une petite corne de taureau percée à sa pointe ; l’aspiration de celui qui l’applique opère le vide, comme la combustion sous la ventouse.

Nous ne pouvons trop engager les médecins-inspecteurs à établir auprès de leurs sources un dépôt d’eaux minérales les plus célèbres. Il se présente beaucoup de cas où ils pourront les combiner avec celles qu’ils administrent. Les eaux purgatives peuvent remplacer ce qu’on appelle vulgairement les médecines noires , pour lesquelles les malades ont une répugnance invincible.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Précautions qu’on doit prendre avant , pendant et après l’usage

des Eaux minérales.

Les eaux minérales n’opèrent de bons effets qu’autant qu’elles sont précédées^ accompagnées et suivies des précautions que nous allons exposer. Examinons d’abord l’époque où l’on peut prendre les eaux.

Üe l’époque où Von peut prendre les Eaux.

Il ne suffit pas qu’un remède soit indiqué , il faut , comme l’a dit Hippocrate, que les circonstances favorisent son activité et ses succès. La saison où l’on doit prendre les eaux est donc très-importante à déterminer. Gomme la plupart des eaux minérales jouissent des mêmes propriétés dans tous les temps de l’année , quelques auteurs ont pensé qu’on pouvait les prendre indifféremment dans toutes les saisons. Cependant, 1“ dans l’hiver le mauvais état des routes, la difficullé de voyager, le froid, la pluie, la neige, les brouillards , qui ne permettent pas aux malades de sortir de leur chambre et de se promener, la crainte bien fondée des affections catarrhales , des rhumatismes , éloignent avec raison les malades du séjour des eaux. On ne doit y avoir recours pendant cette saison que dans certaines circonstances où tout retard est impossible. 2“ Autrefois on regardait comme dangereux de boire les eaux pendant l’été , et surtout durant la canicule ; on craignait de provoquer alors la nature à de trop grands efforts, en joignant des moyens artificiels d’excitation à ceux qu’elle avait déjà ; mais les plus fortes chaleurs se font presque aussi souvent sentir avant et après la canicule,, que pendant sa durée, Néanmoins, lorsqu’il fait une chaleur très-ardente, il est prudent de modérer l’emploi des eaux , ainsi que celui des bains et des douches , qu’il faut même suspendre , quand on a lieu de craindre une congestion sanguine vers le cerveau ou la poitrine, chez les malades dis-

SUR UES Ex4UX MINÉRALES.

posés à l’apoplexie ou à l’hémoptysie. 3“ Le commencement du printemps et la lin de l’automne sont toujours un peu froids, surtout dans les pays montagneux où sourdent les eaux minérales. Les saisons les plus favorables à l’usage des eaux sont la fin du printemps, l’été et le commencement de l’automne. C’est en effet dans ces temps de l’année que les eaux ont le plus d’activité et que les forces de la vie sont le mieux disposées à établir un travail qui doit amener la solution d’une ancienne maladie. C’est alors que les ressources de fhygiène , si puissantes dans le traitement des maladies chroniques , exercent l’influence la plus avantageuse ; qu’on peut le plus facilement entreprendre un long voyage, si l’on est éloigné des sources, et qu’on peut le mieux jouir des plaisirs et des agréments de la campagne.

En général, les sources d’eaux minérales doivent être fréquentées plus tard dans les pays septentrionaux, et plus tôt dans les méridionaux. De là résulte la nécessité de choisir la saison convenable à chaque source.

Précautions à prendre avant l’usage des Eaux minérales.

Les eaux minérales ne conviennent ni à toutes les maladies ni à tous les malades.

Il ne faut se déterminer à boire les eaux, que d’après le conseil d’un médecin instruit, après lui avoir bien expliqué son mal, son tempérament, le degré de ses forces, et ses habitudes.

Le médecin , véritablement ami de l’humanité , ne doit jamais attendre que le malade soit dans un état désespéré pour l’envoyer aux eaux, comme à son dernier refuge. Il doit chercher à distinguer les cas absolument incurables, de ceux qui peuvent trouver un secours eificace dans le voyage aux sources minérales. C’est à lui à choisir la fontaine qui , eu égard à sa situation , à l’activité , à la température des eaux , à l’affec-

46 CONSIDÉRATIONS GlîNÉRALES

lion morbide et au tempérament du malade , paraît la plus convenable.

