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LA POPULATION URBAINE

195. A l'état individuel, le vilain, même affranchi, reste impuissant et annihilé dans la seigneurie où il est fixé. Il ne commence à compter que lorsqu'il fait partie d'une communauté. La communauté populaire, à son tour, ne devient une force sociale que lorsqu'elle est privilégiée, et que la collection de ses habitants, formant corps, échappe (en partie du moins) à l'exploitation seigneuriale, qui est le droit commun. Elle arrive enfin à la dignité de puissance politique, lorsqu'elle devient ville libre, c'est-àdire lorsque ses habitants, liés entre eux par une association assermentée, constituent collectivement une seigneurie et entrent à ce titre dans la hiérarchie féodale.

Il y a autant de diversité dans la condition des communautés que dans celle des personnes appartenant à la classe populaire. Depuis la simple agglomération dénuée de la charte de franchise la plus rudimentaire, et qui légalement ne forme pas corps constitué (universitas) devant l'autorité seigneuriale, jusqu'à la commune ou la ville consulaire qui traite de puissance à puissance avec les hauts barons, la distance est considérable. Une longue série de nuances intermédiaires, marquant les degrés infinis de la franchise, s'étend entre les deux points extrêmes. D'où la difficulté de donner une définition exacte, rigoureuse, des différents types de communautés : obstacle analogue à celui que rencontre l'historien quand il s'agit de distinguer, pour les personnes, la condition libre de la condition seryile, et d'indiquer les nuances secondaires dans chacun de ces états sociaux.

Il n'y a pas de distinction essentielle à établir, au point de vue du droit public, entre la petite et la grande agglomération, par la raison qu'on trouve dans les simples villages les mêmes variétés constitutionnelles que dans les villes. Au village sans droits ni franchises d'aucune espèce s'oppose, à l'autre extrémité de la série, le village pourvu de la liberté communale ou consulaire. Une distinction plus importante est celle qui permet d'étudier :

a. Les groupes partiels, c'est-à-dire les communautés fragmentaires qui existent dans l'intérieur des villes, forment plus ou moins association et ont exercé une action plus ou moins décisive sur la création de la communauté urbaine générale. Telles sont : 1" le quartier et la paroisse ; 2° l'association d'ordre économique [hanse ou société marchande,

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métier ou corporation industrielle) ; 3° l'association d'ordre religieux ou

confrérie.

b. Les groupes collectifs, comprenant l'ensemble des habitants d'une même localité. A ce point de vue, il est nécessaire d'examiner successivement : 1° la condition des communautés urbaines dans la période antérieure au mouvement général d'émancipation qui commence à se produire dès la fin du xie siècle et, ce qui revient à peu près au même, celle des centres de population qui ont échappé à ce mouvement {communauté primitive) ; 2° la condition des communautés affranchies, lesquelles se divisent naturellement en deux catégories, suivant le degré d'émancipation auquel elles sont parvenues : les villes franches qui n'ont pas été politiquement émancipées et demeurent assujetties aux agents seigneuriaux ; les villes libres, véritables États populaires ou seigneuries collectives; 5° la condition des villes neuves, agglomérations de date récente, constituées de toutes pièces dans des conditions particulières, mais appartenant d'ailleurs, quant à leur régime interne, à l'un des types d'organisation municipale précédemment indiqués.

c. Les groupes fédératifs, c'est-à-dire les communautés ou municipalités formées de la réunion de plusieurs localités distinctes.

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