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LES OFFICES MONASTIQUES

47. Dignités claustrales et offices supérieurs*. — L'abbé est aidé dans radniiiiistratiou de la communauté par un certain nombre de moines qu*îl a investis des office$. Les plus importants de ces offices existent dans la plupart des abbayes ; ce sont ceux du prieur, du chambrier, du cellerier, du mcrUUy de Yaumônier, de Vkoipitalier, de Vinfir^ mter, qui sont dits officien claustraux. On trouve dans quelques cartulaires ou chroniques d abbaye des documents (status abbatiœ) qui nous font connaître l'état des dignités et offices d*un monastère pour une année déterminée*. En thèse générale, le cumul des offices est interdit; en fait,

* C'est dans les règles monastiques, notamment dans la Régula Saticti Bénédictin les Antiqux consuetudinei Cluniacetises^ et les Usvs antiquiores ordiniê Cittercien$i$ que se trouvent les détails les plus précis sur les dignités et oflices des abbayes. On consultera en outre, avec profit, les études de d'Arbois de Juiliixtille [Abbayes cistercienneêj 186-2 i3j, de Gcéraro [Cartul. de Si-Père de Chartres^ Prolég, I, Lxxxm* Lxci), de Bernard [Cartul. de Savigni^ p. xvu), de Grasilier [Cartul. inédits de la Saintonge^ II, p. xvu). Cf. De Cocrson, Cartul. de Redon, Prolég., ccxcn; Varis, Arrh. administr. de Reims^ I, p. Ô54 (officiers de St-Nicaise); Deloche [Cartul, de Beaulieu^ introd. lx suiv.)- A la même matière ont trait les textes du Cartul. de Si-Victor de Marseille, II, 240, 263, 286, et du De rébus in administr. sua gestis de Suger [Œuvres compl., 185,541, 542,552, 566). Les monographies sont rares. Voir De Caix, Notice sur la e/uimbrerie de l'abbaye de Troarn (1857), extrait du t. XXII des Antiquaires de Normandie.

i. Voir le Status de Tabbaye de St-Martial au commencement du xin* siècle (Duplès- Agier, Chroniques de St-Martial de Limoges, 247). L'abbaye comprenait alors, outre l'abbé, un grand clievecier, capicerius major, un prieur, prior^ un sous-prieur. subprior, un prieur en troisième, tercius prior^ un bibliothécaire, armarius^ un sous-biblioUiécaire, subarmarius, un aumônier, hclemosituirius, un grand sacriste, sacrista major, un ti'ésorier, thesaurarius, un sacriste de la chambre, sacrista camersf, un gardien de l'autel, custos altaris, un chevecier du tombeau, capicerius sepulrri^ un sous-chevccier, subcapicevius, un portier, clavicularius, un porUer du cimetière, clavicularius cimiterii, un cellerier de la cuisine, cellararius coquinx, un cellerier du vin, celleraritis vini, un hospitalier, hospitalarius, un grand chantre, prœcentor, un souschanU*e, succentor, un pitancier, pistancerius, un réfectorier, refectorarius, un infirmier, infirmarius, un maîti*e d'école, magister scol», un maître des novices, magister noviciorum, un maiti'e de l'œuvre ou directeur des travaux, magister ojteris, un garde des bois, custoê uemoris. En 1218, le nombre des moines de St-Martial s'élevait à 80, sans compter les prieurs de l'extérieur [Status de 1218, ibid., 256). — Il va sans dire que le chifi're, la dénomination et l'importance ivlativc des offices varient d'une abbaye à l'autre. Dans l'abbaye de St-Pèrc de Chartres, il y avait un économe, oeconomus; à Redon, un dépensier, dispensator, etc. 11 est souvent difficile d'établb- exactement la

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il est souvent pratiqué. On n'observe môme pas la loi rigoureuse qui défend de donner à un officier claustral l'administration d'une obédience ou prieuré de l'extérieur.

A chacun des services de l'abbaye con^espond un revenu ou fonds spécial qui l'alimente et en assure le fonctionnement. Ce revenu provient souvent de donations pieuses faites à cet effet par des particuliei^. Il doit rester toujours affecté au même service ; mais l'autorité ecclésiastique est parfois obligée de sévir contre les abbés qui diminuent certains fonds au profit des autres. L'ensemble des revenus et des terres appartenant à un office est désigné par le mot bontim ou honor (honor ou bonum camerœ, honor sacristaniœ, in/irmariœ,cic,), quelquefois même parle moi feodum, mais ce dernier terme n'est guère employé que lorsqu'il s'agit d'offices inférieurs tenus féodalement de l'abbé par des laïques ^

a. Le prieur. Le dignitaire qui vient immédiatement après l'abbé, commande, apivs lui, à la communauté, et le remplace, en cas d'absence, de maladie ou de vacance, c'est le prieur (prior) Dans les grandes abbayes, il existe, en outre, un prieur en second ou sous^prieur, et un prieur en troisième, quelquefois même un quart-prieur. Le prieur est appelé prior major ou prior claustralis pour qu'on le distingue, soit des prieurs en sous-ordre qui se trouvent dans l'abbaye, soit des prieurs chargés d'administrer les obédiences. L'autorité du prieur est quelquefois gênante pour l'abbé, et il n'est pas rare de voir des abbés laisser le priorat vacant, contrairement aux prescriptions de la règle. L'évêque régional, en visite, est obHgé plus d'une fois de contraindre l'abbé à nommer un prieur. Les statuts ecclésiastiques du \m^ siècle défendent au prieur claustral d'accepter l'administi'ation d'une obédience : ils lui interdisent, comme à l'abbé, les chevauchées inutiles et l'usage d'une chambre à part. Au xi« siècle, le prieur claustral portait, dans beaucoup de monastères, le nom de decanus, quelquefois de praBpositus, mais ces dénominations n'ont pas tardé à disparaître des abbayes proprement dites pour se conserver exclusivement dans les communautés de chanoines.