Il serait à désirer que chaque médecin donnât à ceux qu’il envoie aux eaux un bulletin exact et détaillé de leur maladie; instruits par lui, les médecins -inspecteurs n’auraient d’autre tâche à remplir que celle de surveiller l’administration du remède, et de le faire concourir au traitement adopté.

Il faut quelquefois se préparer par des remèdes généraux; 'mais cette règle n’est pas nécessaire, ni avantageuse à tous les malades; c’est au médecin à décider s’il faut être purgé ou saigné auparavant.

L’ignorance a fait naître et la routine a conservé l’emploi des purgatifs avant et pendant l’usage des eaux minérales. L’expérience confirme chaque jour que les purgatifs sont nuisibles, lorsque les fonctions de l’estomac se font dans l’ordre de la nature. Sydenham se plaignait déjà de cet abus. Cependant , lorsqu’il existe des symptômes d’embarras gastrique ou intestinal , il faut , avant de commencer à prendre les eaux , faire disparaître ces accidents par un émétique ou un cathartique, selon l’indication.

La saignée , dont on a fait un précepte général , est le plus souvent inutile et quelquefois même contre-indiquée ; c’est seulement dans quelques cas d’une constitution pléthorique , d’une évacuation supprimée, d’une habitude dès longtemps contractée de la saignée , d’un genre de vie livré à la bonne chère, que l’on peut se permettre d’ouvrir la veine.

Avant de commencer le traitement , il faut se reposer pendant deux ou trois jours , prendre quelque boisson rafraîchissante, un bain d’eau commune, afin de calmer l’excitation produite par le voyage.

Régime que Von doit suivre j)endant Vusage des Eaux minérales.

C’est à l’aide du régime que l’on parvient à guérir les maladies les plus rebelles, et les eaux minérales n’ont aucune puis-

sance, si l’on n’observe pas en même temps les règles que prescrit l’hygiène.

Il est des personnes qui , dès qu’on leur a ordonné l’usage d’une eau minérale, se rendent arbitres de leur propre conduite , et pensent qu’il n’y a qu’à boire et que tout ira bien ; elles n’ont pas besoin d’un homme instruit pour les guider dans la quantité de la boisson, des aliments, dans l’exercice; ou bien elles s’en rapportent aux différents doîineiirs d’avis qui fourmillent auprès des sources minérales, et qui ne connaissent ni la médecine ni les eaux. Pour retirer de son voyage tout le succès qu’on a lieu d’en attendre, il faut consulter fréquemment le médecin-inspecteur, lui faire part des effets des eaux, et suivre ses conseils. Essayons de tracer les préceptes généraux qui doivent servir de base de conduite aux buveurs d’eau et aux baigneurs.

1“ Rechercher un air pur; faire renouveler souvent celui de l’appartement que l’on occupe ; ne pas s’exposer à la chaleur du soleil ni au serein, qui est pernicieux auprès de quelques sources.

2“ Régler ses repas ; le matin , après la boisson d’eau minérale, prendre un aliment léger et un peu de vin vieux de bonne qualité ; ne faire usage du café et du chocolat , qu’ autant qu’on en a contracté depuis longtemps l’habitude.

Au dîner, manger des viandes tendres, rôties, grillées, bouillies, du poisson, des légumes cuits au gras. Au dessert, faire usage de fruits bien mûrs, de confitures, et de café même, si l’estomac y est accoutumé.

Le souper doit être léger ; les eaux passent mieux le lendemain , quand l’estomac est dans un état de vacuité. Il doit consister en légumes, en potages, en œufs, ou en quelques compotes de fruit.

S’abstenir de viandes noires, salées, de ragoûts, de salade, de pâtisserie, de fruits crus et acides, de fromages salés, de liqueurs alcooliques. Les eaux minérales provoquent quelque-

GONSIDÉTIATIONS GÉNÉRALES

fois un si grand appétit , qu’il est dangereux de s’y abandonner : aussi faut-il être circonspect sur la quantité d’aliments. Lorsque l’estomac est rempli d’un trop grand nombre de substances, la nature ne peut pas s’occuper du rétablissement de la santé.

Dans les maladies graves et de longue durée, ce n’est pas en mangeant beaucoup qu’on reprend des forces; plus de malades les ont perdues en mangeant trop, qu’en ne mangeant pas assez.

3" Les vêtements contribuent beaucoup à la santé des hommes. Sydenham disait que la mode de changer d’habits suivant les saisons avait tué plus de monde que la poudre à canon.

