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communautés religieuses du royaume. Cette tentative hardie a failli réussir dans la seconde moitié du W siècle, alors que les Clunistes avaient pris Vinitiative de la i^éforme ecclésiastique, que Topinion et la papauté les secondaient, et que barons et évoques s'efforçaient à Fenvi, dans toutes les provinces, de placer sous la règle du grand monastère bourguignon toutes les abbayes imporUmtes soumises à leur autorité. L*œuvre de centralisation entreprise par les Clunistes trouvait sa justification dans la nécessité d'arracher le monachisme au fléau de la simonie, à Tirrégularité, au désordre moral, parfois même à la ruine matérielle. Elle fut bienfaisante en beaucoup de cas; mais il faut reconnaître aussi qu'elle ne fut pas toujours désintéressée et qu'elle s accomplit, sur certains points, avec une âpreté violente. C*est surtout à l'époque des plus grands efforts du parti réformiste (fin du xi* siècle et commencement du xh**) qu'on vit se multiplier, dans tous les comtés e* dans tous les évéchés, ces actes d'union ou d'affiliation à Cluny {tradiliones) au moyen desquels grands et petits seigneurs croyaient se concilier pour toujours la faveur divine*.
Par cette voie et par beaucoup d'autres procédés, l'abbaye de Cluny se trouva, sous le pontificat de Pascal 11, avoir introduit sa règle et sa domination dans un grand nombre d'abbayes importantes. Il y en eut qui se soumirent d'elles-mêmes : beaucoup acceptèrent de bonne grâce les abbés et les moines clunistes qu'on leur envoyait; beaucoup aussi refusèrent de perdre le rang que leur assuraient le nombre de leurs prieurés, la réputation de leurs reliques et l'ancienneté de leur fondation. Elles s'obstinèrent à rester indépendantes et repoussèrent les éléments étrangers qu'on voulait leur incorporer. Le récit de ces résistances et de ces luttes*
i. Comme type d'une tradition de monastère faite par un seigneur laïque, nous citerons l'acte de i06t2 par lequel le vicomte de Limoges déclare soumettre l'abbaye de 8t-Martial de Limoges à l'abbaye de Cluny. \\ donne et livre (doiw et trado) son abbaye à Ilugue, abbé de Cluny, et à tous ses successeurs réguliers, mais en mentionnant, il est vrai, le consentement de rév«*'qae et de ses chanoines, ainsi que celui do sa propre femme, Umberge, de ses fils et de ses vassaux. S'il agit ainsi, c'est pour mériter l'absolution de ses péchés, de ceux qu'il a commis notamment en laissant les moines de St-Mnrtial violer la règle de saint Benoit et vendre au plus offrant la dignité abbatiale. U laisse à l'abbé de Cluny et à ses successeurs le pouvoir d'instituer et de destituer les abbés de St-Martial, et ne i*etient sur l'abbaye qu'un petit nombre de l'edevanccs soit pour lui-même, soit pour son suzerain, le comte de Poitiers. (Migxe, PatroL lat., t. CLIX, col. 957.) Dans un acte semblable de 1076, Simon, comte de Valois, donnant à Cluny le monastère de St-Arnoul de Crépy, mentionne le consentement du roi Philippe, de l'évèque diocésain, Hugue, et du chapitre de Senlis. La lettre par laquelle l'évèque de Senlis approuve l'acte du comte de Valois nous a été conservée. Notons qu'il y réser\e les dnnts du chapitre et de l'évôché, et qu'il défère l'élection du chef de l'abbaye de St-Arnoul, non à l'abbé de Cluny lui-même, mais au chapitre clunisicn {GalL Christ., X, instr., col. 207).
2. Pour les connaître, on étudiera avec profit les faits i*elatifs à l'abbaye de St-Berlin [GuéRARD, Carttti. de St-Dertin, LVII, 252 suiv.); à celle de Beaulieu on Limousin (De- LociiK, Cartui. de Beaulieu, introd. xxvi suiv.); à celle de St-Martial de Limoges (Duplk^Agikr, Chroniques de St-Martial, 21, 48); à colle de St-Gilles (IIF. XV, 264). I^ Insistance ne fut nulle part plus tenace que dans l'abbaye de Lézat et dans celle
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constiluerait un des chapitres les plus intéressants et les plus dramatiques de Thistoire religieuse de la France au moyen âge. Les conflits de cette nature ne s*expliquent pas seulement par le désir qu avaient les moines d*échapper à la réforme et aux rigueurs de la règle cluniste. L*esprit de particularisme local, opposé à Tunitarismc romain que représentait la grande abbaye, contribua pour une grande part à les produire.
