‹ Manuel des institutions françaises, période des Capétiens directsChapitre 115 sur 264 · Flach, Orig. de l'anc. Fr., I · texte numérisé non relu

Flach, Orig. de l'anc. Fr., I

2. Le texte le plus intéressant sur la manière dont le clergé régulier traitait les serfs est ce passage d'une lettre de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny [Epistol.t I, 28, dans Migne, t. clxxxix, col. 146): « Monachi... servos et ancillas, non ut servos et ancillas, sed ut fratres et sorores liaient, discretaque ab eis pro possibilitate obsequia suscipientes, nihil gravaminis eos incurrere paliuntur. » L'affirmation est très exagérée.

LES INSTITUTIONS POPULAIRES

seigneur d'Église, transformés en serfs complets, soumis à toutes les charges de leur classe1.

b. La sécurité matérielle, sur laquelle comptaient les serfs d'Église, leur faisait encore trop souvent défaut. Leur espoir de ne jamais manquer du nécessaire, grâce à la vigilance charitable de leur seigneur, fut plus d'une fois déçu. Si l'on jugeait, par exemple, de la situation générale des serfs ecclésiastiques par la façon dont une grande abbaye, comme celle de Saint-Benoît-sur-Loire, traitait ses serfs devenus vieux et infirmes2, on serait tenté d'apprécier défavorablement la conduite du clergé régulier.

c. En admettant que de tels faits fussent exceptionnels, le servage ecclésiastique avait encore son côté désavantageux, en ce sens qu'il était plus difficile au serf d'Église qu'aux autres de sortir de sa condition par l'affranchissement. Les églises affranchissaient peu, parce qu'il leur était difficile d'aliéner. N'étant pas soumises d'ordinaire aux mêmes besoins d'argent que les seigneurs, elles conservèrent plus complètement et plus longtemps leurs familles de serfs. Sans s'être montré en théorie défavorable à la liberté, le clergé; en fait et par les nécessités de sa situation, a retardé l'émancipation définitive de la population servile.

Ce qu'on vient de dire des avantages du servage ecclésiastique s'applique, en grande partie, à la condition des serfs royaux (servi régis, fisealini). Il semble que leur situation fût encore préférable à celle des serfs d'Église. Autrement on aurait peine à s'expliquer certains actes de l'autorité royale, tels que celui par lequel Philippe Ier, en 1105, accorda aux serfs de la Trinité d'Étampes la faveur d'être soumis aux mêmes coutumes et aux mêmes lois que les serfs de la Couronne5. On ne comprendrait pas plus facilement pourquoi des serfs royaux, cédés par leur maître à une église, refusent de se soumettre à la domination ecclésiastique4. Enfin il est constant qu'au xme siècle les serfs épiscopaux ou abbatiaux tendaient à quitter leur seigneurie pour aller s'établir dans le domaine royal, et que les souverains capétiens furent plus d'une fois obligés, pour être agréables au clergé, de s'opposer à ces désertions B.

1; Ce fait ne ressort pas seulement de quelques chartes qu'on pourrait citer, mais de l'affirmation formelle de Beaumanoir. Il a été pleinement mis en lumière par Flacif, I, 402.

'2. Miraeula Sancti Benedicti (éd. de la Soc. de l'kist. de Fr.), livre VIII, n08 38, 39, 44.

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