Les vêtements doivent être légers et chauds. Les sources minérales sont presque toutes situées dans des vallons entourés de montagnes, où l’air est froid , humide, et la température atmosphérique très-variable : on ne doit porter que des habits de laine.

4° Il est extrêmement utile que les excrétions se fassent dans leur ordre et leur état physiologique. Aussi doit-on, pour favoriser la transpiration, se vêtir chaudement, surtout pendant l’usage des eaux thermales. Si les selles sont trop fréquentes, il faut les modérer; on les provoque au contraire, s’il y a constipation.

5° L’exercice est favorable à la guérison des maladies chroniques. Les promenades sont un objet important, et l’exercice à pied, à cheval ou en voiture, est d’une nécessité impérieuse.

Éviter les exercices violents, longs, fatigants du corps et de l’esprit. Les malades doivent régler leurs courses sur leurs forces et leur susceptibilité nerveuse.

Se coucher et se lever de bonne heure , et ne rester que six à sept heures au lit quand on dort tranquillement.

Celse et l’école de Salerne recommandent le repos après le

repas; des auteurs célèbres prétendent au contraire que l’exercice est nécessaire pour hâter la digestion. Sur ce point, la connaissance que chacun peut avoir acquise de son tempérament ou de ses habitudes est le meilleur guide qu’il puisse consulter.

6° Les passions influent puissamment sur la santé. Les malades doivent bien se persuader que ce n’est pas en pensant toujours à leur maladie, en s’occupant sans cesse de son traitement, qu’ils parviennent à guérir d’une manière plus prompte. Ils doivent éloigner de leur esprit les affaires, les inquiétudes, les chagrins de la vie, s’égayer et s’amuser sans application au milieu d’une agréable et paisible société. Ceux qui veulent soigner sérieusement leur santé, et entre autres les personnes atteintes d’engorgements dans les viscères, doivent fuir les plaisirs bruyants et tumultueux, et rechercher le calme et la tranquillité. La plus grande dissipation , les distractions continuelles , les assemblées nombreuses , sont utiles aux individus dont la sensibilité est seule affectée pour rompre la chaîne d’idées tristes et mélancoliques qui les assiègent de toutes parts.

Nous n’insisterons pas davantage sur ces préceptes généraux, qui doivent être modifiés selon une multitude de circonstances, et qui, quoique répandus dans la plupart des ouvrages, n’en sont pas mieux observés par le plus grand nombre des malades.

Après avoir indiqué d’une manière générale le régime qui convient aux personnes qui fréquentent les eaux pour rétablir leur santé, occupons-nous de l’hygiène, ou des soins qu’exigent, chacun en particulier, le buveur d’eau et le baigneur.

Hygiène du buveur d’Eau minérale.

Nous n’exposerons ici que les règles communes à tous les buveurs; comme il en est de particulières que nécessitent l’âge, le sexe, la force, l’habitude, les circonstances, nous

50 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

engageons le malade à consulter le médecin auquel il a donné sa confiance.

C’est à la pointe du jour/ dans les belles matinées, que l’on va à jeun boire les eaux à la source. On les prend par verre de cinq à six onces; on en boit d’abord quelques verres, et on augmente chaque jour la dose jusqu’à la quantité que l’on peut supporter sans s’incommoder. On laisse entre chaque verre un intervalle d’un quart d’heure, d’une demi-heure, que l’on consacre le plus souvent à un exercice modéré. Lorsqu’on boit à la source, il faut avaler d’un trait; il faut que l’eau ne perde, ni son gaz, ni sa chaleur (1).

Si le genre de maladie , ou la pluie , le brouillard , le froid, ne permettent pas de se rendre à la fontaine , il faut envoyer chercher l’eau à la source dans un vase bien fermé, pour prévenir l’évaporation des principes volatils. Si l’eau est chaude , il faut envelopper le vase de grosse laine , afin que le liquide salutaire puisse conserver plus longtemps sa chaleur.

Tantôt on boit les eaux pures, tantôt on les coupe avec le lait ou la décoction de quelques plantes; quelquefois on ajoute des sels neutres, suivant les circonstances où se trouve le malade.

On peut boire, soit en se promenant, soit dans le bain, soit dans le lit. Ces trois manières sont bonnes , et il ne faut donner la préférence qu’à celle qui permet aux eaux de passer le mieux. Si le malade observe qu’elles passent mieux par l’exercice , il faut qu’il se promène. Quand elles sont digérées également de toutes les manières , on peut en boire une partie en se promenant, et une partie dans le bain.

