LA VILLE NEUVE
245. Définition de la ville neuve. — Parmi les différents espèces de communautés urbaines qui apparaissent, plus ou moins privilégiées, sur le territoire de la France du moyen âge, celles que les contemporains
* généralités. — L. Codrajod, Les villes neuves en France du xie au xive siècle, dans Positions des thèses de l'Éc. des Ch., an. 1865-1866. Cf. du même : compte rendu critique du livre (sans valeur) de E. Menault, Les villes neuves, dans Bibl. de l'Ëc. des Ch., an. 1869. — Curie-Seimbre , Essai sur les villes fondées dans le Sud- Ouest de la France au xme siècle sous le nom générique de « bastides». — Giry, Compte rendu critique de l'ouvrage précédent, dans Bibl. de l'Éc. des Ch., an. 1881, et compte rendu du livre de Brissaud, dans Revue histor., t. V, p. 420 (sur les bastides de la Guyenne). — Luchairk, Instit. monarch., t.. II. p. 159 suiv. (sur les villes neuves) et p. 195 (sur les pariages). — Boutaric, St Louis et Alphonse de Poitiers. — A. Molixier, Elude sur l'administration de Si Louis et d'Alphonse de Poitiers dans le Languedoc (1880).
Monographies. — Chaz.vud, Fragments du c -.•lui. de la Chapelle-Aude (1860), introd. — Rabanis, Sur les bastides de la Guyenne et sur la charte de Sauvetcrre, dans Commission histor. de Bordeaux, an. 1846-47. — Dubard, Fondation de là ville de Gimont, dans Revue de Gascogne, 1876. — DeVerniîilh, Sur les bastides du Midi de la France, dans Congrès scienlif. de Fr., 28e session (Bordeaux), t. II; Les bastides ou villes neuves du Sud-Ouest de la France, dans Actes de l'Acad. de Bordeaux, 42° année. — Fédié, Construction d'une bastide au xme siècle, dans Mcm. de la Soc. des arts de Carcassonne, t. IV. — Clos, Les bastides, fondation de Revel, dans Mém. de l'Acad. des Se. cl Inscr. de Toulouse, 4e série, t. V. — Brissaud, Notice histor. sur Villeneuvc-le-Roi, dans Bibl. de la Soc. archéol. de Sem, t. x. — Rumeau, Monographie de la bastide de Scrou, dans Soc. archéol. de Tarn-. et-Gar., t. XII, 1884. — Dkvals, Histoire de Monlauban, t. I (1855), etc.
LES INSTITUTIONS POPULAIRES
appelaient des villes neuves {villas novae) méritent detre étudiées à part. À vrai dire, ce qui les distingue de toutes les autres, ce n'est pas le caractère spécial des franchises et des libertés dont elles jouissent. Au point de vue de la condition de leurs habitants, les villes neuves n'ont pas une physionomie qui leur soit propre : leur situation à l'égard du pouvoir seigneurial est extrêmement variée; on rencontre chez elles tous les degrés d'affranchissement qui correspondent aux différents types de villes franches et même de villes libres que nous avons étudiés précédemment. On peut dire qu'en général toute fondation de ville neuve est accompagnée de la concession d'une certaine somme de franchises, qui est la condition indispensable de la fondation même, puisqu'il s'agit d'attirer les habitants dans la localité nouvellement créée, d'arriver le plus rapidement possible au peuplement le plus complet. Une ville neuve est donc en même temps une ville franche; ce qui explique pourquoi, dans les textes du moyen âge, cette dernière expression est assez communément prise pour l'autre. Mais si toute ville neuve est une ville franche, la réciproque n'est pas également vraie. Bien qu'on ait donné plus d'une fois le nom de villa nova à une communauté déjà ancienne, que l'octroi d'une franchise est venu en quelque sorte rajeunir et renouveler, nous ne pensons pas qu'on soit en droit d'attribuer à ce fait un caractère de généralité qu'il n'a pas eu. On ne peut pas dire, avec le savant très estimable qui a étudié la charte de Beaumont en Argonne : « que le terme de ville neuve marque simplement une phase nouvelle dans la vie d'une localité déjà existante, une révolution juridique dans l'état de son sol et de ses habitants ; qu'il exprime la transformation d'une ville assujettie en ville franche »*. A ce compte, toutes les villes dotées de privilèges auraient le droit de s'intituler villes neuves, ce qui est inadmissible. En qualifiant villes neuves toutes les communautés affranchies d'après la loi de Beaumont, on a introduit, dans l'étude de nos organismes municipaux du moyen âge, un élément de confusion et d'erreur qu'il importe de faire disparaître.
Ce qui caractérise essentiellement la ville neuve, ce n'est pas le degré de franchise dont elle est appelée à bénéficier, c'est le mode particulier de sa formation. La ville neuve est, ou bien une localité créée de toutes pièces, dans un endroit précédemment inhabité, ou bien, ce qui revient au même, une localité déjà existant en germe, mais agrandie, peuplée en un court espace de temps et dans des proportions considérables. Dans les deux cas, la ville proprement ou improprement dite nouvelle est une communauté constituée d'un seul coup et d'une manière artificielle par le seigneur qui la fonde. Elle a toujours pour point de départ l'ouverture d'un asile et la publication d'une charte de franchise ou de peuplement. La ville neuve s'oppose ainsi à la ville ancienne, dont l'origine remonte à une époque plus ou moins reculée du moyen âge et dont la formation s'est faite lentement, par une série d'agrandissements successifs, auxquels