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L'ALLEU. LE BÉNÉFICE

le fief héréditaire soit la règle et le bénéfice viager l'exception, on peut cependant produire, pour les siècles suivants, surtout pour le xi«, d'assez nombreux exemples de concessions viagères. Les bénéfices importants, auxquels étaient attachées une domination politique et une juridiction étendues, sont devenus fiefs transmissibles dès la période carolingienne, et, pour plusieurs d'entre eux, il est possible d'assigner une date initiale à la transmission héréditaire. Mais les petits bénéfices semblent n'être sortis que plus tard de la main des propriétaires* : ceux-ci ont essayé de leur conserver le plus longtemps possible le caractère précaire qu'ils avaient à l'origine. Quoi qu'il en soit, le travail 3e la transformation du bénéfice en fief n'était pas partout achevé au moment de ravénemenl de la troisième race*.

Le caractère viager persista surtout très longtemps dans les bénéfices que les hauts barons donnaient à leurs soldats (bénéficia militaria). Ceux-là revenaient régulièrement au seigneur après la mort du bénéficiaire : les femmes ne pouvaient les posséder, et l'aliénation en était interdite*. Il est une région de la France où le caractère presque exclusivement militaire du lien féodal eut pour conséquence la persistance de la préca-

beneficium pour désigner, sinon le fief héréditaire, au moins la possession perpétuelle exercée par une église. On trouve dans un acte de 1025 (Ddcange, GIobb. v» Beneficium) : c Tenebat aquam iilam ex me, loco benelicii, sub nomine feodi v ; dans des actes de 1078 et de 1087 : < beneficium quod vulgo dicitur feudum » (Perreciot, II, 2i; Brossel, I. 72).

1. M. Glassom (IV, 276) n'est pas de cet avis. Pour lui la question de l'hérédité s'est présentée en même temps pour les duchés, les comtés et les petits fiefs, a II a pu se produire une action réciproque des uns sur les autres, mais l'hérédité s'est introduite en même temps et avec la même lenteur pour tous, b

2. On voit les moines de Fécamp, vers 1047, conférer une certaine terre à un seigneur < à titre de bénéfice, pour qu'il la possédât pendant sa vie et l'améliorât > (Brossel, I, 84, note). Le comte Bouchard de Corbcil donne au fils d'un de ses vassaux un domaine du bénéfice de son père, pour sa vie et celle de ses héritiers après lui, à condiUon qu'ils payeraient un cens à l'abbaye de St-Maur, à qui ce domaine devait appartenir après leur mort (HF. X, 620). La curieuse convention conclue, au xi* siècle, entre le duc d'Aquitaine et le seigneur de Lusignan nous fournit plusieurs exemples de (iefs viagers (IIF.XI, 534). On en trouve aussi beaucoup, pour le même siècle, dans les cartulaires des établissements religieux de l'Anjou (d'Espinat, ÉtudcB sur le droit de r Anjou au moyen âge, dans Revue hist. de droit fr. et étr., t. VIII, p. 546). En 1049, la terre de Chevagny parait tenue en bénéfice viager du comte de Mâcon. Le bénéficiaire ayant fait donation de cette terre à l'abbaye de Gluny, le comte de Mâcon s'y oppose et fait casser le testament (Art. de vérif. les dates). En 1113, au plaid tenu à Semur par le duc de Bourgogne, fut réglée une contestation qui s'agitait depuis longtemps entre les moines de Flavigny et les fils de Thibault le Houx, de Malégny, avoué de cette abbaye. 4 Thibaud prétendait que son père avait obtenu en don, du temps de l'abbé Eude (avant 1085), un certain fief et des redevances. Les religieux soutenaient que ce fief n ayant été donné quà vie aurait dû faire retour au monastère après la mort de Thibaud. Us gagnèrent leur cause. Mais les fils de Thibaud fiu*eiit dédommagés à prix d'or » (E. Petit, Hist. des ducs de Bourgogne (1885), I, 300). Cf, la curieuse histoire du bénéfice de Combs-la-Ville (Lucuaire, /n«/i7. monarcA., II, 19-21). Voir également Flach, I, 127.

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