‹ Manuel des institutions françaisesChapitre 235 sur 262 · LuciiAiriK. Instit. inonnnh., I, \TA · texte numérisé non relu

LuciiAiriK. Instit. inonnnh., I, \TA

r». Sur le l'oie linaucicr joué par les Templiers, à Paris et ailleurs, voir le mémoire lu par M. L. Delisle à l'Acadéniie des Inscriptions, le aO septembre 1887, et publié dans les Mêm. de l'Aead., t. XXXIII, sous le titre : Mémoire sur les opérations financières des Templiers.

voies de terre et de mer, les mettaient dans d'excellentes conditions pour transporter au loin, avec la plus entière sécurité, de grosses sommes d'argent, comme aussi pour effectuer des payements sur les places étrangères, au moyen de correspondances et de jeux d'écritures, sans avoir à déplacer les fonds. » Aussi les Templiers de Paris se chargèrent-ils, pour le compte des rois de France, des mêmes opérations de trésorerie qu'ils faisaient pour le compte des papes et d'autres souverains. On sait (pie dans son testament de 1100, Philippe Auguste, recommanda quêtons ses reveims fussent portés dans le trésor du Temple, après avoir été reçus par une coimnission de bourgeois de Paris et par un des maréchaux, et enregistrés par un clerc royal, Adam *. Sous son règne, le trésorier du Temple, frère Aimard, semble avoir joué le rôle d'un véritable ministre des finances. Les templiers Gilles et Hubert remplirent le même office sous saint Louis*. On possède encore un document curieux appartenant à l'administration du trésorier Jean de Tours : le journal des encaissements et payements faits, en 1295 et 1296, à l'un des guichets du Temple. H implique l'existence « de registres spéciaux sur lesquels élaientrelevées, suivant la nature des opérations, et groupées sous le nom de différents créanciers ou débiteurs, toutes les sommes que le caissier recevait ou payait pour le compte des clients ». Des états de situation (il en existe encore un jour la période de 1286-1295) étaient dressés au Temple et faisaient connaître dans quelle proportion le Temple était créancier ou débiteur du roi à chacun des trois termes de Tannée'.

("était donc au Temple que se formait et se conservait le principal trésor des rois du xnr siècle. Mais nous pensons, contrairement à l'opinion commune, que la tour du Temple n'était pas le seul endroit où ces rois eussent placé une réserve en imméraire. La tour du Louvre, bâtie par Philippe Auguste, devint le siège d'un trésor royal qui est mentionné sous Louis VIH \ et il est vraisemblable, bien que les documents ne permettent pas de rafllrnier, que ce trésor existait aussi sous saint Louis et sous Philippe le Hardi. Seulement, on peut croire que Philippe le Bel a été le premier qui ait organisé cette réserve et en ait fait une caisse spéciale, administrée, comme on le verra plus bas, par des fonctionnaires particuliers. On sait, d'autre part, que l'étude des tablettes de cire trouvées au Trésor des Chartes a permis h l'un de nos érudits les plus éminents

1. HuioRD. éd. Delabordfî, I, 101. Cf. WiLusTox-AVALKEn, p. 1.T5.

*2. L. Dkusi.k, foc. cit. Sur le trésorier du Temple de Paris, et sur l'importance particulière de ce pei'sonuage, (|ui est souvent, dans les actes, nommé le premier des dignitaires templiers, même avant le prieur, voir H. dk Curzon, La mamondu Temple de htri*, p. t29 et 2i8. Ce savant mentionne aussi les titres de nubthesaurarius et de camhitor. 11 est inexact d'aflirmer, comme l'ont fait certains érudits (notamment Vuitry, Eliuies, I, UYi), que Philippe le Hardi ait commencé à donner le nom de trésorier au chevalier du Temple ({ui était le gardien du trésor.

7t. Dk (liRzoN, La maison du Temple, chapitre sur le Trésor royal, p. 247-255.

•i. (].-E. PuTiT. Le règne de Louis VIII, dans Positions des thèses des élères de r École des Chartes, an. 1890, p. 1 10.

590 LES INSTITl-TIONS MONARCHIQUES.

(raffirmer, pour Tépoque de saint Louis, l'existence d'une caisse particulière distincte de celle du Temple, et administrée par un clerc, Jean Sarrasin, à qui était confié le soin de faire les dépenses nécessitées par les six services de l'hôtel du roi et les autres charges de la couronne*. A vrai dire, l'organisation véritable de la trésorerie, considérée comme élément indépendant de l'administration financière, ne date que de Philippe le Bel et de ses trois fils.