(1) Persuadées que la distracfion et la gaîté contribuent au bon effet des eaux , plusieurs administrations locales , celles de Niederbronn , de Carlsbad , de Pyrrnont , ont établi une musique agréable , variée ; et c’est au son des instruments que la foule des buveurs se promène chaque matin.

L’eau passe bien^ lorsqu’elle ne pèse pas sur Festomac, qu’elle n’excite pas d’envies de vomir , qu’elle ne cause ni gêne, ni douleur de tête, et qu’au bout d’un quart d’heure, une demi-heure, on se sent disposé à boire un second verre.

C’est à tort que des malades se persuadent que les eaux ne passent pas, lorsqu’ils n’urinent pas incontinent. On ne les rend quelquefois que six ou huit heures après les avoir bues.

Ceux qui ont une répugnance naturelle pour les eaux minérales, doivent les prendre à faible dose , parce que le dégoût les empêche de passer facilement. Lorsqu’il existe plusieurs sources dans le même endroit, il faut essayer et choisir celle dont l’estomac pourra supporter les eaux. En général , il est prudent d’aller en tâtonnant de la source la moins active à la plus forte ; cette méthode est sûre.

Les personnes qui fréquentent les sources minérales pour leur plaisir ne doivent boire les eaux qu’ea petite quantité. 11 faut se méfier des remèdes les plus simples.

L’excès des meilleures choses nuit; il ne faut donc pas imiter ceux qui, dans l’intention de hâter leur guérison, et d’abréger leur séjour aux eaux, en boivent de grandes doses les premiers jours de leur arrivée. Cette conduite occasionne des pesanteurs d’estomac, des douleurs générales, des gastrites, des fièvres inflammatoire, bilieuse, putride. Les eaux minérales ne sont pas un remède à produire en peu de jours les etfets qu’on peut en attendre. Quatre-vingts livres d’eau , prises en trois ou quatre jours, ne feront pas le même effet que cette même quantité , prise en vingt-cinq ou trente jours. C’est par un grand nombre de petits effets, augmentés de jour à autre , qu’on obtient les plus parfaites guérisons.

En général , les femmes qui ont leurs règles doivent suspendre le traitement minéral, qui est souvent trop excitant.

Les eaux minérales peuvent convenir aux enfants, aux vieillards , en variant la quantité selon l’état des forces.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Toutes les eaux froides qui contiennent de Tacide carbonique doivent être bues telles qu’elles coulent à la source. La chaleur hâte leur décomposition^ et dès-lors, on ne peut compter sur leur effet. Cependant si l’estomac ne peut supporter celles qui sont très-froides, on en fait chauffer un peu, et on en mêle une cuillerée dans un verre d’eau de la fontaine.

Il ne faut déjeûner qu’une heure ou deux après avoir cessé de boire , lorsque l’on sent l’estomac entièrement libre et le besoin de prendre quelques aliments.

Si les eaux ne produisent pas d’abord tout le bien qu’on en attend, il ne faut pas se décourager ; il est des tempéraments difficiles à émouvoir, et des maladies opiniâtres.

Il ne faut pas terminer l’emploi des eaux d’une manière brusque; mais, sur la fin, diminuer progressivement la dose, et revenir à la quantité par laquelle on a commencé. En effet, l’économie animale supporte difficilement les changements subits et intempestifs.

Les buveurs urinent beaucoup. La quantité de l’urine est assez égale à celle des eaux , et rarement moindre , à moins que des sueurs , la diarrhée ou la salivation , ne surviennent.

Hygiène du Baigneur.

On ne doit jamais se baigner lorsque le corps est trèsfatigué ou en sueur.

Il ne faut entrer dans aucun bain que quatre ou cinq heures après avoir mangé, et encore est-il nécessaire de ne pas sentir de pesanteur, à l’estomac. L’oubli de cette précaution a souvent occasionné l’apoplexie.

Pendant la durée de leurs règles, les femmes doivent s’éloigner du bain.

Il n’est pas indifférent de se plonger dans un grand bassin ou dans une baignoire ; l’impression que le poids de l’eau

SUR LES EAUX MINFIrALES.

exerce à la surface du corps est en raison directe de la masse du liquide. Voijez l’article Piscine.

Il est toujours à propos de fixer dans des proportions relatives à l’état des malades, et la chaleur, et le volume d’eau où ils doivent se baigner.

