CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU FOIVOIR ROYAL
(?lle s'adapta, bon gré mal giv, au système de hiérarchie complexe qui en était l'expression politique. Les rois du xiii* siècle agissent en suzerains généraux, beaucoup plus souvent qu'on ne l'avait fait avant eux, et à leur grand avantiige, car leur situation féodale fut justement le point de départ de leurs plus importantes conquêtes, dans Tordre territorial comme dans l'ordre politique. Ils approprient à leur usage les habitudes et les règles féodales, les poussent, pour en bénéficier, jusqu'à leui's conséquences extrêmes, et s'arrogent ainsi le monopole des droits les plus importants de la suzeraineté, dépouillant la féodalité au nom même des principes qui lui avaient donné naissance. Telle a été la politique de Philippe Auguste, continuée par Philippe le Bel. Saint Louis, plus scrupuleux dans ses procédés, est, en même temps qu'un chrétien, un féodal, convaincu de la légitimité des traditions, des coutumes, des droits d(^ la féodalité, et prêt à les protéger au besoin contre le zèle trop ardent des agents monarchiques. A ce point de vue comme aux autres, il apparaît comme le type achevé du roi du moyen âge. Hais il faut avouer qu'il est déjà en retard sur son époque, et que sa conception de la royauté, bien qu'essentiellement logique, n'est déjà plus celle d'un certain nombre de ses contemporains, et notamment des fonctionnaires chargés des intérêts de la monarchie.
Grâce à la renaissance des études de droit romain et à l'activité théorique et pratique des légistes, l'ancien droit impérial, remis en lumière et en honneur, vient, au xui* siècle, renforcer le droit monarchique d'origine carolingienne et pousser la royauté dans les voies du pouvoir absolu, où elle était déjà engagée. Le légiste-bailli Beaumanoir accorde au roi le pouvoir législatif dans sa plénitude illimitée et ne craint pas de dire : « Ce qui plaît à faire au roi doit être tenu pour loi » *. Mais ce n'est plus au nom du droit divin et de la suprême justice que la toute-puissance et l'absolutisme du roi sont ainsi érigés en dogmes. Les légistes cessent de se placer au point de vue religieux : ils invoquent, comme Ta fait Beaumanoir', le commun profit, l'intérêt général, l'utilité publique, nouveau fondement social qui n'est plus celui du moyen âge proprement dit. Ce n'est plus l'institution divine ni la royauté biblique qu'ils rencontrent à l'origine du pouvoir royal ; ils l'expliquent par une raison purement utilitaire : la nécessité où se trouvèrent les hommes, devenus trop nombreux et divisés, « d'élire un roi, de le faire leur seigneur et de lui donner le pouvoir de les punir de leurs méfaits, de faire commandements et établissements sur eux ». Philippe le Bel eût sans doule peu goûté Cette partie de la doctrine nouvelle sur l'origine élective de son pouvoir; mais, tout en retenant de l'ancien droit monarchique ce qu'il lui conférait d'autorité suprême, tout en tirant de sa situation féodale ce qu'elle pouvait lui apporter d'avantageux, il emprunta au droit préconisé