b. Le chambrier (chamarier dans certaines régions du centre et de l'est de la France, camerarius), est celui qui participe, avec l'abbé, û la gestion des finances de la communauté. La chambre (caméra) renferme l'argent, les vêtements et les archives du monastère. Dans les grandes abbayes, le service de la chambre est subdivisé. Il y a la caméra ve$timenlorum et

corrélation existant entre les dénominations diverses des ofGces abbatiaux : de même ({u'il est malaisé de savoir si tel office est exercé par un moine ou par un laïque ; sur ce point les occasions d'errem* sont fréquentes. Dans certains cas, le mot sacrista désigne le moine qui a la haute direction de l'église abbatiale et de son trésor; dans d'autres, un simple sacristain ou bedeau laïque.

i. Voici le cunus honorum d'un moine de St-Martial de Limoges, auteur d'une chronique, Bernard Hier. En 1177, âge de li ans, il entre à Saint-Martial comme écoliernovice. En 1185, il est ordonné diacre; en 1180, il est ordonné prêtre et il est nommé trésorier. En 1108, il est sous-chantre et sous-bibliothécaire. En 1204, il est bibliothécaire en chef; en même temps il reçoit le prieuré de Tarn et le titre de troisième prieui* du monastéi*e. En 1^211, il apparaît connue grand chantre. [Duplès-âgier, Chron,^\\.)

la caméra calciatnentorum. C'est le chambrier qui préside en effet aux distributions i*cguliùres de chaussures et de vêtements. Il est des abbayes qni ont plusieurs chambners, mais il faut se garder de les confondre avec les cubiculariiy ou serviteurs préposi^s à la chambre particulière de Tabbé. Le chambrier est quelquefois appelé vestiariusy nom qui, chez les Cisterciens, s'applique à un officier particulier chargé de la garde du vestiaire.

c. Le cellerier. Le cellerier (cellarariu$) est chargé du service de la bouche. Cet office est divisé dans les monastères importants : il y a le cellerier de la cuisine (cellararius coquinœ), et le cellerier du vin (cellararius vini, vinitariws). Le cellararius major, qui est un moine, a sous ses ordres des employés laïques qui portent aussi le mon de cellararii, Cesi un service fort important, auquel sont consacrés de gros revenus. Le pùlancerius et le refectorarius exercent des fonctions analogues à celles du cellerier. Dans Tordre de Cîteaux, le cellerier remplissait les fonctions générales attribuées ailleurs au chambrier ; il avait la haute direction de tout le temporel de l'abbaye.

d. Le sacrislCy le trésorier , le chevecier. Ces trois noms ne correspondent pas toujoui*s a trois fonctions distinctes : ils sont quelquefois synonymes et désignent le moine qui est chargé de Tentretien de Téglise et des chapelles, et de la garde du trésor, c'est-à-dire des objets précieux servant au culte, vases, ornements sacerdotaux, châsses et reliques. Conmie il peut y avoir plusieui^ sacristanies cori^espondant aux différentes chapelles ou autels du monastère, le principal sacriste porte le nom de sacrista major.

e. Le bibliothécaire, le chantre. Les fonctions de bibliothécaire [armariu$) et de chantre (cantor) sont parfois remplies par la même personne. Il pouvait y avoir, dans un grand monastère, des sous-bibliothécaires et des sous-chantres. Le bil)liothé(*^ire et ses aides sont chargés de la garde, de Tentrotien, du prêt et même de la confection des livi^îs*. Le grand chantre (pripcentor) et le sous-chantre (succentor) pi*ésident aux exercici»s du chœur et à tout ce qui concerne la lituipe. C'est surtout au xii« et au xm*^ siècle que les monastères coinmencèi*ent à attacher une certaine importance à la constitution de leur bibliothèque. Aussi est-ce de cette époque que datent les premiers actes et règlements monastiques relatifs A la conservation des livres. D'après une note du xm^ siècle concernant l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, au commencement du carême, le bibliothécaire lisait sur des tablettos les noms des frères à qui des livres avaient été remis l'année précédente, à pareille époque. A l'appel de son nom, chaque frère devait se lever et poser sur un Uipis le livre qui lui avait été remis; s'il ne l'avait pas lu en entier, il devait s'excuser après la distribution des livres. Loi^qu'on chantait la messe le matin, on disposait des tapis sur lesquels étaient placés les livres ap[)ortés de la bibliothèque

1. Guillaume de Nangis était qualifié custoê ou maghter cartai-um de l'abbaye de St-I)enis ù la fin du xiii° siècle (Dkladoroe, fiolei sur Guillaume de Naiigiê, dans Bibl. de VÉc. dot Ch., an. 1883. p. MH).

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