Chaque baignoire devrait être munie d’un thermomètre, afin de ne prendre le bain qu’à la température prescrite par le médecin, comme cela se pratique au Mont-d’Or.

Pour prévenir l’évaporation des principes volatils des eaux, il serait à désirer que toutes les baignoires fussent exactement fermées par un couvercle.

C’est ordinairement le matin à jeun que l’on va au bain ; on peut s’y rendre plusieurs fois par jour; cependant, en général, un bain seul suifit.

Lorsque le genre d’affection exige que le malade prenne les bains chauds, il faut les faire précéder par des bains tempérés, dont on augmente chaque jour la chaleur. Les bains chauds seront de courte durée.

On peut se plonger dans le bain , nu ou revêtu d’une chemise qui met à l’abri du froid les parties du corps qui ne sont pas dans l’eau. Il faut se couvrir la tête pour la garantir des vapeurs aqueuses.

Pendant lu durée des bains, on peut causer, ou lire un ouvrage amusant; il faut écarter, autant que possible, de son esprit les idées tristes.

On peut boire avec avantage les eaux minérales dans le bain; l’estomac, environné d’une douce chaleur, les digère facilement.

En général, il ne faut pas manger dans le bain; cependant si le malade éprouve de la faiblesse , une défaillance, on peut lui donner un bouillon.

Quelquefois les vapeurs d’eau minérale occasionnent au baigneur la syncope, qui cesse dès cju’il respire un air frais, ou qu’on lui fait boire un peu de vin pur.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Il est utile avant le bain froid (bain de mer) de faire un peu de mouvement , qui ne doit être porté que jusqu’au point où Ton est échaulfé. Il est d’observation que si l’on sort d’un repos trop prolongé pour entrer immédiatement dans le bain froid , on en reçoit à un plus haut degré les effets débilitants. Le bain froid doit être de courte durée (cinq à dix minutes) , et, en général^ d’autant moins long^ que la susceptibilité nerveuse est plus grande et que l’eau est plus froide.

En quittant le bain froid, il faut s’essuyer promptement, se faire frotter fortement et vite avec des linges bien secs et non chauffés, s’habiller, et prendre un léger exercice qui n’ira point Jusqu’à la sueur.

La durée du bain chaud est de quinze à vingt minutes; il faut en sortir dès qu’on éprouve des anxiétés , des étouffements , un peu de vertige.

La durée du bain tempéré est d’une heure, deux heures, et même davantage, selon l’état des forces du malade.

Avant de sortir du bain chaud et du tempéré, il faut avoir du linge sec et chaud tout prêt, afin qu’aussrtôt qu’on est dehors, on soit couvert, et même enveloppé, soit d’un grand peignoir, soit d’un drap. Il faut se faire bien essuyer, bien sécher, et se faire frictionner avec des tissus de laine. Pendant le reste de la Journée, on doit se garantir de l’impression du froid.

Faut-il, après le bain tempéré , se mettre dans un lit chaud? En général, le bain n’étant salutaire qu’autant qu’il favorise une sueur douce et aisée, il est de la plus grande utilité de se coucher en sortant du bain. Pvien n’est plus préjudiciable aux malades que de les surcharger de couvertures, et de susciter des sueurs violentes et forcées.

Doit-on dormir après le bain? On peut le faire si on n’a pas dormi la nuit ; sinon il vaut mieux se livrer au mouvement et à un léger exercice.

Lorsque le baigneur n’est pas trop fatigué , lorsque son

corps n’est plus couvert de sueur, il peut prendre des aliments.

Les baigneurs doivent toujours être chaudement vêtus, et s’abstenir des habits d’été; la transpiration est essentielle pendant le traitement par les eaux thermales.

( Voyez l’article Douches et Étuves pour les précautions qu’elles nécessitent. )

Accidents qui peuvent survenir pendant l’usage des Eaux minérales.

Comme les maladies et les tempéraments offrent de nombreuses variétés impossibles à décrire, le médecin-inspecteur est obligé de diminuer ou d’augmenter l’énergie des eaux, et, dans quelques cas, de les interrompre pour adopter d’autres moyens. C’est ce qui arrive , lorsque , durant la cure , il apparaît quelque accident. Voici les plus fréquents, et les moyens d’y remédier.

