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LA VILLE LIBRE

seconde couche, qui durent leur création à la connivence ou à l'initiative du seigneur) ne possédèrent jamais le môme degré d'indépendance que les républiques de l'époque primitive, fondées par l'insurrection1.

L'élément générateur de la ville libre a été partout Y association des habitants conclue sous la garantie du serment mutuel2. Mais l'origine immédiate de cette association politique se trouve souvent dans les sociétés partielles que nous avons décrites et qui, sous la forme commerciale, industrielle ou religieuse, ont été le germe et le prototype de la fédération générale.

Les villes libres se constituèrent sur tous les points du territoire national, sauf dans cette zone centrale de la France où dominait à peu près exclusivement le type de la ville franche, avec ou sans organisation municipale. La grande majorité de ces républiques bourgeoises se ramène à deux types principaux : 1° la commune, répandue surtout dans la France septentrionale, caractérisée par une organisation municipale où le pouvoir administratif et judiciaire est dévolu à un maire et à un conseil de jurés, pairs ou échevins ; 2° la ville consulaire, propre à la France méridionale, administrée par un corps de consuls. A côté de ces deux catégories de villes libres, les plus importantes de beaucoup par le nombre des communautés qui s'y rattachent et le rôle qu'elles ont joué dans l'histoire politique du moyen âge, prennent place des types secondaires : 1° au Nord-Est, le groupe des cités libres de la Lorraine et de l'Alsace* (Metz, Toul, Verdun, Strasbourg): 2° à l'Est, les villes libres de la Franche-Comté**

* Wauters, Les libertés communales, essai sur leur origine et leurs premiers développements en Belgique dans le nord de la France et sur les bords du Rhin (1869- 1878). — H. Klipffei-, Les paraiges messins (1864), Étude sur l'origine et les caractères de la révolution communale dans les cités épiscopales romaines de l'empire germanique (1869). — Arel, Les institutions communales dans le département de la Moselle (1875-76). - Aug. Prost, Le patriciat dans la cité de Metz, dan* Mém. de la Soc. des antiq. de Fr., t. XXXIV (1873) ; Les paraiges messins, dans Mém. de la Soc. d'archéol. de la Moselle,t. XIV (1877). Les institutions judiciaires dans la cité de Metz, dans Annales de l'Est (1890). - B. Bernhard r, lissai sur l'hist. munie, de Strasbourg, dans Bibl. de l'Ec. des Ch., t. 1. - Mossmann, Recherches sur la constitution de la commune à Colmar (1878).

** Droz, Hist. de Pontarlier (1760). - A. Castan, Origines de la commune de Besançon (1858). — A. Tuetey, Étude sur le droit municipal aux xmc et xiv° siècles en Franche-Comté (1865).

1 II est certain, par exemple, que dans la France du nord, les républiques de la Picardie et de la Flandre ont un tout autre caractère que les communes établies à la fin du xu° siècle par le duc de Normandie, le duc de Bourgogne ou le comte de Cbampagne, dans leurs États respectifs. Bouen est le type de ces communes de la seconde couche. qui ne possédaient que le minimum des droits politiques inbérents au régime communal De même, dans le midi, la situation d'une république consulaire comme Arles ou Avignon diffère essentiellement de celle d'une ville comme Manosque, ou le consulat, établi en 1200 par l'autorité seigneuriale, ne constituait en réalité qu'une très faible garantie d'indépendance. , „,.., „,.

2. Certaines phrases d'AucusTiN Thierry (voir notamment Essai sur llust. du liera Étal, p. 35) tendraient à réserver exclusivement la qualité d'association jurée aux com-

4°8 LES INSTITUTIONS POPULAIRES

(Besançon); 5U au Sud-Ouest, le groupe des villes libres à jurade, avec ou sans mairie superposée* (Bordeaux, Bayonne, avant l'introduction des établissements de Rouen).

Quelques villes placées sur la limite de la sphère de propagation du mouvement consulaire et du mouvement communal ont amalgamé des éléments empruntés aux deux constitutions, et superposé (au moins temporairement) la mairie au consulat (Périgueux, Agen).

Les efforts de la bourgeoisie pour atteindre la liberté politique ont été individuels et locaux : chaque ville a agi isolément pour son compte, sous la pression de nécessités partout semblables. En France, ce ne sont point des confédérations urbaines 1 qui ont fait naître, dans chaque province, les institutions libres. Mais si les villes ne se sont pas associées pour s'émanciper, il y a eu tout au moins, pour expliquer la propagation des mêmes formes constitutionnelles, la puissante contagion de l'exemple. Dans la France du nord, les manifestations communalistes de Cambrai et du Mans, qui précédèrent toutes les autres, sont restées isolées et stériles. Le mouvement révolutionnaire qui se produisit un peu plus tard, à la fin du xie siècle et dans les premières années du xne, dans la Picardie, le Vermandois et le Beauvaisis, fut au contraire l'événement fécond d'où sortit la diffusion du régime communal. A l'Est, dans les provinces limitrophes de l'Allemagne proprement dite, elles-mêmes d'ailleurs pays d'Empire, l'exemple donné par les villes libres des régions rhénane et souabe influa sur les destinées des communes lorraines, alsaciennes et comtoises. Au Midi, les relations fréquentes des ports provençaux et languedociens avec l'Italie suffisent à rendre compte de la propagation rapide du régime consulaire, qui, des rives du bas Rhône, s'irradia dans tous les sens, à l'intérieur du continent, jusqu'à une très grande distance de la région maritime. Mais, quoi qu'on fasse, l'étude des origines de ce grand mouvement d'émancipation restera toujours obscure et incomplète,

* Du Bourg, Étude sur les coutumes communales du sud-ouest de la France (1882).

— Buutails, Essai sur l'élection et l'organisation des corps municipaux dans le sud-ouest de la France, aux xm« et xiv* siècles, dans Positions des thèses de l'Éc des Ch., an. 1884. — Ducom, Étude sur l'hist. de Vorganis. de la commune d'Agcn jusquau traité de Drétigny, dans Positions des thèses de l'Éc. des Ch., an. 1888.

— Biussaud, L'administration anglaise cl le mouvement communal dans le Bordelais (voir l'article important de Ginv sur cet ouvrage, Bévue hislor. t V (1877) —

^ToA^hr0n°L ^ maireS de Bordeaux' dans Commission hislor. de Bordeaux, 184J-1850. — Sansas, Mém. sur les origines municipales de Bordeaux, dans Actes de lacad. de Bordeaux, 23° année. - Brutau.s, Simon de Mont fort et les bourgeois de Dax, dans Mém. de la Soc. de Borda, t. YIII. - II. Baucki.ausen, Essai sur le régime législatif de Bordeaux au moyen âge, préface de l'édition du Livre des coutumes (1890).

munes et à faire croire que les habitants des grandes républiques consulaires ne s étaient pas, eux aussi, fédérés sur la base du serinent mutuel, ce qui ne peut se soutenir. 1

1. Ou du moins cela n'eut lieu que par exception. Voir, sur la confédération des villes du Poitou en 1157, Gmv, Etabl. de Bouen, I, 5.56.

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