‹ Manuel des institutions françaisesChapitre 123 sur 262 · Flacii, Orig. de Vanc. Fr., I · texte numérisé non relu

Flacii, Orig. de Vanc. Fr., I

2. Le texte le plus intéressant sur la manière dont le clerg^c régulier traitait les serfs est ce passage d'une lettre de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny [EpUtol., I, 28, dans Migne, t. ci.x&xix, col. 146): « Monachi... servos et ancillas, non ut servos et ancillas, sed ul fratres et soroi'es habent, discretaque ab eis pro possibilitate obseqiiia suscipientcs, nihil gravaminis cos incuirerc paliuntur. » L'afGrmation est très exagérée.

seigneur d'Église, transformés en serfs complets, soumis à toutes les charges de leur classe*.

b, La sécurité matérielle, sur laquelle comptaient les serfs d'Église, leur faisait encore trop souvent défaut. Leur espoir de ne jamais manquer du nécessaire, grAce à la vigilance charitable de leur seigneur, fut plus d'une fois déçu. Si l'on jugeait, par exemple, de la situation générale des serfs ecclésiastiques par la façon dont une grande abbaye, comme celle de Saint-Benoît-sur-Loire, traitait ses serfs devenus vieux et infirmes*, on serait tenté d'apprécier défavorablement la conduite du clergé régulier.

c. En admettant que de tels faits fussent exceptionnels, le servage ecclésiastique avait encore son côté désavantageux, en ce sens qu'il était plus difficile au serf d'Église qu*aux autres de sortir de sa condition par l'affranchissement. Les églises affranchissaient peu, parce qu'il leur était difficile d'aliéner. N'étant pas soumises d'ordinaire aux mêmes besoins d'argent que les seigneurs, elles conservèrent plus complètement et plus longtemps leurs familles de serfs. Sans s'être montré en théorie défavorable à la liberté, le clergé, en fait et par les nécessités de sa situation, a retardé l'émancipation définitive de la population senile.

Ce qu'on vient de dire des avantages du servage ecclésiastique s'applique, en grande partie, à la condition des serfs royaux (servi régis, fiscalini). Il semble que leur situation fût encore préférable à celle des serfs d'Église. Autrement on aurait peine à s'expliquer certains actes de l'autorité royale, tels que celui par lequel Philippe ^', en 1105, accorda aux serfs de la Trinité d'Étampcs la faveur d'être soumis aux mêmes coutumes et aux mêmes lois que les serfs de la Couronne*. On ne comprendrait pas plus facilement pourquoi des serfs royaux, cédés par leur maître à une église, refusent de se soumettre à la domination ecclésiastique*. Enfin il est constant qu'au xiii* siècle les serfs épiscopaux ou abbatiaux tendaient à quitter leur seigneurie pour aller s'établir dans le domaine royal, et que les souverains capétiens furent plus d'une fois obligés, pour être agréables au clergé, de s'opposer à ces désertions*.

i. ('ai fait ne ressort j)as seuleiiieiU de quelques chartes qu'on pouiTait citer, mais de raffinnalion formelle de Beaumanoir. 11 a été pleinement mis en lumière par Flacii, 1, 402.

ti. Mirarii/a Saiicii Benedicli (Ad. de la Soc. de Vhht. de Fr.), livre VUl, n'* 38, r>9, 44.

o. Flki RKM, Aiitif/. d'Kiampcif, p. 48*2.

4. Ce fut ce (jui arriva jiour les serfs de l'Orléanais et de la Ijrie. cédés par Louis VI à l'abbaye de Saint-Victor et qui s'obstinèrent à rester entre les mai.is du roi et de ses agents, jusqu'au moment où Louis VII, voulant rétablir les moines en jmssession de leurs droits, enj<>if,'nit à ses fonclionnaii'cs de ciuitraindre les j»aysans à reconnaître l'autorité d(î l'abbé (Litjiauu:, Etwles sur len nrles de Louis 17/, (Mtai., n" r»27j.

5. Voir, par exoin[>le, la convention conclue par Philippe Auguste avec l'évécpie de Nevers (Dkmm.k, Calai, n" 1385). Si un serf épiscopal vient s'établir dans son domaine ou dans celui de son fils Louis, il le fera saisir, et après enquête sur sa véritable condition, le fera remettre à l'évéque; mais si ce serf se rachète alin de pouvoir rester libi*e en terre royale, l'évèque ne touchera que la moitié du prix de rachat.

LES COLLIBERTS. 313

A cette époque, en effet, la protection du souverain général y devenu plus puissant gcfe ses prélats et ses barons, avait acquis une bien autre valeur que celle de TÉglise. Les serfs trouvaient aussi dans les villes franches et les villes libres les garanties de paix et de sécurité qu'ils demandaient auparavant au clergé. D'ecclésiastique qu'elle était, la société commence à devenir monarchique. Ceux qui couraient jadis se réfugier au sein de rÉglise jugent maintenant plus profitable de se jeter entre les bras du Roi.

Page 1