La fièvre qui survient durant le traitement ne doit pas tou^ jours inquiéter le médecin et le malade. Elle est souvent un moyen de guérison employé par la nature. Pendant sa durée, il faut garder le repos, manger peu, et suspendre la boisson minérale.

On doit tenir la même conduite lorsque les eaux ne passent pas bien, lorsque l’on ressent du malaise, de la chaleur à la peau , une diminution de l’appétit, la langueur des forces.

Il est très-fréquent de voir des personnes qui font abus des eaux minérales , et qui par là s’irritent l’estomac ; elles éprouvent des douleurs à l’épigastre , une anxiété générale ; la bouche devient mauvaise, la langue rougit, la peau se sèche, le pouls est petit, fréquent. A la première apparition de ces symptômes, les malades doivent se soumettre à la diète , et prendre des tisanes acidulés , telles que de la limonade végétale, de l’orgeat, de l’orangeade, de l’eau oxymellée. L’intensité des symptômes nécessite quelquefois l’application des sangsues à l’anus ou à l’épigastre. Le médecin-inspecteur des

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

eaux ne peut surveiller avec trop d’attention Faction de ce liquide sur l’estomac des malades; c’est en proportionnant la dose de ce remède à la susceptibilité de cet organe trèsimportant ^ qu’il préviendra des accidents fâcheux.

L’abattement dont se plaignent les malades pendant le traitement minéral n’est pas ordinairement le résultat d’une faiblesse réelle, mais bien de l’excitation des organes, excitation nécessaire pour opérer la guérison.

L’augmentation des douleurs n’est pas toujours un signe dangereux; la plupart des eaux déterminent cet effet, qui cède facilement au repos et aux boissons délayantes ; souvent aussi cette exaspération est l’avant-coureur d’une crise favorable par la peau, les urines, les selles : Dolor amarissimiim naturœ remediwn , dit Sydenîianu

Les autres accidents les plus fréquents sont : l"" un sentiment de froid dans la région épigastrique ; on le fait cesser en se couvrant la région de Festomac avec des linges chauds, et en buvant une tasse de café , de vin chaud, ou de quelque autre boisson excitante ; T une pesanteur incommode, accompagnée de tiraillements, de gonflement à l’épigastre : on y remédie par quelques cuillerées d’eau de fleur d’oranger, de menthe , ou quelques gouttes d’éther ; o" la constipation ; elle cesse spontanément au bout de quelques jours par une vie active, ou bien on la combat par quelques gros de sel neutre que l’on mêle à la boisson ; 4° les vomissements ou la diarrhée ; si des symptômes concomitants , tels que la rougeur de la langue , la chaleur et l’aridité de la peau dénotent un état inflammatoire, il faut suspendre l’eau minérale, et se .borner aux adoucissants et à la diète ; si ces accidents sont purement nerveux, les calmants suffisent.

Il est des bains d’eau thermale qui déterminent au bout de quelques jours une éruption miliaire à la peau ; cet exanthème est presque toujours suivi d’un soulagement ou de la guérison.

Les eaux acidulés et ferrugineuses produisent quelquefois un léger mal de tête, de l’assoupissement et une sorte d’ivresse. Ces accidents sont de courte durée , et disparaissent par l’exercice. Pour les prévenir, on peut, avant de boire les eaux, laisser dégager à l’air libre une partie des gaz qu’elles contiennent.

Enfin , si pendant le traitement il survient une maladie aiguë, il faut surseoir l’usage des eaux pour combattre, d’après les principes de la médecine , la complication qui se manifeste.

De la durée du séjour aux Sources minérales.

En général, pour déterminer la durée du séjour aux sources minérales, il faut avoir égard à l’âge, au sexe, au tempérament, à la maladie, à l’état actuel du malade , et à l’action plus ou moins prompte des eaux sur certains sujets. Il est évident que toutes les affections chroniques ne peuvent guérir dans le même espace de temps; plusieurs personnes n’ont recouvré la santé qu’en prenant les eaux pendant six semaines ou deux mois , et même pendant plusieurs années. Cependant l’usage a consacré pour la durée du traitement aux sources minérales un temps déterminé, qu’on appelle communément saison, qui est dix, c{uinze, dix-huit, vingt à trente jours. Cet usage fort ancien ne doit pas être négligé; il nous semble fondé sur l’observation. En effet, quoique beaucoup de maladies chroniques ne puissent pas se dissiper en un si court espace de temps, il n’en est pas moins vrai que si les eaux minérales, après une saison, n’ont pas produit l’effet qu’on désirait, il fâut, en général, cesser de les prendre , parce que leur continuation serait plus nuisible qu’utile. De même, si après cette époque, les malades se trouvent guéris ou soulagés, ils doivent suspendre le traitement pour ne pas compromettre le bien qu’ils ont obtenu : une foule d’exemples confirment ces remarques pratiques, dont il est facile de se rendre compte en se rappelant que les

