Fréquence des guerres privées. Les tournois. — On
peut dire que la loi du monde féodal est la guerre, sous toutes ses formes. La guerre constitue Toccupation principale de cette aristocratie remuante qui détient la terre et la souveraineté. Les habitudes invétérées d*une race militaire, la haine de l'étranger et du voisin, le choc des droits mal définis, des intérêts et des convoitises, aboutissent perpétuellement à des luttes sanglantes, où chaque seigneur a pour ennemis ceux qui Tentourent. Tout feudataire a fait la guerre au moins une fois : 1<^ à ses différents suzerains ; 2<^ aux évéques et aux abbés avec lesquels il est en contact; ô'* aux vassaux qui sont ses pairs; 4*" à ses propres vassaux. Les liens féodaux, au lieu d'être une garantie de paix et de concorde, appai*aissent comme une cause permanente de conflits violents. I^e baron ne cherche qu'à arrondir son domaine aux dépens des vassaux trop faibles pour lui résister. Le vassal profite de la minorité ou de l'absence de son suzerain, d'une régence confiée à une femme, pour se jeter sur la terre seigneuriale et lui causer tout le dommage possible. On se bat pour une succession à prendre, pour un litige en pays frontière, pour une mouvance indécise. H est vrai que, légalement et en théorie, le suzerain peut contraindre les pairs de son fief à venir à sa cour vider judiciairement leurs démêlés. Mais il est rare qu'il soit assez fort pour intervenir et faire respecter son intervention. Le plus souvent, il est obligé de laisser agir les belligérants, quitte à leur faire conclure une trêve, si les hostilités menacent de s'éterniser. En droit, il a la police de son fief, il est tenu d'y faire régner la paix : mais ce droit demeure le plus souvent inutile, parce qu'il n'a pas la puissance d'en user.
La guerre n'est pas seulement entre suzerains et vassaux, entre vassaux pairs de fief, elle est au sein de toutes les familles féodales. Les chroniques abondent en indications de cette nature. I^ fils guerroie contre son père, parce qu'il veut une part des droits et des domaines et qu'il trouve
* BtAUMANOiR, éd. VciiGNOT, II, 55i. — DucAifGE, GI088. lat., aux mois Bkli.uv privatim cl Dissert, xxiv sur JoinvUic : « Des guerres privées et du droit de guerre par coutume ». — Ladrière, Préface du t. I des Ordonn, — flistor. de /■>., t. XI, préface, p. cxcn suiv. — Bbussf.i., Usage des fiefs, I, 140, S56. — Gukrard, Cartul. de Si-Père de Chartres, Prolég. rcvi-ccvii. — Géraud, Les routiers ait xii" siècle, dans liibt. de IKc. des Ch., t. 111. — R. de Mas-Latrie, Du droit de marque ou droit de représailles au moyen âge, dans Bihl. de rÈc. des Ch., t. XXVII e\ XXIX. — Maupas, Essai sur la législation des guerres féodales, d'après les textes coutumicrs et les actes du xin" et du \vt* «., dans Positions des thèses de l'Ec. des Ch., an. 1865-1860. — A. Molihieb, Administr. féod. du Lang., 142 suiv. — I». VioLLKT, ÉtabL de St Louis, l, 180-182; III, 295, 307. — Eoutaric, Institutions militaires de la France (1863), pass.
éloignés, le pouvoir du haut suzerain n'avait pu s'exercer. (J. et M. Dflpit, fiotice sur le ms. de WolfenbûtteL 318.J