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LE DOYEN RURAL OU L'ARGHIPRÊTRE

12. — Le doyen rural ou archiprêtre rural (les deux mots désignent en général la mênie fonction : decanus ruralis, archipresbyler ruralis) était à l'origine un curé qui avait reçu de l'évêque mission de surveiller un groupe de paroisses, de même que le doyen du chapitre ou doyen urbain présidait l'ensemble des prêtres de la cité, du presbyterium. Il représentait l'évêque auprès des paroisses soumises à son contrôle, leur transmettait ses ordres, était chargé d'installer les curés, d'exécuter ou de faire exécuter les décisions épiscopales qui les concernaient, enfin de réunir les desservants de ces paroisses dans des chapitres ou synodes (capitula, kalendse, synodi decanales). Il avait une juridiction inférieure sur les curés, ses subordonnés, et pouvait infliger certaines amendes. On n'a point à examiner ici la question de savoir si cette institution eut sa principale raison d'être dans la nécessité de modeler l'organisation ecclésiastique sur les divisions politiques du pays, ou si elle est empruntée aux institutions monastiques, le doyen rural, comme le doyen urbain, étant chargé, dans une certaine mesure, de maintenir entre les prêtres de son ressort un semblant de vie canonique. Les deux théories peuvent être soutenues ; ce qu'il importe de constater, c'est qu'au début de la période que nous étudions, il se trouve, dans la plupart des diocèses français, des doyens ruraux ou archiprêtres qui forment comme un premier degré d'intermédiaires hiérarchisés entre le clergé des paroisses et celui de la cité, cheflieu du diocèse. Par suite du phénomène d'ordre féodal en vertu duquel toute fonction donne alors lieu à une juridiction exercée sur un territoire déterminé, les pouvoirs exercés par le doyen rural ou l'archiprêtre ont donné naissance au doyenné ou archiprêtré (decanatus, archipresbyteratus), division ecclésiastique d'ordre un peu supérieur à la division la plus élémentaire du diocèse, celle des paroisses, mais inférieure elle-même à la division en archidiaconés.

Au commencement du xie siècle, les paroisses de chaque diocèse apparaissent partout réparties en doyennés (nom plus usité dans la France du Nord, du Centre et de l'Ouest) ou en archiprêtres (dénomination plus en usage dans la région bourguignonne, dauphinoise, provençale et langue-

* Tiiomassin, I, livre II, chap. vi (des archiprêtres de la ville et de la campagne ; des doyens ruraux après l'an mille). — Hinschius, II, 269-277. — Phillips, Kirchenrecht, II, 115. — Neller, Diss. depleb. archipresbyteris in commiini (1771). — Schmidt, De synodis archidiac. et archipresbyteralibus (1775) ; et tous les ouvrages relatifs à l'archidiaconat qui sont cités précédemment. Cf. certaines monographies tout à fait spéciales, telles que celles de Lavergne, Sur les archiprttrés de l'ancien diocèse d'Auch, dans Bull, de la prov. eccl. d'Auch, t. XVIII; de Daux, Sur V archiprêtré de Lomagne (ibid., t. XXVII) ; de Trépier, Sur la date de la division du diocèse de Grenoble en archiprêtrés (dans Congrès scientif., xxiv" session (Grenoble), etc.).

docienne). Les deux circonscriptions existent dans certains diocèses1. Comme on peut le supposer, il n'y a rien de fixe, ni dans le nombre des doyennés ou archiprêtrés compris dans chaque diocèse, ni dans le nombre des paroisses comprises dans chaque doyenné2. Dans les diocèses où la circonscription archidiaconale n'existait pas, le doyenné ou archiprêtré était généralement plus étendu que dans les autres. On constate, par exception, dans les diocèses à archidiaconés, l'existence de doyennés qui ne dépendent d'aucun archidiacre, et aussi celle de paroisses qui ne font partie d'aucun doyenné ou archiprêtré (extra decanatvs et archipresbyteratiis~°). Il existe d'ailleurs un certain nombre de diocèses où la division en doyennés n'existe pas, où l'on ne rencontre, à la fin du xme siècle, que la division par archidiaconés : fait exactement contraire à celui que nous avons signalé plus haut, de diocèses divisés seulement en doyennés. Mais de ce que les doyennés ne se retrouvent plus dans un diocèse, il ne faudrait pas se hâter de conclure qu'ils n'existaient pas à l'origine*.

En somme l'institution du décanat rural et de l'archipresbytérat a eu moins d'importance historique que celle de l'archidiaconat, surtout dans les diocèses où l'archidiaconé était superposé au doyenné. Les pouvoirs des doyens ruraux ont toujours été assez limités ; ils s'exerçaient dans une sphère peu étendue, en général sur un ressort équivalent à l'un de nos cantons actuels. Les doyens n'étaient guère que des agents de transmission et de perception pour le compte de l'évêque et de l'archidiacre. Il n'était pas rare que les doyennés se vendissent ou se donnassent à ferme5. Placés immédiatement sous la juridiction des archidiacres, les doyens furent toujours maintenus dans une dépendance étroite de leurs supérieurs hiérarchiques.

1 . Dans celui de Poitiers, par exemple, on comptait trois archidiaconés, subdivisés en 22 archiprêtrés et 8 doyennés. (Redet, Inlrod. au Dict. topogr. de la Vienne, xiv.)

2. Le diocèse de Chartres comptait 14 doyennés, alors que celui de Mende ne comptait que 4 archiprêtrés.

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