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eaux minérales agissent en avivant les maladies chroniques , et qu’il est une mesure d’excitation qu’on ne peut pas dépasser sans danger. Si les malades s’obstinent à ne pas observer les bornes prescrites dans l’administration des eaux, iis éprouvent un malaise général, de la soif, de l’amertume à la bouche, de la sécheresse à la peau, de l’agitation pendant la nuit, de la fièvre , enfin tous les signes qui annoncent que l’excitation s’est transformée en inflammation. Ce n’est donc pas sans motif que l’usage a établi les saisons, qui doivent être d’autant plus courtes que Faction des eaux est plus énergique. Les raisons contre un traitement prolongé s’opposent également à ce qu’on reprenne les eaux peu de temps après les avoir cessées , ou c[ue l’on fasse une seconde saison. Cependant , quand les eaux sont douces , peu excitantes , on peut quelquefois, après un repos d’une quinzaine de jours, y recourir de nouveau.

Précautions à prendre après l’usage des Eaux minérales.

On pensait autrefois que les eaux minérales laissaient dans les premières voies un sédiment, et on aurait cru faire une faute essentielle, si on avait manqué de se purger pour chasser au dehors cette substance nuisible.

Si l’appétit est bon , si les digestions s’exécutent facilement, si l’on n’a point commis d’excès dans le régime, il faut s’abstenir de purgations, qui, loin d’être utiles alors, sont dans le cas de détruire le fruit qu’on a pu retirer des eaux minérales.

Il est prudent de ne partir qu’un ou deux jours après avoir cessé de prendre les eaux , de s’en retourner à petites journées, et de saisir, en voyageant, les moments où les chaleurs sont moins fortes.

Après le départ , il faut encore , pendant un mois , suivre le régime qu’on a observé. L’expérience a prouvé nombre de

fois que l’action des eaux se prolonge même après en avoir interrompu l’emploi, et que la guérison commencée à la source s’achève , se confirme lorsqu’on est de retour dans ses foyers.

Si l’on a éprouvé un soulagement marqué de l’usage des eaux , il faut retourner les prendre quelques mois après qu’on les a quittées, ou l’année suivante. Plusieurs personnes vont par reconnaissance visiter les sources où elles ont puisé la santé.

Avant leur départ, les malades doivent demander au médecin-inspecteur qui les a dirigés un bulletin du traitement pendant le temps des eaux ; ce moyen ne peut que tourner au profit des malades et aux progrès de la science.

Précautions nécessaires dans le transport des Eaux minérales.

Pour être réellement utiles, les eaux minérales doivent être bues à la source ; le transport leur fait perdre plus ou moins de leurs propriétés; cependant comme les malades sont souvent obligés, à raison de l’opiniâtreté du mal, d’en continuer l’emploi dans leurs foyers , nous croyons devoir indiquer les précautions qui nous paraissent les plus sûres pour transporter les eaux avec la moindre perte possible dans leurs vertus.

Il vaut mieux se servir de bouteilles de verre ordinaire que de bouteilles de grès : les premières se nettoient plus facilement, et il est plus aisé de les boucher exactement; cependant les vases de grès sont préférables pour l’eau gazeuse, qui s’altère par le contact de la lumière. Les bouteilles ne doivent être ni fêlées , ni avoir contenu du vin ou autre liquide ; il faut les rincer avec l’eau minérale , et veiller à ce qu’il n’entre pas dans leur intérieur des parties végétales , telles que des brins de paille, etc. , qui pourraient déterminer l’altération de l’eau. Pour exporter les eaux avec avantage pour les malades, il vaut mieux se servir de demi-bouteilles ou même de flacons ,

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contenant un verre d’eau minérale ^ comme cela se pratique au Mont-d’Or^, afin de pouvoir vider chaque matin le vase entier, et de prévenir ainsi la décomposition de l’eau qui est inévitable , si l’eau d’une bouteille n’est bue que successivement.

Il est important de puiser les eaux gazeuses le matin de bonne heure, parce que la chaleur les affaiblit en absorbant beaucoup de gaz.