520 bis. Origine de la chambre des comptes*. — Il est probable que, bien avant l'époque de saint Louis, le contrôle et la vérification dés comptes produits par les agens domaniaux furent confies aux soins d'un ou plusieurs clercs de l'entourage du roi, spécialement députés à cet effet. Tel est l'office que semble remplir déjà le clerc Adam, chai*gé |)ar l'ordonnance de Philippe Auguste de 1190 d'enregistrer les recettes des baillis déposéesau Temple. Néanmoins, l'ordonnance de 4256*, sur l'administration des villes, est le premier monument législatif où l'on trouve mentionnés les gens dex comptes. Elle prescrit aux maires de venir, tous les ans, rendre compte des recettes et des dépenses de leurs villes ad noslras génies quœad compolos députa ntur.]Ln avril 1269, l'assemblée des gens des comptes se tint au Temple et se composait de maîtres de la cour. Les jugements y étaient rendus et les enquêles y étaient faites de consilio magistrorum curie qui tune erant in predictis compolis apud Temptuiii. L'arrêt de 1272, relatif à la régale de Châlons, mentionne également les magiUros curie qui erant^ in termina Ascensionis, in compotis apud Templum^. Dans un acte de 1278 relatif à la liquidation des dettes de la ville de Noyon, on voit apparaître pour la première fois la qualification plus précise de maîtres des comptes, « maîtres des contes-le-Roi * » (magistri compotorum), dans dos comptes de 1285 et de 1288*.

Quoi ([u'on en ait dil^ ces text(\s ne prouvent pas (pi'il existât, avant le règne de Philippe le Bel, une a (Ihamhre des comptes », Caméra compo-

* iVxHhKssLs. juvrîico ilu t. XXI (J(*s Ordoiui. — IIkk.vot, ()/////, in, 1508 suiv. — Ht ItoisLi^LK. Sotire placée eu trie dos l*irrrs relatives à riiistoire dv» prcmicra présidnits de ta (Jinmbrc des ctnnjdes ,1877»;. — Viiriiv, Kfuics, I, 500 suîv.. et II. *2TS suiv.

1. Di; Waii.ly. Mémoire sur les tuhlettes de rire cl Mémoire addiiioimrl, dans Mêm. de l'Ariid. des Iiisrr.. t. xxviii cl \xix.

'2. Ordonnance sans dalccino l.anriciv, snivi par tons les érudils, a attribuée à 12.%6, ef (jni.con -ernant dahord exclnsivenient les coninnnies de Normandie, a été étendue ensnite, dans un autre acte de l'ioii-ltiOl, à toutes les villes du domaine royal. Voir ces deux Ir'Xtes dans (Jinv, Daccments sur les relatitms de la royauté aree les villes 1 1 180- \7AV . p. S:> et X7.

.", 01 im. I, r>07.

4. Dr HoHi.isij . Vue liffuidafiou eommuuale sous Philippe le Hardi, dans Annuairebulle.iiu de la Sne. de llli.si. de Fr. JX7'2;.

'). lliii><Ki.. l'saip' des fiefs. \. 177).

('}. M. (in. V. L*n(;loi> \l*/iilij>pe III, p. ôl'i) aflirnie qu'il existait déjà, sou*^ PliiUpixî le Hardi, une Chambre sédeuiaire, composée des maîtres du Parlement quL s occupaient

lorum, détachée du Parlement et ayant son existence propre. Ils êta))lissent simplement que certains membres ou maîtres de la section judiciaire de la cuvia régis étaient délégués temporairement au Temple, non seulement pour apurer et régler les comptes des baillis, des prévôts etdescomliiunes, mais encore pour connaître judiciairement des afliiires relatives aux deniers royaux et résoudre des questions de droit. Leur compétence judiciaire les autorisait même à condamner h lamende des personnes autres que les comptables. On ignore seulement quels procédés ils suivaient et conunent s'opérait la justification des agents de finances. II est permis de croire que ces procédés ne différaient pas de ceux qui étaient en usage, dans le duché de Normandie, à la cour de l'Échiquier, bien avant la conquête de ce pays par Philippe Auguste (§ iii). On a morne supposé*, avec quelque apparence de raison, que l'organisation des attributions et le système de comptabilité de l'Échiquier normand n'ont point été sans influence sur la création et le développement de l'organe spécial qui allait devenir en France, à l'époque de Philippe le Bel, sous le nom de Chambre des comptes, le rouage le plus important de l'administration financière de la monarchie.

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