‹ Manuel des institutions françaises, période des Capétiens directsChapitre 114 sur 264 · juérard, Cariid. de St-Père de Ch., Prolég. lvi · texte numérisé non relu

juérard, Cariid. de St-Père de Ch., Prolég. lvi

LES SERFS PROPREMENT DITS

âge n'avaient trouvé leur compte à se mettre dans la dépendance des clercs et des religieux, et si les serfs ecclésiastiques ne constituaient réellement une classe privilégiée, investie de droits spéciaux. Les textes de l'époque féodale sont peu explicites sur les causes de la supériorité du servage d'Église. On peut indiquer les suivantes :

a. La satisfaction donnée au sentiment religieux. Être le serf de Dieu ou d'un saint est un moyen de salut et une sécurité pour l'autre monde. Le serf d'une abbaye ou d'un chapitre participe au bénéfice des prières et des bonnes œuvres de la communauté. Les moines et les clercs présentent d'ailleurs le servage d'Église comme le véritable état de liberté1.

b. La sécurité matérielle. Le serf d'Église participe aux avantages attachés à l'immunité môme, au caractère sacré et inviolable du territoire ecclésiastique; il a plus de chances que les autres serfs, d'échapper aux violences et aux guerres si fréquentes dans le monde laïque. D'autre part, il bénéficie de la fixité et de l'inaliénabilité des biens constituant le domaine de l'Église. Il n'est pas aussi facilement, aussi fréquemment vendu, donné, échangé, que le serf de condition ordinaire.

c. Le bien-être. Le maître du serf ecclésiastique est un riche seigneur, possédant en général ce qui manque souvent aux barons laïques, les ressources en nature et l'argent comptant. Le serf d'Église risque moins d'être torturé par la famine; il peut compter plus sûrement qu'on le secourra dans ses nécessités, car, en principe, abbayes et chapitres sont tenus d'assurer la subsistance de leurs familles serviles.

d. Le serf d'Église, nous l'avons montré, jouit en fait de la capacité judiciaire, et parfois même en droit, quand les rois consentent à la lui accorder par charte solennelle, comme un privilège perpétuel et absolu.

A la vérité, en matière de servage ecclésiastique, se produisirent, comme en toutes choses, des mécomptes et des abus. D'une manière générale, les serfs d'Église étaient traités avec plus de ménagement que les serfs laïques. A en croire même certains écrivains ecclésiastiques, leur situation aurait été enviable entre toutes2. Cependant il ne manque pas de textes qui permettent d'affirmer le contraire.

a. En ce qui concerne les oblats, on remarquera que les conditions qu'ils avaient mises eux-mêmes à leur servitude volontaire n'étaient pas toujours strictement observées, et finissaient même, à la longue, par être tout à fait méconnues. Beaucoup d'entre eux, qui s'étaient asservis dans une faible mesure, à charge d'une légère redevance, se trouvèrent avec le temps, par la force des choses et par les usurpations progressives du

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