Il ne faut pas introduire dans les vases des glaires que déposent certaines eaux ; l’eau en serait décomposée plus vite ; elle doit être emportée telle qu’elle coule à la source.

Pour remplir les bouteilles, il faut les plonger au-dessous du niveau de l’eau, enfoncer dans leur intérieur un petit bâton cylindrique, qui fait sortir assez d’eau pour qu’on puisse introduire dans le goulot un bon bouchon neuf de liège (1) , que l’on fait pénétrer avec un petit maillet de bois. Gomme les bouchons de liège dépouillent quelquefois les eaux minérales ferrugineuses de tout le fer qu’elles contiennent, il est utile pour prévenir cet effet de faire préalablement tremper les bouchons dans de l’eau ferrugineuse , afin que le tannin de la matière astringente du liège puisse se saturer complètement de fer. Cette précaution est indispensable pour les eaux martiales.

Il faut clore les bouteilles au moment même où l’on vient de puiser l’eau pour prévenir l’évaporation des gaz. Cependant il est des eaux acidulés qui sont tellement chargées d’acide carbonique, qu’il est nécessaire de les laisser un moment exposées à l’air, avant de boucher les bouteilles. Si l’on néglige cette précaution , celles-ci se cassent , ou bien le gaz

(1) Il faut se servir de préférence des bouchons préparés par lu méthode de M. Appert, que M. Payen a exposée dans le Journal de cldmie médicale, janvier 1825.

fait sauter les bouchons, comme il arrive au vin de Champagne mousseux.

Lorsque les bouteilles sont mal bouchées , les gaz s’évaporent, les carbonates terreux ou ferrugineux se précipitent, et souvent les bouteilles ou les cruches arrivent presqu’à moitié vides.

Les bouteilles étant bouchées , on les plonge renversées dans de la poix liquéfiée ou dans du goudron; on lie ensuite un morceau de peau par-dessus et on les replonge une seconde fois jusqu’au col dans de la poix. Cette substance est ditficile à enlever de la bouteille , elle s’attache aux doigts ; il arrive même que , malgré les précautions qu’on peut prendre, il en tombe des fragments dans le verre ; pour prévenir ces inconvénients , il serait préférable de lui substituer des capsules en plomb.

Les bouteilles doivent être couchées horizontalement dans un lieu tempéré , à l’abri de l’humidité et de la chaleur ; celles c[ui sont remplies d’eau gazeuse doivent être placées dans la cave , à l’abri de la chaleur et du contact de la lumière.

Il arrive souvent que quelques bouteilles dégagent, après un espace de temps variable, une odeur d’hydrogène sulfuré trèsprononcée ; aussi arrive-t-il souvent des plaintes de la part des médecins et des malades. Il paraît que la glairine, un brin de paille , et quelquefois la présence du bouchon , peuvent produire dans les eaux ce changement, qui n’a rien de nuisible; une simple exposition à l’air pendant quelques heures suffit pour rendre à l’eau ses qualités.

Le long séjour du liquide minéral dans les magasins est une cause puissante de décomposition ; ce serait un acte de bonne administration que de forcer les entreposeurs des eaux transportées, surtout des eaux sulfureuses, à les renouveler au moins tous les deux ou trios mois.

Quand on boit les eaux minérales transportées, faut-il leur donner le même degré de chaleur qu’elles ont à la fontaine ? Il est à craindre que le feu n’altère les principes constituants.

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Nous conseillons aux personnes qui peuvent ainsi les digérei% de les boire froides telles qu’on les reçoit ; mais si elles pèsent sur l’estomac^ il faut les faire cbaulfer au bain-marie ; ou bien en faire bouillir une certaine quantité , et , avec quelques cuillerées de celle-ci^ échauffer la dose que l’on veut boire.

Il n’y a point de saison affectée pour les personnes qui usent des eaux minérales transportées ; le besoin du malade doit seul décider. Il est indispensable de suivre le même régime et de faire autant d’exercice qu’à la source. On compense un peu par l’augmentation de la dose de l’eau, et par la durée du traitement, ce qu’elle perd parle transport.

Après avoir jeté un coup d’œil général sur l’histoire des eaux minérales , sur leur action thérapeutique , sur les précautions qu’elles exigent avant, pendant et après leur emploi, nous allons nous occuper de leur usage extérieur, c’est-à-dire des bains, des boues minérales , des douches et des étuves.

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