54. Organisation de l'ordre de Gluny. Les visiteurs. Le chapitre général*. — C*est surtout en étudiant l'organisation de Tordre de Cluny qu'on peut se faire une idée des procédés employés par les diverses congrégations qui se partageaient la France monastique pour maintenir, entre leurs maisons, la cohésion nécessaire et les obliger à observer la règle. Le point de départ de cette organisation fut le développement donné d*une part à la visite ou inspection, de Tautre au pouvoir du chapitre gênerai. L'institution des visiteurs (visitores) ne devint régulière et importante, chez les Clunistes, qu'au xui^ siècle, après la réforme du pape Grégoire IX. A peu près à la même époque, l'usage s'établit qu'ils fissent leur rapport au chapitre général devant une juridiction de définiteun. On nommait dèrinilions (dif/initiones) les décisions qu'ils rendaient, et défini loire (diffinitorium) l'ensemble de ces décisions et aussi l'assemblée où elles étaient rendues. Quand il s'agissait de pays éloignés, les visites n'avaient lieu que tous les deux ans. En somme, c'est la discipline et l'administration qui tiennent la plus grande place dans les préoccupations des défîniteurs. Les désordres se montraient déjà parmi les religieux et ne firent que s'accroître au commencement du xiv*" siècle. Indiscipline, révolte ouverte, refus de porter les vêtements de l'ordre, omission des aumônes, dettes des couvents, tels sont les objets sur lesquels portent le plus souvent les décisions du chapitre général.
Le chapitre général ou dé/initoire a pour but de veiller à la réformation
*>'(His empruntons les détails qui suivent à l'excellente étude de M. BnrKi. : Le* ehapitres généraux de tordre de Cluny depuis le xni* siècle, dans Bibl. de VEc, des Ch., t. XXXIY. — Cf. SiMéoN Luce, Visite par les prieurs de Barhezieux et de St-Sauveur de Nevers des monastères de Cluny situés en Poitou, en 1292, môme recueil, t. XX. — U. Robert, État des monastères franc-comtois de tordre de Cluny, aux xui* et XV* s. (1882). — Morand, Définitions du chapitre général de Cluny en 1323 (1872). — Roman, Visites faites dans les prieurés de tordre de Cluny en Dauphiné, de lise à 1303, dans Bull, d'hist, eccl. de Bomans (1884, janv.-févr.). — SurTorganisation générale delà grande abbaye, Lorain, Hist, de t abbaye de Cluny, chap. xix, p. 170 suiv.
du Mas-Gamier. La plainte adressée en 1112 au pape Pascal II contre cette dernière communauté est un document des plus curieux. Â liézat, tous les moines prirent la fuite, emportant leurs cartulaires et leui-s archives, pour ne pas subir le joug de l'abbé cluniste qu'on leur imposait. Us ne revinrent au monastère qu'après sa mort. I^s moines du Mas-Garnier, prieuré dépendant de Lézat, montrèrent dans leur refus de se soumettre â Cluny une persévérance incroyable. Les abbés qu'ils persistaient à se donner furent mis en prison, et il fallut les objurgations de plusieurs légats et de plusieurs conciles pour les faire céder. (Uisf. de Lang,, édit. Privât, V, p. 833, n« 416.)
de l'ordre et à la conservation des obédiences régulières. L'existence d un chapitre général de Tordre de Cluny est constatée, pour la première fois, en 1200. Il a été organisé par diverses bulles pontificales, notamment celles du 13 janvier 1235 et du 12 septembre 1289. Les défmiteurs, d*abord au nombre de quatre, deux abbés et deux prieurs, furent au nombre de quinze à partir de 1290. Ils ne pouvaient pas être définiteurs au chapitre suivant. Tous les abbés, prieurs et administrateurs des couvents de Tordre, sont obligés de comparaître au chapitre général. On y convoque aussi quelquefois les chambriers. Ceux qui ne peuvent se présenter sont tenus d'envoyer leur excuse et de se faire représenter par un moine. Ceux qui ne se font ni remplacer ni excuser sont punis par les visiteurs; la peine est Tcxcommunication ou la retenue du centième des revenus. Quand les prieurs s'obstinent à ne pas comparaître pendant un certain nombre d'années, le chapitre décrète que, s'ils ne comparaissent pas dans les six mois pour se faire excuser, le chef de Tordre pourra disposer de leurs prieurés. Quand les couvents sont éloignés et les communications difficiles, les prieurs ne sont assujettis à venir que tous les deux ans, ce qui n'empêche pas les rapports des visiteurs d'être lus tous les ans au chapitre général. D'ailleurs, le chapitre statue sur un prieuré, même s'il n'y a pas eu visite; dans ce cas, les défmiteurs prennent leur résolution après les déclai*ations verbales des prieurs présents au chapitre.
Le chapitre général se tient d'ordinaire au chef-lieu de Tordre. Mais, dans les époques de troubles, loi*sque le séjour de l'abbaye mère n'est plus sur, il peut se réunir dans une maison fille. Il est assemblé une fois tous les ans, à un jour fixe, qui est, pour Tordre de Cluny, le troisième dimanche après Pâques. Les assistants doivent airiver la veille de Touverture et rester jusqu'à la fin. La session dure plusieurs jours. Après la constitution de l'assemblée, et en premier lieu, les visiteurs de chaque province rendent compte de ce qu'ils ont vu et observa de répréhensible dans chaque couvent. Les dcfiniteure prononcent leurs sentences (diffinitiones provinciarum)^ qui sont enregistrées sur-le-champ par le secrétaire du chapitre. Puis viennent les décisions des défmiteurs sur les litiges des monastères, des moines, et sur diverses affaires (diffinitiones causarum, ou genei^ales, slatuta). Ce dernier nom, usité à la fin du xni^ siècle, s'explique par ce fait qu'on insérait dans ces définitions les oixlonnances des abbés, chefs de Tordre. En règle générale, les définitions sont lues et publiées dans le chapitre général. Mais, par exception, il y en a que Ton ne permet pas de lire, pour éviter sans doute le scandale, et alors les originaux [)ortent en marge une note indiquant cette prohibition. De crainte que les prieurs n'observent pas bien les définitions qui les concernent, on leur fait prêter sonnent, dans le chapitre général, qu'ils les exécuteront. A partir de 1511, les définiteurs décident même que chaque abbé ou prieur doit porter avec lui un exemplaire, par extrait, des définitions qui le concernent spécialement et aussi celles qui sont relatives à la constitution et à la réformation de Tordre entier. Le chapitre se termine par Télection des visiteurs de Tannée suivante, a raison de deux par province.
Les définitions portent non seulement sur les affaires générales, mais sur Tentrelien des édifices et bâtiments des monastères, le payement des dettes, la culture des terres, la défense des droits de TÉglise, le culte divin, Fentretien du chœur et des ornements ecclésiastiques, la nourriture des i^eligieux, les contrats d'aliénation ou d'échanges faits par les abbés et prieurs. Les définiteurs apportent une attention particulière à l'administration financière des couvents, qui laissait beaucoup à désirer pour la régularité. Il fut décidé par le chapitre de Cluny, en 1291, qu'à l'avenir les dettes et l'état des finances des abbayes et prieurés immédiatement soumis, seraient consignés sur un registre, dans le chapitre général. Enfin, le chapitre ne négligeait pas de maintenir, contre les membres de Tordre, les prérogatives de l'abbé de Cluny. Un des abbés clunisiens fut condamné, en 1259, à demander pardon à l'abbé général pour avoir omis un mot dans la formule par laquelle il devait témoigner son respect et sa soumission au chef de l'ordre. Les définiteurs eurent, depuis la bulle de Nicolas rV, de 1289, le pouvoir de priver de leurs bénéfices les abbés et les prieurs qui avaient mal administré et dissipé les biens de leurs couvents. Bien qu'ils jugeassent d'ordinaire sur les rapports des visiteurs, ils pouvaient ne pas s'en tenir à ces rapports et citer directement devant eux les chefs des maisons afTiliées.
niSTITTJnORS FRANÇAISES.